‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 64 sur 140 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Recherches sur quelques propriétés musculaires à l'aide de 14” faradisation localisée.

ARTICLE PREMIER

INUTILITÉ DE LA CONTRACTILITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE AU POINT DE VUE DES MOUVEMENTS VOLONTAIRES ?

L'IRRITABILITÉ N’EST PAS NÉCESSAIRE À LA MOTILITÉ : tel est le titre d’un mémoire adressé par moi à l'Académie des sciences en 1846, et sur lequel j'attends encore un Jugement,

Si l'on se rappelle les prandes et savantes discussions soulevées par l'irritabilité hallérienne qu'on a crue Jusqu'à présent inséparable de la vie, la proposition écrite en tête de cet article doit exciter l'incrédulité. |

Personne, en effet, n'avait songé à contester le rôle important qu Haller a assigné à l'irritabilité. S'il est vrai que les physiolopistes se sont divisés sur le siége de cette propriété, et qu'ils se sont engagés à ce sujet dans de vives et interminables discussions, d'un autre côté, ils se sont tous si bien accordés sur l'importance de lirritabilité pour les fonctions musculaires, qu'il n'est venu à la pensée d’aucun d'eux de douter de l’union intime de la contractilité électrique et de la contractilité volontaire.

Aujourd’hui cependant (cinq années après la présentation de mon mémoire à l'Académie), m appuyant sur des faits nouveaux et nombreux constatés publiquement dans les services cliniques des hôpitaux, souvent en présence des hommes les plus éminents, je persiste à dire que l'intégrité de la contractilité électros musculaire n'est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volon: taires.

Voici dans quelles circonstances on observe les phénomènes desquels J'ai déduit la proposition que Je viens de formuler.

Certaines paralysies sont caractérisées par la perte de la contractilité électro-musculaire ; parmi elles, je citerai la paralysie saturnine, la paralysie consécutive aux lésions traumatiques des nerfs, et la paralysie de la septième paire.

Au début de mes recherches, je m'attendais à voir dans ces

CONTRACTILITÉ ÉLECTRO- MUSCULAIRE. h03S cas reparaître parallèlement la contractilité volontaire et la contractilité électro-musculaire sous l'influence du traitement. Il n'est pas un physiologiste qui admette la possibilité du contraire. Cependant j'ai constamment vu la contractilité électrique rester longtemps dans le même état, c'est-à-dire abolie ou très notablement affaiblie, alors que les muscles avaient recouvré leurs mouvements volontaires.

Je ne fatiguerai pas Île lecteur de la relation de tous ces faits observés en trop erand nombre (plus d'une centaine) pour trouver place dans un chapitre, et dans lesquels j'ai répété mes expériences à satiété. Néanmoins, je ne puis me dispenser de lui en exposer quelques exemples, afin qu'il soit bien convaincu de la rigueur de mes déductions, et pour qu'il puisse en contrôler lui-même l'exactitude dans des cas analogues.

OnsErRvATION XLIL — Paralysie saturnine des avant-bras. — Absence … complète de la contractilité électrique dans les muscles paralysés. —

Retour des mouvements volontaires par la faradisation localisée , et à persistance de la paralysie de la contractilité électro-musculare.

Charité, service de M. le professeur Bouillaud, salle Saint-Jean-de-Dieu, ne 18, 1847. — Pastoli, âgé de vingt et un ans, d’une constitution assez forte, offrant un système musculaire généralement développé, d’une bonne santé habituelle ; à Paris depuis deux ans.— Depuis huit ans, il est peintre en bâtiments. La troisième année de son apprentissage il éprouva des coliques très fortes , qui furent traitées par des purgatifs, des lavements d'eau de son et des cataplasmes de farine de lin appliqués sur l'abdomen, Depuis lors il éprouva tous les trois ou quatre mois des coliques moins fortes que les précédentes, dont la durée fut de trois à cinq jours’, et qui furent traitées soit avec de l’eau de Sedlitz , soit avec de l'huile de crotôn tiglium. Chaque fois les accidents se dissipèrent dès que les selles reprirent leur cours habituel. Bien qu'il ne fût point paralysé, il s’aperçut cependant que l’avant-bras droit diminuait de volume, En août 1847, il dut entrer à l'hôpital de Saint-Cloud, non seulement pour s’y faire traiter de nouvelles coliques très fortes, mais aussi pour des douleurs très vives qu'il éprouvait dans le poignet gauche, sans gonflement, ni rougeur, douleurs qui ne lui permettaient ni d'étendre les doigts, ni de se servir de la main. La compression d’abord employée fut ensuite remplacée par des frictions faites avec l'alcool camphré, et les douleurs disparurent. Cependant le malade, voyant son poignet droit tomber, les doigts de ce côté fléchir malgré lui, sans qu'il pût les étendre, voyant aussi son avant-bras diminuer de plus en plus de volume , prit le parti de venir à Paris dans l'espoir d'y trouver des soins plus éclairés. Il entra donc à là Charité en décembre 1847

dans le service clinique de M. le professeur Bouillaud , qui alors me pro posa d'étudier sur ce sujet les effets thérapeutiques de l’électricité.

Etat de la paralysie avant la faradisation. — Le membre supérieur droit est très notablement moins volumineux que le gauche. La circonférence de l’avant-bras droit, au niveau de la saillie musculaire (c’est-à-dire 39 centimètres au-dessous de l'articulation du coude), est de 24 centimètres 5 millimètres. Celle de l’avant-bras gauche, à la même hauteur, estde 26 centimètres. Le relief des muscles de la région postérieure de l’avantbras droit a entièrement disparu. Le relief des tendons extenseurs ne se voit pas sur le dos du poignet droit, qui paraît comme œdématié, Le poignet droit tombe à angle droit sur l’avant-bras ; les doigts sont fléchis presque complétement : le pouce exécute ses mouvements de flexion à d'extension et d'opposition. Non seulement les muscles extenseurs des doigts et les radiaux sont paralysés, mais les autres muscles antagonistes paraissent aussi avoir perdu le mouvement, à tel point que le malade est entièrement privé de l’usage du membre. Il fléchit et étend le bras , mais il peut à peine l’écarter du tronc. L'état général est bon. Lisérés blanchâtres sur le collet des dents.

La faradisation est appliquée pour la première fois le 9 décembre, et je constate 1° qu'à la région postérieure les extenseurs des doigts, les radiaux ont entièrement perdu leur contractilité électrique, lorsque je pratique la faradisation à l’aide d’éponges humides, et au maximum de mon appareil volta-faradique ; 2° que lélectro-puncture pratiquée énergiquement sur ces mêmes muscles ne paraît pas déterminer la plus petite contraction fibrillaire ; 3° que dans ces muscles la sensation électro-musculaire est un peu moins développée que dans les muscles sains du côté opposé ; que les supinateurs, le cubital postérieur, les long abducteur et extenseur du pouce, les interosseux dorsaux , les muscles de la région antibrachiale antérieure et ceux du bras du même côté jouissent de leur contractilité normale; 5° que le muscle deltoïde à perdu un peu de sa contractilité sur tout dans sa partie moyenne, La séance dure dix minutes ; elle est renouvelée chaque jour.

À la cinquième séance, les muscles de la région antérieure de l’avant= bras , qui, on le sait , avaient conservé leur irritabilité, ont recouvré une partie de leurs mouvements volontaires et de leur force. En effet , le malade peut fermer le poing assez fortement, mais l'extension des doigts est absolument impossible, La puissance tonique des muscles paralysés commence à reparaître dans les radiaux , car, pendant le repos musculaire, le poignet est un peu moins fléchi sur l’avant-bras.

À la huitième séance, le bras peut être écarté du tronc et la main portée au front; les extenseurs des doigts, les radiaux et les muscles du pouce commencent à se contracter sous l'influence de la volonté, mais nullement sous l'influence de l'excitation électrique la plus puissante : le relief des muscles de la région postérieure de l'avant-bras droit est mieux des-

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Siné; la circonférence de lavant-bras droit mesurée 23 centimètres audessous du coude est de 25 centimètres (augmentation de 1 centimètre). A la vingt-deuxième séance, la paralysie des mouvements volontaires est guérie ; le malade dit avoir autant de force qu’autrefois; les muscles de la région postérieure de l’avant-bras présentent une saillie musculaire aussi considérable que du côté opposé. Je constate alors en présence de M. le professeur Bouillaud , des médecins et des élèves qui suivent la clinique, que l'érritabilité n'a pas été r'établie par le faradisme ni dans les muscles éxtenseurs communs des doigts ni dans les radiaux , bien que tous ces muscles jouissent de leur motilité, de leur force et de leur sensibilité.

En voyant ces muscles autrefois atrophiés présenter aujourd'hui un développement considérable, et se contracter avec force sous l'influence de la volonté, on ne les soupçonnerait pas atteints d'une grave lésion vitale, privés de leur irritabilité.

L'observation de Pastoli présente tous les caractères d'authenticité désirables, puisqu'elle a été recueillie dans un service clinique de la Faculté, où les faits sont soumis au contrôle le plus sévère. Elle suffirait à la démonstration complète de cette proposition écrite en tête de cet article: L’irritabilité n'est pas nécessaire à la motilité. Si les muscles de Pastoli avaient offert la plus petite contraction sous l'influence de l'excitation électrique, on aurait pu l'apprécier par la vue, car sa peau offrait peu d'épaisseur. On aurait aussi vu les aiguilles implantées dans ses muscles s’agiter au moment de la contraction. |

Cependant, pour être physiquement certain que chez ce ma- Jade la contractilité électrique musculaire était complétement éteinte, il faudrait que j'eusse pu voir le muscle à nu au moment de la recomposition électrique. En conséquence, quoique je sois porté à penser que l'irritabilité électrique des muscles de Pastoli était entièrement abolie, il me paraît sage de faire quelques réserves à cet égard.

Je donne l'observation de Pastoli comme le type de toutes celles dans lesquelles j'ai observé des phénomènes électrodynamiques analogues. Cependant Je dois dire qu'après le retour des mouvements volontaires, on voit assez souvent reparaître, à un faible degré, il est vrai, la contractilité électromusculaire, mais alors on observe encore qu'il n'existe aucun rapport entre l'état de la contractilité électrique et celui de la contractilité volontaire.

H0G APPLICATION DE LA FARADISATION À LA PHYSIOLOGIEF. On en trouve un exemple dans l'observation suivante : |

OBSERVATION XLIIL — Paral ySte saturnine avec absence de la contractilité électrique (même par l'électro-puncture), retour de La contractilité volontaire par la faradisation musculaire, et retour de quelques contractions fibrillaires par l'électro-puncture.

Hôtel-Dieu , salle Saint-Louis, n° 27 bis (service de M. Chomel), — Guillemart, âgé de vingt-neuf ans, d'une bonne consütution, dont la profession consiste à mettre en couleur la poterie en biscuit, a été atteint à de longs intervalles de deux coliques de plomb traitées par des purgatifs à l’hô-. pital Saint-Antoine. Vers le milieu du mois de mars 1848, il s’aperçut pour la première fois d'un affaiblissement dans les mouvements de la main gauche. Huit jours après les doigts de cette main se fléchirent sans qu'il lui fût possible de les étendre. Alors, la main droite fut prise à son tour,eten quelques jours la paralysie saturnine régna au même degré des deux côtés avec tous ses caractères spéciaux. Le 2 mars, il fut atteint d’une colique plus violente que les premières, et dut entrer à la Charité dans le service de M. le professeur Andral pour s’y faire traiter. Il fut rapidement guéri de ses coliques par des purgatifs et par des bains sulfureux. Le 17 mars, M. Andral me permit de tenter à l’aide de la faradisation localisée la guérison de la paralysie, qui n'avait pas été modifiée depuis son entrée à l'hôpital.

Etat de la paralysie saturnine, Le 47 mars , avant la faradisation, — Les avant-bras sont amaigris et présentent un aplatissement notable à la face dorsale et au niveau du relief des muscles de la région postérieure. Au toucher, on éprouve dans ce point la sensation d’une sorte de membrane tendue, et non l’élasticité ordinaire du tissu musculaire. Les mains sont violettes et offrent un abaissement de température très sensible, com- Parativement avec celle de l’avant-bras et du bras. Leur face dorsale est arrondie, un peu œdématiée , et ne présente aucun relief osseux ni tendineux, Les doigts sont fléchis dans Ja paume de la main, et ne peuvent s'étendre sous l'influence de la volonté du malade, à l'exception des deux dernières phalanges. 11 n’existe pas de contracture. Les mouvements de Supination et de pronation , la flexion de l’avant-bras sur le bras, les mouvements du bras et de l'épaule sont intacts. Ces phénomènes ont lieu des deux côtés : à l’aide de la faradisation par les éponges et au maximum de l'appareil je constate que la contractilité est perdue dans les radiaux, dans les extenseurs des doigts, dans les muscles long extenseur et abducteur du pouce.

Avec l’électro-puncture , ces muscles n'éprouvent même pas de faibles contractions fibrillaires. Ces phénomènes ont été constatés à Ja Charité par la plupart des médecins, et à l'Hôtel-Dieu par MM. Chomel, Louis, Honoré, Martin-Solon et Philippe Boyer. J'ai oublié de noter qu'à droite les fais- Eaux exlenseurs du petit doigt et de l’annnlaire ont conservé leur irritabilité. Celle-ci est normale dans les autres muscles des membres supérieurs, Le nerf radial faradisé au tiers inférieur et externe du bras produit la flexion de l’avant-bras sur le bras par le grand supinateur et la supina-

CONTRACTILITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE, h07

ion par le court supinateur; les autres muscles animés par ce nerf n'entrent pas en contraction. La sensibilité électro-musculaire est un peu diminuée dans les muscles privés d’irritabilité,

Chaque jour la faradisation est pratiquée pendant huit à dix minutes. Je né suivrai pas toutes les phases du traitement de Guillemart. Je dois dire qu'ayant suspendu mes recherches à la Charité pour observer quelques faits pathologiques à l'Hôtel-Dieu , je fis entrer ce malade dans cet hôpital (dans le service de M. Chomel , salle Saint-Louis, n° 27), où je le faradisai jusqu'à ce qu’il fût entièrement guéri.

A la quarantième séance, l’extension volontaire des doigts était presque complète, ainsi que l'extension du poignet. Le relief de la masse musculaire de la région postérieure des avant-bras était assez prononcé.

À la cinquantième séance, le malade se sentit assez fort de ses membres supérieurs pour s'engager dans la garde mobile, Avant sa sortie, je fis constater par les médecins qui avaient observé l’état de l'irritabilité de ses muscles avant l'application de la faradisation localisée, que la contractilité . électro-musculaire n'était pas modifiée chez lui, malgré le retour complet de la motilité , de la nutrition et de la puissance tonique de ses muscles.

Plusieurs mois après sa sortie de l’hôpital, j'ai présenté Guillemart à MM. Andral, Bouillaud , Cruveilhier et Fouquier, qui ont pu constater que les muscles de la région postérieure de son avant-bras sont très développés ; que ce sujet jouit de tous ses mouvements, de sa force et de son agilité normales , et que cependant l'irritabilité est dans le même étant qu'avant le traitement , c'est-à-dire que les excitateurs humides ne peuvent faire contracter, même avec Le courant le plus intense, les muscles suivants : lesextenseurs des doigts (excepté les faisceaux extenseurs propres du petit doigt et de l’annulaire du côté droit), les radiaux, Les long extenseur et abducteur du pouce.

Cet état de l'irritabilité n’a pas empêché Guillemart de se servir très habilement de son fusil. Aucun signe extérieur ne pourrait le faire soupconner atteint d’une telle infirmité dynamique,

Cette observation ne diffère de la première qu'en ce qu'au moyen de l’électro-puncture, à un courant très intense, on a pu produire des contractions faibles et fibrillaires après le-traitement. Faut-il en conclure que, chez Guillemart, l'irritabilité n'était pas complétement éteinte dans la fibre musculaire? L'aiguille enfoncée dans le tissu du muscle ne pouvait-elle pas rencontrer des nerfs ou des filets nerveux? J'ai recueilli en effet plusieurs observations dans lesquelles les nerfs possédaient encore à un assez haut degré la faculté de produire des contractions quand je les excitais directement, bien que l'irritabilité n'existât plus dans le tissu musculaire. |

h08 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE,

Les autres médications rétablissent aussi les mouvements volontaires sans rappeler la contractilité électro-musculaire. Ainsi j'ai vu des paralysies saturnines guéries par la strychnine, dans lesquelles cependant les muscles ne se contractaient pas plus par l'excitation électrique qu'avant le traitement.

Je vais rapporter un cas de paralysie saturnine dans lequel Jai vu reparaître les mouvements volontaires sous l'influence des bains sulfureux, sans que la contractilité électro-musculaire füt à peine modifiée.

OBSERVATION XLIV. — Deville (Victor), vingt-deux ans, peintre et fils de peintre, demeurant à Dieppe, rue de l’Escalier, Dès son enfance, il a toujours été employé à broyer du blanc de céruse.— A l’âge de dix-huit ans il a été atteint pour la première fois par la colique de plomb , suivie de douleurs dans les membres qui durèrent cinq mois. Un mois après l’apparition des douleurs, ses poignets tombèrent , et il ne put étendre les doigts. 11 fut guéri par les bains simples et les vésicatoires. — A dix-neuf ans (en 1849), nouvelle colique de plomb suivie d’une paralysie semblable à là précédente. La colique fut seule traitée et Ja paralysie guérit spontanément en quatre mois. — En 1850, nouvelle colique avec tremblement dans les membres pendant huit jours et paralysie des extenseurs du poignet et des doigts. Pas de traitement ; guérison complète après cinq mois.— En 1851, mêmes accidents qui se terminent de la même manière. —— Enfin, en 1852, 28 novembre, il entre à la Charité, salle Saint-Charles , n° 19, pour s'y faire traiter d’une nouvelle paralysie des avant-bras qui était revenue comme les fois précédentes à la suite d’une colique de plomb, mais qui cette fois semblait vouloir persister , car elle datait de sept mois et n’était pas améliorée, On lui fit prendre des bains sulfureux de deux jours l’un, et après quinze jours de ce traitement, il relevait les poignets et étendait complétement les doigts. Les muscles de la région postérieure de son avant= bras offraient leur développement normal. J'explorai alors pour la pretiere fois l'état de la contractilité él ectrique des muscles qui avaient été paralysés, et ne pus faire contracter ces derniers ni par les excitateurs humides, ni par l'électro-puncture. Ges expériences furent faites avec le plus grand soin chaque matin en présence de M. Andral, de M. Cruveilhier et d'un grand nombre de confrères, J'avais soin d’enfoncer profondément les aiguilles (d’un demi-centimètre à 4 centimètre), agissant comparativement sur les muscles sains et sur les muscles jedis paralysés. La décharge provoquait dans les premiers une contraction énergique, tandis qu’elle ne produisait aucune contraction apparente dans les derniers. Et cependant cette excitation électrique occasionnait une sensation également forte dans les uns et les autres. Ce malade ne jouissant pas encore de toute sa force musculaire, malgré le retour de ses mouvements volontaires, il fut soumis

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chaque jour à la faradisation localisée. Quand il sortit, le 16 décembre 1853, iln'éprouvait aucune gêne dans l’usage de ses membres supérieurs (il faisait le service de garçon de salle), mais la contractilité électrique de ses muscles, jadis atteints par l’intoxication, était à peu près dans le même état. Je ne pouvais obtenir la plus faible contraction par les excitateurs humides ; seulement quand il était soumis à l’électro-puncture, les aiguilles étaient très faiblement agitées. Ce faible retour de la contractilité électrique était-il le résultat des excitations faradiques auxquelles il avait été soumis ?

Je pourrais encore rapporter quelques observations de paralysies tranmatiques des nerfs, qu'on retrouvera du reste dans la troisième partie, et dans lesquelles jai vu revenir les mouvements volontaires, alors que les muscles restaient privés de leur contractilité électrique; mais ce serait donner inutilement trop d'extension à cet article, car les faits que jai rapportés. prouvent surabondamment qu'un muscle, privé en tout ou en partie de sa contractilité électrique, peut posséder intégralement sa contractilité volontaire.

L'absence de la contractilité électrique dans un muscle qui possède sa contractilité volontaire à été jusqu'à présent le résultat d'un état pathologique; c'est-à-dire que je n'ai observé ces phénomènes que chez des sujets qui, après avoir été paralysés, avaient recouvré les mouvements volontaires.

Les muscles qui ont perdu leur contractilité électrique, la recouvrent-ils tôt ou tard? et à quelle époque la recouvrent-ils ? Je me réserve de revenir sur cette question dans la troisième partie, quand j'exposerai l'action thérapeutique de la faradisation localisée. Pour le moment, il me suffit d'avoir démontré par des faits cette proposition importante, sans chercher à la commenter, à savoir que l'intégrité de la contractilité électromusculaire n’est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires.

De ce qu'une aussi profonde lésion de l'irritabilté ne trouble en rien les fonctions musculaires, est-ce à dire que cette propriété soit une faculté superflue? Telle n'est pas ma pensée; je professe au contraire que tout a un but dans la création. Mais d’après les faits précédents, il est évident que l'utilité de la contractilité électro-musculaire, de cette irritabilité sur laquelle on a tant écrit, tant discuté, est encore à rechercher.

ARTICLE J

DE L'EXISTENCE D'UNE PROPRIÉTÉ MUSCULAIRE NOUVELLE, LA CONSCIENCE MUSCULAIRE.

J'ai eu l'occasion d'observer des sujets privés de Ja sensibilité de la peau, des muscles, des os, des nerfs, chez lesquels, en ur mot, 1! était impossible de provoquer artificiellement la moindre sensation.

Ces anesthésies profondes, souvent limitées àun seul membre ou à une répion du corps, étaient cependant quelquefois géné rales et affectaient en même temps, dans certains cas, un ot plusieurs sens (la vue, loue, l'odorat, le goût). Bien que j'aie vu cette anesthésie se développer chez l'homme sous l'influence de causes rhumatismales, c'est principalement dans l'hystérie que je l'ai observée plus fréquemment; jen ai rapporté plusieurs exemples dans une série de mémoires publiés ou présentés depuis 1849 aux Académies des sciences et de médecine. J'ai di alors comment il m'avait été possible de constater dans ces cas au moyen de la faradisation localisée, que chacun des organes était frappé d’anesthésie. On m'a vu ramener, dans ces cas, la sensibilité, tantôt dans la peau, en laissant les organes qu'elle recouvre dans leur état d’insensibilité, et tantôt dans les muscles, les os, etc., sans rappeler la sensibilité cutanée. 4

Si je me suis borné, à cette époque, à relater ces faits patho: logiques et ces expériences électro-pathelogiques, sans parler de l'influence que ces différents états de la sensibilité musculaire avaient exercée sur la contractilité volontaire, c’est que ces faits m avaient offert un ordre de phénomènes étranges, peu en har monie avec les idées recues en physiologie, et que je voulais multiplier mes expériences et mes observations avant d’en publier les résultats.

Aujourd'hui, elles sont assez nombreuses et müries par Île temps et la réflexion ; je vais en exposer le résumé.

Les sujets qui n'ont perdu que la sensibilité cutanée sont analgésiques où anesthésiques, c’est-à-dire qu'ils ont perdu toute espèce de sensibilité tactile, et qu'ils ne sentent pas la douleur provoquée par la piqûre, la brûlure ou par l’excitation électro-cutanée. Mais ils ressentent la pression ou le pincement

CONSCIENCE MUSCULAIRE. - ali

de leurs muscles, les coups portés sur leurs membres ; ils ont la conscience des mouvements mécaniques qu'on leur imprime, de l'étendue des mouvements qu'ils exécutent eux-mêmes, de la pesanteur, de Ia résistance ; chez eux, enfin, la contractilité volontaire n'éprouve aucun trouble dans son action physiologique.

Si à la perte de la sensibilité de la peau s'ajoute celle des organes placés au-dessous (des muscles, des os, des nerfs), on observe, non seulement les troubles exposés plus haut, mais encore les phénomènes suivants : les coups les plus violents, portés sur les masses musculaires du membre anesthésié, ne sont pas res: sentis par le malade; quand il est dans l'obscurité, ou si on l'empêche de voir, il n'a pas la conscience de la position de ce membre, ni des mouvements les plus brusques quon lui imprime ; l'excitation électrique directe de ses muscles, de ses nerfs, ne provoque aucune sensation, quelque intense et rapide que soil le courant d'induction, et quoique les muscles se contractent avec une grande énergie, sous son influence.

J'ai relaté tous ces faits dans les Mémoires précités; mais on observe de plus une autre série de phénomènes qui me paraissent démontrer l'existence d'une propriété musculaire dite conscience musculaire , et servant à l'accomplissement des mouveiwents volontaires. Ces phénomènes ont une haute portée, au point de vue physiologique, surtout quand on les soumet au contrôle des expériences électro-pathologiques que jaià exposer. . Une seule objection pourrait, si elle était fondée, invalider ces faits et les expériences qui vont suivre ; je dois donc la prévenir. On pourrait craindre, en effet, que les sujets de ces observations aient simulé l’anesthésie. Pour répondre à cette objection, Je dirai que je me suis tenu en garde contre cette cause d'erreur, et que, avant d'admettre la vérité des phénomènes qu'ils accusaient, je n'ai jamais négligé de faire subir aux malades l'épreuve de l'excitation électro-cutanée ou musculaire, épreuve quon rend au besoin plus sensible que celle du feu. Sur ce point, l'erreur n’a donc pas été possible. J'ajouterai que dans tous les cas analogues recueillis par moi, les phénomènes ont été identiques. Quant aux illusions auxquelles j'aurais pa me laisser entraîner, j'espère avoir offert toutes les garanties possibles en expérimentant publiquement et en présence de savants confrères dont le nom seul est une autorité.

S I°*. — Expériences démontrant l'existence de la conscience musculaire.

Première expérience. — Les sujets dont la peau, les muscles, les os, les nerfs sont complétement insensibles aux excitations extérieures, exécutent les mouvements volontaires à peu près comme à l'état normal, quand ils peuvent s'aider du sens de la vue. (Il est bien entendu qu'il n'est pas ici question d’anesthésie compliquée de paralysie du mouvement.) Mais s'ils sont privés de Ja vue, ils présentent dans la contractilité volontaire des troubles divers qui établissent deux catégories ou degrés d’anesthésie musculaire,

Dans la première catésorie, les malades privés de voir exécutent les mouvements qu'ils veulent faire ou quon les engage à faire ; mais ils perdent la conscience de l'étendue de ces mouvements, de la pesanteur, de la résistance, etc.; ils ne perçoivent plus la sensation Justement appelée par M. Gerdy sensation d'activité musculaire, qui résulte de l'impression produite par la contraction sur les nerfs périphériques, et à laquelle Ch. Bell avait donné improprement la dénomination de sens musculaire.

Dans la seconde catégorie, qui est beaucoup moins nombreuse que la première, Les sujets qu'on prive également de la vue, perdent la faculté d'exécuter le moindre mouvement votontaire. Si on leur commande, par exemple, d'ouvrir ou de fermer la main, de fléchir ou d'étendre l'avant-bras, en un mot, quelque mouvement qu'on les invite à faire, les muscles qui devraient entrer en contraction restent dans l'inertie, maloré tous les efforts de la volonté, On observe seulement quelquefois quelques mouvements irréguliers, peu étendus, sans force, autres que ceux qu'ils veulent exécuter, mouvements dont ils n’ont même pas conscience. Rien ne saurait peindre leur étonnement, quand ils s'apercoivent, aprés l'expérience, que leur membre est resté dans la même situation , alors qu'ils croyaient lui avoir fait exécuter un mouvement, Leur surprise est d'autant plus grande, qu'ils ont pu exécuter ce même mouvement avec rapidité dès l'instant où on leur a permis de voir.

Deuxième expérience. — Si l'on engage ces mêmes malades à fermer la main avec force (leur puissance musculaire est normile quand ils peuvent se servir de la vue) et que les empé-

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