‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 66 sur 140 · CONSCIENCE MUSCULAIRE. L · texte numérisé non relu

CONSCIENCE MUSCULAIRE. L

HIT. La conscience musculaire peut exister indépendamment de Ja sensation d'activité musculaire.

IV. Elle est nécessaire à la contraction musculaire volontaire et à la cessation de cette contraction. Cependant, le sens de la vue est l'auxiliaire de la conscience musculaire qu’il peut suppléer. ” V. La perte simultanée de la conscience musculaire et du sens de la vue produit nécessairement la paralysie des mouvements volontaires.

.$ II. — Relation de quelques observations à l'appui des faits exposés dans le paragraphe précédent.

Quand, en 1854, j'ai communiqué, sous forme de note, à l'Académie des sciences, le résumé présenté dans le paragraphe précédent, Je me suis réservé d'exposer dans un travail spécialles faits pathologiques qui en forment la base (1). Mais désirant recueillir auparavant un plus grand nombre d'observations, etfaire publiquement de nouvelles expériences sur cette question si neuve, Jai Cru devoir en attendant publier quelques-uns des faits qui m'ont mis sur la voie des recherches sur cette nouvelle propriété musculaire (la conscience musculaire), afin de prouver que je m'appuie sur des faits bien observés.

OBSERVATION XLV. — Vers la fin de 1848, un malade d'environ une quarantaine d'années se présente à ma consultation pour se faire traiter de très anciennes douleurs qu’il éprouvait dans les membres inférieurs. Ilen avait aussi ressenti jadis dans les membres supérieurs, dans le cou et dans le dos; la peau de ces régions était aussi , disait-il, très sensible au toucher et au frottement de la chemise. Depuis plusieurs mois, ces douleurs avaient disparu et avaient fait place à une insensibilité complète des membres supérieurs, Aux pieds comme aux mains ; il avait perdu la sensibilité

(1) L'habitude que j'ai prise depuis longtemps de faire précéder la publication de mes différents travaux de résumés que j'adresse aux Sociétés savantes est la conséquence nécessaire de la méthode que j'ai adoptée dans mes recherches, et qui consiste à expérimenter publiquement. C'est ce que j'ai dû faire, en particulier, pour mon Mémoire sur les muscles de l'épaule , qui est rédigé depuis 1851, et que je n'ai pas voulu livrer à la publicité jusqu’à présent, dans le but de lui faire subir l’épreuve du temps ; et de l’enrichir de faits nouveaux, Bien m'en à pris, car, peu de temps après, un étranger qui avait seulement assisté à mes expériences faites à la Chatité et däns mon cabinet, répétait ces mêmes expérientes en présence de l’Académie de Vienne, et en déduisait, comme siennes, dès propositions qu'il m'avait entendu forinuler.

tactile. 1] avait conservé l'intégrité de ses mouvements , bien qu'il éprouvât une grande gêne pour marcher à cause de l’insensibilité de ses pieds. Mais pendant la nuit, disait-il, il était paralysé du membre supérieur droit. Le caractère intermittent de cette paralysie locale avait paru indiquer l'emploi du sulfate de quinine, qui lui fut ordonné par son médecin , sans que son état en fût modifié. Enfin, il attribuait sa maladie à son état de jardinier , qui l’oblige d’avoir presque continuellement les pieds et lés mains dans l’eau. Telle est l’histoire qu'il me raconta,

Je constatai alors que le membre supérieur droit était entièrement anesthésié, quelque moyen que j'employasse pour exciter la peau ou les tissus sous-jacents, voire même l'excitation électro-cutanée Ja plus intense. Je vis aussi que la sensibilité était considérablement diminuée dans le membre supérieur gauche, ainsi que dans les pieds, mais qu'elle n’y était pas entièrement perdue, que sa marche était mal assurée . bien qu’il se sentît fort et pût faire sans fatigue de longues marches. Les membres supérieurs avaient conservé tous leurs mouvements: leur force était égale des deux côtés. Il ne savait plus distinguer les corps lourds des corps légers quand il se servait du membre droit. Tels sont les phénomènes que j’observai d’abord. Mais il en est un autre que je dois mentionner, malgré sa bizarrerie, parce qu'il me mit sur la voie d’un nouvel ordre de phénomènes jusqu'alors inconnus dans la science. Le malude, qui gesticulait beaucoup en me parlant, maintenait cependant son bras droit immobile le ong du corps. Quand je lui en fis l'observation , il se mit à le mouvoir, mas en le reqardant , et ses gestes n'étaient pas naturels, Alors, je lui dis de me donner la main, en le priant de fixer son regard du côté opposé. À mon grand étonnement, le membre ne bougea pas, bien que le malade crût m'avoir donné la main, et en regardant de ce côté , il me la présenta vivement et serra fortement la mienne.

Ce fait m'impressionna; mais, comme si mon esprit se fût révolté contre sa bizarrerie, Je ne poussai pas plus loin mon examen, et ne songeai plus qu'à débarrasser mon malade de ses douleurs , seul service qu'il attendit de moi.

Je n'entendis plus parler de ce malade dont j'avais néoligé de prendre le nom et l’adresse: je l'avais même entièrement ous blié, quand un second fait vint me le rappeler quelques mois” après. E .

OBSERVATION XLVI. — C'était une Paraplégie qui survenait seulement daus l'obscurité chez une femme dont les membres inférieurs étaient com plétement insensibles. Ainsi, disait-elle, e/le me pouvait se relever de sa chaise lorsqu'elle était surprise par lasnuit. Étant couchée , il Jui était impossible de mouvoir ses membres inférieurs. Et cependant elle marchait assez bien le jour, et restait longtemps debout sans sc fatiguer, Je constatai

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