‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 67 sur 140 · CONSCIENCE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE MUSCULAIRE

encore chez elle qu’elle ne pouvait mouvoir les membres inférieurs qu'à la condition de les regarder. |

L'excitation électro-cutanée et musculaire fit disparaître assez vite ces troubles de Ja motilité et de la sensibilité.

Bien que je n’eusse pas saisi d’abord toute l'importance des deux faits dont je viens d'exposer l'analyse, et que je les eusse observés fort lésèrement, il me parut ressortir de ces faits que, dans certaines conditions, les mouvements volontaires ne pouvaient s'effectuer sans le secours de la vue, et que cette condition était peut-être l'anesthésie complète des membres. Je me mis dès lors à observer dans cette direction tous les anesthésiques que Je rencontrai dans les hôpitaux. J'en vis un bon nombre dont la sensibilité était complétement abolie, et qui cependant pouvaient mouvoir leurs membres sans les regarder. » J'ai rapporté des observations de ce genre dans plusieurs de mes mémoires ; mais parmi ces anesthésiques, il ÿ en eut quelques-uns chez lesquels la contractilité volontaire était plus ou moins complétement enrayée par la privation de la vue. Je nexposerai pas ces faits et les expériences très variées auxquelles ils donnèrent lieu, parce qu'ils se résument dans l'observation suivante que Je vais rapporter avec détail.

| OBSERVATION XLVII. — Pelletier (Désirée), âgée de dix-huit ans, brodeuse, demeurant rue Saint-Jacques, n°175, d’une bonne constitution, d'un tempérament lymphatique, réglée à quatorze ans, mais peu abondamment et irrégulièrement. Sa mère est morte paralysée des membres inférieurs à quarante et un ans. Elle dit avoir , à l’âge de sept ans, eu la fièvre typhoïde , dont elle fut entièrement rétablie après six mois. À onze ans, en 1848, ayant été maltraitée par les maîtres chez lesquels elle était en apprentissage , elle eut pour la première fois une attaque d'hystérie qui dura vingt-quatre heures. Cet accès ne fut suivi d'aucun dérangement dans sa santé. Quand la menstruation apparut pour la première fois (à l’âge de quatorze ans), elle eut une deuxième attaque d'hystérie. Depuis lors, ces accès revenaient fréquemment {à peu près tous les huit jours) et duaient peu de temps {dix minutes à un quart d'heure). Ils étaient caractérisés seulement par de l’étouffement, des envies de pleurer, quelques mouvements nerveux, sans perte de connaissance. Sa santé était du reste excellente, à l'exception de douleurs à l'épigastre et dans Île côté gauche, au niveau du scapulum. La menstruation revenait irrégulièrement , à des intervalles de deux à trois mois, peu abondamment et durait un ou deux jours ; pas de perte en blanc.

En juillet 4851, se promenant en canot avec sa inaîtresse , elle tomba à

l’eau et en fut retirée immédiatement, mais elle perdit connaissance pendant deux heures. A la suite de cet accident , ses accès n’en devinrent pas plus fréquents. 107: :

En mai 1852, les accès hystériques se rapprochant et durant deux ou trois heures, avec perte de connaissance, elle dut entrer à la Pitié au n° 29 de la salle du Rosaire (service de M. Gendrin). La sensibilité de la peau était alors seulement perdue aux membres supérieurs, excepté à la pulpe des doigts, mais elle n’éprouvait aucun trouble dans ses mouvements. Elle fut traitée par les bains froids, prolongés pendant deux heures et donnés chaque jour, par l’opium à haute dose et par l’éther.

Après seize mois de ce traitement, elle n’avait encore éprouvé aucune amélioration; l’opium et l’éther furent alors suspendus. A dater de ce moment , dit la malade, les attaques s’éloignèrent peu à peu et devinrent de plus en plus courtes. Désirée n'ayant pas éprouvé un seul accès pendant deux mois, elle crut pouvoir sortir de la Pitié le 17 novembre 1853. Mäis huit jours ne s'étaient pas écoulés depuis sa sortie de l'hôpital , que de nouvelles attaques, très fortes et très longues, reparurent tous les deux ou trois jours et furent bientôt suivies d’insensibilité générale. Elle était très maladroite de ses mains, ne pouvait marcher qu’en regardant ses membres inférieurs. Elle se sentait cependant assez forte et pouvait rester debout sans fatigue ; mais après un certain temps, ses jambes tremblaient. La nuit elle ne pouvait remuer dans son lit, et au jour elle se retrouvait dans la même position où elle s'était placée en se couchant ; alors seulement il lui était possible de se mettre sur les côtés, de se lever et de marcher. Une nuit, ayant eu une courte attaque, elle fut jetée de son lit sur le parquet, et dut, quand elle revint à elle, rester dans une position très gênante jusqu’à ce que le jour vint lui permettre de se relever. Elle se fit conduire alors l'hôpital de la Charité où elle est entrée le 2 décembre 1853, au n° 49 de la salle Sainte-Marthe. Quelques jours après son entrée, M. Briquet eut l’obligeance de m'inviter à examiner ce cas, qui lui paraissait offrir, quant aux troubles de la sensibilité, beaucoup d’analogie avec ceux que observions journellement dans son service. Ainsi, M. Briquet avait constaté que Désirée avait perdu la sensibilité tactile et la sensibilité à la douleur sur toute la surface du corps, qu’elle ne sentait même pas l'excitation électro-cutanée que les tissus ; placés sous la peau (muscles ou os, ou troncs nerveux) étaient aussi insensibles que la peau , excepté dans un point limité du côté gauche du thorax où ia pression était douloureuse, où se faisaient sentir même souvent des douleurs spontanées ; que la face était également insensible à toutes les excitations ; que l’odorat était perdu , et enfin que la vue était très aflaiblie à gauche. Quant aux mouvements, nous avions retrouvé les phénomènes que nous avions déjà notés sur les malades frappés comme elle d'inseusibilité générale et profonde. Lui donnait-on la main, par exemple, elle la serrait avec assez de force : elle fléchissait où étendait de même l’avant-bras sur le bras. etc., mais elle ne pouvait MO-

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