PARALYSIE DU DELTOÏDE ET DES ROTATEURS DE L'HUMÉRUS
du malade, lui faire tracer une ligne de 28 à 29 centimètres. Cette expérience démontre clairement que c’est le sous-épineux qui est paralysé dans ce cas avec le deltoïde.
Mais en poursuivant ces recherches, j'ai observé que la privation du concours du sous-épineux portait aussi des troubles graves dans l'exercice d'autres professions. Je ne citerai,comme exemple, que les professions qui nécessitent l'usage de l'aiguille. Lorsqu'en cousant, en brodant, etc., on tire l'aiguille de dedans en dehors, les muscles deltoïde et sous-épineux se contractent synergiquement , le premier pour écarter plus ou moins le bras du tronc, le second pour imprimer à l’avant-bras et à la main un mouvement de rotation en dehors, l'humérus étant l'axe, et l'avant-bras le rayon. Ce dernier mouvement est le plus important, car les malades qui n'ont perdu que leur deltoïde peuvent encore coudre presque aussi facilement ques ilsavaient conservé l'usage de ce muscle. Mais il n'en est plus de même quand leur sous-épineux ne possède plus la faculté d'agir, le deltoïde étant d'ailleurs intact. Les mouvements d'abduction du bras par le deltoïde sont les seuls que les malades puissent faire alors, et pour suppléer le défaut d'action du sous-épineux , ces mouvements doivent être une fois plus étendus. Il en résulte une fatigue qui ne permet pas à ceux qui se servent de l'aiguille de travailler longtemps. Je pourrais encore citer d'autres exemples, mais ceux que j'ai rapportés démontrent suffisamment la grande différence qui existe, quant à la gravité des troubles fonctionnels qu'ils oecasionnent, entre une atrophie ou paralysie simple du deltoïde et la même lésion de ce muscle, compliquée de celle du sousépineux.
Le fait suivant montrera quels sont les troubles apportés dans l'usage du membre supérieur par la lésion du sous-
épineux, alors même qu'elle existe sans aucune complication. |
OBSERVATION LILI. — M. le chanoine X..., secrétaire de monseigneur l'évêque de Nevers, vint me consulter en 1852 pour une affection musculaire qui l'empêchait d'écrire et par conséquent de remplir ses fonctions de secrétaire. Je n’exposerai pas les accidents nerveux généraux qu'il éprouva pendant plusieurs années, et dont il paraissait, du reste, guéri. J'en vienstout de suite à l'affection pour laquelle il recourait à mon expérience spéciale. IL n’avait jamais éprouvé la moindre gêne ou faiblesse dans les mouvements des doigts de la main, de l’avant-bras sur le bras, ni même
h56 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PATHOLOGIE,
de celni-ci sur l’épaule, lorsqu’en 1854 il commença à ressentir de la: fatigue dans l'épaule droite, principalement au niveau de la région sCapu- | laire, quand il avait dû faire une correspondance un peu longue, Cette fatigue alla dès lors en augmentant. Il suffisait pour la produire que M, X... : écrivit quelques lignes ; alors il lui était impossible de continuer sa cor- : respondance. Les doigts, me dit-il, dirigeaient parfaitement la plume, : mais quand cette fatigue survenait, après avoir écrit un ou plusieurs mots, ! la main et l’avant-bras semblaient cloués au bureau. Un certain temps de ! repos rendait à M. X... la faculté d’écrire quelques lignes, puis bientôt ! apparaissaient les mêmes troubles dans les mouvements. M. X... me rendit ! plusieurs fois témoin de ces phénomènes en écrivant sous mes yeux, et! je constatai que lorsqu'il avait tracé quelques lignes, il lui était impossible 4 de faire tourner son bras de dedans en dehors, et en conséquence de faire ! mouvoir dans la même direction son avant-bras fléchi sur le bras.
M. X... était atteint d'une variété de cette maladie connue ! sous le nom de crampe des écrivains, qu'il serait tout aussi juste d'appeler quelquefois paralysie des écrivains, et dont le siége était dans ce cas le muscle sous-épineux (1).
B. Jusqu à ce jour, on a accordé seulement au sous-scapulaire ! et au grand rond je pouvoir de faire tourner l'humérus sur son axe de dehors en dedans. Il ressort de mes recherches que le sus-. épineux possède également cette action qui, toutefois, est! moins énergique que celle du sous-scapulaire, et ne s'exerce que lorsque l'humérus tombe sur le côté du tronc. |
A l’état normal , l'humérus, sollicité d'une manière égale par! la force tonique de ses rotateurs, se trouve, pendant le r'epos | musculaire, dans un état intermédiaire entre la rotation en! dehors et la rotation en dedans, de telle sorte que lorsqu'on vient! à fléchir l'avant-bras sur le bras, on peut encore faire tourner celui-ci de manière à terminer sa rotation en dehors ou en dedans.!
Mais si les rotateurs en dedans viennent à être atrophiésou! paralysés, cet équilibre musculaire est rompu, car la puissance | des rotateurs en dehors, dont l'action n’est plus modérée par! leurs antagonistes, place l'humérus dans une rotation extrême. | Il'en résulte que, consécutivement à l’atrophie ou à la paralysie!
(1) On trouvera peut-être étrange que je range dans la crampe des écrivalus! une affection musculaire dont le siége ‘est si éloigné de la main, Si c'était ice! lieu de traiter un pareil sujet, je prouverais par des faits que le siége de cette! maladie est très varié, et qu'il peut s'établir isolément dans chacun des muscles qui concourent à cette fonction, et ces muscles sont nombreux.
PARALYSIE DU DELTOÏDE ET DES ROTATEURS DE L'HUMÉRUS. 457 des rotateurs en dedans, l’action des rotateurs en dehors 5e trouve également annulée. Ces courtes considérations suffisent pour établir combien est grave la perte des rotateurs en dedans, puisqu'elle équivaut, quant aux troubles fonctionnels qu’elle occasionne, à la perte de tous les rotateurs de lhumérus.
D'après ce qui précède, on voit que les signes diagnostiques de l’atrophie ou de la paralysie des rotateurs de l’humérus en dedans , appartiennent aussi à la même lésion des rotateurs en dehors. Ce que j'ai dit précédemment de ces signes diagnostiques me dispense d'y revenir actuellement,
Lorsque les rotateurs en dehors sont seuls privés de leur action, la main du côté malade peut encore être mise au service de la partie latérale opposée du tronc et de la tête. Mais il n’en
est plus ainsi quand les rotateurs en dedans sont atrophiés ou:
paralysés; car ni la portion supérieure du grand pectoral, ni la portion antérieure du deltoïde, ne peuvent les suppléer; en sorte que Îles usages du membre supérieur en sont beaucoup plus restreints.
On voit par ces faits qu'il n'y a pas d'exagération à dire que l'atrophie ou la paralysie des rotateurs de l'humérus en dedans est beaucoup plus grave que celle des rotateurs en dehors. L’atrophie ou la paralysie des rotateurs en dedans me paraît, jusqu'à présent du moins, beaucoup plus rare que celle des rotateurs en dehors.
J'ai eu plus souvent l’occasion d'observer la lésion des rotateurs en dehors, ce qui veut dire que l'atrophie musculaire progressive n’attaque ordinairement les rotateurs en dedans qu'après les rotateurs en dehors, et que, dans la paralysie de cause traumatique , il faut une lésion nerveuse plus grave, plus profonde, pour attaquer les rotateurs en dedans plutôt que les rotateurs en dehors. En voici peut-être l'explication: Il me paraît difficile que le deltoïde soit affecté sans que le sous-épineux y participe au moins un peu, puisque c'est le même nerf (le circonflexe) qui anime ces deux muscles. Or, qui ne sait combien est facile et commune la lésion de ce nerf, en raison même de sa position superficielle et des tiraillements continuels auxquels il est exposé. La disposition anatomique des nerfs qui animent
ie sous-scapulaire et le sus-épineux met ces derniers muscles
à l'abri des mêmes dansers.
Il est facile de distinguer si les rotateurs de l'humérus en debors ont seuls perdu leur action, ou si tous les rotateurs sont lésés à la fois, bien que dans l'un et l’autre cas les troubles ap: portés dans l'usage du membre soient à peu près les mêmes.
Ou'on place , en effet, le bras affecté dans la rotation en dehors, l’avant-bras étant dans la demi-flexion, le malade pourra évidemment le tourner en dedans, si les muscles qui exécutent ce mouvement sont sains. Pour s'assurer si les rotateurs en dehors ont ou non conservé leur action, l'expérience doit être faite d'une manière opposée. |
La contracture des rotateurs de l'humérus peut simuler l’atrophie ou la paralysie: il est ésalement facile de distinguer entre elles ces affections différentes. La contracture ou la rétraction des rotateurs en dehors empêche la rotation en dedans, et pour: rait en imposer pour une atrophie ou une paralysie des rotateurs en dedans ; mais la résistance qu'on éprouve en faisant tourner soi-même en dedans l'humérus du côté malade, démontre bien vite que la contracture ou la rétraction sont les seules causes dés phénomènes observés. C'est par un procédé analogue qu'on distinguera la contracture des rotateurs en dehors de l'atrophie ou de la paralysie des rotateurs en dedans.