CHAPITRE I
Recherches électro-pathologiques sur le diaphragme.
Mes recherches électro-physiologiques sur le diaphragme | m'ont naturellement conduit à une série d'études électro-pathologiques et thérapeutiques sur ce muscle. Ainsi, quels sont ou quels doivent être les troubles fonctionnels occasionnés par | l'atrophie , la paralysie et la contracture du diaphragme? Quels en sont les signes diagnostiques? Dans quelles limites l'intervention thérapeutique de la faradisation localisée peut-elle combattre ces affections diverses? Quels sont, enfin, les avantages de l'excitation électrique du diaphragme, par l'intermédiaire des nerfs
phréniques, comme moyen de produire la respiration artificielle dans l’asphyxie?
La connaissance exacte de l'action individuelle du diaphragme par l'application de la faradisation localisée a facilité singulièrement ces recherches, qui vont faire l’objet de cet article,
ARTICLE PREMIER
J'ai cherché vainement dans les auteurs une description quelconque de l’atrophie ou de la paralysie du diaphragme. Selon la plupart d'entre eux, la paralysie du diaphragme est trop rapidement mortelle, pour qu'on ait eu le temps d'en observer les” symptômes, de sorte que s'ils en reconnaissent l'existence, ce nest que théoriquement. Je n'ai donc pas à faire l'historique de la paralysie ou de l’atrophie du diaphragme.
J'exposerai d'abord les observations d’atrophie et de paralysie du diaphragme que j'ai recueillies, et ferai suivre chacune d'elles de quelques considérations cliniques ; je tirerai ensuite de l’ensemble de toutes ces observations les déductions qui peuvent servir à l'étude du diagnostic, du pronostic et du traitement de ces affections.
$ Ier, — Relation des observations d’atrophie et de paralysie du diaphragme, À. ATROPHIE DU DIAPHRAGME.
OBSERVATION LIL, — Afrophie du diaphragme chez un homme atteint d'une atrophie musculaire graisseuse progressive ; —- mort par complication bronchique simple et sans fièvre.
Hôpital de la Charité, salle Saint-Ferdinand, n° 21 (service de M. Cruveilhier). M. X..., capitaine au long cours, âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament sanguin , n’a jarnais eu de maladie grave, n’a jamais eu la syphilis, a usé modérément des plaisirs vénériens , a navigué toute sa vie, et s’est toujours convenablement nourri. Une de ses sœurs et deux de ses oncles maternels ont été atteints d’atrophie musculaire générale, et ont Succombé à cette maladie. Cependant, trois autres frères et deux sœurs vivent encore, et ne paraissent pas jusqu’à présent menacés de cette maladie de famille. I y a deux ans, sans cause connue, sans avoir ressenti de douleurs dans le rachis, il éprouva pour la première fois dans le membre Supérieur des crampes qui revenaient plus souvent dans les avant-bras :
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puis.il s’aperçut que ses bras diminuaient de volume et perdaient leurs forces. Prévenu de la gravité de cette lésion par celles qu’il avait observées dans sa famille, il se soumit dès le début au traitement le plus énergique, et malgré des moxas, des cautères, malgré la cautérisation transcurrente appliquée sur le trajet de la colonne vertébrale, malgré une foule d’autres remèdes en usage dans les lésions présumées de la moelle épinière, l’atro= phie se généralisa, et n’atteignit qu’en dernier lieu les muscles des membres inférieurs. L’atrophie, dans sa marche, à toujours été précédée de crampes ou de douleurs profondes.
Bien que le malade soit réduit à l’état de squelette au moment de son entrée à l'hôpital, on retrouve encore tous ses muscles, mais à l’état rudimentaire, à l'exception de quelques muscles de l’éminence thénar et de la jambe qui sont entièrement atrophiés ; il se tient encore debout et peut marcher à l’aide d'un bras. Dans la position horizontale, il ne peut se mettre sur son séant, ni se placer sur les côtés. Les membres supérieurs ont conservé leurs mouvements volontaires, les mouvements d’opposition du pouce sont seuls perdus. Aux membres inférieurs, la flexion des orteils du côté droit est seule détruite, Depuis quelque temps, il éprouve de la gêne dans la respiration ; il est essoufflé au moindre mouvement; en parlant, 1l est forcé de s’arrêter pour reprendre haleine. Pendant l'inspiration, les parois de l'abdomen, loin de se soulever, S'enfoncent au contraire, tandis que les parois thoraciques se dilatent. Enfin, on voit dans toutes les régions du corps la peau soulevée par des contractions fibrillaires.
La santé de ce malade était assez bonné; l’auscultation n'avait fait découvrir aucune affection bronchique ou pulmonaire. La faradisation localisée, pratiquée une douzaine de fois, avait augmenté ses forces, quand ïl contracta une simple bronchite sans fièvre. Il n’eut pas alors la force d’expectorer , et les mucosités qui s’amassèrent dans ses bronches l’asphyxièrent en quelques jours. Comme il ne voulait pas mourir à l’hôpital, dans la crainte d’affliger sa famille, il s’était fait transporter à son domicile. L'autopsie ne put être faite.
Réflexions. — On remarque dans cette observation que l'atro: phie musculaire graisseuse progressive n’a atteint le diaphragme, qu'après avoir successivement envahi la plupart des autres muscles.
On a vu aussi que le malade en repos respirait assez bien; mais il était essoufflé au moindre mouvement, ou quand il parlait. Il eût vécu sans diaphragme, aussi longtemps que les intercostaux n'eussent pas été atteints ; quant aux autres muscles inspirateurs (trapèzes, grands dentelés, etc.) on ne pouvait quère compter sur eux, car ils n’existaient plus qu'à l'état rudimentaire. [l'eût, je le répète, vécu sans diaphragme, comme
le prouveront d'autres observations, s'il n'avait pas contracté une bronchite, qui, bien que des plus simples, l’a fait succomber
par asphyxie.
Mais était-ce bien l'inertie du diaphragme qui, pendant l'inspiration, occasionnait chez ce malade la dépression de l'épigastre et des hypochondres, tandis que la poitrine s’agrandissait latéralement ? Ce diagnostic me fut inspiré par cette expérience physiologique dans laquelle on observe, après la section des nerfs phréniques d'un animal, la même perversion des mouvements naturels de la poitrine et de l'abdomen. J'en démontrerai l’exacütude dans l'observation suivante, qui offre une marche et des symptômes analogues, bien que la terminaison en ait été plus heureuse.
OBSERVATION LIV. — Aérophie du diaphragme chez un homme dont un grand nombre de muscles ont déj été détruits par l’atrophie musculaire graisseuse progressive ; — signes de cette atrophie ; sa quérison par la faradisation localisée. —{Gette observation devant être rapportée en détails dans la quatrième partie, j'en extrairai seulement ce qui a trait au sujet de ce chapitre.)
Bonnard, mécanicien , âgé de MERE SRE ans, demeurant rue du Canalun, n°0... à. 1... ds: PAR RPM US RER ARGEER
L’atrophice musculaire, qui avait ne Che ce malade, en 1848, s'était déjà généralisée en 1850 (elle avait détruit en grande partie toute là première couche musculaire du tronc et les fléchisseurs de l’avant-bras gauche sur le bras). Il a été souvent question de ce sujet dans la deuxième partie. Quand il me fut adressé par un confrère, en décembre 1850, il éprouvait une grande gêne dans la respiration, gêne qui augmentait par la marche ou par le moindre exercice ; il était essoufflé après avoir fait quelques pas , ou après avoir monté un escalier ; il était forcé de s'arrêter à chaque instant pour reprendre haleine. Il ne pouvait parler sans fatigue. S'il était resté quelque temps en repos, s’il ne parlait pas, les mouvements de la poitrine et de l’abdomen étaient réguliers pendant l'inspiration ; mais pour peu qu'il s’agitât, l’isochronisme des mouvements de la poitrine était perverti: pendant l'inspiration, l'épigastre et les hypochondres S'affaissaient , tandis que la poitrine se soulevait , et, dans l'expiration, les mouvements du thorax et de l'abdomen avaient lieu en sens inverse.
Ces phénomènes, que j'avais observés chez le malade précédent, annoncaient la lésion du diaphragme, qui avait été si fatale à ce dernier. Ils n'étaient accompagnés d'aucun bruit anormal, appréciable par lauscultation ; ils étaient récents (le malade ne les faisait remonter qu’à une quinzaine de jours). Je résolus dès lors de combattre cette lésion naissante du
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diaphragme , que j'attribuai à un commencement d’atrophie, à l’aide de l'excitation électrique dirigée sur ce muscle par l'intermédiaire des nerfs phréniques. (C’est sur Bonnard que je fis, pour la première fois, cette expérience, que j'ai répétée bien souvent et publiquement depuis.) Après quelques semaines d’excitation de son diaphragme , Bonnard n’éprouvait plus de gêne de la respiration ; il faisait de longues courses, montait les
escaliers sans s'arrêter ; enfin, ses mouvements respiratoires n’offraient plus rien d’anormal.
Réflexions. — Chez ce malade on remarque Îles mémes syrnplômes que dans l’observation précédente, c'est à-dire l’affaissement de l'épigastre et des hypochondres pendant l'expansion inspiratrice de la poitrine.
Si le diagnostic de la paralysie du diaphragme, déduit dedà perversion des mouvements naturels du thorax et de l'abdomen qu'on observe après la section des nerfs phréniques d'un animal vivant, ne paraissait pas suffisamment établi dans les deux observations précédentes, les expériences faites sur Bonnard me paraissent devoir en compléter la démonstration. Ainsi, lorsqu'au moment de l'inspiration je faisais passer un courant dans un des nerfs phréniques, l'hypochondre et la poitrine du côté excité étaient soulevés en même temps, tandis que du côté opposé la poitrine et l'hypochondre continuaient de se mouvoir en sens contraire. Quand j'excitais les deux phréniques à la fois, les mouvements inspirateurs se faisaient des deux côtés comme à l'état normal.
L'affaissement des hypochondres ne se manifestait chez Bon: nard que pendant les grandes inspirations, tandis que dans la respiration tranquille, alors qu'il restait en repos ou qu'il n'était pas agité,les mouvements de la poitrine et de l'abdomen étaient normaux. Cela signifie que le diaphragme avait encore assez de force pour empêcher l'ascension des viscères quand la poitrine ne se dilatait pas trop, ou,en d'autres termes, que l'atrophie de ce muscle était encore peu avancée. On sait, en effet, que la gêne de la respiration était récente.
Enfin, je puis dire, après la guérison des troubles fonction® nels respiratoires qui fut obtenue dans ce cas par la faradisation des nerfs phréniques : Naturan morborum ostendunt curationes.