COMMENT SE DÉTERMINE LE TAUX DE CAPITALISATION
Une théorie de la détermination du taux de l'intérêt a été présentée par un des membres les plus éminents des économistes de l’école autrichienne : Bühm-Bawerk (1).
(1) Bôühm-Bawerke : Positive théorie des capitales (2° édition, Innsbruck).
Pour résoudre le problème qu’il s'est proposé, Bühm-Bawerk élimine tout d’abord toutes les complications qui se présentent dans la pratique et examine une hypothèse simple mais purement théorique ; après, seulement, il étudie les modifications subies par la loi qu'il a établie par suite des complications que fait surgir la pratique.
Son hypothèse est la suivante : tous les capitaux sont employés dans des entreprises productives et servent exclusivement au paiement de la maind'œuvre : la détermination du taux de l'intérêt dépendra :
10 De la quantité des capitaux disponibles;
20 Du nombre des travailleurs ;
30 De l'échelle des produits et des plus-values obtenues lorsque la durée de la production varie.
L'intérêt du capital dépend alors du salaire, et le salaire se règle, de telle sorte, que les capitalistes adoptant la durée de production la plus avantageuse, tous les travailleurs se trouvent occupés et tous les capitaux employés.
Telle est l'hypothèse théorique, mais la réalité va apporter des complications.
Toutefois, d'après Bôhm-Bawerk, ces dernières ne sauraient détruire l'essentiel de sa théorie ; il considère comme très secondaires des facteurs tels que la demande de capitaux pour la consommation, la rente foncière, le nombre des capitalistes vivant de leurs revenus, l'esprit d'économie dela population ; l'étude de ces facteurs n'aurait d'autre intérêt, d'après Bühm-
Bawerk que la rectification de quelques points accessoires de sa théorie.
Voici, en eflet, ce que dit Bôühm-Bawerk lorsqu'il étudie les modifications que les complications de la réalité vont apporter à sa théorie :
:) Le produit de la main-d'œuvre n'est pas partout le même, ni le salaire des ouvriers. Mais ceci ne change pas grand chose à la théorie, car le rapport du produit de la main-d'œuvre et du salaire est à peu près constant ; d’où il résulte que les ouvriers qualifiés jouent à peu près le même rôle, sur le mar— ché, que joueraient des ouvriers non qualifiés plus nombreux.
6) L'échelle des plus-values change avec les productions. Dès lors, les capitalistes, cherchant les plus-values les plus fortes, l'égalité s’établira, d’une entreprise productive à l'autre non pas entre les durées de production mais entre les plus-values; les périodes de production seront moins longues là ou l'échelle des plus-values monte moins rapidement.
Mais d'après Bôhm-Bawerk, il importe peu que la ligne séparant les périodes de production les plus avantageuses des périodes de production plus longues et moins avantageuses, soit une ligne droite ou une ligne en zig-zag. Le taux de l'intérêt est toujours déterminé par ces périodes productives — elles seront à la vérité inégales — que l'on n'a pas avantage à allonger.
+) D'autre part, les ouvriers ne sont pas seuls à demander des subsistances ; il y a encore ceux qui empruntent pour consommer, il y a les propriétaires
99% en tant qu’ils consomment leur rente; il y a les capitalistes eux-mêmes en tant qu'ils vivent des intérêts qu'ils perçoivent.
La demande de ceux qui empruntent pour consommer influera sur letaux de l'intérêt, un équilibre devra s'établir entre l’agio qu'offrent ces emprunteurs et celui dont les capitalistes bénéficient quand ils dépensent leurs capitaux dans des entreprises productives.
La dépense des propriétaires fonciers, en tant que consommateurs, agit dans le même sens : elle élève le taux de l'intérêt; elle l'élève, à vrai dire, parce qu'elle réduit les sommes qui seront capitalisées, tandis que les emprunts contractés en vue de Îla consommation élève l'intérêt parce qu'ils font concurrence, si l'on peut ainsi parler, aux placements productifs qui sollicitent les capitalistes. Enfin, la con: sommation des capitalistes, diminuant, elle aussi, ce stock de subsistances qui est la condition indispensable de la capitalisation productive, diminue cette capitalisation et élève l'intérêt de la même manière que la consommation des propriétaires fonciers.
Cette théorie de Bôhm-Bawerk, très rapidement présentée, est évidemment séduisante par sa simplicité, et c’est la conclusion à laquelle s'arrête M. Landry dans son livre «L'intérêt du capital »(1),en ajoutant toutefois, après une discussion détaillée, que c'est seulement en approfondissant la notion de fa
(1) Landry : L'intérêt du capital (page 297).
DEEE durée moyenne de la production que Bühm-Bawerk a prétendu résoudre le problème dela détermination du taux de l’intérêt ; mais qu'il a ainsi donné à cette rotion une importance excessive; cette notion est insuffisante pour expliquer à elle seule d'une manière satisfaisante la détermination du taux de l'intérêt.
Pour M. Landry, les propositions, sur lesquell s la théorie de la détermination du taux de l'intérêt — de l'intérêt des capitaux productifs — doit se fonder, sont les suivantes :
19 L'intérêt est nécessairement tel qu’il rémunère tous les capitaux effectivement employés, et qu'il n'en puisse rémunérer une plus grande quantité ;
20 Le salaire est nécessairement égal au produit que le capitaliste le moins favorisé sous ce rapport obtient par tête d'ouvrier, défalcation faite de ce qui est nécessaire pour l'amortissement du capital fixe et pour le remboursement des sommes consacrées à l'achat des matières premières, défalcation faite, en outre, de l'intérêt courant;
3° Les productions capitalistiques s'organisent nécessairement de telle façon que toute la maind'œuvre disponible soit employée;
4° La durée moyenne de la production sera telle, en définitive, que les capitaux disponibles assurent l'entretien des ouvriers, à raison du taux de salaire existant pendant cette même durée.
La conclusion à laquelle nous arrivons est la suivante : il faut serrer de plus près la réalité et ne pas employer la méthode d'abstraction, à l'exclusion de
—e— toute autre, ainsi que Bühm-Bawerk s'est contenté de le faire.
Il convient donc de ne pas négliger l'étude des faits qui, dans la réalité, viendront concourir à la détermination du taux de capitalisation. C’est à cette étude que nous consacrerons les paragraphes suivants.
On a coutume de dire que le taux de capitalisation est fixé, à chaque instant, dans chaque cas particulier, par la loi de l’offre et de la demande; ce taux se règle de telle sorte que l'offre du capital égale exactement la demande.
I! ne semble pas que cette proposition doive être acceptée sans aucune restriction ou, tout au moins, sans les quelques réflexions suivantes : parmi les capitaux qui concourent à déterminer le taux de l'intérêt, 1l faut compter ceux que leurs possesseurs emploient eux-mêmes; ces capitaux ne sont pas offerts sur le marché, mais ils auront néanmoins une influence sur la détermination du taux de l'intérêt, car ils auront été employés par le propriétaire luimême, parce que celui-ct avait la possibilité d'en tirer plus que s’il les avait prêtés ; ils ont donc été en concurrence avec les capitaux que l’on prête ; cependant, on ne peut parler d'offre et de demande pour des capitaux qui n’ont pas été prêtés (1).
De plus, dire que le taux réel de capitalisation est celui qui assure légalité de l'offre et de la demande,
(1) Landry : L'intérêt du Capital
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c'est insufhsant (1), car cela n'explique pas comment se fixe l'intérêt; ce qu'il faut indiquer, ce sont les causes qui modifient l'offre et la demande des capitaux ; différents faits semblent les déterminer : nous en entreprendrons l'énumération.
C’est d'abord la puissance d'épargne, secondée par de bonnes institutions de crédit pour faciliter cette épargne et lui ouvrir des débouchés : grâce à
(1) D’après M. Georges Robert (Thèse : Lyon, 1902), les variations de l'offre et de la demande donnent naissance à six situations : trois par l'élévation de l'intérêt pur, et trois par sa diminution. Lors d’une élévation du taux de l'intérêt DRE Op. ro:
19 Ou bien la demande a augmenté dans de plus grandes proportions que l'offre ;
20 Ou bien la demande est toujours la même, mais c’est l'offre qui a baissé, par suite d’un ralentissement ou d’une destruction de l'épargne ;
30 [l est également logique de conclure que l'action simultanée, que la concurrence de ces deux faits : raréfaction de l'épargne, augmentation de la demande, aurait pour effet de faire monter l'intérêt pur à un taux encore plus élevé.
Lors d’une diminution du taux de l'intérêt à 4, 3 p. 100, nous trouvons les trois situations inverses :
10 La demande a baissé, alors que l'offre reste constante;
20 La demande reste stationnaire, mais l'épargne s'accroît et l'offre augmente;
30 La demande diminue en même temps que l'offre augmente. C'est l'explication de la baisse de l'intérêt qui s’est produite chez les nations riches de l’Europe à partir de 1875.
Mais, ainsi que le fait remarquer M. Robert, l'énumération de toutes ces situations nous donne la description, non la cause intime des phénomènes de hausse ou de baisse du taux de l'intérêt.
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elle, une masse de capital disponible se formera où les entreprises nouvelles pourront venir puiser au fur et à mesure de leurs besoins. Le but de ceux qui épargnent est, eneffet, de « placer » leurs économies, c'est-à-dire de renoncer à consommer pour transférer ce pouvoir de consommation à d’autres qui l'utiliseront de manière productive; notre époque offre à ceux qui veulent faire des placements mille ressources inconnues jadis ; en 1815,on ne comptait que 5 valeurs cotées à la Bourse de Paris ;en 1869,on encompte déjà 402; on en compte aujourd’'huiplusde mille, sans parler des centaines d'autres cotées dans les départements ou dans les Bourses de l'étranger. Toutes les entreprises industrielles ou financières, sous la forme de Sociétés par actions, les opérations agricoles ou foncières par l'intermédiaire des Sociétés de Crédit foncier; enfin, et surtout, les emprunts continuels des Etats sont autant d'occasions offertes au public épargnant.
L'influence et la puissance d'épargne se fera sentir alors et modérera la tendance à la hausse du taux de capitalisation qui se produirait sans elle en présence du besoin, sans cesse croissant, de capitaux qui se manifeste de nos jours: on a calculé que les emprunts faits par les Etats ou les Sociétés se sont élevés, dans les trente dernières années, à une moyenne de 10 milliards et de 20 milliards pour les années 1902 et 1903 (1)
(1) Gide: Principes d'Economie politique. Note : page 645:
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L'offre des capitaux dépend aussi du degré de sécurité dont ils jouissent.
Dans les Sociétés de civilisation ancienne, les conditions générales de sécurité manqueront, faute de police, de tribunaux impartiaux et de lois régulièrement appliquées; aussi, loin de s'offrir, les capitaux s'enfouiront dans une thésaurisation stérile.
L'offre des capitaux dépend encore de la productivité même des capitaux : or, cette productivité varie suivant les sociétés et suivant les âges d'une même société.
Si on se trouve dans une société naissante, dans un pays neuf doté de toutes les ressources naturelles, mines à exploiter, terres à défricher, mais où tout reste encore à créer, les capitaux seront très productifs (1), et ceci s'explique facilement, car le capital n'aura que le choix dans les très nombreuses entre-
(1) C'estce que constatait M. Robert dans sa thèse précitée : « Aussi ne devons-nous pas nous étonner de l'élévation du taux de l'intérêt des prêts fonciers en Tunisie et en Algérie, à la Martinique et à la Guadeloupe, en Indo-Chine. Dans ces contrées neuves, servies par un climat exceptionnel, les terres produisent sans engrais d’abondantes récoltes, souvent même de doubles récoltes, procurent de grands profits. » Et il cite le cas suivant : « Le taux est de 9,20 pour les prêts faits à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Réunion par le Crédit foncier colonial. Cette Société créée en 1863, pour prêter aux propriétaires de ces trois colonies, a fait des près depuis son origine jusqu'au 31 décembre 1882 pour une somme totale de 52.372.500 francs ».
Ces détails sont indiqués par Josseau : (Traité du Crédit foncier, 3° édition, tome IT, p. 136].
— 23% prises qui s'offriront. Il s'adréssera naturellement en premier lieu aux plus fructueuses. A l'inverse, dans un vieux pays, les capitaux multipliés par l'épargne seront abondants et ne trouveront pas d'emplois aussi rémunérateurs que dans les pays neufs, car les entreprises à gros profits ayant été pourvues les premières, les capitaux devront s'adresser aux emplois à productivité minima, ce qui pèsera sur le taux de capitalisation.
De même encore, la productivité du capital sera grande à certains âges des sociétés, à la suite des grandes découvertes, par exemple, où tout sera à transformer.
Sous le bénéfice de ces explications, il est vrai de dire que le taux decapitalisation est fixé par l'offre et la demande.
C'est cependant encore insuffisant que de représenter de la sorte la détermination du taux de l’intérêt et, selon l'expression de M. Leroy-Beaulieu (1), il semble possible de dégager « un élément régulateur » du taux de l'intérêt dans les sociétés civilisées.
La recherche de cet élément régulateur nous amènera à exposer les motifs économiques qui concourent à déterminer le taux de capitalisation.
Un des premiers motifs à citer, est la variation des besoins dans le temps (2). En ce qui concerne les
(1) Leroy-Beaulieu : Traité théorique et pratique d'Economie Politique, tome IT, chapitre VII.
(2) Landry : L'intérêt du capital.
so individus, les besoins vont plus souvent en diminuant qu’en augmentant.
L'homme qui commence à avoir des biens à lui, verra ses besoins grandir à mesure qu'il se mariera, qu'il aura des enfants, et que ses enfants grandiront.
Mais, à vrai dire, la croissance de ces besoins n'aura pas une influence considérable sur la capitalisation, tant que ces besoins resteront normaux et prévisibles.
Là où la variation des besoins se fera sentir surtout, ce sera au cas où cette variation sera imprévue, accidentelle : un événement peut, en effet, contraindre brusquement à des dépenses considérables ; il faudra alors avoir recours à l'emprunt.
Ceci s'applique à plus forte raison en ce qui corcerne les Etats : ceux-ci peuvent être amenés à faire des dépenses d'ordre productif : pour construire des chemins de fer, creuser des canaux ; ils peuvent encore être obligés d'emprunter pour faire face à des besoins soudains, une grande guerre, par exemple.
On voit alors l'influence dela variation des besoins sur le taux de capitalisation ; celui-ci aura une tendance à être, d'autant plus élevé que l'intensité du besoin d'emprunter sera plus forte.
Un autre facteur important est la sécurité du prêt.
Il est clair que les détenteurs de capitaux hésiteront à s'en dessaisir, lorsqu'il y aura quelque incertitude de remboursement ou de paiement des intérêts. Cette insécurité peut tenir à la personne qui emprunte : celle-ci peut ne pas présenter des garanties suffisantes de solvabilité ; il est alors évident que
moe pour compenser cette insécurité l'intérêt exigé sera plus élevé : ceci est, toutefois, un cas particulier sans grande influence sur la question qui nous occupe (1).
Mais le défaut de sécurité des prèts peut proyenir de causes beaucoup plus générales : elle peut dépendre du temps et du lieu.
Ainsi que nous l'avons déjà vu, dans les sociétés primitives, les transactions ne sont pas suffisamment garantie par les lois. De plus, l’argent y est encore peu abondant, et ceux qui en possèdent, préférent thésauriser ; tant qu'ils ne l'emploient pas productivement, l'élévation même très forte du taux de l’intérêt ne vient pas à bout de cette abstention ; l’usure intervient alors et une classe spéciale de prêteurs, se crée qui consacrent leur activité, aidée de l'absence complète de scrupules. à faire rentrer les prêts échus, qu’ils avaient consentis à des taux usuraires et garantis préalablement par des gages évalués audessous de leur valeur (2).
(1) L'Etat peut aussi, suivant sa politique financière, intérieure ou extérieure, exercer une influence énorme sur l'épargne d’un pays. De nos jours, les attaques répétées et continues contre le capital et ses détenteurs, les projets d'impôts sur le revenu ont provoqué un exode des capitaux. L'impérialisme, en Angleterre, aux Etats-Unis, la tension des rapports diplomatiques en Europe, ont augmenté, dans une large mesure, les dépenses militaires des Etats et ont eu pour résultat de ralentir la formation de l’épargne.
(2) Autrefois, pendant toute la duree du moyen-âge, la sécurité fut très faible. En 1188, tous les croisés furent dispensés de payer l'intérêt de leurs dettes particulières et
Le taux de capitalisation est encore iniluencé par l'organisation du crédit. Dans un pays où les institutions de crédit seront largement développées et solidement établies, il y aura de grandes facilités à se procurer des capitaux ; les divers prêteurs seront alors mis en concurrence, l’emprunteur en bénéficiéra.
Cette concurrence entre prêteurs ne se produira pas d’ailleurs seulement entre les grands établissements de crédit, mais encore entre les prêteurs particuliers. Les perfectionnements de l'organisation du commerce des capitaux, l’éducation financière du public, de plus en plus avancée, favorisera cette lutte entre les prêteurs (2). La création des bourses de
obtinrent un délai de trois ans pour s'acquitter du principal. Des mesures analogues furent adoptées contre les juifs et les usuriers en 1223, en 1220, en 1331, à la demande formelle de la noblesse. Le taux de l'intérêt, à cette époque, où les questions de parti et de religion pénétraient les questions économiques, où les lois et l'administration, non seulement ne protègeaient pas l'exécution des engagements, mais encore les violaient, monta très haut, par suite des risques courus par les prêteurs.
(2) Le XIXe siècle a vu se réaliser des progrès énormes dans les placements rapides et faciles ; les occasions de placement qui, autrefois, manquaient et obligeaient beaucoup de gens à thésauriser, s'offrent à tout venant : ceci s'applique surtout si l’on veut se contenter d’un intérêt modique. Les nombreuses caisses d'épargne, les caisses postales, l’accroissement énorme des valeurs mobilières, les émissions d’emprunts publics ou municipaux, les toutes petites coupures de ces titres qui descendent jusqu’à 100 francs, la variété des Sociétés anonymes, la diversité des actions et obligations,
commerce multiplie le nombre de ces prêteurs elles leur permettent de réaliser ou de transmettre très facilement leurs créances. La disposition à prêter sera, en effet, plus générale, la crainte d’avoir besoin de réaliser rapidement, pour une cause imprévue, disparaît, car le marché des bonnes valeurs, toujours largement ouvert dans un pays prospère, permettra une réalisation facile, rapide et sans perte.
Ces circonstances permettront la concurrence entre les prêteurs, lutte qui sera d'autant plus vive que le pays sera plus avancé et plus riche, ce qui tendra à déprimer le taux de capitalisation ; cette dépression sera toutefois compensée par la lutte inverse entre les emprunteurs, qui, pour les mêmes raisons, sera très ardente.
La durée du prêt est encore un nouvel élément de variation du taux de capitalisation. Les prêts à courte échéance se font, en général, à un taux plus élevé ; par exemple, l’escompte du papier de commerce.
Ceci s'explique, car la durée du prêt contribue beaucoup à la productivité du capital prêté.
Les prêts, pour quelques mois, et surtout ceux où le prêteur a la faculté de retirer son argent quand il le désire, ne sauraient assurer un gros intérêt.
les assurances sur la vie et leurs combinaisons, les grandes Banques et leurs succursales, la coopération appliquée à l'épargne constituent un appareil de crédit perfectionné qui encourage l'épargne et facilite pour toutes les classes de Ja société la formation de l'épargne et son placement.
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Ces derniers, d'ailleurs, ne peuvent être consentis que dans des cas limités, à des maisons de banque, par exemple, qui, pratiquant ces opérations sur une très grande échelle, sont assurées de ne pas voir au même moment tous. les prêteurs venir retirer leurs fonds et conservent ainsi toujours à leur disposition une somme moyenne importante.
Un emprunt contracté, pour une longue période, au contraire, permettra de tenter une entreprise fructueuse ; un usage très productif de la somme pourra être tenté, un intérêt élevé pourra être exigé de l’emprunteur ; celui-ci pourra entrevoir de nombreuses chances de réaliser des gains considérables avec son emprunt ; aussi, n'hésitera-t-il pas à payer l'intérêt demandé, même s'il est élevé.
La loi elle-même l’a reconnu et le Code fixait le maximum de l'intérêt commercial à 5 0/0 alors qu'il le limitait à 4 0/, en matière civile parce que les perspectives de gains étant plus grandes dans le premier cas l’emprunteur peut plus facilement payer cher son emprunt.
C’est aussi, en partie la raison pour laquelle le loyer de l'argent est plus élevé dans les pays neufs, car les entreprises sont plus productives, les chances de bénéfices plus nombreuses. De même, encore, le taux de capitalisation s'élève dans Îles périodes de grand essor commercial ou industriel et de spéculation ardente; quand tous les emprunteurs où même tout le public sait par expérience que les diverses entreprises sont une source de profits considérables.
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La plupart des gros emprunteurs, les Sociétés par actions, les Etats paient l'intérêt de leurs emprunts le plus fréquemment possible et dans les conditions les plus faciles pour le public ; c'est que la fréquence de ces paiements, la commodité avec laquelle ils sont perçus et la garantie de leur ponctualité sont encore des conditions quiinfluent sur le taux de l'intérêt, ilest évident que toute une catégorie de prèteurs éventuels, peu au courant des affaires qui hésitaient à placer leurs économies et préféraient thésauriser n'auront plus les mèmes motifs de le fai:e si l'emprunteur offre des intérêts payés à termes absolument fixes et rapprochés, souvent au domicile même du prêteur, ainsi que cela sc pratique quelquefois en Angleterre et aux Etats-Unis où certaines Sociétés envoient à chaque porteur de titres nominatifs le montant de l'intérêt qui lui est dü, par un chèque (1).
Il est encore un ordre de faits qui influent sur les rendements des capitaux: ce sont les nouveaux emplois qui viennent, s offrir à eux.
Ces nouveaux emplois peuvent résulter des méthodes, nouvellement inventées qui permettent d'obtenir des objets déjà connus mais à meilleur marché ou de meilleure qualité ou d'assurer certains services dans de meilleures conditions , dans une industrie par exemple, un outillage nouveau assurera une
(1) Ce fait est cité pàr M. Leroy-Beaulieu. Traité d'Economie politique, nage 134, tome 11.
exécution plus rapide et plus parfaite des produits ou encore, une méthode nouvelle de fabrication, permettra d'employer les matières premières autres et meilleur marché que celles dont on se servait précédemment.
Ces inventions permettront au capital de s'employer dans des cas nouveaux et plus productifs ; mais 1lest aussi des inventions qui « font connaître aux hommes des biens nouveaux, et les leur font desirer, qui encore, font naître chez l’homme des besoins nouveaux, font sortir, du moins, davantage les besoins des hommes de l'indétermination primitive, et créent des spécifications nouvelles de nos besoins généraux » (1).
Le taux de l'intérêt sera inffuencé par ces causes: il a une tendance à s'élever dans les périodes qui suiveut les grandes inventions. Mais ce ne sont pas toutes les inventions qui ont cet effet, il en est, qui dénotent un merveilleux esprit d'ingéniosité et qui n’ont cependant qu'une portée pratique très relative.
D’autres, au contraire, ont unetres grande répercussion, sur les procédés industriels par exemple; celles-là affectent de manière très sensible le marché des capitaux.
Dans une époque progressive comme la nôtre, c'est fréquemment que de semblables inventions ont été faites, et à chaque fois de nouveaux champs d'application se sont offerts aux capitaux ; le taux de
(1) Landry : L'Intérêt du capital, chapitre X; paragraphe 154.
nn capitalisation en a subi très sensiblement l'influence ; l'application de la vapeur comme force motrice en est un exemple frappant: les immenses perfectionnements pratiques, auxquels a donné lieu cette découverte, ont créésoudainement un besoin considérable de Capitaux (1) qui ont trouvé ainsi des emplois très rémunérateurs, car Île capital donnera naturellement un intérêt élevé lorsqu'il pourra être employé très productivement, et c'est là que nous touchons à la cause principale déterminant le taux de l'intérêt, d'après M. Leroy-Beaulieu, à « l'élément régulateur », savoir la productivité des entreprises nouvelles.
« La circonstance (2) qui influe le plus sur le taux de l'intérêt dans les pays civilisés, dit-il, où les capitaux sont en général recherchés et prêtés pour des œuvres productives, c'est Îa productivité moyenne des capitaux nouvellement formés et les perspectives de productivité des capitaux disponibles ».
Les capitaux d’ancienne formation sontemployés : ils servent à l'exploitation des usines, à l'achat d'outillage, à l'instailation de perfectionnements ou
d'améliorations ; mais ces anciens capitaux, qui ne
(1) La découverte de la machine à vapeur, sa généralisation pour les transports sur terre et sur mer a fait naître sur les marchés du monde civilisé une demande de capitaux qui, depuis 1840, a été évalué à 20 milliards environ.
(2) Leroy-Beaulieu: Traité théorique et pratique, tome II, page 138.
sont pas disponibles, n'influencent en rien le taux actuel de l'intérêt.
Le taux d'intérêt dépend alors de la productivité moyenne des nouveaux capitaux, etil a une tendance à s'élever lorsque les capitaux peuvent s’employer très productivement ; c’est ce qui arrive dans certains pays.
19 Les pays neufs qui sont favorisés par la nature; car toutes les œuvres maîtresses de la civilisation y sont encore à faire et que ce sont elles qui rendent la plus grande somme de service social par rapport au travail employé.
20 Les vieux pays lors d’une grande découverte susceptible de nombreuses et fructueuses applications : l'application de la vapeur comme force motrice, par exemple, dont nous parlions déjà tout à l'heure.
Mais continue M. Leroy-Beaulieu (1) il est une erreur dans laquelle il faut se garder de tomber: c'est celle qui consiste à confondre la productivité matérielle des capitaux et leur productivité économique ; la première désigne le nombre des unités produites, la seconde c'est leur utilité même.
Dans l’industrie mauufacturière, la productivité matérielle se soutient à mesure que l'on emploie de nouveaux capitaux, mais la productivité économique, c'est-à-dire l'utilité produite a une tendance à diminuer au-delà d’une certaine quantité de produits.
(1) Leroy-Beaulieu. — Traité théorique et pratique, page 144.
L'exactitude de cette proposition se vérifie pratiquement lorsqu'un producteur est contraint de baisser les prix pour trouver des acheteurs, quand la production d'un article augmente considérablement.
Cette baisse de prix est imposée par la loi de l’utilité décroissante au-delà d’un certain degré de satisfaction, loi dégagée par l'école autrichienne (1), et tend à réduire les profits : c'est ce qui s’est produit pour certaines industries; notamment celle du coton. La production du coton tend à s'accroitre à ce point que l'écoulement de la marchandise est devenu difficile; ceci vient de ce que la quantité de coton nécessaire pour la confection d'objets utiles à l'homme a été très largement dépassé, à partir de ce moment les prix ont dû baisser car le public n’était plus disposé à payer les mêmes prix que lorsque ces objets étaient de première nécessité.
Cet exemple confirme la règle d’après laquelle, au-delà d'un certain degré de satisfaction, la disposition à faire des sacrifices pour se procurer un surcroît d'objets de même catégorie s’affaiblit, et il faut de toute nécessité que les prix baissent. Le bénéfice se mesurera au service rendu à la société par celui qui met en œuvre les capitaux ; or, plus ces bénéfices sont élevés en moyenne dans une période, plus les capitaux sont recherchés; plus les hommes entreprenants, entrevoyant de larges profits sont disposés à bien rémunérer les capitaux qu'ils empruntent, plus le taux de l'intérêt sera élevé.
(1) Bühm-Bawerk, principalement.
Nous venons de voir que le taux de capitalisation dépend de la productivité des entreprises nouvelles, mais c'est là rapprocher deux notions : l'intérêt et le profit, sur le rapport desquelles des théories diverses ont été construites. Le capitaliste et l'entrepreneur, dont on est convenu d'appeler la rémunération « le profit », ont-ils des rôles très différents : la distinction de l'intérêt et du profit est-elle très nette. C'est ce que nous allons étudier dans une troisième section.