‹ De l'Élévation récente du taux de capitalisationChapitre 8 sur 25 · RO · texte numérisé non relu

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la grande majorité des cas, l'hégémonie du capital est absolument incontestable.

Les apanages de la collectivité capitaliste sont aux nombre de deux: le droit à la reconstitution financière ou amortissement; le droit au profit. Nous n'y ajoutons pas l'intérêt simple dérivé du profit, dont les économistes modernes, beaucoup moins avisés que les canonistes et les anciens, ont cherché à faire, sans y réussir d’ailleurs, une catégorie distincte (1).

En ce qui concerne l'amortissement, le capitaliste n'y voit que la simple prime d'assurance contre Île risque de disparition de son avoir. Mais pour le profit, la question se présente tout différemment.

« Le profit est un capital et dans les habitudes financières modernes, ilest calculé par rapport à lui: c'est ce qui a lieu, lorsqu'on dit : le rendement de telle affaire est de 10, 20, 30 pour 100 du capital engagé; dans les Sociétés anonymes, on est obligé de le diviser pour le répartir au prorata des apports des actionnaires, d’où son nom de dividende. »

Les affaires ne se fondent, n'existent et ne continuent que par la perspective ou la réalisation d’un profit. Dans l'hypothèse contraire, la vie économique est tout simplement suspendue ou détruite.

Mais d'ou vient le profit?

L'explication qu’on en peut donner n'a rien de subtil, et c'est bien à tort qu'on en fait une sorte de

(1) M. Brouilhet : Précis d'Economie Politique, p. 686

LS ie question mystérieuse. On peut ramener à trois causes spéciales, l'existence du profit.

A). — La première est la spéculation.

Du cultivateur au puissant financier, en passant par le commerçant et l'industriel, tout homme d'affaire indépendant achète pour vendre et c’est entre ces deux opérations que s'établit la marge qui révèle le bénéfice ou la perte. La rémunération est calculée proportionnellement au capital nécessaire à l'acte spéculatif et elle a d'autant plus de chances d’être constante et élevée que le capital mis en œuvre est lui-même considérable.

B). — La deuxième, c’est la propriété.

Cette cause du profit, c'est non la propriété des capitaux ou de la terre, mais la propriété de l’idée. Une affaire qui repose sur une idée neuve, réalisant par hypothèse un progrès sur les données courantes, est nécessairement plus productive que les affaires anciennes similaires.

Quiconque dispose d’une idée neuve et des moyens de la mettre en action, ou peut la céder, réalise des profits dont le montant est le produit de la valeur relative de l'idée nouvelle multipliée par le nombre de ses applications. Mais l’idée demande à être pro— tégée, sa nouveauté même et le secret dont elle est entourée ne suffisent pas; aussi des moyens moinsimparfaits et moins éphémères ont été substitués ; la protection juridique connue sous le nom de propriété sndustrielle.

LANCE C'est la base de l'industrie actuelle à l'exclusion de la concurrence. Les bénéfices sont un prélèvement sur l'effet, utile et général, que l'idée a introduit dans la production ; ils se répartissent entre l'inventeur et les metteurs en œuvre : ce sont surtout ces derniers qui retirent un rendement important des idées nouvelles et non les inventeurs ou Îles savants dont l'œuvre est gratuite ; le capital draine ainsi une fraction des plus importantes des effets généraux, des progrès techniques et scientifiques qui, d’ailleurs, ne se matérialiseraient pas sans lui. Certains économistes ne rattachent l’idée de profit qu'aux inventions non brevetables. M. Brouilhet, ne voit pas la nécessité de faire cette restriction ; en effet, l’industrie moderne, en fait, étant placée sous le régime de la propriété : une des conséquences de ce régime est le profit industriel.

C). — La troisième cause du profit est de beaucoup la plus importante : c'est l'organisation industrielle.

M. Brouilhet constate, en effet, que le monde des affaires vise à la concentration et à l'intégration et par elle au monopole ;il ne se laisse plus dissocier par une trop ardente concurrence ; le but, en agissant de la sorte, est la réalisation sûre du profit par une cause qui s'ajoute ou se substitue aux procédés précédents (spéculation et invention).

L'ardeur avec laquelle est recherchée dans le monde des affaires, toute possibilité de s'organiser entre concurrents est bien la preuve que c'est dans

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l'organisation que doit être cherchée la cause principale du profit.

L'organisation est le mot d'ordre de l'industrie moderne, la lutte a bien changé de terrain, ce n’est plus la lutte stérile entre affaires similaires, mais un effort constant pour régenter entre elles les effets de la concurrence et défendre, contre les forces extérieures, les résultats acquis. Le succès est nécessaire à l'existence et à la permanence des profits, la désorganisation est un désastre, car elle aboutit à la dislocation du groupe pour le seul avantagedes sroupes opposés de vendeurs ou d'acheteurs.

D'après l'école marxiste, le prélèvement opéré dans le contrat de travail, sur le rendement utile de l’activité ouvrière, serait la cause exclusive des profits. M. Brouilhet fait remarquer que cette théorie pourrait être exacte sous un régime de concurrence dans lequel les industriels, ne pouvant rien prélever Sunileurs vendeurs, et leurs acheteurs, ne pourraient effectuer de prélèvement que sur le rendement du travail ouvrier.

Elle ne s'adapte plus au monde industriel contemporain où dominent les idées de propriété et d'organisation. Assurément,le capital ne verse pas au travail tout le résultat utile de l’œuvre commune;il ne le pourrait pas ; mais, au fur et à mesure que le régime contractuel l’emportera dans l'industrie, collectivité ouvrière ét collectivité patronale seront plutôt des alliées vis-a vis des vendeurs et des acheteurs de l'affaire commune, que des combattants : ce sera

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au moins leur intérêt de comprendre ainsi leurs rapports.

On peut dire qu'il se livre de nos jours, autour du profit et de ses causes, une bataille confuse dont il est intéressant de suivre les péripéties. Dans la pratique, l’idée d'organisation est incontestablement en progrès, toute organisation capitaliste doit évidemment compter avec les organisations similaires concurrentes et les collectivités ouvrières, mais il reste toutefois au capital une grande force : jamais il ne se trouve à l'état de surproduction par rapport aux besoins que l’on peut avoir de lui ; l'organisation que la civilisation a réalisé de lui s'appelle : le crédit. Tel qu’il a été organisé actuellement, le crédit permet aucapital,sipetitsoit-1l,de trouver unegarantie contre toute déperdition et une participation plus où moins élevée aux profits généraux du capital disponible.

Cette théorie” dumpront une fois étavlre, Ne Brouilhet montre (1) que, parmi les capitalistes, les uns recherchent le profit et à cet effet font contribuer directement leurs disponibilités à la vie économique ; d'autres,au contraire,se contente de la situation de simples prêteurs et confient leurs capitaux à d’autres personnes qu’ils chargent de les faire fructifier.

Ils se contentent de la perception d'une rémunération forfaitaire et périodique : l'intérêt.

Et c’est là que M. Brouilhet assimile les deux notions de l'intérêt et du profit « Malgré ces diffé-

(1) Précis d'Economie Politique page 692

rentes modalités, écrit-il (1), nous ne pensons pas qu'il faille voir, dans l'intérêt, une rémunération distincte du profit, ni une catégorie économique spéciale qui serait de l'essence du capital. » Il n'admet pasl’indépendancedela notion de l'intérêt. « L'intérêt n'est qu'un résidu, une sorte de profit minimum, extrèmement réduit, d’ailleurs, par rapport au profit réalisable et convrant à peine, dans bien des cas, les risques courus ».

M. Brouilhet ne peut admettre l'indépendance de la notion de l'intérêt, encore moins faire de cet élément un produit naturel du capital, c'est une simple participation au résultat des campagnes actives et fructueuses qu'entreprend le capital. Et on en arrive alors, conformément d’ailleurs aux lévisiaticns de l'antiquité et aux doctrines médiévales à voir dans l’intérêt,non la rémunération régulière du capital, mais comme une exception, et à renoncer en particulier àtoute idée d’intérêt légal.

Si l’on étudie les tendances’ très caractérisées à l’époque contemporaine, des capitalistes on constate une propension au faire valoir direct. On tend ainsi de plus en plus à se passer de la notion de l'intérêt proprement dit. Les capitalistes tendent de pius en plus àtirer parti eux-mêmes de leurs capitaux; ils ne poursuivent plus autant la simple opération de prêt d'argent ; cette situation est laissée aux timides,

(1) Précis d'Economique Politique page 693.

dite aux moins entreprenants. Les capitalistes s'associent il est attribué à chacun d'eux un nombre d’actions proportionel à ses apports, actions qui participent directement aux profits de l’entreprise.

Les fluctuations du taux de l'intérêt ne sont alors qu’une conséquence atténuée de celui des profits, et c'est l'augmentation générale et mondiale de la facilité des profits qui explique les phénomènes de capitalisation plus élevés des grands fonds d'Etat. Le taux de capitalisation, en général, ne sera que Île reflet du taux général des profits ; dans Îles périodes de profits faciles et élevés, — et nous traversons actuellement une de ces périodes, — le taux de capitalisation tendra à s'élever.

Il faut donc se garder de voir dans les mouvements du taux de l'intérêt, une cause de ceux du taux des profits, attendu que le rapport vrai desévolutions est absolument l'inverse.

Or, tous les capitaux qui produisent un profit, « ou sa dérivation : l'intérêt, sont l'objet d’un phénomène d'évaluation) (1). — « Cette évaluation est appelée capitalisation : elle consiste à attribuer un prix au capital lui-même, d’après son rendement. Ce rendement, n'étant jamais d'une absolue sécurité, la fixation du prix des capitaux reflète les incertitudes de la situation de fait, et obéit à des causes très diverses et en partie psychologiques. Il est difficile de fixer ses règles, autres que celles de la prudence, qui conseille de ne pas escompter avec trop d'anticipation

(1) M. Brouilher, Précis d'Economie Politique, page 605.

des résultats toujours problématiques des affaires. Ce conseil n'étant d’ailleurs jamais écouté, on assiste constamment à des surcapitalisations dues à un optimisme irréfléchi.

D'autre part, l’organisation de l'industrie par concentration ou intégration, vise précisément à justifier ces capitalisations excessives et peut, en réalité, y réussir dans la mesure où elle crée un monopole. Au-dessous du taux de capitalisation de chaque affaire, il existe aussi un taux d'ensemble, ou plutôt des tendances générales : elles ne sont que le reflet du taux général des profits. En temps de profits élevés, le capital plus exigeant tend à une capitalisation plus avantageuse, qu'on appelle, improprement la hausse de l'intérêt. L'hypothèse inverse‘peut également être faite.

Il résulte de la cessibilité des capitaux et de la formation des prix, en vue de leur cession, que le capital devient lui-même un élément de marché, comme le travail ou les marchandises. C’est un phénomène très curieux et grandissant dans notre économie moderne. Le capital draine lui-même des profits, mais au-dessus de lui, d'autres capitaux qui agissent visà-vis de lui, comme il agit lui-même vis-à-vis des marchandises et du travail, le considèrent à leur tour comme un moyen de profit. »

Nous avons ainsi présenté avec quelque développement la théorie du profit et de l'intérêt de M. Brouilhet : Nous croyons y voir une explication du phénomène qui nous occupe : l'élévation du taux de

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capitalisation serait la conséquence de la plus grande facilité des profits. Nous nous contenterons d’indiquer ici seulement cette idée, à laquelle nous nous attarderons plus longtemps lorsque nous rechercherons « les causes » de l'élévation du taux de l’in—

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