DISCUSSION ET INTERPRÉTATION
Nous allons reprendre, l’un après l’autre, chacun des éléments urinaires que nous avons dosés.
Nous verrons tout d’abord les recherches qui ont été effectuées par nos prédécesseurs ; puis, étudiant nos chiffres personnels, nous les discuterons et essayerons de les interpréter cliniquement. Nous comparerons ensuite nos résultats avec ceux trouvés
antérieurement et nous en tirerons des conclusions.
Nous commencerons par les caractères généraux
des urines : volume et densité.
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$ 4. — Volume et Densité
RÉSULTATS ANTÉRIEURS : lolyurie et diminution de ‘la densité dans la tuberculose pulmonaire et dans la tuberculose rénale.
RÉSULTATS PERSONNELS : Léoère polyurte à la période d'induration de la tuberculose pulmonaire et chez les tuberculeux rénaux.
Concordance de résultats,
Les variations de la quantité des urines au cours de la Tuberculose pulmonaire ont été. principalement étudiées par Robin. En 1894, il écrit que le volume des urines est généralement augmenté au premier stade de la phtisie, est normal dans. le second et diminué au troisième. Il admet, du reste, que Îles: exceptions à cette règle sont nombreuses.
Dans sa thèse, Iscovesco en 1903, trouve une augmentation de la quantité d'urine au début de la tuberculose et se demande sil existe un rapport entre la polyurie et telle ou telle particularité de la maladie. Il signale, en particulier, une polyurie prétuberculeuse hydrique ou phosphaturique, cette dernière pouvant monter jusqu'à 6 litres d'urine par 24 heures, I note cependant, qu’en cas de fièvre ou de complications de tuberculose intestinale ou g'énéralisée, la polyurie Ro être remplacée par de l'oligurie.
Pour la tuberculose rénale, les auteurs, qui ont étudié les variations du volume urinaire chez ces malades, concluent à de la polyurie oscillant en moyenne entre 1600 cc. et 2100 cc.
Les urologistes sont à peu près tous d'accord pour signaler la diminution de la densité chez les tuberculeux pulmonaires comme chezles tuberculeux rénaux.
Si nous prenons maintenant nos résultats personnels, nous constatons que l'élimination urinaire moyenne au premier stade de la maladie est de 1450 cc., qu'elle descend à 1100 cc. pour la période de ramollissement et qu'elle tombe à 900 ec. à la fin de la maladie : ce qui nous donne une moyenne générale pour la tuberculose pulmonaire de 1150 cc.
Si donc, au point de vue absolu, nous trouvons une quantité d'urine voisine de la normale, il n'en est pas moins vrai que la polyurie légère, indiquée dans la première période, est confirmée par nos recherches.
Dans la tuberculose rénale, notre moyenne est de 1690 cc. : donc ici encore, polyurie sensible.
Nous avons trouvé la densité diminuée. Nous sommes donc d'accord avec nos prédécesseurs.
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$ 2. — L’albuminurie chez les tuberculeux
Les résuliats antérieurs donnent une fréquence relative de l’'albuminurie chez les tuberculeux — Albuminurie prétuberculeuse — Constance de l’albuminurie chez les tuberculeux rénaux — Concordance de résultats.
L'albuminurie chez les tuberculeux, en dehors de toute lésion spécifique du rein, est connue depuis | longtemps.
Dès 1895, David a D Oue l'importance de l’albuminurie prétuberculeuse.
En 1903, Iscovesco a soutenu que bein des tuberculeux pouvait être dûe, soit à des lésions rénales : néphrites tuberculeuses ou tuberculineuses, soit à l'intoxication générale de l'organisme : albuminurie toxémique ; les quantités d'albumine qu'il a observées sont faibles en général et atteignent rarement plus de L gr. ou de 2 or. pour 24 heures.
Chauffard a trouvé une moyenne de 8 gr. d’albumine au litre chez un malade à qui on avait injecté . un demi- milligramme de tuberculine. Pour lui, l’albu- minurie serait élevée, oscillant entre 2 et 20 ST: aux
24 heures. | :
Teissier, puis Landouzy, Léon Bernard, Labbé et
Casteigne ont décrit une albuminurie prétubereuleuse
dont la quantité est variable entre 0 gr. 20 et 0 gr. 80 ; cette albuminurie est soit continue, soitintermittente.
Nous avons observé, pour notre part, l’albuminurie sept fois sur 80 ; ces cas se répartissent comme suit :
Tuberculose au l° stade : trois fois sur 26 :
— 0 gr. 30 aux 24 heures, chez un malade au début (obs. 7);
— 0 gr. 60 aux 24 Leures, chez un malade au début (obs. 9) ;
— 0 gr. 30 aux 24 heures, chez un malade en voie d'aggravation (obs. 26) ;
Tuberculose au 2° stade : une fois sur 26 :
— 0 gr. 80 aux 24 heures, chez un malade en voie d’aggravation (obs. 45) ;
Tuberculose au 3° stade : trois fois sur 24 :
— 0 gr. 60 aux 24 heures, chez un malade dont l'état est stationnaire (obs. 62) ;
— 1 gr. aux 24 heures, chez un malade en voie d'aggravation (obs. 72) ;
— 1 gr. 40 aux 24 heures, chez un malade en voie d’aggravation (obs. 73).
Chez nos 20 malades atteints de tuberculose rénale, nous avons toujours observé de l’albuminurie: 1 gr. 54 en moyenne d’albumine aux 24 heures.
De ces constatations résulte très nettement. la différence entre la fréquence de l’albuminurie dans la tuberculose rénale d’une part et la tuberculose pulmonaire de l’autre : constante dans le premier cas, elle n'existe que dans 8,7 °/, des cas, en ce qui concerne la tuberculose pulmonaire.
Dans cette dernière maladie, nous ne voyons pas l’'albuminurie augmenter de fréquence au fur et à mesure de son évolution, et nous avons observé la présence d'albumine dans les urines dès le début de l’affection. Has ta
Il semble que ce soient surtout des malades en période évolutive et dont l'état tend à s'aggraver qui présentent ce symptôme et les chiffres les plus élevés d’albumine s’observent en effet chez des sujets dont la tuberculose évolue rapidement. Cependant, notre statistique ne nous parait pas assez étendue pour nous permettre d'affirmer avec certitude cette opinion. |
En somme, nos résultats sont en concordance avec ceux de la majorité des auteurs qui ont étudié la question avant nous : : comme eux, nous trouvons une albuminurie peu intense, oscillant d'ordinaire autour de 0 gr. 50 et dépassant rarement | gr. aux heures. Bref, constance d'une albuminurie totale au cours de la tuberculose rénale, fréquence relative d’une albuminurie moins marquée au cours de la tubercu-. lose pulmonaire, existence de cette albuminurie dès | le premier stade de la maladieet peut-être en relation avec ses phases évolutives, tels sont les principaux points qui paraissent ressortir de cette étude.
$ &. — L’acidité urinaire
Les résultats antérieurs montrent de l'hypoacidité. Concordances de nos recherches avec celles de nos prédécesseurs.
De nombreux auteurs se sont occupés de la question de l'acidité urinaire. Nous citerons, en autres, les ouvrages de Grimbert, Nivel, Olivesco, Le Coat de Kerveguen, Nicolaïdi, Châtelain, Portik, H. Labbé et G. Vitry. Tous ces auteurs sont unanimes à signaler une chute importante de l'acidité urinaire au fur et à mesure des progrès de la maladie, alors
ment accrue. 2
L'acidité urinaire normale, exprimée en acide chlorhydrique, est en moyenne de 1! gr. 80 chez l’homme sain. Or, si nous examinons les résultats de nos analysés personnelles, nous trouvons, comme moyenne générale de la tuberculose pulmonaire,
gr. 23. Cette hypoacidité est encore peu marquée
au stade d'induration puisque le chiffre moyen est de 1 gr. 42, mais le taux baisse rapidement aux stades de ramollissement et de cavernes où nous obtenons respectivement les chiffres de l'gr. 16 et de 1 gr. 12. ;
Cette hypoacidité ne doit pas nous surprendre.
( . . eh AA ñ x qu'au premier stade l'acidité est normale ou légère-,
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Chez le tuberculeux pulmonaire, en effet, on admet d'ordinaire une exagération des phénomènes d'oxydation, une destruction rapide et complète des matériaux de la nutrition. Les acides dérivés de la destruction albuminoïde ne peuvent plus assurer la saturation des bases qui suralcalinisent le milieu sanguin. Donc, l'hypoacidité est sous la dépendance d'une désassimilation exagérée.
En résumé, l'hypoacidité est la règle chez les tuberculeux pulmonaires, surtout marquée aux périodes évolutives de la maladie. Nos résultats concordent encore avec ceux des auteurs précédents.
Nous n'avons pas dosé l'acidité chez les tuberculeux rénaux, car, chez ces malades, les urines sont souvent alcalines par suite de leur purulence et des fermentations auxquelles elles se trouvent soumises.
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$ A. — L'’élimination chlorurée
Résurrars ANTÉRIEURS : Dans la tuberculose pulmonaire, hypochlorurie pour quelques auteurs, hyperchlorurie pour la plupart d'entre eux.
Hyperchlorurie admise pour la tuberculose rénale.
RÉSULTATS PERSONNELS : //yperchlorurie absolue et relative aux 2 premiers stades, surtout au début
. el hypochlorurie à la période terminale de la tuberculose pulmonaire.
Chiffres normaux dans la tuberculose rénale,
Conezusions : Concordance de résultats avec la majorité des auteurs.
En 1874, Hébert signale l'hypochlorurie chez les
tuberculeux, surtout à la période terminale. Maignan
se range à la même opinion. Quant à Nicolas (Archives générales de Médecine, 1905), il dit qu'il y a hypochiorurie dans les tuberculoses apyrétiques, alors qu'au contraire il constate des décharges chlorurées à la période de déclin des poussées fébriles au cours de la tuberculose chronique.
Mais, beaucoup plus nombreux, sont les auteurs qui concluent à l'hyperchlorurie chez les tuberculeux.
En 1883, Burot note une élimination chlorurée de 17 à 18 gr., quantité dépassant le chlorure de sodium
Ingere.
Ronsin (Paris-1883), Stockwis, Guerder, Gautrelet remarquent une extrême augmentation des chlorures excrétés à la période d'apyrexie succédant à une poussée aiguë.
Pour Audiganne (Paris-1898), l excrétion chlorurée dépasse la normale au cours de l’évolution tuberculeuse et ne diminue qu’à la période cachectique.
Au congrès de la Tuberculose en 1905, Piéry et Dennéy concluent à une hyperchlorurie nette au début de la maladie, et au contraire à une diminution énorme du taux de l’excrétion chlorurée à la période terminale.
Lucet (Paris-1905) trouve que. les urines des te culeux au premier stade peuvent renfermer jusqu’à 17 gr. et 18 gr. de chlorures au litre et qu'ensuite la décroissance se ferait régulièrement au fur et à mesure des progrès de la maladie pour tomber à un taux. très bas au stade des cavernes. 6
. Enfin Claret (Paris-1908) aussi donne des chiffres analogues à ceux des auteurs précédents. |
Quant à la tuberculose rénale, les urologistes ont remarqué, depuis longtemps déjà, que l’excrétion chlorurée est fortement augmentée dans cette affection.
Bignon (Bordeaux-1905), dre sa thèse sur lhyperchlorurie des tuberculeux des voies urinaires, conclut à une perte journalière de 15 à 20 gr. de Nacl.
Les observations de la thèse de bicétel (Nancy- 1909) donnent des résultats analogues. |
En résumé, dans la tuberculose pulmonaire, ta: plupart des auteurs constatent de l’hyperchlorurie
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au début, de l'hypochlorurie à la période de cachexie. En ce qui concerne la tuberculose rénale, on est d'accord pour admettre que l’hyperchlorurie est la règle.
Nous avons trouvé, pour notre part, dans la tuberculose pulmonaire au 1‘ stade, une moyenne de 16 gr. 93 sur 26 cas :
Il'ya3 cas au-dessus de 20 gr. (maximum : 21 gr. 64).
Il y a 21 cas entre 15 et 20 gr.
Il ya3cas au-dessous de 15gr. (minimum : 12gr. 55).
La moyenne de l'élimination de 26 cas au 2° stade est de 14 gr. 48 : :
Il y a 6 cas au-dessus de 15 gr. (maximum : 16 gr. 75),
Il y a 20 cas entre 10 et 15 gr. (minimum : 10 gr. 60).
Au 3° stade, 24 cas nous donnent une moyenne de
Ilya2casau- dessus de 10 gr. (maximum : 11 gr. 30).
Il y a 21 cas entre 5 et 10 gr.
Un cas inférieur à 5 gr. présente une élimination de 4 gr. 21.
La moyenne générale de la chlorurie des tuberculeux pulmonaires est de 12 gr. 68.
Les 20 cas de tuberculose rénale nous ont donné
une moyenne de 10 gr. 94 :
4 cas sont compris entre 15 et 19 gr. (maximum : 18 gr. 34).
6 cas sont compris entre 10 et 15 gr.
10 cas sont compris entre 5 et 10 gr.
Il n’y a pas d'élimination inférieure à 5 gr.
Disons tout d’abord, avant d'interpréter ces résultats, que nous ne connaissons pas les ingesta de