‹ De l'éloquence judiciaire au dix-septième siècleChapitre 19 sur 49 · CHAPITRE XYIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIÏ

Los tuteurs au théâtre et au palais. Un tuteur limousin qui bat sa pupille et prétend diriger son cœur à coups de bâton. - On ne doit pas frapper une femme, même avec une Heur — Les oncles. — M. Thibault, conseiller au parlement de Rordeaux. — Un secrétaire du roi plus vieux et aussi avare qu'Harpagon. — La demoiselle Desbarals aime un officier de Lesdiguières. — M. le conseiller du Puy. — La demoiselle Desbarats aime, mieux demeurer dans les fosses de la Conciergerie que chez son oncle. — Celui-ci l'écarté du cœur et de la maison de son père. Un effet d'amour paternel in extremis. — Le conseiller Thibault dicte un faux testament en sa faveur. — On passe des images aux vérités quand on se sent mourir. — Une flatterie aux magistrats. — Sur les conclusions de M. Bignon, la Cour annule le testament en présence de M. Thibault, qui avait assisté à l'audience et entendu Lemaistre.

Les tuteurs jouent un grand rôle au théâtre, et ils le méritent ; ils gardent le cœur et disposent de la main de pupilles, toujours adorées et charmantes; ils veulent tourner vers eux des cœurs que la vieillesse éloigne et qui s'attachent autre part; à ce titre seul, leur place est marquée dans la comédie ; le moins qu'on puisse l'aire pour eux, c'est d'en rire et de laisser leur amour en plan, après cinq actes de persiflage, de précautions inutiles et de délicieuses trahisons1. Mais il leur arrive aussi d'être violents, emportés et cruels; ceux-là passent de la

' VÉcole des femmes.

comédie dans le drame, et ils y sont martyrisés par la plume aiguë des écrivains, l'audacieuse habileté des valets, la haine des pupilles, la vengeance des amants, le mépris du public. On en trouve des uns et des autres dans la vie réelle, où Molière et Beaumarchais sont allés les prendre ; ils se révèlent le plus souvent dans des procès, qui succèdent à leurs espérances déçues, à leur passion éteinte ou repoussée, à leur gestion violente ou frauduleuse. Lemaistre en a combattu un qui ne pourrait être mis au théâtre qu'en affaiblissant son rôle et en adoucissant sa brutalité. 11 était à la fois oncle, tuteur, amoureux, jaloux, vindicatif, et il s'appelait Charles Saoul, natif de Limoges ou d'Angoulême. Il était de condition médiocre et plus excusable que M. de la Souche de ne pas savoir comment on parle au cœur d'une jeune fdle. Il n'avait pas appris dans Térence qu'il est plus sûr de retenir les enfants par le devoir et par l'honneur que par la crainte1, ou dans Montaigne que toute contrainte est blâmable en l'éducation des enfants. Il aimait sa pupille et voulait en être aimé par force; mais le cœur de la jeune fille était allé chercher et avait trouvé par la ville un amant de son âge. Sa mère approuvait sa passion, et le tuteur, malgré son pouvoir, était certain de sa défaite. Prenant alors une route opposée à celle que suivent les affections raisonnables, il crut qu'en maltraitant sa pupille il aurait raison d'elle et la ferait changer d'avis et de cœur. 11 l'avait chez lui depuis six ou sept ans (presque aussi longtemps qu'Arnolphe avait eu Agnès). Je cède la parole à Lemaistre :• « Un jour il la chassa de sa maison lorsqu'elle était presque toute nue, lui retint seshardes et l'envoya chez Marie Fayoux, sa mère, mariée en secondes noces à un marchand nommé Limosin ; comme elle était allée le dernier jour de septembre dans un jardin ap-

1 Les Adelphes, acte Ier, se. re.

partenant à son beau-père, le tuteur la vint trouver, un bâton à la main. Il lui déclara civilement qu'il avait ouï dire qu'elle était fiancée avec Mallet, et qu'il la voulait épouser à l'heure même, en lui disant des injures insupportables, lui donna plusieurs coups de son bâton, la frappa de telle sorte, qu'il la fit tomber par terre, lui prit sa bourse, dans laquelle il y avait deux bagues d'or et une d'argent, et la laissa meurtrie de coups et portant sur son corps les marques de sa fureur. (Il n'y a personne sans doute qui n'abhorre une action si brutale, et néanmoins c'est ce que l'intimé appelle par ses requêtes instruire et remontrer à une fille. C'est là le style dont il se sert pour lui faire des remontrances. 11 lui parle avec un bâton, il s'explique en peu de paroles et en plusieurs coups, et, au lieu d'imprimer ses instructions dans son esprit, il les grave sur son corps1.) Cette pauvre fille, ayant été si cruellement traitée, alla se jeter entre les bras de sa mère; elle cria que c'est son oncle qui l'a réduite en l'état déplorable où elle était. Elle mêla ses larmes avec ses cris. Ce spectacle si triste aux yeux d'une mère la porta à sortir avec elle pour aller savoir de notre partie adverse le sujet qui l'avait poussée à outrager ainsi sa fille. Elle le trouve dans son logis, et, lui reprochant la cruauté dont il avait usé envers elle, elle lui demande quel pouvoir il avait eu de la battre.

Il répond par des injures; il la menace de la traiter de la même sorte, et, s'échauffant de colère par les reproches que la douleur et l'indignation tiraient deia bouche de cette mère et de sa fille, il prit un bâton et les mit aussitôt en fuite. Il les poursuit, il les frappe, et tout ce qu'elles purent faire dans leur fuite et dans la résistance qui est naturelle aux plus faibles créatures fut de lui jeter quelques pierres qu'elles ren-

1 Cette réflexion est pleine de finesse, et un tuteur qui s'explique en plusieurs coups sur le dos de sa pupille est peint de ce seul trait.

contrèrent sur leur chemin. Mais il leur lit sentir ce que peut un homme contre une vieille femme et une jeune fille. 11 ajouta de nouveaux outrages aux premiers, et, sans le peuple qui l'arrêta, il les eût portés jusqu'à un excès qui l'eût engagé dans une accusation criminelle et lui eût fait perdre plus que la tutelle de sa nièce. »

Le lendemain de ces outrages, la pupille rend sa plainte devant le lieutenant criminel d'Angoulème et demande permission d'informer des violences qu'elle a reçues. Le second jour, elle fait informer ; le troisième, elle obtient un décret de prise de corps; le quatrième, elle fait interroger son agresseur; le septième, elle est visitée pour la seconde fois. Les chirurgiens trouvent qu'elle était meurtrie en plusieurs endroits du corps, et elle fait condamner son tuteur à lui payer trente livres pour médicaments. On le voit, la guerre était allumée; Saoul, pour se venger des trente livres qu'il vient de perdre, et n'osant pas cependant recourir de nouveau au bâton, présente, le 5 octobre, au lieutenant général, une requête pour empêcher le mariage de sa pupille avec Mallet. Le lieutenant général, qui ne protégeait pas beaucoup l'innocence et qui n'y regardait pas de trèsprès, « fit défense à la fille de contracter mariage, à la mère d'y consentir, à tous notaires de passer aucun contrat, à tous vicaires et curés de la marier. »

La mère alors se décide à marier sa fille ; malgré l'ordonnance, elle réunit un oncle, deux cousins germains, d'autres parents ; le 18 octobre, on signe le contrat, les bans sont publiés et le mariage a lieu.

C'est ce mariage que le tuteur vaincu veut faire annuler, essayant même de présenter l'amant heureux comme un ravisseur. Lemaistre lui répond :

« Je demeure d'accord que l'autorité d'un tuteur est grande, et que, quand l'intimé l'exagérera, ce sera inutilement. Car je

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reconnais que les lois le font succéder en partie au droit que les pères ont sur leurs enfants. — Mais je soutiens que, l'intimé ayant outrage sa nièce delà sorte qu'il est justifié par les informations, elle était dispensée d'attendre son consentement. — Quoi ! sera-t-il permis a un tuteur de donner des coups de bâton à sa pupille sans autre sujet, sinon qu'elle est recherchée par un homme qui ne lui plaît pas?... C'est une injure très -odieuse de donner des coups de bâton à un homme; n'est-ce pas une insigne cruauté d'outrager une femme de cette sorte (si Lemaislre avait connu les lois de Manon qui défendent de frapper une femme, même avec une fleur, c'était le cas de les citer) , et une horrible brutalité d'exercer cette barbarie sur une fille de dix-huit ans ? Dieu a donné aux hommes la forcede l'esprit et du corps pour défendre les femmes. C'est pour elles qu'ils veillent dans la paix et qu'ils combattent dans la guerre... Ils font un point d'honneur de les protéger; ils vivent et meurent pour elles. . .

« Il n'y a point d'honneur à offenser celles à qui Dieu a donné pour partage la crainte et l'impuissance.

« Nullum memorabile nomen « Fœminea in pœna est. »

«N'est-ce pas le comble de la cruauté que d'outrager nonseulement une femme, mais une fille, d'exercer sa fureur sur la plus faible des créatures? C'est n'avoir ni tendresse ni courage ; c'est être sans cœur, c'est n'être pas homme... A-t-on ouï dire jusqu'à présent que des coups de bâton fussent des remontrances de tuteurs?... Un tuteur qui donne des coups de bâton à sa pupille conserve-t-il sur elle l'autorité de tuteur?... »

La question ainsi posée devait être résolue contre le tuteur, et elle le fut, le 22 novembre 1656, sur les conclusions de l'avo-

cal général Orner Talon. Il n'est pas dit qu'à la perte de ce procès ce tuteur se soit arraché un côté de cheveux.

Ce personnage avait bien quelques droits à être mis en scène, moins cependant que l'oncle dont j'ai à parler, et que Lemaistre va poursuivre avec une rare vigueur et une éloquence plus soutenue que de coutume. Ce qui complète la physionomie de cet oncle et le distingue un peu des autres oncles de théâtre, c'est qu'il était conseiller au parlement de Bordeaux et siégeait peut-être à la place qu'avaient occupée la Boétie et Montaigne.

Dans les premiers jours du dix-septième siècle, vivait et se mariait, à Bordeaux, un sieur Desbarats, secrétaire du roi et quelque chose de plus, car il avait amassé, en utilisant son argent, une assez grosse fortune. 11 avait cru se faire honneur en épousant la sœur d'un magistrat. Trente ans après son mariage, il avait quatre-vingts ans, et, en vieillissant, il n'avait pas cessé d'être avare. Ce vice, assez naturel aux hommes de finance, qui concentrent sur l'argent leur esprit et leur âme, augmente, en effet, avec l'âge. Térence, qui pensait beaucoup de bien des vieillards de son temps, est obligé d'en convenir ; il prétend, il est vrai, que c'est le seul vice qui gâte les vieillards :

« Solnm nnum hoc vitium adfert senectns hominibus; Attentions sinnus ad rem omnes, quàm sat est '. »

Mais qu'importe que ce soit le seul ou qu'il y en ail d'autres? il est certain qu'en nous rapprochant du tombeau nous avons un désir plus exclusif et plus ardent de posséder et d'accroître ce que nous allons perdre. Dieu, qui parfois se joue de nos fai-

1 Térence, les Adelphes, act. V, se. m.

blesses pour nous instruire, permet à la vieillesse cette fausse jouissance et ajoute ce supplice à la mort. Le sieur Desbarals était un de ces avares qui payeraient cher le bonheur d'assister à l'inventaire de leur fortune acquise et de leurs trésors entassés. — Il avait un tils imbécile et une fille qu'il ne mariait pas par avarice. — Son beau-frère, M. Thibault, le conseiller au Parlement, avait en partage un autre vice qui convenait à son âge et qui resserrait l'alliance de ces deux personnes, la cupidité. — Ce magistrat déploya, pour avoir la fortune de son beau-frère, un zèle, une habileté, des façons d'agir, des violences, des suggestions, qui durent affliger sa compagnie et lui faire perdre, avec son procès, la véritable richesse du magistral, l'estime d' autrui et la considération.

Il prépara longuement l'exhérédation de sa nièce, et, caressant chaque jour le penchant favori du vieillard qu'il voulait séduire, il parvint à étouffer sous l'avarice les plus doux sentiments de la nature. Il chercha et sut trouver un champ de bataille sur lequel le cœur du père et celui de la fille se rencontrèrent, sans qu'aucun d'eux voulût céder. La jeune fille aima sans permission et voulut épouser un jeune gentilhomme qifl venait de faire la guerre sous le roi lui-même, devant Montauban, et sous l'un des plus grands capitaines du siècle, le maréchal de Schomberg, devant Casai. Il avait reçu, au siège de Montauban, à côté de Lesdiguières, « un coup de pique dans le corps qui l'avait percé de part en part. » Cette blessure, qui paraissait, lui donnait ce prestige de la gloire qui fait battre le cœur des hommes et qui commande à celui des femmes; de plus il était jeune, et fils « de 31. du Puy, conseiller au parlement de Bordeaux, et de demoiselle Anne de Fayard, sortie de la maison de Fayard, l'une des plus illustres de Guyenne, arrière petite-fille de messire Pierre de Fayard, grand sénéchal et gouverneur de Périgord. » Ce 31. du Puy était un

magistrat d'un rare mérite1. Le roi l'avait appelé, dans l'année 1624, à faire partie de la chambre de justice qui fut créée après la disgrâce du marquis de la Vieuville. C'était une grande distinction. Les chambres de justice étaient chargées de défaire les fortunes faites ou obtenues dans les spéculations sur les valeurs publiques et d'appauvrir ceux qui s'étaient enrichis, non par le travail, mais par l'usure et le jeu. Il y avait pour les magistrats qui les composaient de grands devoirs à remplir; \l> réprimaient l'amour excessif des richesses et enlevaient à l'indélicatesse el à l'improbité financière leurs énormes bénéfices. Ce n'était pas, soit dit en passant, une idée sans grandeur que de briser, au nom de la justice, les idoles d'argent, et de décourager, au nom du travail, ces lucratives et scandaleuses industries. La vieille monarchie nous a donné sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, des leçons à suivre et des exemples que nous ne ferions peut-être pas mal d'imiter. M. du Puy accrut sa renommée dans l'exercice de ces nouvelles fonctions, que la confiance du roi lui avait accordées, et fut nommé ensuite conseiller d'Etat ordinaire. Il y avait très-loin de ce magistrat érudit et intègre à M. Thibault, dont le père avait acheté à vil prix une charge de conseiller au parlement de Bordeaux ; à M. Desbarats, receveur du tailloir, sorti de très-bas lieu et enrichi dans les perceptions de deniers. Aussi, quand le jeune capitaine, qui avait servi dans la Valteline sous le duc de Rohan, parcouru l'Europe en artiste et en soldat, et qui était depuis peu rentré à Bordeaux, demanda au sieur Desbarats la main de sa fille, celui-ci agréa d'abord sa recherche; « il le pria plusieurs fois de venir manger chez lui et lui donna même connaissance de plusieurs de ses affaires (ce qui était, de la part d'un avare, une grande marque de confiance); de sorte que le ma-

1 11 fut, avec M. de Thou, le seul magistrat qui alla visiter la reine Christine, au mois d'août 1056.

riage eût été conclu en peu de jours, si 31. Thibault, qui appréhendait un gendre dans cette maison et qui avait usurpé un empire absolu sur l'esprit du sieur Dçsbarats, ne l'eût porté àle rompre. »

Mais on avait affaire à une fdle majeure, amoureuse et résolue, qui voyait bien le piège et les projets de son oncle, qui n'avait nulle envie d'être religieuse pour obliger et enrichir ce collatéral. Elle quitta le logis de son père le 12 juillet, et le 13 elle présenta requête au parlement de Bordeaux pour « être séquestrée en une maison d'honneur. » Sous le nom et par l'autorité de son père, M. Thibault fit ordonner par arrêt qu'elle serait séquestrée chez lui; elle déclara alors, tant cet oncle lui était odieux, qatelte aimait mieux être mise dans les basses fosses de la conciergerie du palais que dans sa maison. Le Parlement revint sur son premier arrêt, que le conseiller avait sans doute surpris, envoya la plaideuse dans un monastère, et à la lin lui permit de se marier.

Huit mois après ce mariage, contracté par autorité de justice, en mars 1653, le sieur Desbarats, âgé de quatre-vingt-quatre ans, tomba fort malade. Son beau-frère, qui n'avait plus à craindre la présence de sa fille. « résolut, sous prétexte de l'assister, de s'emparer de sa personne et de son logis. » Cependant, la maladie ayant fait des progrès, et le vieillard se sentant mourir, « il fut agité des mouvements de sa conscience, qui lui reprochait l'injustice dont il avait usé envers sa fille, par les persuasions de Thibault. Il voulut se réconcilier avec elle. Il l'envoya quérir à Beaurec, où elle demeurait alors. Elle vient le trouver le dixième du mois de mars, n'étant pas moins touchée de douleur par la nouvelle de sa maladie que de joie par celle de sa future réconciliation. Elle arrive dans son logis seule, à deux heures après-midi.» C'est Lemaistre qui va dépeindre cet heureux combat de l'amour d'un père et du respect d'une fille.

« Le sang, qui s'était refroidi dans les veines du sieur Desbarals, commence à reprendre ses premières ardeurs. Sa conscience lui représente qu'il avait été injuste, son cœur le fait ressouvenir qu'il est père. Sa fille entre dans sa chambre; elle demeure tout interdite; elle ne lui parle que par sa présence, par ses soumissions et par ses larmes; la nature parle pour elle; elle remue les entrailles de l'un et de l'autre et agit si puissamment sur tous deux, que la fille usa pour se faire entendre de la voix des filles, qui est le silence, et que ce père, pour l'écouler, se servit de l'oreille des pères, qui est le cœur. D'abord il demeura muet aussi bien qu'elle. Il jouit ensuite du contentement que Tertullien appelle la consolation d'une amitié sainte. Il la baisa plusieurs fois, il la caressa, il l'embrassa, et, sortant de ce transport, il lui dit qu'il lui demandait pardon de l'avoir si maltraitée et qu'il la priait de l'assister dans sa maladie. La satisfaction qu'elle eut de revoir son père, le ressentiment de ses caresses, la révérence que lui imprimait son autorité, mais surtout la compassion que lui donnait l'excès de son mal, agirent si fortement sur toutes les parties de son corps, qu'à l'heure même elle tomba évanouie. Son père commanda aussitôt qu'on la mît sur un lit dans une chambre qui était proche, où elle demeura trois heures sans avoir presque aucune marque de vie. »

Pendant que ces choses se passaient, le conseiller était au Palais. Un ecclésiastique, nommé Dumont, ancien précepteur de Martial Desbarats, l'imbécile, va le prévenir, sans doute par charité, a II quitte aussitôt l'exercice de sa charge, il accourt en la maison de son beau-frère, prévoyant que cette réconciliation changerait entièrement son esprit. Et lui, qui venait d'être juge, qui, en cette qualité, devait punir les violences, conserver le bien aux légitimes héritiers, procurer l'union des pères et des enfants, et maintenir l'ordre dans les familles, il vient faire

violence à la nature. » Il s'imagine déjà toutes ses espérances mortes, et il s'afflige d'être sur le point de perdre son procès. Il juge d'abord que la moindre des larmes d'une fille aura effacé toutes ses impressions, et que, si elle est là, il ne pourra se faire faire un testament. (C'est au testament qu'il en veut venir.) « 11 résout de la chasser de la maison à quelque prix que ce puisse être, espérant tout lorsqu'elle sera dehors. Spes addita suscitât iras; il arrive plein île colère; il a l'avarice dans le cœur, le feu dans les yeux, les menaces dans la bouche. Il rencontre sa nièce dans une chambre où étaient sa femme, ses deux frères, un de ses serviteurs. Il lui demande de quelle autorité elle était en ce logis, et lui déclare en même temps qu'il fallait qu'elle en sortit de gré ou de force, et ajoute qu'elle n'était venue voir son père que pour le faire mourir. Elle a recours aux larmes, et M. Thibault commande à un valet de chambre et à un autre de ses serviteurs de la faire sortir promptement; elle crie, elle résiste, elle pleure. Lui-même, accompagné du sieur Thibault de Roques, son frère, voyant que ses valets la traitaient trop doucement, la pousse hors de la chambre et la traîne dans la cour. Il s'anime par sa résistance, il lui donne un soufflet qui la fait saigner du nez ; son frère lui donne des coups de pied, et tous deux ensemble la mettent dehors et la laissent dans la rue, où elle demeure plus de trois heures. Tout éplorée, toute meurtrie, tout échevelée, le visage plein de sang, portant sur ses habits et sur son corps les marques des outrages qu'elle avait reçus, elle crie que c'est M. Thibault, son oncle, qui l'a réduite en cet état, qu'il voulait emporter l'argent de son père et lui faire faire un testament. Le peuple s'assemble à ce funeste spectacle. Tout le inonde a compassion d'une fille que l'on chasse avec tant d'ignominie de la maison de son père. On condamne la violence de l'oncle. On s'étonne que des personnes de condition soient si injustes

et si inhumaines, que des alliés chassent l'héritière naturelle, que des hommes battent une femme et des oncles une nièce... Tout le peuple a pitié d'elle et personne ne l'ose assister. L'action de l'agresseur donne de l'horreur, mais sa dignité de conseiller de la Grand'Chamhre donne de la crainte. Les étrangers appréhendent la colère d'un homme qui traite sa nièce si indignement, etjugent dès lors que son dessein était de ravir cette grande succession .

« Jam multi crudele canebant « Artificis scelas, et taciti venturavidebant.»

L'heure du testament approche en effet. Pendant que sa nièce « élait dans cet état déplorable au devant de la maison de son père, » le conseiller ferme la porte à deux religieux Récollets qui viennent pour assister et consoler le malade. Desbarats « était à l'agonie et avait reçu Notre-Seigneur le matin. » Mais son beau-frère se souciait peu du salut de son âme et ne voulait pas que la religion vînt prendre une volonté dont il avait encore besoin pour quelques heures.

Un incident toutefois faillit renverser ses projets et arrêter le testament. Dès le lendemain de cette scène, la dame du Puy avait présenté requête au parlement de Bordeaux pour avoir permission d'informer des violences qu'elle avait subies et d'entrer librement dans la maison de son père. Elle donna cette requête à un conseiller nommé M. de Briet; mais ce magistrat eut la faiblesse et L'indignité de garder cette pièce pendant plusieurs jours pour plaire à son collègue et favoriser ses desseins.

Lemaistre, à ce sujet, dans une phrase qui mérite bien le reproche que Voltaire faisait aux jansénistes, d'avoir la phrase longue, mais qui n'en est pas moins très-éloquente et très-belle, flétrit cet abus de pouvoir, cette injuste conduite : « De voir

que son seul crédit (de M. Thibault) impose silence aux lois vivantes; qu'il lasse que les juges n'aient point de voix contre lui; qu'une violence, commise aux yeux du soleil et à la vue de tout Bordeaux, soit étouffée dans l'obscurité; qu'une fille, chassée avec outrage de la maison de son père, n'y puisse rentier par l'autorité de la justice; qu'elle ne puisse empêcher qu'on lui vole son bien par un testament; qu'une sujette du roi soit esclave d'un de ses sujets; qu'une fille soit traitée comme ennemie et une Française comme étrangère, c'est ce. qui est insupportable dans un royaume où la justice conserve la liberté et où les Parlements ne sont établis que pour empêcher que les riches n'usurpent le bien des pauvres et que les puissants ne tyrannisent les faibles ! »

Néanmoins, M. Thibault, maître de la place, « établit garnison » chez son beau-frère; « il y fait venir sa femme, ses deux frères, ses valets et les leurs, et même le prieur des écoliers, avec dix ou douze de ses compagnons. Il fait mettre des pierres sur les fenêtres et sur les montées. Il fait garder la porte comme d'une citadelle. On n'entre que par son ordre et par son commandement. Il s'enferme le 15 avec Fautoux, son clerc, qui est celui à qui le testament a été dicté. Il le compose comme il lui plaît, sur le modèle de deux autres du sieur Desbarats. Il s'y institue exécuteur. Il s'y établit curateur de Martial Desbarats furieux, lequel il institue héritier universel, et lui substitue son fils aîné de lui, M. Thibault, et ses descendants, son second fils et ses descendants, et ainsi tous ses antres parents jusqu'à l'infini. Il lègue encore trois mille livres au sieur Thibault de Roques, son frère, celui qui lui a aidé à battre sa nièce. Quant à celle-ci, il la traite le plus injurieusement qu'une fille puisse être traitée, et, sous des paroles de douceur et en l'instituant héritière, il lui ùte tout ce qu'il lui peut ùter. Il la déshérite en partie non-seulement sur la succès-

sion de son père, mais encore sur celle de sa mère, qui était échue auparavant. 11 l'ait venir un notaire qu'il avait gagné et des témoins qui étaient à lui. 11 fait ensuite signer ce testament au sieur Desbarats, si c'est lui qui l'a signé; car il était dans la langueur d'esprit et de corps que causent les approches de la mort, qui l'emporta vingt-quatre heures après Ce testament était du 15, et lui était mort dans la nuit du 14. Le lendemain, 14, il s'avise d'un artifice assez grossier pour couvrir sa violence. Il fait faire un codicille et présente une requête sous le nom du sieur Desbarats au lieutenant particulier. Le sieur Desbarats meurt dix heures après, et le lendemain, 15, M. Thibault fait procéder à l'ouverture de son propre testament. »

Cette scène est bien la matière du Légataire; c'est à la suite que le procès s'engage et que la dame du Puy obtient l'évocation de l'affaire au parlement de Paris. Chose étrange, son mari a refusé de lui donner l'autorisation sans laquelle elle ne peut plaider, et c'est elle seule qui, confiante en la justice et sûre du talent de son avocat, réclame l'héritage de son père, démasque 31. Thibault et fait annuler le testament qui la dépouille. Lemaistre brise en effet ce titre frauduleux en disant : « Notre adversaire produit un testament écrit par son clerc, où les sept témoins sont un nommé Rolle, son procureur (presque Rollet!, Poyct, son chirurgien, et cinq de ses valets et de ses frères, auxquels il donne la qualité de praticiens. Outre cela, par ce testament il se rend maître d'une succession de plus de cent cinquante mille écus. Il fait substituer ses propres enfants à notre frère insensé, lequel il institue, pour cet effet, héritier universel. Il s'en établit curateur. Son frère, le sieur Thibault de Roques, le doit être encore après lui. Il ne s'est pas contenté de tout cela : il s'est fait encore exécuteur; et il ne veut pas qu'on croie qu'il a composé et suggéré ce testament!

« Représentez-vous le feu sieur Desbarals gémissant sous le faix de quatre-vingt-quatre années et affaibli par une violente maladie qui l'attache au lit de mort.* Comment peut-il résister à tous les artifices dont on l'éblouit. à tous les mensonges dont on le trompe, à toutes les craintes dont on le trouble, à toutes les menaces dont on l'ébranlé? Il est en un élat auquel il ne peut plus que souffrir. Il est à la merci de l'intimé. Il n'écoute que ses paroles. 11 ne voit que les objets qu'il lui montre, el il ne lui représente sa tille absente que comme un objet odieux.

« llle asper et improbua ira « Ssevit in absentem. »

« Un pauvre homme qui est réduit à cet état si funeste, dan> lequel il sent que toute la nature l'abandonne, qui n'a plus rien à faire au monde que d'en sortir, et qui, à tous moments, a besoin de l'aide d' autrui pour conserver ce qui lui reste de vie, peut-il soutenir les efforts d'une persécution continuelle? Qui donc a pu empêcher notre partie adverse de dicter ce testament à son clerc qui l'a écrit? > 'était-il pas absolu dans cette maison? S'y est-il enfermé sans sujet durant cinq jours? Quelle autre liberté est demeurée au feu sieur Desbarats, sinon celle de mourir? Pouvait-il empêcher M. Thibault de faire ce testament le 15, lui qui sentait déjà le froid de la mort et la langueur de l'agonie? Car il mourut le lendemain, 14, et comme meurt un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, ayant été les deux derniers jours de sa maladie aussi insensible dans son lit que dans son sépulcre.

« Considérez s'il eût attendu si tard à faire son testament, ayant été huit jours malade... si, étant en cet état, il aurait pu dicter au clerc Fauloux un testament qui a plus de dix-huit pages, qui contient diverses dispositions et conçues en termes

qui paraissent avoir élé concertés, el non pas d'un homme mourant.

« Qui ne voit qu'on l'a fait parler dans ce testament lorsqu'il n'avait plus de voix et presque même de vie? Qui ne voit que c'est le testament de M. Thibault, et non celui du feu sieur Desbarats?... Oui, mais, dira-t-on peut-être... on ne doit pas croire qu'un homme de sa vertu et de sa qualité ait voulu commettre une supposition de cette importance. » Ici Lemaistrese recueille pour frapper comme il convient, d'une main à la fois ferme et légère, un conseiller en la Grand' Chambre du parlement de Bordeaux, et il dit : « Je ne veux point parler des mœurs de ma partie adverse. La dignité de son caractère me rend sa personne vénérable, et d'ailleurs vous avez pu juger, par la chaleur de ses sollicitations, s'il est équitable ou injuste, doux ou violent, peu sensible pour le bien ou très-passionné pour ses intérêts. Vous avez pu juger et vous avez déjà préjugé, par votre arrêt touchant la réintégraude, qu'il aura fait peu de scrupule de gagner cinquante mille écus en écrivant un testament... Vous avez reconnu que la dignité qu'il possède ne change pas son naturel, mais ne fait qu'augmenter ses désirs; qu'ayant beaucoup d'ambition et peu de bien, il a voulu s'enrichir tout d'un coup par ce testament, satisfaire à deux passions qui le dominent, et relever sa famille aux dépens de celle du sieur Desbarats... Vous voyez donc bien que les violences dont il a usé et que le profit qu'il tire de ce testament justifient qu'il a pu et qu'il a bien voulu le faire... Quant aux legs pieux qu'il a faits pour adoucir sa violence, je ne pense pas qu'ils puissent éblouir votre justice. »

Lemaistre défend ensuite sa cliente, justifie son mariage, et, arrivant à la réconciliation entre le père et la fille, dont il a déjà donné une si touchante peinture, il dit les plus belles et les plus grandes choses : « Comment se peut-il faire qu'a-

près une si parfaite réconciliation, sa fille n'ayant fait autre chose que souffrir la violence de notre partie adverse, qui la chasse du logis: comment se peut-il faire, dis-je, que ce même père l'ait traitée trois jours après le plus injurieusement qu'il est possible? que, du même esprit dont il l'avait envoyée quérir pour lui demander pardon et lui avait témoigné tant de bienveillance, il l'ait traitée comme la fille du monde la plus coupable et la plus digne de colère? Y a-t-il de l'apparence que ce père, qui a été touché des sentiments de la conscience cinq jours avant que de mourir, ne l'ait plus été lorsqu'il s'est vu dans les apprêts de l'agonie et à vingt-quatre heures près de sa mort? La crainte augmente toujours à proportion que notre vie diminue... On veut qu'ayant eu les sentiments d'un homme juste, d'un père et d'un chrétien, il les ait perdus en un temps où ceux qui les ont perdus les recouvrent, en un temps où l'on condamne ses moindres fautes, où l'on se dépouille des passions, où les hommes deviennent meilleurs, où l'on passe des mages aux vérités, où l'on a plus de douceur que durant tout le reste de la vie, comme le soleil est plus doux lorsqu'il se couche :

« Ut esse Phœbi dulcius lumen solel, « Jam jàm cadentis. »

« L'intimé l'ait dire enfin à ce père que, pour avoir pardonné à sa fille, il ne s'est pas voulu priver de la liberté que la loi et la coutume de Paris lui donnent. — Mais tant s'en faut qu'il ail pardonné à sa fille, qu'au contraire c'est lui qui a demandé pardon.

« Det Me veniam facile, cui veniâ est opus. »

« Ce n'est pas sa fille qui s'est réconciliée avec lui, mais c'est lui qui s'est réconcilié avec elle. Ce n'est pas elle qui l'est allée

chercher, parce qu'elle était innocente; mais c'est lui qui l'a envoyé quérir parce qu'il était coupable. . . Ne faudrait-il pas qu'un père eût dépouillé toute l'humanité naturelle pour haïr encore sa fille après l'avoir vue tomber en faiblesse par l'excès Je l'a rnour qu'elle lui porte? — Rien ne gagne tant notre affection que l'affection qu'on a pour nous. — La patience fléchit la colère, l'humilité dompte l'orgueil, et la chaleur de l'amitié • triomphe de la froideur de la haine. On cesse d'être opiniâtre à maltraiter une personne qui est opiniâtre à nous aimer malgré nos mauvais traitements. On cesse de persécuter quand on reçoit des bénédictions de ceux qu'on persécute... Aurait-il eu le courage de la réduire à la légitime, à la position des tilles coupables et peu affectionnées envers leurs pères, elle qui était si innocente et qui lui avait témoigné par cet évanouissement qu'elle l'aimait avec tant de passion? La vue d'un spectacle si pitoyable n'aurait-elle pas touché vivement les yeux d'un père, qui sont si doux, et ceux d'un malade, qui sont si tendres ? Est-il possible que l'affection de sang qui causait cette faiblesse en la fille n'eût point causé de pitié et de bienveillance dans le père?... >T'est-il pas plus vraisemblable que l'intimé ait été injuste, que non pas que ce père ait été barbare? Que l'intimé ait suivi la passion si naturelle du gain et de l'intérêt, que non pas que ce père, ait violé tous les sentiments de la raison et de la nature?

« Se peut-il faire que le sieur Desbarats, après ces caresses et ces baisers, eût dit encore à sa fille des injures par son testament? qu'il eût déclaré qu'il avait tous les sujets du monde de la déshériter'? qu'il l'eût accusée, comme on le fait en son nom, de lui avoir dérobé des bagues que sa mère lui avait données il y avait plus de dix ans, et qu'il l'eût enfin réduite à la légitime? Est-ce là l'effet d'une si parfaite réconciliation-? Le cœur d'un père aurait-il été capable de mouvements si con-

IrairesV... Tant s'en faut que l'animosité demeure après qu'un père s'est réconcilié avec sa fille, avec îles frères et d'autres parents ensemble, qu'au contraire l'affection est plus grande qu'elle n'était auparavant, comme le soleil est plus chaud après qu'une nuée a retenu ses rayons. — L'esprit étant guéri de fausses impressions et la colère étant passée, l'amitié s'augmente, comme le corps étant guéri d'une maladie et les mau-

' vai>es humeurs étant dissipées, la santé devient plus ferme ! » Il parait cependant que M. Thibault s'était défendu avec

.une grande habileté; Lemaistrele constate, et en profite pour adresser à ses juges une heureuse flatterie :

« Qu'y a-t-il, messieurs, qui soit plus ennemi de votre justice que cè's raffinements, ces souplesses et ces chefs-d'œuvre de l'injustice'.' Plus vous voyez qu'on a cherché de déguisements pour couvrir le dessein qu'on a eu de ravir le bien d'autrui, plus vous portez le jour dans cette obscurité affectée. — Vous ne vous arrêtez point aux apparences extérieures et spécieuses qu'on vous présente ; vous percez jusque dans le fond de l'intention.

« Quand les égyptiens voulurent perdre, non brutalement, mais finement , le peuple de Dieu ; quand ils dirent entre eux : Opprimons les avec adresse, ce fut alors que la Sagesse divine entreprit plus hautement de confondre leur malignité... C'est là, messieurs, le modèle de votre conduite. C'est en ce point que vous agissez comme ses images et ses ministres. Vous ne faites jamais éclater davantage votre prudence que dans la dissipation des conseils et la destruction des ouvrages qu'a produits l'esprit de malice et de fourberie. Vous ne veillez jamais avec plus de soin que quand les méchants vous veulent endormir avec plus d'adresse. Vous ne vous montrez jamais plus sages que lorsqu'ils se montrent plus fins et plus artificieux. Vous ne paraissez jamais plus éclairés d'une lumière extraor-

dinaire que lorsqu'on s'efforce le plus de vous surprendre comme le commun des hommes, et on n'éprouve jamais davantage que votre justice est un rayon de la justice divine que lorsqu'on expose à votre jugement une malice humaine ! »

L'avocat renverse ensuite la substitution contenue dans le testament et termine ainsi :

«Vous avez déjà préjugé sa condamnation (de M. Thibault) par votre premier arrêt touchant la réintégrande. Achevez , messieurs, ce que vous avez si justement commencé. Faites-lui connaître que sa charge, qui doit rendre ses actions plus régulières , rend ses injustices plus odieuses ; qu'il lui a été plus aisé de commettre des violences à Bordeaux que de les défendre dans la Grand'Chambre du parlement de Paris, et que les raisons et les plaintes d'une fille qui veut conserver son bien touchent davantage votre justice que les déguisements et les injures d'un homme qui veut ravir toute une succession ! »

La cour acheva en effet son ouvrage, et, après avoir consacré trois audiences, celles des 26 mars, 19 et 20 avril 1635, à la discussion de cette grave affaire, elle entendit les conclusions de M. l'avocat général Bignon et annula le testament comme suggéré. M. Thibault était à l'audience, et assista à la perte de son testament et de son honneur.

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