CHAPITRE Y
L'histoire à l'audience. — La société athénienne vue dans un plaidoyer de Dé-
mosthènes. — Le dix-septième siècle dans les plaidoyers de Lemaistre. — 11 défend un fils jeté au cloître malgré lui. — Les abus île l'autorité paternelle. — La vie monastique imposée. — Des parents qui se fout faussaires pour maintenir au couvent un enfant en bas âge. — Le Provincial du couvent de Clisson. — Ce que l'avarice fait faire. — Une belle peinture delà vie religieuse par Lemaistre. — La liberté des vœux. — Le Parlement asile inviolable de la faiblesse opprimée. — Les conclusions de M. Jacques Talon. — Diderot.
Une partie de l'histoire, et ce n'est pas la moins curieuse, se fait, se parle et s'écrit à l'audience : la société s'y montre avec toutes les passions qui l'agitent; on y voit sa force et sa faiblesse, sa grandeur et sa décadence, ses richesses et sa pauvreté, ses joies, ses larmes, ses préférences, son passé, son présent et même son avenir! Ailleurs, dans les rapports du monde, tout s'adoucit et s'efface, le vice et la vertu; là, au contraire, les masques sont levés, les visages à nu, et les portraits se font d'après nature; c'est comme un grand atelier d'observation, de science et d'anatomie morale où les sujets abondent et varient sans cesse; si on veut y étudier le cœur humain, on est placé pour voir et pour apprendre, comme le médecin qui soigne les plaies les plus différentes et les souffrances les plus diverses dans ces asiles que leur ouvre la charité publique; en y recueil-
lant ses impressions et ses souvenirs, on écrirait, presque sans erreurs, la vie morale de son temps; L'histoire n'est pas toute à la guerre; ni dans le cabinet des princes; elle est aussi dans les querelles privées et dans les luttes judiciaires; c'est surtout au Palais qu'on peut chercher et prendre les caractères de son siècle !
L'homme y paraît sous tous ses aspects, il y est tour à tour fils, époux, père, agresseur ou victime, oppresseur ou opprimé, propriétaire ou voleur, grand ou petit, riche ou pauvre, industriel ou poëte, bon ou méchant, serviteur ou maître, charitable ou mendiant, meurtrier ou sauveur; c'est un pêle-mêle universel de mœurs, de passions, de combats, de violences; les vices se rencontrent avec les vertus, la justice avec l'iniquité, le droit avec la force, toutes les misères avec toutes les richesses. Les romanciers de nos jours ont pris la peine d'aller chercher bien loin et souvent bien bas ce qu'ils ont appelé les types de la comédie humaine; ils auraient trouvé au Palais le fond de toutes leurs toiles, et la vérité prise à pleines mains les eût dispensés de la fiction.
Sans doute l'histoire d'Athènes, celle que le vulgaire connaît, est plutôt dans les discours politiques de Démosthènes que dans ses plaidoyers civils. Cependant, quand, au nom d'un vieillard outragé et frappé jusqu'au sang sur l'Agora du Céramique, devant le temple des lilles de Léos, il attaque et poursuit le débauché Conon devant le tribunal des Quarante, il fait une peinture animée et vivante de cette société athénienne qui n'a jamais eu, même au temps de sa gloire, le sentiment et le respect de la dignité humaine '. On peut prendre dans ce tableau plus d'un trait pour l'histoire, et y trouver, ce qu'avant tout il faut chercher dans la vie des peuples, le secret de leur grandeur et de leur chute.
1 Plainte contre Conon.
L inimitié qui trois ans plus tard éclata dans une scène de violences nocturnes, sur la grande place d'Athènes, a pris naissance àPanacte, dans une vie de garnison. Les fils de Conon y donnent ou plutôt y sont l'image de ces soldats efféminés, sans discipline et sans mœurs, et presque sans courage, qui ne résistent pas à Philippe; ils sont ivres à l'heure où les honnêtes gens se mettent à table; ils insultent et battent les esclaves et les cuisiniers d'Ariston; on les signale au stratège, ils continuent; on les réprimande, ils redoublent leurs injures; on va chercher les Taxiarques, ils ont peine à les contenir. De retour à Athènes, tout près de Sparte, Ariston déjà vieux est attiré dans unguet-apens par Ctésias, fils de Conon. 11 se promenait avec un de ses amis, vieillard comme lui, comme lui sans défense. Chez le foulon Pamphile buvaient ensemble Conon, un certain Théotime, Archébiade, Sprintharos,filsd'Eubule, Théogène, fils d'Andromène, et plusieurs autres, tous jeunes et débauchés. Ctésias leur fait signe. Ils se jettent sur Ariston, le foulent aux pieds et l'accablent d'outrages et de coups. On le relève mourant. Conon chante en contrefaisant les coqs victorieux, et ses complices, que le sang de leur victime n'empêche pas de rire, lui crient plaisamment : « Bats-toi les flancs avec les coudes en guise d'ailes. »
Ceux qui ne voient l'histoire que dans les victoires et conquêtes, dans la vie des princes, dans les révoltes des sujets, dédaigneront cette peinture; mais ceux qui sauront trouver dans ces détails les signes visibles de la dégradation de la ville de Minerve ne les mépriseront pas.
En se défendant, Conon va peindre à son tour (on croirait qu'il a la plume de Ju vénal) la jeunesse luxurieuse et dépravée d'Athènes. Il attribue au hasard la rencontre de ses fils et d'Ariston, leur querelle à une ivresse commune et à des rivalités d'amours merconairos.
AUJDIX-SEPTIÊME SIÈCLE 103
« 11 y a, dit-il, dans notre ville, beaucoup de fils de bonnes familles, folâtre jeunesse, qui se donnent les sobriquets de PJuillns et de Parasite; quelques-uns ont des maîtresses; mon fils est de ce nombre. Souvent, pour des courtisanes, il a été boitant ou battu. Les jeunes gens sont ainsi faits; mais, chez Ariston et ses frères, l'ivresse est morose, la pétulance farouclie. »
Que pouvait être l'autorité des pères qui parlaient ainsi ? Que pouvaient valoir des bommes qui étalaient leurs débauches devant la justice et se donnaient gaiement des noms de déshonneur? La force et la prospérité des Etats ne dépendent pas seulement de la protection divine : elles tiennent à la conduite des citoyens, à la vigueur des âmes, à la dignité des consciences, au respect des lois. Quand l'homme s'allàiblit et se dégrade, la patrie devient languissante et malade. Nulle part peut-être, en y comprenant même les comédies grecques, la dépravation individuelle des Athéniens n'est mieux et plus éloquemment indiquée et décrite que dans ce plaidoyer. On y voit mépriser le serment si longtemps respecté dans Rome vertueuse, et faire du parjure un métier lucratif et joyeux. Conon fait mentir ses amis les débauchés et ses amis les hypocrites, que Juvenal aussi devait peindre l. Ils ont, le jour, une figure austère, un manteau râpé, des sandales, des airs de Spartiate; la nuit, dans leurs conciliabules, on trouve toutes les turpitudes et tous les vices; ils conviennent de se parjurer et forment la société des Triballes 2.
Cicéron, plaidant pour Cluentius, donnait aussi, lui, à l'histoire les plus riches et les plus précieux matériaux. 11 résumait les causes, non pas de la grandeur, mais de la décadence des Romains. 11 montrait dans une petite ville des bords de l'A-
1 Satire deuxième.
- Peuple deMœsie qui passait pour avoir des mœurs infâmes.
driatique, les divorces, les incestes, les faux, les empoisonnements, les juges corrompus, les mères dénaturées, pour tout dire, la société romaine décomposée, avilie et déchue. On pressent et on voit dans ce plaidoyer, comme sous la plume indignée et répressive du poëte, le grand et irréparable naufrage de Rome : Luxuria incubuit, victumque idciscitur orbem1!
De tout temps et partout la société s'est reflétée dans les procès. Nous pourrons étudier, dans ceux que Lemaistre a plaides, celle du dix-septième siècle dans sa jeunesse, avant la Fronde, après les agitations religieuses, quand elle se prépare au calme et à la majesté de sa merveilleuse vieillesse. Dans un plaidoyer qui n'est pas de Lemaistre, mais qu'il a recueilli dans un héritage de famille, on aperçoit un coin de l'âge précédent et un tableau d'histoire. Après Pasquier, Antoine Arnauld plaida contre les jésuites. Son exorde est une peinture de la Ligue. Il résume les principes et montre les mœurs ensanglantées par la fureur religieuse; autant qu'ailleurs, on distingue dans ce plaidoyer l'état de la société française, dans sa première crise de liberté civile, en proie à toutes les convulsions de la révolte, mêlant la prière au crime, agitée par la science et par la religion, poussant le fanatisme jusqu'au régicide, dédaignant en toutes choses la modération et la sagesse de ce grand chancelier 2, qui ressemble à un gouvernail impuissant dans une horrible tempête !
Quand Lemaistre parle, la tempête a cessé : Dieu a donné au navire menacé un pilote qui commande aux flets. Richelieu a raffermi l'autorité royale et imposé partout l'obéissance et la crainte. La démocratie hâtive et sanguinaire qu'a engendrée la Ligue, s'est retirée, comme un torrent artificiel, devant la royauté et devant la patrie, sans déposer dans les lois civiles ses
' Satire sixième, vers 295.
- L'Hospital.
principes révolutionnaires et ses règles d'occasion. On admire comment, de tout ce poison des guerres religieuses, presque rien n'est entré dans l'organisation de la famille, dans l'autorité des pères, dans l'obéissance des fils! La famille reflète l'Etat, elle se gouverne à peu près comme lui; il y a entre eux tous les rapports des fondements à l'édifice : si la licence est dans l'Etat, elle descend dans la famille; de la famille, elle monte à l'État. Cicéron le savait bien, quand, parlant d'un peuple enivré de liberté qui nomme les magistrats des esclaves volontaires, il ajoute :
« Il faut nécessairement que, dans une telle société, la liberté afflue partout, et qu'au sein des familles toute autorité disparaisse. . . »
Qu'on regarde avec attention ce qui se passe au coin du foyer domestique, on y surprendra la vie même des gouvernements et des peuples; j'ai eu déjà l'occasion de l'écrire : « Comment veut-on que 1 enfant qui ne respecte pas la puissance paternelle que la nature institue, respecte le pouvoir que fondent la politique et les lois ' ? » Je parlais pour nous, et non pour les contemporains de Lemaistre.
Quant à lui, il a déjà défendu l'autorité des pères en plaidant pour Jacques de Poissy contre sa fille égarée. Nous allons le voir maintenant montrer les abus de cette autorité, qui, prenant exemple sur la domination fiévreuse du grand Cardinal, veut asservir la conscience, dompter la nature, commander à la chair, enchaîner l'âme d'un fils dans des vœux éternels, sa fortune et sa vie dans un cloître. La religion et le pouvoir des pères sont ligués contre la liberté civile, qui triomphera plus tard dans la loi. Lemaistre ose affronter cette ligue, et, combattant son ennemi avec respect , il le force de céder à la raison et à la sa-
1 Revue de législation, 1852 ; de la Puissance paternelle.
gesse, qui, seules dans l'ordre moral, assurent les longues et durables victoires. Cette lutte présente un intérêt de plus; on y découvre comme un pressentiment, personnel à l'avocat, de cette vie religieuse qui jouera un si grand rôle dans le siècle, et, si je puis ainsi dire, comme un préparatif de Port-Royal. Lemaistre ne veut pas qu'on opprime la conscience, mais il comprend déjà que, d'elle-même, émue, éclairée et libre, elle aille s'ensevelir, loin des hommes, dans la pénitence et dans l'amour de Dieu.
Jean Marpault, sieur de la Bonnelière, et Louise Chapelet, sa femme, n'aimaient pas un de leurs enfants, qui s'appelait Louis et qui était né le 27 lévrier 1610. Ils conçurent l'idée « de le chasser de leur maison et du monde, » pour enrichir ses frères de sa dépouille. Quand il avait neuf ans, ils le firent entrer au couvent des Cordeliers de Laval, dont le provincial était leur ami et devint leur complice. A peine entré, il prit l'habit, à l'âge de la première enfance !
Je cède la parole à Lemaistre, il va raconter les faits.
« 11 y a peu de personnes, dit-il, qui ne se promettent, avec le temps, une plus douce condition; mais cet enfant gémissait dans sa captivité présente et était encore plus tourmenté par l'appréhension de l'avenir. Il pressait sa mère et ses frères (son père était mort) de le retirer des Cordeliers, y séchant de tristesse et de langueur; et la résistance continuelle qu'il témoignait de jour en jour au dessein qu'ils avaient de le faire religieux à quelque prix que ce fût, était ce qui les animait davantage à l'exécuter, et, parce qu'ils craignaient à toute heure qu'il ne leur échappât et qu'il ne sortît du monastère avant qu'ils, l'eussent lié à la religion, non par un vœu effectif, puisqu'il n'avait pas l'âge, mais au moins par une ombre et une apparence de vœu, ils résolurent de prévenir un âge marqué parles conciles et par les ordonnances; pour cet effet, ils s'avise-
rent d'un moyen tout à l'ait étrange et inouï jusqu'à notre siècle.
«Son véritable extrait baptistaire, qui a été tiré, avec toutes les formes de la justice, du registre des baptêmes de l'église de la Trinité à Laval, et délivré par le curé môme de la paroisse, porte qu'il est né le 27 de février 1610 (M. l'avocat général l'a présentement entre les mains). 3Iais sa mère et ses frères, ne pouvant se résoudre d'attendre, jusqu'au 28 de février 1620, qu'il eut seize ans accomplis, résolurent, dès le mois de juin 1625, huit mois auparavant, de lui faire faire profession.
« On avait besoin d'une fausseté pour cet effet. Car il fallait prouver au père Moreau , gardien de ce couvent de Laval, que ce pauvre enfant avait seize ans accomplis, lorsqu'il n'en avait que quinze et quatre mois. Ils n'osèrent s'adresser au curé de la paroisse, mais ils corrompirent un nommé Jean Herbert, l'un des marguilliers de cette église, qui leur délivra un extrait prétendu de son baptême, qui porte qu'il a été baptisé le 7 de juin 1G00; les parrain et marraine y sont nommés, et le certi ficat de ce faussaire est écrit en ces termes. . . »
Lemaislre lit le certificat et raconte que la mère de son client, accompagnée de maître Michel Girard, sieur des Fontaines, avocat à Laval, a présenté cette pièce fausse au gardien du couvent de l'Observance-de-Saint-Franç-ois, le 15 de juin 1625.
« L'enfant, qui cherchait les moyens de fuir du monastère où il était captif, avant qu'il eût seize ans, fut tout surpris quand, sur ce faux extrait de son baptême, on le veut ravir en un matin comme on ravissait autrefois les jeunes filles malgré elles, pour les faire vestales. »
Son avocat voit, dans cette insigne fausseté et dans cette horrible précipitation, la preuve de la violence exercée sur lui. Mais, avant de montrer les splendeurs oratoires de ce plaidoyer, résumons tous les faits de cette cause, dont Lemaistre signale la grandeur en disant :
« Il ne s'est point encore vu parmi les désordres de notre siècle un exemple aussi célèbre d'une tyrannie exercée sur un enfant pour le jeter en religion. »
Les larmes et les prières du novice n'ont pas touché sa mère.
« 11 a crié qu'on le bannissait malgré lui de la maison de son père, et qu'il ne voulait point être cordelier. Mais... ces armes sont bien faibles contre la puissance paternelle et maternelle, animée d'une passion qui est sourde aux gémissements et à la voix d'un enfant qu'on veut rejeter de la famille, qu'on veut déshériter, qu'on veut traiter d'étranger ! »
Le novice est devenu religieux par un indigne abus, sans son consentement et malgré son âge; comme il savait la nullité de ses vœux, il demande à sa mère de les rompre; il supplie le provincial de lui ôter l'habit qu'il ne peut porter; et, comme il ne trouve autour de lui que violence et dureté, un jour, ne pouvant plus souffrir une si rude captivité, il rompt ses liens, passe par-dessus les murailles du couvent et fuit. On le cherche, le trouve, le frappe, le ramène avec toutes sortes de violences. Il atteint sa seizième année, on lui fait ratifier par la force, par la contrainte, des vœux qu'on savait prématurés ou nuls. La ratification n'est pas entourée des solennités et des garanties qui doivent l'accompagner. Elle ne se donne pas après avoir été demandée en plein chapitre, devant les religieux capitulairenient assemblés, après un grand discours du supérieur, qui représente les austérités de la règle, au milieu d'une messe où la ratification commence. On l'obtient, ou plutôt on l'arrache dans une chambre particulière, loin de ces pompes et de ces images qui doivent faire cesser toute violence. A peine l'a-t-il laissé surprendre, que Louis Marpault, sans congé et sans obédience, court au couvent de Clisson, se jette aux pieds du provincial et réclame contre son vœu devant tous les religieux assemblés. Le provincial, qui était le père Leclerc, ami de la famille Marpault,
au lieu de l'excuser, lui donne la discipline en plein chapitre, le met en prison sans formalité, et l'y tient douze jours au pain et à l'eau. Malgré cette cruelle défaite, Marpault suit le provincial à l'abbaye d'Ardon en Bretagne, et lui adresse les mêmes supplications, sans réussir davantage. 11 retourne à Laval, on l'y persécute; il s'échappe et vient à Paris; on l'y poursuit, on l'y arrête et on le ramène lié sur un des chevaux du messager! Mais Dieu, qui « écoute les gémissements des captifs, » lui ouvrit aussi la porte du monastère. Le père Leclerc, qui s'était déclaré contre lui, fut déposé, et le père Alain Sauvé fut élu à sa place comme provincial. Il écouta les plaintes de Marpault, reçut sa requête et l'assigna à l'assemblée générale de toute la province. Devant ce tribunal ecclésiastique, la liberté civile gagna sa cause. La profession de Marpault fut déclarée nulle, comme ayant été faite par la contrainte de ses parents et contre les constitutions canoniques, le concile de Trente et les statuts de l'ordre des cordeliers ; il put enfin quitter l'habit religieux.
Sa'mère et ses frères, infatigables dans leur persécution, appelèrent comme d'abus au parlement; mais ils trouvèrent devant eux la grande et victorieuse parole de Lemaistre.
Elle a rarement été plus éloquente et plus belle; elle n'a jamais été plus émue. La vie religieuse a eu des peintres plus complets, elle n'en a pas eu dont le pinceau tremblât davantage sous la main qui s'en sert et sous la conscience qui l'inspire ! On devine, en l'écoutant, qu'il sera un jour pénétré par la grâce et se donnera librement a Dieu : en attendant, il fait pleurer sur les misères de son client et élève au-dessus de l'autorité paternelle, alors si respectée, la dignité et la liberté de l'âme humaine. J'ai dit qu'on verrait dans ces lignes un coin du dixseptième siècle, l'intolérance obstinée, mais vaincue; la religion renonçant aux violences qui l'ont compromise, la liberté civile
faisant ses premiers pas, soutenue par l'éloquence contre le despotisme paternel !
Quand Lemaistre commence, il est ému, sa parole est vibrante; elle a gardé sa majesté habituelle, mais elle a perdu son calme et elle s'enfle d'indignation et d'attendrissement; on y trouve même de la colère.
« Ce n'est pas sans sujet, dit-il, que les appelants comme d'abus voudraient que cette victime de leur cruauté n'ait point aujourd'hui de langue. Ils l'ont rendue muette durant six ans. Ils ont, depuis, souffert avec peine ses gémissements, ses cris et ses plaintes, qui ont touché le nouveau provincial et toute l'assemblée des supérieurs de la province. Ils craignent encore bien davantage que cette victime, après avoir été gémissante et criante devant les gardiens des maisons religieuses, soit parlante devant des juges équitables et souverains, qui remettent toutes choses dans leur ordre naturel et ne souffrent point qu'on opprime la liberté des enfants.
« Ils craignent ce tribunal de la justice royale, devant lequel un fds ne craint point ceux mêmes qui lui ont été des objets terribles toute sa vie.
« Ils savent, en leur conscience, qu'il ne s'est point encore vu, parmi les désordres de notre siècle, un exemple aussi célèbre d'une tyrannie exercée sur un enfant, pour le jeter en religion, que celui de cette cause.
« Et c'est ce qui me porte, messieurs, à élever d'autant plus ma voix, que je parle pour un tils qui, après l'oppression qu'il a soufferte durant six années, n'a recouvré pleinement qu'en cette (îrand'Chambre l'usage de la parole; qui n'a commencé qu'en ce lieu de respirer librement, et qui, depuis presque qu'il a eu l'usage de la raison, a toujours été forcé en sa volonté, n'ayant rien de libre que les larmes. De sorte qu'à l'heure même que je plaide, le triste souvenir et l'image si funeste de
tant de violences qu'il a souffertes en laisse encore une impression si forte en sa pensée, qu'à peine peut-il concevoir la faveur que la Cour lui fait de lui permettre de se plaindre. Car, bien que cette liberté soit naturellement acquise aux personnes affligées, et que les plus cruels ennemis la laissent à ceux qu'ils ont rendus misérables, néanmoins elle lui a toujours été refusée par ses plus proches et avec des traitements si injurieux, que j'ose dire qu'ils méritent les vengeances du ciel!... »
L'image de cet enfant, n'ayant rien de libre que les larmes. est pathétique et grande; elle est faite pour tenter le plus riche pinceau, et il faudrait un grand art pour reproduire sur la toile cette jeune figure avec la seule liberté des larmes. Lemaistre y est arrivé par la plus touchante et la plus heureuse expression.
Il vient d'appeler, tant son indignation est grande, et dès le début de son discours, les vengeances du ciel sur les persécuteurs de son client; il justifie aussitôt cette imprécation en signalant la cause odieuse et vile de cette persécution.
« Pourquoi ce père et cette mère ont-ils choisi ce pauvre enfant pour le mettre aux Cordeliers dès neuf ans? Pourquoi ne l'ont-ils pas gardé chez eux comme tousses autres frères? S'ils l'avaient aimé autant qu'eux, pourquoi ne l'auraient-ils pas laissé dans la même liberté de demeurer dans le monde et de prendre une condition proportionnée à sa naissance, à son inclination et à son bien ?
« (/ont été ses frères, messieurs, qui, poussés de l'esprit d'intérêt que saint Basile condamne, l'ont assiégé sans cesse lorsqu'il a approché de quinze ou seize ans. Ils sont venus le menacer de l'empoisonner s'il sortait du cloître, et de le faire dormir à la façon des grands. Ce sont les propres termes qui sont rapportés dans la sentence du provincial, par laquelle on lui a été l'habit. Je sais bien que vous n'avez garde de l'avouer.
Aussi ne le disiez vous pas alors, pour en demeurer d'accord un jour dans une audience. Mais Dieu veut que les mêmes menaces dont vous avez usé envers votre jeune frère pour le mettre en servitude lui servent aujourd'hui pour conserver sa liberté... S'ils eussent été conduits par les moine ments de l'affection naturelle et de la modération ordinaire des personnes équitables et chrétiennes, eussent-ils eu une si extrême impatience de le voir bientôt chargé d'un joug qui est si pesant lorsqu'il est imposé par la force et par la contrainte; de le voir bientôt confiné dans un cloître pour y gémir tout le reste de ses jours; de le voir bientôt retranché de leur maison et séparé d'avec eux pour toute sa vie? Eussent-ils été si empressés, que de ne pas seulement attendre que, selon le cours naturel, il fût capable, au moins par son âge, de ne pas faire avec légèreté, avec témérité, avec irrégularité, une action si grande et si importante ?
« Mais, comme l'avarice avait causé un dérèglement général dans la raison de cette mère et de ces frères, et une altération universelle dans les mouvements de leur cœur envers l'intimé, il ne. faut pas s'étonner si ce trouble intérieur qu'ils ressentaient leur en fait causer un extérieur et sensible dans la discipline de l'Eglise; si, l'injustice de leur passion s'étant élevée sur les ruines de l'affection du sang, ils ont aussi bien voulu établir son vœu sur les ruines delà disposition des conciles et des ordonnances, et si ce dessein criminel de la force et de la volonté, pour profiter de son bien, a été capable d'une fausseté publique et d'un crime honteux et punissable :
« Scelera ipsa, nefa&quc,
>< llûc mercede pincent. *
Lie an.
Combien de fois ces frères ont-ils eu regret de ce qu'il était plus
jeune qu'il ne leur était utile, de ce qu'il était venu au monde huit ou dix mois plus tard qu'il ne le fallait ! Il est aisé déjuger, messieurs, que, s'ils eussent pu avancer le cours du soleil et lui faire faire huit mois en huit jours, ils eussent pris plaisir à causer ce dérèglement dans les saisons de cette année pour leur utilité particulière, pour enchaîner avec plus de force par les liens d'un vœu légitime, selon l'apparence et la forme extérieure, ce pauvre garçon pour lequel je parle, dont ils dévoraient déjà le bien parleur désir et leur espérance.
« Mais, comme ils pouvaient contraindre sa liberté, et non pas forcer la nature, qui n'est pas esclave de la passion des hommes ainsi que la faiblesse d'un jeune enfant l'est de sa mère et de ses frères; ne pouvant avancer véritablement les huit mois qui lui restaient à passer jusqu'à l'âge de seize ans, ils résolurent de reculer de huit mois le jour de sa naissance et de son baptême, par un artifice détestable et par une fausseté insigne ! »
Lemaistre invoque ensuite, au nom de son client, la liberté, qui seule peut produire la vie religieuse, telle que Dieu doit la vouloir et l'aimer; il le fait avec une telle magnificence de pensée, de sentiments et de langage, qu'il faut citer encore, pour l'honneur de l'éloquence judicaire et pour l' instruction de ceux qui croient tout savoir.
« Jugez encore par là, messieurs, combien toutes les louanges qu'ils (ses adversaires) ont données à l'excellence de la vie religieuse sont vaines et ne servent qu'à les rendre plus coupables; car, si les monastères sont, comme ils vous ont dit, et comme le dit un empereur, des académies de la plus élevée et de la plus sainte philosophie qui soit dans le monde, combien leur lyrannie vous doit-elle être odieuse d'y avoir jeté l'intimé, sans que Dieu l'y appelât par celte grâce particulière qui est absolument nécessaire pour être capable d'une vie si excellente et si relevée au-dessus de l'humaine condition; sans qu'ils vissent de lui au-
cime trace de cette vertu surnaturelle et de cette résolution héroïque que l'on ne peut attendre que du ciel, qui porte un homme tout terrestre à se détacher entièrement de la terre, et un jeune enfant, qui n'aime naturellement que la liberté, le jeu et le plaisir, à renoncer pour toujours à sa propre liberté, à tous les divertissements et à tous les plaisirs qui sont permis dans le siècle, et à se résoudre de souffrir sans murmurer un nombre sans nombre d incommodités et de peines!
« Ne faut-il pas, non-seulement une liberté tout entière, mais une force extraordinaire pour donner solennellement à Dieu son bien par vœu de pauvreté, son corps par celui de chasteté, son àme par celui de l'obéissance; pour ne se réserver que ce qu'on ne peut s'ôter, c'est-à-dire que sa vie, et encore une vie que saint Jérôme appelle un martyre continuel, et qui doit durer jusqu'à notre mort ! »
Après la liberté, l'avocat inspiré place Dieu lui-même entre ses adversaires et son client, et il fait planer sur l'audience cette divine image et cette divine intervention.
«Quoi, messieurs, s'écrie-t-il, la misère d'obéir pour son propre mal aux injustes volontés des hommes, c'est-à-dire de ses parents, devait-elle le toucher autant que la gloire d'obéir pour son propre bien aux justes et adorables volontés du Maître des hommes? Et, lorsqu'il voyait clairement que c'était le démon de l'avarice qui les»animait, pouvait-il croire que c'était Dieu qui lui parlait par leur bouche pour lui faire prendre malgré lui la condition de religion ? Et l'aurait-il pu croire sans pécher contre le Saint-Esprit môme, puisqu'il aurait attribué à |a volonté de Dieu, qui est le père des vertus et des lumières, l'ouvrage de son ennemi, qui est le père des péchés et des ténèbres?
« Souffrirez-vous, messieurs, que des mères et des frères veuillent se faire ainsi les dieux de leur fils et de leur frère, et
obliger de pauvres enfants d'adorer leur cruauté, de se soumettre à leur tyrannie, de se rendre religieux par force pour les satisfaire, c'est-à-dire de se rendre les plus misérables de tous les hommes pour leur complaire et pour les enrichir? »
C'était une grande et éloquente conscience que celle d'où jaillissaient de telles images et de telles paroles; des parents qui veulent se faire les dieux de leurs fils, n'est-ce pas la langue des Chrysostome et des Bossuel?
De ces hauteurs, l'avocat descend à la question de forme que le procès soulève, à l'irrégularité des vœux; mais, à peine y touche-t-il, qu'il remonte avec elle dans sa région familière, celle des principes et des fortes pensées. « Lorsque les lois civiles ou les canoniques, dit-il, établissent des temps pour les actions des hommes, on ne peut légitimement ni les passer ni les prévenir. La nature souffre plusieurs choses défectueuses et irrégulières ; mais la justice n'en reçoit point dans les actes qu'elle ordonne et qu'elle autorise, non plus que Dieu dans les vertus qu'il demande et qu'il approuve. Elle veut que toutes ses règles soient gardées comme Dieu les siennes. La profession d'un enfant mineur de seize ans et violenté n'est point tenue pour un vœu de sa part, ni pour un acte légitime qui subsiste, mais pour une action illégitime qui est détruite par l'autorité des lois qu'elle enfreint, la justice, non plus que Dieu, dont elle est l'image, ne mettant aucune différence entre ce qui n'est point du tout et ce qui n'est pas comme il doit être! »
Il revient ensuite, et en lisant ces lignes on ne s'en plaindra pas. *ur le caractère des vœux religieux (on dirait qu'il parle, après avoir quitté lui-même, par un élan de son âme, le monde qui ne lui suffisait plus) ; il y a du jansénisme dans ce passage, et en tout cas une grande beauté.
« N'est-ce pas bien en \ain, messieurs, qu'on vous a parlé de la sainteté et de l'obligation indispensable des vœux, puis-
que, le consentement étant, selon tous les Pères, le sceau, la source et l'âme du vœu, ce n'est rien que la bouche le prononce en la présence des hommes ; ce n'est rien que la main l'écrive, si en même temps le cœur ne le prononce devant Dieu, et si la volonté, qui est comme la main de l'âme, ne le grave dans l'âme profondément ; le reste n'est qu'une image et une pénitence. Les marques d'un véritable vœu y paraissent au dehors, ainsi que dans un tableau ; mais l'esprit qui anime le dedans et qui donne le mouvement n'y est pas, et Dieu ainsi ne le reçoit point, parce qu'il ne regarde pas le corps, mais l'âme seule, ses yeux ne s'arrêtent qu'au cœur; et, au lieu que les hommes jugent du cœur par les paroles, il ne juge au contraire des paroles que par le cœur ! »
Il continue, et va trouver un mouvement si dramatique, que la scène pourrait le lui envier et le lui prendre. « ... On vous a fait des discours étudiés de la sainteté et de la douceur de la vie religieuse! Malheureuse hypocrisie, que vous couvrez de l'ombre d'une profession qui est très-sainte en elle-même, et très-douce à ceux à qui Dieu en donne la volonté, l'esprit et l'amour, les rigueurs inhumaines que souffrent de pauvres enfants à qui il n'en donne aucun mouvement et que les parents y font entrer à coups de pied, qu'ils y lient avec les chaînes de la crainte et de la terreur, et qu'ils y retiennent par la même force, par la même appréhension qu'ils leur donnent des prisons et des supplices ! . . .
«... Selon cela, jugez, s'il vous plaît, messieurs, quelle a été durant tout ce temps la vie de celui pour lequel je parle. Certes, ce n'est pas avoir vécu que d'avoir langui de la sorte, et, s'il (son client) avait eu la liberté d'aller trouver sa mère et ses frères, et que les parents eussent le pouvoir de tuer quelquefois leurs enfants et leurs frères par compassion, lorsqu'ils en seraient priés et conjurés par eux, afin de finir par cette
voie leurs tourments et leurs misères, il a été quelquefois réduit à de tels mouvements de désespoir, qu'il se serait allé jeter à leurs pieds et qu'il leur aurait demandé qu'ils lui ôtassent plutôt la vie que la liberté, qui à des hommes libres est plus chère que la vie; et qu'ils le fissent mourir comme leur fils et leur frère, puisqu'ils ne voulaient pas le laisser vivre dans le monde comme tel.
« Il leur aurait pu dire : Au lieu de continuer à me tenir enfermé comme une bête farouche dans cette prison, où mon âme et mon corps souffrent sans cesse, séparez plutôt mon âme de mon corps, afin qu'elle au moins soit libre et ne soit plus tourmentée. Les autres mères et les autres frères tueraient leurs enfants par colère, par rigueur, par cruauté; mais, pour vous, vous me tuerez par douceur, par grâce, par miséricorde : Figite me si qua est pietas. Vous ne finirez pas tant ma vie que ma langueur et mon supplice ; accordez-moi le poison dont vous m'avez tant de fois menacé ; faites-moi plutôt souffrir une seule mort que plusieurs, une mort courte qu'une mort longue et perpétuelle ! »
En terminant, l'avocat imprime une dernière flétrissure à la mère et aux frères de son client ; sa colère, amassée et souvent contenue dans ce long plaidoyer, éclate en mots vengeurs et en dures paroles ; la conduite récente de ces parents inhumains met le comble à son indignation, et élève son langage jusqu'au mépris et à l'injure ; son client, ayant d'abord gagné sa cause devant le provincial Alain Sauvé, voulut rentrer chez sa mère, mais... sensit medios delapsus in hostes, et Lemaistre s'écrie :
« Il y a trouvé, non une mère tendre, mais une marâtre impitoyable ; non des frères doux, mais des ennemis inhumains ; c'est-à-dire, messieurs, il y a trouvé, non des parents, mais des avares, des voleurs, qui voulaient, à quelque prix que ce
fût, être héritiers de leur frère encore vivant, et le faire mourir de faim dans le monde, puisqu'il ne voulait pas leur abandonner sa part en se faisant mourir soi-même d'une mort civile et misérable hors du monde ! Ils lui ont fait souffrir tant d'outrages, que, si la liberté, quelque remplie qu'elle soit d'afflictions et de malheurs, n'était toujours plus agréable que la plus belle servitude, il aurait presque regretté sa première condition. 11 's'est trouvé réduit, messieurs (extrémité vraiment déplorable!), à mendier son pain, comme le plus pauvre de tous les hommes, quoiqu'il soit d'une des plus honnêtes et des plus accommodées familles de Laval, pour pouvoir venir en ce lieu implorer votre justice, et vous demander une provision de deux cents livres; ses mêmes parents, qui lui avaient jusqu'alors refusé l'usage de la liberté, lui refusant celui de la vie.
« Ainsi, messieurs, vous le voyez, abandonné de toute la nature, n'ayant pour retraite sur la terre que cette Grand'Chambre, et pour fondement de sa subsistance à l'avenir que son bon droit soutenu par votre justice, et sa faiblesse armée de votre puissance! »
Lemaistre a fini, et ses dernières phrases, ouvrant le cœur des juges, ont dû soulever à la fois d'émotion et. d'orgueil les b;incs de la Grand' Chambre. « Il (son client) espère, messieurs, que vous ne souffrirez pas que ses frères profitent de leur tyrannie et qu'ils s'enrichissent de ses dépouilles. Il espère (pie vous aurez en horreur cet emportement aveugle et si impie des pères, des mères et des frères, qui leur fait vouloir que les inspirations divines suivent les impressions humaines et que le Dieu des chrétiens favorise une barbarie que les païens même auraient abhorrée. Et enfin, messieurs, il espère que dans un royaume comme le nôtre, où la mort est moins odieuse que la servitude, et dans ce Parlement auquel les peuples ont recours comme à l'asile inviolable de la faiblesse opprimée, il
trouvera l'assurance de sa liberté, la conservation de son bien et le soulagement de ses misères! »
La Cour, par son arrêt du 8 avril 1651, suivant les conclusions de l'avocat général Jacques Talon, admit Louis Marpault au partage de la succession de son père, et condamna aux dépens sa mère et ses frères.
Me suis-je trompé, et n'y a-t --il pas Là un vif tableau d'un des côtés du siècle où ces faits s'accomplirent? N'y voit-on pas au sein de la famille, à la place de cette affection que l'égalité soutient et fortitie, l'abus de la puissance qui s'éloigne de la nature et s'abrite sous la religion? Ne faut-il pas que le Parlement , cet asile inviolable de la faiblesse opprimée, devance un peu l'avenir, pour sacrifier à la justice l'autorité qui, sous Richelieu, ne se discutait pas? Il est vrai que, vers le même temps, au nom de cette autorité alors si jalouse, la justice impuissante, asservie ou trompée, laissait tomberai! milieu des tortures la tête, à peine coupable, d'un ministre de Dieu l.
La religion n'a pas encore tout à fait désarmé; mais comme, en écoutant Lemaistre parler avec ardeur, mais avec tolérance, avec respect, mais avec la noble indépendance de la conscience, du service de Dieu, on se sent déjà loin de la Saint-Barthélémy ! On est également loin, tant ce dix-septième siècle incline à la modération et dédaigne l'excès, de cette peinture tourmentée et violente qui devait tomber plus tard de la plume de Diderot 2. C'est le temps des grands et calmes esprits, le règne des idées graves, le siècle, je l'ai déjà dit, de l'obéissance, mais de celte obéissance qui laisse à l'âme toute sa dignité, et conduit, plus sûrement que l'orgueil, à la véritable grandeur et à la véritable liberté!
* Urbain Grandier.
g La Religieuse.