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CHAPITRE VI

La conscience au barreau. — Un avocat doit tout savoir. — Les deux plus grands avocats de Rome au temps de Tacite, Marcus Aper et Julius Secundus. — La physionomie est l'homme. — Les figures sèches. — La beauté d'Antoine Lemaistre. — La Cour des aides. — Les assesseurs en la maréchaussée de Sentis. — La nécessité est un mauvais législateur. — Les vagabonds et les voleurs de grand chemin. — La police en 1633. — Une leçon donnée aux conquérants par Lemaistre. — Barnavc. — Un mot de frondeur.

La souplesse d'esprit et la variété de talent qu'exige le barreau ont été bien souvent et sont encore chaque jour tournées à mal; on y voit les effets d'une conscience affaiblie par l'intérêt et d'un jugement faussé par l'habitude; cette rigueur se remarque principalement chez les hommes qui, sans nécessité, sans que leur profession les y convie, et par la seule mobilité de leur esprit, changent sans cesse d'opinion et d'idole; mais c'est là un effet ordinaire du cœur humain, qui explique, sans la justifier, la contradiction que je blâme et l'injustice que je regrette; quoi qu'en ait dit la sagesse antique, les défauts qu'on connaît le mieux sont ceux qu'on a soi-même; on parvient à se les cacher à force de ménagements pour son amour-propre; mais, dès qu'ils paraissent dans autrui, on reconnaît en eux des habitants mal cachés de sa maison, des hùtes familiers, des

compagnons intimes. Les avocats ont pour ennemis les soldats et les poètes. Cependant, si dans cette opinion il y a un peu d'aveuglement et d'envie, il y a aussi un point de vérité; le barreau est un théâtre, on n'y monte pas toujours impunément, on n'y réussit pas sans danger. Le grand nombre et la diversité des causes offrent un piège à la conscience et peuvent l'altérer; il peut arriver que, dans ce mélange d'opinions et d'idées, elle ne sache pas résister et se laisse pénétrer et vaincre par l'indifférence et par l'incertitude; mais, au barreau comme ailleurs, ces effets ne se produisent que sur les âmes communes; les autres sont à l'abri de ces influences, et, planant au-dessus d'elles avec une vigoureuse probité, elles s'asservissent les causes et n'en sont pas esclaves; elles font de la parole un instrument assoupli, mais libre; autrement on s'éloigne de l'éloquence et on tombe dans ces langues mercenaires qui donnent des produits industriels et reçoivent en échange un salaire approprié! Mais en général, môme aujourd'hui, ce qui s'étend et s'élargit au barreau, c'est l'esprit, et non pas la conscience! On a dit, en exagérant, qu'un avocat devrait tout savoir; il est vrai qu'il peut être forcé de tout apprendre. Cène sont pas seulement les passions humaines qui aboutissent au Palais, ce sont aussi les intérêts qui se mêlent à tout, aux sciences les plus exactes, aux arts les plus parfaits, à tous les fruits du génie, à tous les calculs du commerce, aux prodiges de l'industrie, aux œuvres les plus exquises et les plus idéales de l'esprit et de la pensée ! Pour être le champion de tant de monde et n'avoir pas l'air d'un combattant emprunté, il faut apprendre à manier sûrement bien des armes; les forces de la raison ne suffisent pas toujours; cette dialectique, qui se croit invincible, est souvent impuissante. Si l'esprit élargi ne se remplit pas vite des choses qu'il ignore et qu'il doit savoir, si, les ayant apprises rapidement, il n'a pas l'air de les posséder en maître, il

est au-dessous du barreau et ne peut pas atteindre à l'éloquence judiciaire! Partout il est rare de réunir des qualités qui semblent s'exclure; il y faut parvenir, quand on veut être l'organe utile et distingué de l'infinie variété des procès qui se plaident. Nous avons, et on a toujours eu, la faiblesse de dire, sinon de croire, que le talent s'altérait dans cette universalité qu'impose le barreau; mais c'est encore une erreur qu'il faut combattre. Sous Domitien, les deux plus célèbres avocats de Rome étaient Marcus Aper et Julius Secundus. Tacite, qui était très-jeune, les admirait beaucoup, et les suivait partout, à l'audience, en public et chez eux; il recueillait jusqu'aux moindres traits de leurs entretiens familiers. Secundus, exact, précis et savant, avait aussi de la facilité et de l'abondance; Aper avait une éloquence naturelle, et montrait moins sa science, quoiqu'il en eût beaucoup; ils étaient complets l'un et l'autre; cependant nous savons, par leur jeune et ardent auditeur, que la malignité romaine1, qui se retrouve partout, refusait à Secundus, en lui accordant la science, la facilité et la promptitude de la parole; à Marcus Aper, son rival, elle accordait un génie facile et des dons heureux; elle lui refusait les avantages du savoir et de l'étude! Cette injustice s'est souvent renouvelée depuis Rome, parce que la malignité qui l'a produite est une intarissable source; il est apparemment désagréable à nos cœurs, malgré le charme qu'y trouve notre esprit, de rencontrer et de reconnaître un talent invulnérable et parfait; ces rares et beaux miroirs nous montrent trop vivement nos propres imperfections! Si, du grand siècle où se tient ma pensée et où je dois rester pour peindre la physionomie d'Antoine Lemaistre, je descendais au nôtre, je marquerais du doigt, sauf le degré de talent.

1 Quamws plerique maligne opinarerilw. Tacite, Dial. des Orateurs, §2.

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dans la magistrature et au barreau. Marcus Aper et Julius Secundus.

Quant à Lemaistre, je suis bien sûr de sa conscience; elle n'a rien perdu, dans les luttes judiciaires, de sa noblesse ni de sa pureté. Mais au premier abord on pourrait être tenté de refuser à ce grand avocat la souplesse d'esprit et la variété de talent qui placent l'orateur judiciaire au niveau de toutes les causes, l'élèvent avec les plus grandes, et le mettent d'accord avec les plus petites, sans cependant qu'il s'abaisse. Ceux qui ne l'ont vu qu'à Port-Royal, au milieu des austérités invariables de sa pénitence, absolu dans sa foi, inébranlable et même violent dans sa piété, ayant, comme Arnauld. quelque cbose du lion, insani leonis vim. se le représentent difficilement au Palais, plaidant les causes les plus diverses avec un égal talent; sa figure elle-même, fière, inspirée, un peu vaste, un peu tendue, éloigne l'idée d'une âme et d'un esprit faibles. Je n'ai jamais pensé que le style fût l'homme, malgré l'autorité et l'exemple du grand écrivain qui a formulé cette opinion; ce serait à peine vrai si tout le monde écrivait naturellement, mais le style abonde en déguisements; c'est la parure et le masque des hommes, ils en font vanité, et se cachent si bien dans leurs écrits, que Molière lui-même ne les y reconnaîtrait pas toujours. La physionomie est une image bien plus fidèle de l'homme et de son talent; elle montre surtout l'orateur; il y a. en effet, entre elle et lui des rapports fréquents et immédiats, une influence directe et réciproque, et une agitation mutuelle. Il serait facile, aujourd'hui même (et ce serait une piquante étude i, de montrer que le talent oratoire de la tribune et du barreau a tous ses reflets sur la physionomie, et que jamais la véritable éloquence, celle que l'esprit puise dans le cœur ému, n'a jailli de ces têtes sans harmonie et sans grandeur . intelligentes si l'on veut , mais froides et sans

un seul de ces rayons de soleil qui colorent la pensée, suivant la belle expression de Cicéron : Sentio... orcitionem meam quasi colorati1. Je vais plus loin, puisque aussi bien cette idée m'entraîne, et je prétends que les défauts du cœur qui se lisent sur le visage se retrouvent dans le discours. Tout le monde a connu des orateurs, et surtout des avocats, portés au premier rang par l'esprit des affaires, qui n'ont jamais pu éviter, en parlant, la sécberesse attachée à leurs traits!

La physionomie de Lemaistre n'échappe pas à cette loi, que je crois générale; ses caractères dominants sont la passion et la solennité. Lemaistre avait, comme le jeune et brillant ami de Montaigne,' une « âme pleine et qui montrait un beau visage;» aussi le jour de son triomphe sera-t-il celui où, faisant un dernier effort, blessé dans sa dignité par le blâme et par l'envie d'un avocat général qui ne sut pas l'égaler, il plaidera, tourné vers lui, l'accusant et le dominant du regard, le bras fiévreux et tendu, ouvrant à la passion les portes de son âme, la laissant pour cette fois enflammer tout à fait son visage, et tout resplendissant enfin d'un éclat oratoire qui inonda laGrand'Chambre, aveugla M. Talon et se répandit au dehors! En attendant, Lemaistre, né pour les grandes causes, sait aussi plaider les petites; il est bien vrai qu'il les élève toujours et leur fait perdre assez souvent la simplicité qui semble leur convenir; mais peut-on s'en étonner en songeant à la nature, quoique assouplie, de son talent? Peut-on s'en plaindre en se rappelant l'éloge que Cicéron fait de l'éloquence : Summa oittem Ictus éloquent ise est ampli ficctre rem ornctndo?

Jusqu'ici nous l'avons vu plaidant au Parlement; nous allons le voir maintenant devant la Cour des aides. C'était une jun-

1 Cicéron, Traité de l'orateur. Il met cette phrase dons la bouche de l'avocat Antoine.

diction souveraine, comme le Parlement lui-même; Louis XI lui avait successivement donné et retiré ce titre, que des lettres du 29 juillet 1474 avaient définitivement confirmé; elle connaissait de toutes les questions relatives aux aides et gabelles; comme le Parlement, elle avait ses grandes audiences et ses célébrités, et on trouve dans ses annales plus d'un nom qu'a recueilli l'histoire, par exemple ceux de Barentin et de Malesherbes.

Le client de Lemaistre est un sieur Charles le Clerc, conseiller à Senlis et assesseur en la maréchaussée; il plaide contre les habitants mêmes de Senlis, pour être exempté de la taille en sa qualité d'assesseur. Son avocat signale l'origine de cette fonction utile et modeste; les prévôts des maréchaux étaient chargés de la poursuite des vagabonds, des déserteurs, des vuleurs de grands chemins, des sacrilèges et des faux monnayeurs. Pour adoucir les effets de leur féodale ignorance, les ordonnances de Moulins et d'Orléans avaient voulu qu'il y eût à côté d'eux un conseiller du siège présidial, un avocat, ou une personne graduée, présente aux instructions des procès; mais personne ne voulait prendre cette peine, par la raison qu'en donne ingénieusement Lemaistre, « tout le monde fuyant naturellement le travail auquel la récompense n'est pas attachée et n'y . ayant, d'ordinaire, rien à gagner avec des soldats et des vagabonds que prennent les prévôts des maréchaux! » (Cette remarque est plus vraie et plus fine que l'illusion de Montesquieu, croyant que l'honneur suffit pour décider à servir le public dans les gouvernements monarchiques.) Il fallut remédier à ce mal et stimuler, avec le nerf ordinaire des actions humaines, le patriotisme défaillant des avocats et des gradués; ce fut surtout nécessaire à la suite des guerres religieuses, dont Lemaistre nous donne, en raccourci, un saisissant tableau. « La Cour sait, dit-il, combien les guerres de la Ligue, depuis l'année

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1588 jusqu'à la réduction de Paris en 1594, avaient apporté de licence. La France alors était plutôt une retraite de bêtes sauvages qu'un royaume de peuples civilisés. Les lois étaient muettes parmi les armes. Les Français eussent trouvé plus de sûreté parmi les plus barbares des étrangers qu'ils n'en trouvaient dans leur pays même et parmi leurs propres conci- I to^ens. Les voleurs étaient maîtres de la campagne. On courait autant de fortunes dans les voyages qu'on fait maintenant dans la guerre; et qui eût voulu peindre la France n'avait qu'à représenter une forêt où des tigres et des lions se déchirassent • eux-mêmes.» |ui

Sans doute le ton du procès est dépassé dans cette peinture, mais n'est-elle pas en elle-même admirable d'éclat et de simplicité? C'est alors, au 18 juin 1596, que le roi Henri IV créa des assesseurs dans chaque juridiction de prévôt des maréchaux. L'assesseur devait être un homme d'expérience et gradué; il était obligé d'aller à la campagne pour signer les inven- Il tairesdes biens saisis sur les criminels et pour assister à l'entière confection des procès; pour ce métier fort pénible et assez sub- I alterne, « qui exigeait l'entretien d'un cheval sur lequel, par parenthèse, il fallait monter à toute réquisition du prévôt des maréchaux1, » il était fort mal payé; on avait été forcé, les finances étant mauvaises, et quoique le budget de l'Etat lût alors sans contrôle, de supprimer une place d'archer pour lui donner deux cent quarante livres; de plus, il était exempt des tailles. Faisant l'éloge de cet édit, Lemaistre met un pied dans la politique, et s'y élève très-haut, comme ou en va juger.

Sous l'ancienne monarchie, la nécessité, qui était plus particulièrement alors le besoin d'argent, a produit bien des lois, et surtout bien des charges. Lemaistre n'honore pas cette ori-

1 En vertu d'un arrêt du Parlement.

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ine, et il la répudie pour ledit qu'il invoque, dans une langue assablement doctrinaire. « 11 n'y a, dit-il, que la raison et la astice qui produisent des effets toujours louables et toujours >'ons en eux-mêmes. La nécessité en produit quelquefois de santaires, mais elle ôtc toujours du prix et de la valeur à ceux

qui elle donne l'être : Quod nécessitas facit dépréciât ipsa... ;es édits qu'elle fait naître ressemblent aux orages et aux torents qui viennent d'une cause violente, et qui doivent cesser i plus tôt qu'il est possible. . . L'édit de création de l'office d'asesseur a été bien différent de ceux-là; car il y en a eu fort peu ui aient été moins à charge à qui que ce soit, et plus utiles au ublic. » Il y a dans ces paroles un grand sens et une grande ortée; elles attaquent ouvertement la loi sans cesse invoquée u salut public, et ce qu'il y a en elles de particulier, de piquant t de beau, c'est qu'elles sont prononcées presque à l'oreille de ichelieu, et à propos d'un assesseur en la maréchaussée de enlis !

On trouve dans ce même plaidoyer une peinture des vagaonds et des voleurs de grand chemin qui n'est pas à dédainer, même aujourd'hui. « Ce sont eux (les prévôts et les as- 3sseurs) qui purgent la France de ces méchants dont la main st toujours armée pour les meurtres et les sacrilèges; dont les iolences font sentir les effets les plus cruels de la guerre dans \ douceur de la paix; qui traitent comme leurs plus grands nnemis ceux qui ne les ont jamais offensés; qui troublent le ommerce et le trafic par leurs rapines et leurs brigandages; ui sont errants et vagabonds, sans retraite, sans loi, sans laison; pour user des termes d'Homère, qui regardent le joug es lois comme celui d'une insupportable servitude; qui triomhent publiquement de la puissance royale et de celle de la jusice; et, en attendant une fin honteuse, en font souffrir une iolente à ceux qui tombent entre leurs mains. »

II parle ensuite de la police et du système qui consiste à prévenir plutôt qu'à réprimer les crimes, mais avec une simplicité qu'on chercherait vainement dans les livres de nos réformateurs et de nos philanthropes; il a relevé les services de sont client, a montré qu'ils étaient plus utiles et plus nécessaires que les tailles mômes et les subsides, et placé au premier rang des besoins de l'Etat la sécurité publique, cette sécurité (jue nous aimons tous, qui faisait dire à Barnave éclairé qu'e France on lui sacrifierait toujours la liberté1, et il ajoute ce grandes paroles : « Encore qu'il semble qu'il n'y ait rien de plus glorieux que de vaincre et de conquérir, ce ne doit pas être néanmoins le but de la politique (une leçon aux conquérants dans un plaidoyer devant la Cour des aides, vers l'an de grâce 1G55), mais la félicité de l'État... Le premier devoir d'un politique n'est pas de forcer à obéir, mais d'ordonner ce qui est nécessaire pour rendre la vie de ceux qui obéissent de tous points heureuse. » Je ne peux pas me soustraire à l'idée que Richelieu a entendu cette dernière phrase, et que Lemaistre, qui pourtant va devenir un des plus grands exemples de l'obéissance humaine, pensait à lui en la prononçant! Quoi qu'i en soit, elle est d'une rare beauté, quand bien môme on juge-

1 La pensée de Barnave est trop belle, surtout aujourd'hui, pour que nous ne cédions pas au désir de la reproduire textuellement. « Il y a deux choses dont les peuples généreux et policés ne peuvent se passer : l'une est la tranquillité, l'autre est la liberté ; mais, pour le commun des hommes, la tranquillité est plus nécessaire que la liberté; pour le commun des hommes, la, tranquillité est le premier besoin ; la liberté politique n'est qu'un superflu qui fait le bonheur, mais qui n'est pas rigoureusement nécessaire. Si vous ne les mariez pas ensemble, si vous les rendez incompatibles, si vous présentez à la nation la perte de la tranquillité dans l'établissement de la liberté, craignez de voir bientôt cette majorité détruire la liberté plutôt que de se condamner à un état perpétuel d'agitation et d'incertitude! » Que d'enseignements dans ces paroles ! (Discours de Barnave, sur les Pouvoirs constituants, séance du 51 août 1791.)

rait qu'elle n'est pas à sa place. 11 fallait un grand bon sens et un grand courage pour parler ainsi en pareil temps. Les grandes âmes ne font la leçon aux rois que quand les rois sont absolus et tout-puissants; c'est le propre des petites, au contraire, de les attaquer quand ils sont faibles, et c'est ce dernier spectacle qu'a donné notre siècle.

Le développement d'une dernière idée amènera un trait d'une vivacité qui étonne et qui prouve que Lemaistre ne manquait pas, quand il le voulait, d'esprit subtil et gaulois. L'exemption a été accordée parl'édit, mais un règlement général des tailles, fait quelques années plus tard (1600), semble l'abroger; une déclaration du roi, du 10 janvier 1629, la rétablit, à la condition parles assesseurs de payer nouvelle finance. Lemaistre rappelle à la royauté ses engagements : « Dieu ne eut tromper, dit Tertullien. quoiqu'il puisse toutes choses. C'est en cette divine impuissance que les souverains, qui sont ses images sur la terre, le doivent particulièrement imiter!... Il est un peu rigoureux que les assesseurs aient acbeté deux fois cette exemption... Mais ce n'est pas à la bonté de nos princes qu'il faut attribuer ce désordre, ils en sont sans doute plus fâchés que nous. Aversi tenuere fucem. Ils ne demandent rien tant à Dieu que le soulagement de ces maux; c'est la nécessité de leurs affaires qu'il faut accuser! » (Avais-je raison, et cette flalterie ne vaut-elle pas mieux que les fourmis de Pélisson et de Racine1?)

Enfin le trait arrive, et on dirait qu'il s'échappe d'une assemblée de Frondeurs, tenue quelques années plus tard chez

1 Racine cherchait un jour a persuader à la Fontaine que la puissance des rois était absolue, qu'ils pouvaient nous regarder comme des fourmi*; et, comme le bonhomme hésitait à le croire, Racine forgea, pour le convaincre, cette adulation latine, qu'il prétendit être tirée des Écritures : Tanquam formica deambulïbilis coram rege vestro!

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Longueil ou chez Retz : « Si nous devons être taillables comme les autres, dit Lemaistre, au moins que nous le soyons gratuitement comme les autres; et que nous ne soyons pas les seuls dans le royaume qui donnent de l'argent au roi pour payer la taille. »

La Cour, par un arrêt du mois de février 1653, consacra l'exemption au profit de l'assesseur en la maréchaussée de Senlis, lequel d'ailleurs méritait bien de gagner sa cause. « 11 (M. Le Clerc) se servait des armes aussi bien que de la plume,» et, au moment de son procès, il venait d'arrêter résolument, au péril de sa vie, « un des plus signalés voleurs qui fût en toute la France, » et dont messieurs les prévôts avaient peur.

On le voit, à mesure que je les déroule, ces procès donnent jour sur le dix-septième siècle et rehaussent singulièrement la mémoire de Lemaistre.

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