TOI
sauraient être trop étudiées ; et le plus sûr moyen de les rendre populaires , c^est de les faire connaître , de révéler ce qu'elles ont de vital pour l'avenir de notre pays.
Ces considérations sommaires m'ont déterminé à réimprimer diSërents opuscules que je réunis pour en former un tout. Le présent volume contient trois lettres que y ta adressées à M. le duc de Broglie sur la décadence inévitable de la civilisation aux Antilles , et sur les dangers qu'une émancipation des noirs à la façon anglaise ferait courir à nos établissements d'outre-mer. Ces trois lettres sont suivies d'une Note qui leur sert de conclusion, et que j'ai écrite pour M. le Baron de Mackau , ministre de la marine , dans laquelle j'expose un mode d'émancipation qui ne coûterait rien à personne , ni aux colons ,
— ÏX —
ni à l'état ^ di à là marine ; sans me foire illuak)n sur le peu de <^ance3 qu'il avait , non d'être adopté , mais senlement examiné. J'y ai joint la brochute que j'ai publiée sur le Droii de tièite maritimB ^ la première qui ait paru sur cette questipn et dont le retentissement fut aussi rapide qu'inattendu. Â la suite se trouvent annexés un aperçu sur la physiologie des noirs , sur les caractères constitutife qui les séparent de la race blan(^ , et la correspondanoe critique ou approbative dont mes opinions ont été l'objet. Mon désir le plus vif est de mettre le public à même de juger en toute connaissance de cause , sans restriction de ma part et sans arrière-pensée. Je regarde comme un devoir, Htensieur le Baron , de placer ces pages sous votre patronage. Cette démarche ne m'a pas été
dictée seulement par une estime et une affection inaltérables ; elle m'était imposée par les services incessants que vous rendez à notre marine et à nos colonies. Publiciste infatigable et fortement convaincu , vous vous êtes placé sur la brèche un des premiers. C'est par vous que la France a conmi Timportance de ses quatre petites possessions si dédaignées et qui semblent perdues au sein des mers. En révélant l'énorme débouché qu'elles offrent à toutes les industries de la métropole , l'activité qu'elles entretiennent dans nos ports de mer, le mouvement qu'elles impriment à notre navigation marchande, vous avez fait justice des utopies imprévoyantes et des systèmes trompeurs. C'est par là que vous embrassez logiquement l'avenir en élevant la statistique à la hauteur de la philosophie el de l'hisloire
N'en doutez pas , Monsieur le Baron , vos généreux efforts ont trouvé de l'écho dans les chambres et dans le public. Les ennemis de notre établissement colonial , qui devraient en être les défenseurs , ont beau se presser; la lumière de la vérité ira plus vite qu'eux , et l'intérêt de la France aura le temps de se faire jour malgré leur précipitation.
S'il n'est pas donné à mes faibles efforts de contribuer à cette réaction heureuse , je ne manquerai pas au moins d'y applaudir, et je croirai avoir servi la grande cause de notre marine en exprimant hautement des convictions sincères et désintéressées sur tout ce qui pourrait nuire à son développement , car je suis persuadé que c'est servir la cause de la civilisation et de la liberté universelle. Qui sait en effet si la franchise des mers n'est
pas enfermée dans les flancs d'une de nos frégates?
Je l'avouerai du reste : je me suis senti vivement touché des appréhensions de vingt mille familles de colons , qui ont tant contribué à la prospérité publique, et qui sont menacées dans leur existence par des théoriciens de philanthrq)ie et par certains administrateurs dont je crois deviner le secret mobile. Est-il rien de plus triste que de voir deux cent mille Français d'outre-raer, qui devraient être le plus ménagés dans l'intérêt public, aux prises avec de puissants ennemis, menacés dans leurs garanties constitutionnelles, tremblants à tous les bruits qui leur viennent de la métropole ? Qui ne serait ému des plaintes si dignes , si mesurées , de ces conseils coloniaux , quand ils viennent dire à la
— XMI —
ttétrofK^d^imevmsttiiattîflie: «Pren^gàrdé!
ji eanous fr^)paQt^ e'eiEit vous^ c'^d vote » nuvrîAe , ^iie vou9 fra|PP® î ^'^ ^ prospéri- » ié de vos ports de mer que vous blessez en B B^me temps que aous. -m
Le speetirilMiâjb nâfte <t de la dégradation des edonies lAglsôses ne Yient^l pas oonfinxker k justesse de leurs appréfaessicms? Dépeints soqs les pbts lausses couleurs ato yeux de h mêbropole , nos compatriotes d'ofttre-mer cosunencent à être mieux connus, car les préjugés ne sauraient durer tôiyours. Les hommes sérieux savent que les Français des AntUles n -ont point dégénéré sous le so^ leH des tropiques ; ils y ont conservé cette générosité, cette vivacité nationale, et oe dévoûment à la mète-patrie, que réloignement redouble au lieu de TaiGhiblir. Que nos phi-
— xrv —
lanthropes cosmopolites promènent leurs sympathies sur toutes les races de la création , ils le peuvent d'autant mieux qu'ils oublient plus fecilement leurs compatriotes. Les colons français représentent pourtant dans nos colonies le travail, le courage, l'intelligence, la civilisation , la patrie. La race noire ne représente rien de tout cela ; et la plupart de ces biens , elle n'a jamais pu y atteindre , quoiqu'il y ait deè contrées sur le globe où elle vit indépendante ; elle ne contribue même à la civilisation générale que là où elle travaille. Le jour donc où elle régnerait dans nos colonies les Antilles n'appartiendraient plus à l'Europe , les blancs seraient forcés d'en sortir, et la France avec eux. Espérons qu'on y regardera de près a van de nous pousser à ces extrémités fâcheuses Grâce surtout à vqp excellents travaux po
défendre des intérêts si préciejix , il ne faut , Monsieur le Baron , désespérer ni du salut de nos établissements coloniaux , ni de l'avenir de notre marine , déjà trop près d'être compromis. La fortune de la France a essuyé bien des traverses; elle n'a peut-être jamais couru une chance plus certaine de décadence et de ruine.
Daignez agréer, etc.
Petit de EI^èroncourt.
DE
|)remtère Uttre à M. le Îïhc î^e &to^\t.
Monsieur le Duc ,
Je yiens de lire attentivement le rapport de la commission instituée pouf l'examen des questions relatives à f esclavage dans nos co^ lonies , commission dont vous èteâ le président et dont vous avez rédigé le rapport et les conclusions.
L'expérience et les lumières des membres de cette commission^ la baute position de
Fbomme d'état qui , en acceptant la prësidente f ayait pris la responsabilité de cette immense et brûlante question y m'inspiraient , je l'avoue^ la plus entière confiance ; j'aimais à croire que les intérêts permanents et la grandeur de mon pays ne couraient aucun risque entre leurs mains j j'espérais trouver dans leurs investigations consciencieuses une série de mesures propres à sauvegarder le travail et la civilisation aux Antilles , et des moyens énergiques et sûrs pour faire passer la race noire de l'état d'abrutissement où elle végète à la liberté véritable telle que je la conçois, è'est-à-dire à la liberté morale et intellectuelle; je comptais y en un mot , que les études de la commission ne consisteraient pas à régie* menterune émancipation anarchique , toute tnatérielle , et à emprunter quelques restriction»' à cette liberté dans l'arsenal législatif
des civilisateurs mulâtres ou griffes de Saint* Domingue. lime semblait aussi que la commission prei^drait en grand souci les nëcessi*tés politiques dans lesquelles nous sommes placés en Amérique , nos alliances avec les Etats à esclaves . et les intérêts de notre mari-ne , destinée peut-être à protéger un jour la franchise générale des mers et la libre communication des peuples entre eux. Je ne pou--' Tais supposer que la philanthropie des commissaires fût un sentiment surexcité propre à aveugler leur patriotisme.
Quel n'a pas été mon désappointement, après avoir feuilleté ce rapport élégaoïment écrit , d'y avoir en vain cherché les solutions ardues et délicates que j'y croyais enferméesl J'irai plus loin, Monsieur le Duc, afin d'être plus vrai : c'est une douleur réelle que j'at ressentie à la lecture de votre travail , dou^
I^ur qui m'oppresse eBeore en écrivant ces lignes, par la conyiction où je suis resté que la France perdrait sa marine , ses colonies , son commerce, son atenir^.son rang comme puis^ sance de premier ordre ^ le jour où les conclusions de ce déplorable rapport seraient malheureusement adoptées.
Il n'est que trop facile de séduire ce pays avec les mots de liberté, de philanthropie, de dévoûment , par la pompeuse apparence des grandes choses , et de le faire ainsi tomber dans les plus funestes erreurs. £t comment y ëchapperait-il , Monsieur le Duc, quand ces erreurs obtiennent le patronage d'un homme tel que Vons, à qui nul ne saurait contester la pureté des vues, kinoblesseou le désintéres'- Éement du caractère !
Quelle que soiC la faiblesse de ma voix et son peu d'autorité, comparée au crédit que
votre naissance et vos nombreux services VOUS ont libéralement départi, je n'hésite pas à protester de toutes mes forces contre les conclusions de votre rapport; je tâcherai de démontrer aux esprits non prévenus que votre projet d'émancipation n'est pas un véritable affranchissement , ni un affranchissement complet de la contrainte pbysique ^ ni un affranchissement moral et intellectuel; que c'est un retour plu^ ou moins rapide au vagabondage et à la bapharle ; que cet affranchissement prétendu aura pour effet de faire disparaître la race blanche des Antilles pour y substituer la liberté de Saint-Domingue et la civilisation des côtes de la Guinée, que voqs proposez, en un mot, de faire acheter à la France un pareil résultat au prix d'un capital
de CENT CINQUANTE MILLIONS PB FRANCS, d'UUe
dépense annuelle de nuii m mx millions , ce
qid représente un antre capital de deux cents VULIONS (j'emprunte vos propres calculs) ; et pourquoi ? pour donner aux noirs un état qui ne sera pas la liberté , mais qui certainement augmentera leur misère et ruinera leurs miditres ; j'irai plus loin : tous n'obtiendrez un pareil résultat qu'au prix de la marine ^ du commerce et de la grandeur de mon pays.
Je me trouve à peu près seul (car je ne compte pas les parties intéressées) pour demander si la race noire est arrivée à ce point de culture qu'elle soit capable de comprendre la nécessité du travail , et digne de l'émancipation qu'on lui prépare; pour m'enquérir, l'histoire à la main , si l'esclavage n'a pas servi , dans tous les temps et chez tous les peuples, à l'éducation des races et à l'apprentissage de la liberté. Je sais bien que le crédit et les gros bataillons sont du côté des philan-
thropes ; j'ai lu dans le rapport que le maialien provisoire de l'esclayage aux Antilles n'avait pas semble digne d'une discussion approfondie , que l'origine et les résultats de la servitude coloniale n'avaient point été étudiés , la commission n'ayant garde d'insister sur ces objets (1); et je me tairais peut-être devant la sagesse taciturne des commissaires et leur expérience théorique j si je ne pouvais m'autoriser des morts à défaut des vivants , et invoquer les noms à jamais illustres de Golbert et de Louis XIY , qui ont fondé le système coloni(\)., et celui de Napoléon 9 qui l'a rétabli jiprès une longue période de libre paresse, sans peine cependant et par ordonnance. Or Golbert , Louis XIV et Napoléon , ont une certaine valeur politique derrière laquelle j'ai droit de m'abriter.
(1} Rapport de M. le duc de Droglie, page 6.
Je compte enfin sur le bon sens de mon pays , comme cela m'est arrivé déjà une fois : car j'étais seul aussi le jour où je fis copier à la Bibliothè(}ue royale (1) les fatals traités du droit de visite que vous avez signés, Monsieur le Duc y par suite de préoccupations philanthropiques que j'honore , mais sur la valeur desquelles votre haute intelligence ne saurait plus se faire d'illusion.
(i) On a attribué le mouyement de Po|Hiiion publiqae relatif an droit de visite à la brochare do général Casa , ministre des États-Unis à Paris. Elle y a contribué sans doute ; mais il est facile de Térifier, avec le Journal de la librairie , que ma brochare sar le droit de visite maritime a devancé de beaucoup la tienne. Le lendemain de son apparition, les journaux , à qui je rayais envoyée, se sont emparés de la question : quelques uns m^ont cité, notamment Je Pfational, le Constitutionnel et la Presse; d^autres, au contraire, ont pris, mot pour mot, les phrases de ma brochure sans me nommer. Si je n^ai fait aucune réclamation, c^est qu^il me suffisait de voir TÂngleterre arrêtée dans ses empiétements, la ratification de la loi refusée, et nos hommes d^état un peu désabusés. Cette brochure sur le droit de visite^ dont les lettres à M. le duc de Broglie sont la conséquence, est réimprimée dans ce volume.
Il est encore un motif qui me rassure : c'est que Je ne suis ni colon, ni fabricant de sucre, ni possesseur d'esclaves; ni moi ni les miens n'avons aucun commerce transatlantique, aucune industrie qui se rattache de près ou de loin au système colonial ; Je ne suis donc guidé par aucun mobile d'intérêt personnel , à moins qu'on ne regarde comme un intérêt le dédain que J'éprouve h me couvrir de ce manteau de philanthropie négrophile , dont je vois tant de gens s'afTubler, à si peu de frais pour eux et aux dépens d'autrui.
Après ces préliminaires , qui m'ont semblé
indispensables , permettez-moi de m'excuser,
Monsieur le Duc , d'avoir emprunté la forme
épistolaire , et de vous prendre directement
à partie. J'ai cru que ma pensée y gagnerait,
et que mes expressions seraient plus mesu-
rëés f par la coayiclion où je suis de la sincérité des sentiments philanthropiques d'un homme d'état dont les éminentes qualités, la haute position, et les rares talents, ont droit aux plus respectueux égards.
J'espère, en conséquence, qu'il ne s'échappera de ma plume aucun mot blessant ou peu digne , dans l'entraînement de la polémique , et en tout cas je le désavoue d'avance et le déclare contraire à mes intentions.
Procédons par ordre. Je chercherai à démontrer que l'abolition actuelle et immédiate de l'esclavage est contraire à la marche générale de la civilisation ;
Qu'elle est nuisible à l'avenir de la race
noire ^ à son existence ^ à sa condition présente ;
Que les mesures proposées par la conunission abolitioniste sont insuffisantes et inefficaces pour le maintien du système colonial , sans lequel nous n'aurons plus ni marine, ni commerce extérieur;
Que ces mesures sont ruineuses pour la France ; qu'elles sont sans avantage et sans compensation ;
Que la commission n'a fait aucune étude, n'a pris aucun souci des nécessités politiques dans lesquelles nous gommes placés, ni de nos alliances, ni de nos intérêts, ni des besoins auxquels nous devons répondre.
Les deux premiers points, relatifs à la marche de la civilisation , à l'avenir et à l'existence de la race noire , m'occuperont seuls
dans cette première lettre ; encore ne pourrai-je que les effleurer.
J'entre donc immédiatement au cœur même de la question. Qu'est-ce que l'esclavage? Quelle est sa cause, son but? Quels sont ses effets prochains ou éloignés? Est- il un état de corruption ou un premier pas hors de la barbarie? Quand on s'occupe d'une institution humaine, soit pour la modifier, soit pour la détruire, il est naturel de l'étudier à son débot, de s'en rendre un compte exact et fidèle. Comment se fait-il qu'un état « exorbitant , injuste , mais légal » (j'emprunte les termes mêmes de la commission), ait pu s'établir dans tous les temps, et chez tous les peuples du monde? Tel est le premier point à examiner. Eh bien! qui le croirait , la commission n'a trouvé sur cet objets qui est pourtant
rouf que base de son travail , qae deux pages d'une légèreté incroyable , où l'objet de Tesclavage colonial, le travail forcée n'est pas même nommé, et que nous reproduisons fidèlement :
<i Que sert*îl , en effet , désormais de disserter sur l'anliqnité de l'esclavage^ sur l'aniversalité de l'esclavage , sur les enseignements réels ou prétendus que l'histoire offre à ce sujet? Ce sont là des thèses de philosophie politique sans application directe à la question qui nous occupe. S'il suffisait, pour justifier une institution aux yeux de la religion, qui la désavoue^ et de la justice^ qui la réprouve, d'établir que l'origine de cette institution se perd dans la nuit des temps, et qu'on la rencontre chez tous les peuples à l'instant où l'histoire signale leur apparition sur la scè%e du monde, que ne justifierait-on pas ? Les sacrifices humains pourraient être défendus précisément au même titre.
» Alléguer^ pour autoriser la perpétuité de l'esclavage colonial y que les noirs de traite étaient déjà es-
:davei en Afrique ; qa*ea les achetant les Earopéens ne leur ont fait aucun tort; que leur sort s'est même amélioré entre les mains des blancs ; que ce sont^ en un mot, des étrangers admis dans la société européenne à certaines conditions, et qu'ils n'ont rien à réclamer de plus , ce sont autant de propositions égale* ment inadmissibles et en fait et en droit : en fait , car^ s'il est vrai que la traite des noirs n'ait pas créé l'esclavage en Afrique, il est au moins certain qu'elle y a propagé, multiplié , entretenu l'esclavage ; qu'elle y a créé par millions des esclaves , qui , sans cela , ne l'auraient jamais été $ en droit, car le titre de l'acquéreur ne saurait être autre ni meilleur que le titre du vendeur, et si le titre du vendeur est fondé sur la violence ou sur la fraude , si l'objet vendu par sa nature n'est pas vénal, s'il n'est pas légitimement dans le commerce, la partie intéressée est toujours fondée à réclamer.
» Prétendre que la condition dé l'esclave est préférable à celle du travailleur libre, parce que le fardeau de la vie coloniale pèse exclusivement sur le mai-