‹ De l'emancipation des Noirs; ou, Lettres à M. le duc de Broglie sur les dangers de cette mesureChapitre 3 sur 14 · IS · texte numérisé non relu

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Ire ; parce que Tesclave est di^^eiiaé de prérofanee et d'économie ; parce qu'il est affranchi des soins de )a Dannille, des devoirs de la paternité; parce qu'après avoir travaillé tout 1q jour sous la menace du fouet , il peut, le soir, s'endormir sans penser à rien, autant dire que la condition de la bête est préférable à celle de l'homme, et que mieux vaut être une brute qu'une créature raisonnable.

» Gompler, enfin , pour arriver à la transformation coloniale , d'une part sur la fusion des races > c'est-àdire apparemment sur la mulliplication des unions cnlre les noirs et les blancs, entre les maîtres et les esclaves; et d'une autre part rejeter bien loin l'abolition de l'esclavage^ sous le prétexte qu'elle tendrait à favoriser de semblables unions ; s'en reposer, pour la disparition de l'esclavage , sur les affranchissements volontaires, et représenter en même temps les noirs comme à jamais indignes d'être affranchis, comme radicalement incapables de se livrer à aucun travail suivi , à moins qu^ils n'y soient incessamment contraints par le fouet, la chaîne ou le bloc; espérer l'accroissement

— lu —

progressif de la population notre , et passer en tnéme temps condamnation sar la promiscuité des sexes ^ r^ sultat inévitable de l'esclavage , sur l'iropossibililé d'astreindre l'esclave au joug du mariage^ c'est-à-dire sur l'état de choses le plus décidément contraire à tout accroissement de population , ce sont évidemment là des idées contradictoires et qui se réfutent l'une l'autre.

» Nous n'aurons garde d'y insister davantage.

» Nous persistons à penser, avec tous les publicisles dignes de ce nom, avec les hommes d'état et les philosophes de tous les pays^ que l'esclavage, quelles qu'en puissent être l'origine , la nature et la durée , est un état légal^ sans doute, aussi long-temps que la loi l'autorise et là où elle l'autorise , itais un état violent , exorbitant, et par cela même non seulement exceptionnel, mais transitoire f un état injuste au fond et en soi , au profil duquel nul laps de temps ne saurait prescrire cl qui ne peut être légitimement maintenu dès qu'il peut être raisonnablement aboli. Or, à nos yeux, Tesclavage peut être raisonnablement aboli, et par conséquent il doit rêlrc aussitôt que Timancipalion

des esclaves a cessé d'être incompatible avec les con* ditions essentielles de l'ordre social y l'obéissance aux lois, la sécurité des personnes , le respect des propriétés 9 la conservation et la rémunération du travail , la régularité des transactions civiles ; nous disons aussitôt que l'émancipation des esclaves a cessé d'être incompatible avec ces conditions premières de toute société : nous ne disons rien de plus (1). »

La citation qui précède contient la base même du travail de la commission abolitiofniste; elle peut se réduire aux termes suivants : Uesdavage est un état légal ^ mais injuste, exorbitant; donc nous entendons le détruire à tout prix, pourvu que l^ordre public n'en souffre pas , et que l'intérêt des colons soit ménagé.

Si la question complexe qui nous occupe pouvait être circonscrite dans ces étroites U«

(1) Rapport de la commissioD, page 5.

mites, nous n'aurions rien à dire^ et le plus court serait d'accepter en silence le plan des abolitionistes. Sans aucun doute , à ne consulter que la loi naturelle , ^'esclavage est un état irrégulier au fond et en soi ; mais c'est un état légal; et s'il fallait abolir, s'il fallait détruire immédiatement avec la hache législative toutes les injustices sociales qui sont le produit de nécessités politiques ou d'inégalités naturelles, rien n^y résisterait. Il faudrait renverser la société elle-même. L'esclavage est contraire à la loi naturelle; qui en doute? Mais l'iDégalité des conditions , la loi du sang levé sur le peuple ir le recrutement , la servitude du matelot sur son navire, les traités qui consacrent , après la victoire , la ruine ou le démembrement des états, la transmission des héritages et des titres nobiliaires , toutes les inégalités choquantes que nous voyons, toutes

les servitudes sociales dont nous sommes entourés i tout cela s'accorde-t-il avec la loi naturelle ? Et s'il fallait en poursuivre le renversement, la civilisation elle-même pourraitelle y résister? La justice absolue ressemble à la liberté absolue de J.-J. Rousseau : on ne saurait la trouver qu'au fond des forêts, et ce n'est pas à dire pour cela que les hommes doivent y retourner.

La commission que vous présidiez , Monsieur le Duc, a pu avoir ses raisons de se cantonner sur le piédestal de Wilberforce; permettez-moi de prendre un peu plus d'espace.

A mon avis, il faut accepter provisoirement les inégalités sociales, quand on n'a pu faire disparaître les inégalités naturelles qui y sont corrélatives. Il ne suffit pas de déclarer

le noir libre pour qu'il le soit. Il faut liy enseigner la liberté.

Ces lenteurs que la Providence a mi&s pour enfanter la race blancbe à la civilisation ne vous conviennent pas appliquées à la race noire ; vous ne voulez, pour arriver à la transformation coloniale, ni de la fusion des races, ni des affranchissements individuels, comme on peut le voir dans la citation que nous avons faite ; d'un autre côté, vous êtes loin certainement d'accepter le plan de ce détestable Turnbufl , dont vous avez cité cette phrase menaçante : Pour abolir l'esclavage il faut trancher dans leiflf{i)i ^^ ^^^^ 1^ sanguinaire philanthropie médite présentement, sous le patronage de l'autorité britannique (2),

(1) Rapport de la commission , page 171.

(â) Après ayoir tenté à plusieurs reprises de so^ilever à

dégorgement général de la race blanche i Guba^ vous proposez des tempéraments sans efficacité, un apprentissage de dix ans qui ne changer^ rien à l'état de la question , et en outre quelques mesures de police empruntées au €ode rural des noirs d'Haïti , mesures sur lesquelles je reviendrai quand il en sera temps.

Permettez-moi seulemeot, MonsieurleDuc^ avant d'aller plus loin , de m'étonner que la commission se soit trop souvent appuyée sur des matériaux fournis par des âbolitionistes anglais les plus étroits et les plus fougueux , notamment sur ceux de ce Turnbull dont je viens de parler. Permettez-moi de me plaindre sans amertume que vous ayez puisé un grand

main armée les nègres de Cuba , Pex'Consul .Tarnball a été nommé magistrat à la Jamaïque , d^où il continue ses menées abolitionistes et ses proyocations à la rérolte.

HiMIfai^ffe 'Mff fQwefgmRHOi ài

KttMMMlHK MBS hHBRSK CS

M^pMifffMi ffMtf loolM SCS Cices y cl jintl J IT II f! iîif ïr mrr ipïf mi ii iiiMl leftai iMrt H U pfM ^g»e ^ fxer falf^AioB da flrH^>!io^pl»^. Toyms f esdara^e fcs Antillefl m tfi« Afi U eitilMatioo en géséral, elde l'atcrurff il« l« raee noire en particofier. RetranlAiMihra ce fini Meuse le ccenr des bommeg IfAnérent , ceqn'fl estpoMible de transformer d^ndonciri do modifier. Qa'est-ce que l'escla* Yli|{n , Ninon le travail forcé 7 Et qu'est-ce que \^ irnviiil forcA , bI co n'est la discipline primiilY(^4 inAvilnltlo. fondamcnlalc , quiafaitTédiiCAlton dt> toutes los races humaines, etsau lAqii«^)le II n*y aurnlt eu ni sociëlës policées , Mt vi^tolrtsi d0 Thommc sur la nature, ni pro- Rti^. ni iri\v«ll IH>ro? iVcsl le noTiciat indis-

pensable sons leqael a passé la race blanclia pendant l'antiquité et pendant quinze siëclei» des temps modernes ^ noyiciat qui s'est adouci insensiblement avec le progrès des temps et l'amélioration des races : car le travail forcé développe matériellement et moralement les générations humaines, et c'est là l'explication la plus simple de l'antiquité , de la durée , de la persistance de l'état servile j qui est le passage inévitable de la barbarie à la vie policée*

Quoi ! vous pensez à improviser l'affran^ chissement et la liberté de la race noire , la dernière dans l'échelle de l'intelligence, et vous ne voyez pas qu'autour de vous , en Europe y trente millions d'hommes appartenant à la race blanche n'ont pas encore atteint cet ftge viril où les lisières sociales se brisent, et vous n'avez pas remarqué qu'à deux pas de

VOUS la grande race slave ne marche d'un pas ferme et unanime vers le véritable affran* chissement , l'affranchissement intellectuel , social et politique, qu'au moyen de cette servitude de la glèbe , de celte possession de l'homme par l'homme , sans laquelle il est impossible de concevoir que la race noire parvienne jamais à une émancipation morale et intellectuelle !

Dira-t-on que le servage des Slaves n'est pas la servitude coloniale ? Sans aucun douta il y a des différences de mœurs et de climat , et il existe entre ces deux termes tonte la distance morale qui sépare le paysan russe de l'indigène africain ; mais le serf russe travaille forcément , il s'achète , se loue , se vend ; il doit trois jours sur sept à son maître; il fait partie du cheptel de la terre (1) ; et l'infério-

(i) L'esclaye , dans la plupart des coloniejs, a le droit de te

tilé comparative de la société moscovite avec nous ne vient pas de ce qu'elle est soumise an servage , mais précisément de ce que la servi' tude territoriale est encore trop récente dans les contrées orientales de l'Europe. Alors que nos pères étaient courbés ^us le Joug de la glèbe , pendant le cours du mo^en âge , les^ tribus de la Sarmatle vivaient de cette libertd vagabonde et sauvage que les abolitioniste»

veulent restituer aux nègres. C'est en l'an 1600 seulement que l'usurpateur Boris Godu^ now attacha le Russe à la glèbe et à la civili-» sation en interdisant au paysan le droit de quitter la terre de son seigneur, et c'est ainsi qu'ail affermit dans le sol les germes d'un grand empire.

racheter en remboarsant le prix d^achat, sans que son maître poisse s^y opposer. Il n'héla est pa» de même en Russie, où 1er serf ne peut s'afliraiichir à aocan prix, si son maître y met opposition.

Les blancB, malgré leur supériorité aata^ relie , dans des conditions de cliaiat et d( nourriture inflniment plus fiavorables aa tra* vail libre et au progrès, n'ont pu échapper pendant de longs siècles à cette rude et inévitable discipline de la liberté , et vous penseï improviser une société noircTéguIière et morale, de bons pères de famille, des citoyens laborieux, capables de posséder et de fertiliser le sol , par un décret législatif soutenu de quelques restrictions caduques et inefficaces ! Vous vous substituez à l'œuvre des siècles ei à la marche providentielle de l'humanité!

Vous ravissez à la race blanche son patronage indispensable , et cela sous le climat des Antilles, qui convie invinciblement le noir au sommeil , à l'imprévoyance et à la paresse I Commencez donc par mettre dans la loi que vous changerez le soleil des tropiques. ^

Ah! les grandes choses sont diflQcHes à faire (1), comme je le lisais dans votre rapport , Monsieur le Duc ; mais s'il était possible d'émanciper moralement les noirs au premier coup de baguette , et de créer l'amour du travail 9 la continence , le mariage , le respect filial, les mœurs et les sentiments des peuples avancés, en proclamant la liberté, en abandonnant les races inférieures à leurs libres tendances, nous aurions des grands hommes à foison, et l'admiration publique ne pourrait les compter.

Et d'ailleurs , en supposant que la liberté produise avec tant de facilité de semblables miracles, d'où vient que les tribus noires de la côte de Guinée, qui en jouissent pleinement depuis la création (car leurs captif^ sont des

(1) Rapport de M. le due de BregUe , page 6>

Faudra-t-il réfuter pour la Gentiëme fois les séduisantes théories du dernier siècle sur la perfection de l'état de nature ! La côte de Guinée est-elle une image du primitif Eden ?

Lés Tieillards cafres sont-ils des patriarches? et les jeunes Malgaches importés dans nos colonies ont-ils l'innocence et la candeur qu'on ne trouve pas même au berceau de l'humanité?

Vous savez mieux que moi , Monsieur le Duc , que les blancs n'ont point commis ces crimes envers les noirs. Vous reconnaissez vous-même la supériorité des noirs créoles élevés dans la servitude de nos colonies sur les indigènes importés nouvellement de la côte d'Afrique. (P. 164.) Je ne m'arrêterai pas plus long -temps à réfuter les théories suran-^ nées du dix-huitième siècle.

Voyez plutôt cette race des Peaux rouges

restée libre dans les solitudes de l'Amérique du nord en face de la civilisation. Dieu l'avait créée comme nous pour vivre et se multiplier, et avant la fin du siècle elle aura probablement disparu. Elle s'affranchirait , elle vivrait en passant sous la dure nécessité de la servitude j elle périra par la liberté. Votre cœur généreux, je n'en saurais douter en dépit des paradoxes du Contrat social ^ a aussi un peu de pitié pour une race humaine qui s'en va.

Pardonnez-moi cette courte • digression ; Je. réviens à mon sujet. J'ai 4it que le travail 'Obligatoire avait lentement ébauché toutes les sociétés , et que là ou les facilités du climat et d'une nature féconde invitent l'indigène à l'apathie et au sommeil^ il faut la main de l'homme pour le relever. Il m'aurait été également facile de prouver que le travail des

colonies transforme la race noire elle-même.

Ceux qui en doutent peuvent interroger le pre^ mier magistrat connaissant les Antilles , et ils apprendront la distance énorme qui sépare le noir créole^ discipliné dés son enfance, et •pour les habitudes régulières , et pour les idées morales , et même pour la physionomie, du stupide Malgache ou du Gafire hébété qui ne saurait unir deux idées , et qui yteat pourtant des pays où règne la liberté africaine. J'affirme en un mot que, si le noir de nos colo* nies doit s'élever un jour à la vie policée , ce travail régénérateur ne pourra s'opérer, que par la discipline et sous la tutelle de la race blanche.

Envisager la libre disposition de soi 'comme l'élément primitif et le point de départ , au lieu d'en faire le terme et le couronnement de toute civilisation, bien conduite, c'est prcn-

dre, à mon avis, le monde à Tenvers, et la civilisation à rebours; c'est déclarer, passezmoi la comparaison , que le loup est plus susceptible de progrès que le chien , parce qu'il est sauvage et libre.

La commission présente, Monsieur le Duc, un désolant tableau de l'état actuel des noirs dans nos colonies (pag. 137 et 138); je ne viens pas la contredire, mais je ne saurais admettre les conclusions qu'elle en tire dans les < tei^s suivants :

« Uji ordre de choses qui donne de tels résultais après deux cents ans d'expérience , dans des contrées en communication constante avec les grands centres de la civilisation européenne, dans des contrées où la philQspn6kr;da dernier siècle a porté sa lumière, où la rcvolQtioii française a passé son niveau, est assurément jugé par ses œuvres. Prétendre qu'un tel ordre de choses porte en soi un principe de progrès , un principe

do régénération graduelle qu'il suffit de laisser agir; attendra exclusif ement du temps et de la patience un changement radical , un changement absolu dans kl idées et les caractères y dans les habitudes et dans kl penchanls \ compter qu'en laissant les événements à leur cours naturel , les esclaves s'élèveront peu à pea d'eux-mêmes , miu le concours de rien ni de penanm, à la qualité d'homme et de citoyen ; qu'ils deviendront, par la seule vertu de ce principe occulte y des crèatnrci morales et responsables, de bons pères de Cunilley des ouvriers actifs, laborieux, rangés, ctqu*alors Icsftn tomberont de leurs mains comme par encfaantemcBl , grâce à la générosité et à h sagesse des malues : à c^est une illusion , c'est une grande iUosîon (1 ; . »

Cette illusion, Monsieur le Duc , je la part3g;e doni toute son étendue. Ce n'est pas n^oi « cVst la commission réunie sous rotre présidence qui prétend retirer les noirs de

ï^»PP«ri, pjgvtf 13S ei 138^

— as —

leur ififériorité profonde sans te concours de rien et de personne ; c'est la commission qui

veut romprez le lien matériel , le seul qui rattache le noir au monde civilisé et Intelligent ^ , pour le laisser retqmbér dans sa barbarie na-^

tjiye ; c'est elle qui veut lui ravir le trava^^ obligatoire sons Tautorité du maître , pour y substituer tout Tattirail de nos vieilles sociér tés, c'est-à-dire l'imposition du travail par la menace des gendarmeSi dont elle veut accroître le nombre dans les colonies (1), le travail par la crainte des galères de l'atelier du gou* vernementy le travail par la crainte des geôles et des cachots dont elle demande la construction (2)1

Le déplorable état des noirs depuis deux cents ans ne tient pas tant à l'esclavage en

(1) Rappoit, page 76«

(2) Id., page S6^

lui-même qu'aux conditions dans lesquelles l'esclavage s'est exercé ; ce n'est pas à la ser* vitude qu'il faut imputer cet état stationnaire de la classe noire, c'est à la traite. C'est ce re* cruiement détestable qui a entretenu la bar barie^ l'ignorance, la stupidité des travailleurs, par l'introduction incessante de non^ velles hordes africaines au milieu des noirs créoles 3 c'est la traite qui a maintenu la corruption et le concubinage parla disproportion entre les sexes des esclaves importés ; c'est la traite qui a fait durer l'égoïsme et l'indifférence du maître , par la facilité de remplacer le noir fatigué, au moyen d'un nouvel achat.

Je remercie Dieu d'avoir fait cesser ce déplorable trafic , comme Je maudirai la philanthropie le jour où elle aura rendu l'esclave à la paresse et à la barbarie au nom de la liberfé.

L'abolition de la traite aux colonies françaises a déjà produit les plus heureux effets en obligeant le colon à ménager et à soigner ses travailleurs , à protéger les mœurs , à favoriser les unions légitimes dans son atelier, à inviter «es noirs au mariage, à leur inculquer quelques idéesmoraleset religieuses, toutes choses qui se résument en profits certains pour le maître. Le rapport de la commission l'atteste avec surabondance. Les mariages sont maintenant favorisés et nombreux (1). — Les femmes des propriétaires se chargent elles-mêmes de faire le catéchisme sur les habitations. — Voilà ce qui se passe à Bourbon. Il en est de môme à la Martinique. M. le préfet apostolique a signalé un certain nombre d'habitations où les mêmes soins ont obtenu le même succès (2).

(Uâ) Rapport de la commission, page 154.

Ces améliorations fort sensibles déjà se sont accomplies en très peu de temps, parce qu'elles sont devenues, par suite de Tabolition de la traite, Tintérèt bien entendu du colon et du tra* vailleur. C'est le patronage , c'est le seryage^ qui ne demandent qu'à grandir au dessus du régime de la servitude ; c'est la loi régulière de la civilisation qui s'accomplit. Et qu'on réflè* chisse que ces notables progrès n'ont pu ayoir lieu que depuis douze ans, depuis l'abolition définitive de la traite décrétée par la loi da 4 mars 1831 !

Faut-il enfin emprunter au rapport de la commission les notes remises par les curés de la Guadeloupe pendant le dernier trimestre de 1841? Elles confirment sans restriction tout ce qui précède.

Basse-Terre. — « L'insiruclion religieuse, sorloat parmi les noirs des habitations, est en véritable cours

de progrès* Les maîtres la secondenl de tootleur pou' Toir , et les esclaves ne la goûtent pas sealement « mais encore commencent à y conformer leur conduite : on ne voit plus parmi eux la même crapale, le même penchant à rivrognerie et au libertinage. De l'aveu même des maîtres^ ils sont plus dociles, moins indisciplinés, plus laborieux ^ les répugnances qu'ils avaint jusqu'ici montrées pour le mariage tombent insensiblement. »

Batte^Terre {exlra-'invrot). — ^ « Déjà quelques . résultats ont été obtenus, et on peut dire à la louange .des maîtres que sur toutes les habitations on est reçu avec bienveillance lorsqu'on se présente pour l'instruction religieuse. Il y a donc tout lieu d'espérer que , lorsque l'administration bienveillante de cette colonie aura gratifié cette commune d'une chapelle, qui est déjà en construction, l'instruction religieuse sera parfaitement accueillie , et qu'elle produira les résultats les plus heureux. »

Vieuœ-ForL — « Attendu la population peu nombreuse de cette petite commune, on a lieu d'être sa-

tisfatl du nombre tooJ<Hin crolssanl des noirs < Bislent aux ofBces et à rinstmctloti qui a licfQ manclhe. »

Cmpetkrrë. — • I! y a progrès dans Pfiiêtr reHgiease rar plttsieurs babitations f on reconhat bien est paissante rtnÉeace que la reltgioii exei les aiteliers. Des habitants n'ént assaré qae U avaient cessé , et qa*ib remarqaaient plu» ée sa nation. t>

Goyaatf. «» « Les deox babitations-suereries eommane se troavent très près de Péglise^ et 1 etaves sont invités par lears miattres à assister a) straetions faites le dimanebe après ia messe et vêpres. Les petits habitants fbnt tout leur possitil envoyer régulièrement lears eselaves à Pégliae le matin. »

Vieux^BabikMth^^ Dans cette paroisse, l*ii tion se fait également selon l'ordonnance royal est générale, à Tetception de quelques petits pir taires, J^ai établi, dès le principe, onze points cei sur lesquels se réunissent les ateliers voisins: j\

des succès satisfaisants. J'ai admis un certain nombre de noirs à la première communion. Je dois dire aussi que je réussis surtout sur les habitations dont les maltrès ont bien voulu me seconder en faisant, le soir, le catéchisme, selon l'avis que M» le préfet leur en a donné. Je puis même dire qu'il y a déjà plusieurs ate* tiers qui ont pour la majeure partie une instruction suffisante. »

Sainte-Rote» — « Je vois avec une bien grande satisfaction que le zèle à se rendre à Tinstruction soir et matin s'accroît chaque jour» »

Gosier, — « Je me plais à consigner ici l'élan religieux qui existe au Gosier, et le zèle avec lequel remplissent leurs devoirs de chrétiens un grand nombre de négresses et plusieurs nègres, affranchis et esclaves, qui ont renoncé à leur vie déréglée pour se donner totalement au Seigneur. Dans mes visites sur plusieurs habitations, j'ai éprouvé la même satisfaction de voir que les pères et mères, et même les petits enfants, savent parfaitement leurs prières, tout cela par le zèle charitable des maîtres et maltresses , qui se sont

imposé Tobligation de les leur faire réciter tous les jours. »

Sainte^Ânne. — « Les espérances que les bonnes dis* positions des maîtres et des esclaves m'aTaieni fait concevoir commencent à se réaliser. Soixante esclaves des difTcrentes habitations se préparent à la première communion et à la confirmation. Le nombre des noin qui assistent aux offices et suivent le catéchisme le dimanche a tellement augmenté , que l'église se trouve trop petite. J'ai proposé aux habitants d'agrandir l'église par l'érection d'une chapelle latérale qui serait spécialement réservée aux esclaves , et cela au moyen d'une souscription volontaire. Tous ont souscrit , et dans peu de jours les ouvriers seront à l'œuvre. Les habitants des Grands-Fonds demandent une chapelle pour leurs esclaves^ que la distance des lieux empêche de venir au bourg. Je vais m'entendre avec M. le maire pour le lieu et pour le local. »

Moule, — tt Nous avons le consolation de remarquer que pendant ces trois mois les nègres ont montré plus d'empressement à assister à nos instructions;

plusieurs mariages y outre ceux mentionnés , sont arrêtés. Nous avons, pour la pfemière communion qui doit avoir lien bientôt, quatre-vingt-quatre commu* niants, parmi lesquels vingt-sept esclaves bien instruits; mais, pour l'opérer plus facilement, il nous manque des chapelles, qu'on nous promet, et que nous avons l'espoir d'obtenir. »

Petit^CanaL — « Je signalerai une grande amélioration dans la tendance qu'ont les esclaves à fréquenter les instructions religieuses. Un bien véritable se remarque sur les habitations depuis quelques années, et le premier mouvement est donné par les maîtresses de ces habitations^ qui les instruisent elles-mêmes avec une charité bien louable. Il y a même des économes , sur certaines habitations, qui y font des instructions et y font réciter le catéchisme. La civilisation par l'instruction religieuse ne pourra avoir lieu que lentement, et on devra l'attribuer au zèle des prêtres, mais qui seront aidés par l'autorité des maîtres. Dans la commune du Canal, on y reconnaît un concours à peu près général. »

Morne^à'l'Eau, — a Pendant le quatrième trimes^

tre de 1841^ j*aî fait des instructions sur qaatre iiabitations, et je me sais*aperça d'ane grande amélioration. »

Sans donner précisément des résultats aussi satisfaisants, l'ordonnance du 6 janvier 1840 n'a pas été non plus stérile à la Martinique et à la Guyane.

Relevé communiqué par 1$ département de la ma' rine. — « Les curés ^ écrivait le 25 mai 1842 M. le gouverneur de la Martinique , se montrent très satisfails des résultats qu'ils obtiennent. Les instructions qui se font à l'église le dimanche sont celles où il se présente le plus de noirs. Il n'y a guère que les enfants •du bourg qui assistent aux instructions de la semaine ; mais, lorsqu'elles ont pour objet de préparer à la communion, elles sont toujours plus nombreuses et plus exactement suivies. »

ce MM. les curés d'Approuague et de Sinnamary (écrivait, le 31 décembre 1841^ M. le gouverneur de la Guyane), pour suppléer à l'impuissance où sont les

esclaves de se rendre règulièremeni à Tégllse, vota les visiter sur lears habitations, et ils instruisent , tant en comnran qu'en particulier, au tribunal de la péni-t tence ^ ils se louent de l'empressement des esclaves pour ce genre de moralisation , et des fruits qu'ils en recueillent... Il ya eu dans tous les quartiers des tournées qui ont duré de six semaines à deux mois, pendant lesquelles le prêtre a visité toutes les habitations oh il a pu être reçu, et y a exercé son ministère. Partout on a témoigné un grand empressement. »

J'emprunte les. paroles mêmes du rapport, Monsiefur le Duc , pour prouver la transfor* mation rapide qui s'accomplit dans les colo^ nies françaises Idepuis l'abolition de la traite.

« Au dire des nifagistrats chargés par l'ordonnance du 5 janvier 1840 de visiter périodiquement les habitations, en général , et sauf un petit nombre d'exceptions, le régime des ateliers est satisfaisant. La nourriture des noirs est saine et suffisante j ils sont logés

et tèius conformément aux exigences du climal ^ \\ê 6ont convenablement soignés dans leurs maladies ; nulle part on n*exige d'eux un travail excessif; les châtiments corporels sont modérés et vont p1at6t en diminuant ; les anciens cachots se ferment progressivement et sont remplacés par des prisons mieux aérées ; les mutilations sont depuis long-temps tombées en désuétude ; les instruments de rigueur, tels que marques, colliers armés de pointes^ etc., ne sont plus employés qu'à titre d*épouvantail. ( Page 131 .)

» L'impossibilité de renouveler les ateliers,

ainsi que les idées de l'époque^ auxquelles les colons ne sont pas restés étrangers, ont singulièrement amé^ lioré leur régime. Les esclaves attachés aux habitations n'étant plus renouvelés que par les naissances , les maîtres , toujours entourés des mêmes individus , s'y sont attachés davantage. Il règne aujourd'hui entre les esclaves, et les maltres^qui conduisent eux-mêmes leurs biens, un lien qui tient en quelque sorte de la famille et du patronage : d'un côté soumission, attachement ; de'l'autre , protection , bienveillance , soins

atlentifs... L'enfant qui naii appartient au mailre de la mère ; il n'est point abandonné sans soins : si ceux de son père et de sa mère lui manquent quelquefois, ceux de son maître ne lui manquent jamais. Les négrillons sont parfaitement soignés. La sollicitude du maître, et surtout celle des dames qui appartiennent à sa famille^ ne sommeille presque jamais, et il est à remarquer qu'il meurt , proportion gardée, plus d'enfants de couleur libres que d'enfants esclaves. «

Tels sont les progrès moraux et religieux qui s'opèrent à l'heure présente, d'après l'aveu de la commission , et qui ne peuvent que s'accroître si de malencontreux projets d'affranchissement ne viennent briser l'autorité dans la main du patron , du tuteur et du maître.

Comparez sans faiblesse , Monsieur le Duc, cet état de prospérité et de progrès croissant» avec la décadence visible des colonies émancipées de l'Angleterre, avec la diminiilion du

travail, avec la détresse des planteurs, et voyez si l'affranchisseineiit actuel ne serait pas , comme je l'ai avancé , contraire à la marcho de la civilisation en général , et à l'avenir bien entendu de la race noire en particulier. Il me reste à démontrer que l'afAranchissement portera atteinte à l'existence et à la multiplication de la race noire , et qu'il la frappera aux sources mêmes delà vie.

Je dis que les noirs n'entreront en posses* sion de la liberté matérielle et barbare qu'aux dépens de leur existence; que le prétendu bienfait dont on les menace leur ravira la vie , la première et la plus précieuse des liber* tés. Je prends, Monsieur le Duc, mes preuves dtons les colonies anglaises émancipées.

mes armes et ipoes citations dans: votre propre rapport, qui me suffit. Od y Ht en plosieura passages que les enfants des esclaves sont mieux soignés dans nos colonies que ceuxdea noirs libres , et que ceux-ci meurent en pluu grande quantité (1)«

On y trouve que la population décroît aux Antilles anglaises par l'effet d'une démorali^ satiott bien plus dégoûtante qu'autrefois ; dé-* caionce et démoralisation qui expliquent ces prodigieux efforts des conseils coloniaux pour embaucher des ouvriers noirs et même les blancs; ces sommes immenses, qui montent à plusieurs millions , annuellement votées par les législatures locales pour importer dë.pré.tendtts engagés libres. J^ai été frappé d'ap«-

. (1) Rapport, pêgfi 131. GbsorrAtiQiif fiir r^dmiiiiskatiffii ^ la Guadeloupe sur les notes de II. rinspecteur LaToUée.— Vojf^ aussi aussi -k ùu d» nolro deroiài» citatio», pa§a^83.B

prendre qae même à Antigoa, cette colo modèle pour les résultats avaDtageax de I' fram^hisseme&t , la plus effroyable corrupt menace de décimer la population ouvriè et de placer cette lie dans un état aussi p caire que les autres (1).

Yolci le rapport du capitaine Lairle :

« Je n^ai pas pour habitude de sonder trop prol dément les plaies de la société ; mais quand elles t gissent de toutes parts , et quand elles se préseni

d'elles-mêmes , je ne puis en nier l'existence S

l'esclavage , les mœurs étalent loin sans doute &i régulières ; mais le spectacle dégoûtant da vice n montrait pas comme il le fait aujourd'hui. La yilh Saint^eao à déployé à mes yeux ce que je n'avais core rencontré qu'au milieu de la civilisation de

(i) Rapport de la commission , page 154. — Voir aux pi (n^S) les nooveaax renseignemenCs pabliés sur la nifai« n^ente d'Ântigoa depuis la publication de cette première loi qui iOBi venseoiifirBer les privîsieM énoncées ci deoew.*

— Si -

Tiellle Europe : nulle fiart, dans les colonies, je n^a-* vais trouvé des mes couvertes de filles, ou, pour mieux dire, d'enfants spéculant sur les avan^ges physiques que la nature leur a donnés. Je devais voir cela à Antigoa , et je suU forcé d'avouer que je l'ai vu sur une grande échelle, v (Page 159.)

Plus loin , l'évèque d'Agra à la Trinitad déclare que , par l'abus récent des liqueurs fortes et surtout du rhum , les noirs dégénérés avant dix ans deviendront [incapables de tout travail. Je cite encore son témoignage.

« J'ai été effrayé, dit l'évèque catholique d'Agra

(la Trinité), des rapports qui m'ont été faits par le clergé de mon église résidant dans les paroisses ru^ raies sur l'excessive consommation du rhum. J'ai cru qu'il était de mon devoir de visiter personnellement les habitations et de faire sentir à la population laborieuse le mal qui doit résulter de sa persévérance dans une habitude pernicieuse qui , à moins qu'on n'y mette

ordre, la démoralisera ti Taflaiblira Idlwnenl^fa vaut dix ans elle aéra incafiable de travailler pew aobsistaiice» » (Page 314.)

Voilà donc les noirs , ces éternels eiifanb placés sans résislance en face de la civilisatii européenne, et disparaissant par l'abus d liqueurs Tortes comme les bordes sauvages ( l'Amérique du nord.

Une objection se présente ici. Le rappo donne à entendre que Tesclayage est un obs( cle à la multiplication de la race noire. On remarqué en effet que depuis rabolilion de traite les décès ont surpassé les naissajM dans rile Bourbon d'environ cinq et pi fois même de sept pour cent. Oe fait , qui été porté jusqu'à la Gbambre des députés (1

(1) THseoun de M. Stoorm à la cbambro des députée dai •éABce du H lui 184^

a besoin d'ane explication ; il ne tient point à l'esclayag^e, mais aux effets de la traite ^ qui introduisait à Bourbon trois hommes pour une femme , comme je l'ai déjà indiqué. Cette disproportion est la cause réelle de la supério* rite des décès sur les naissances; mais aujonrd'Iiui l'équilibre (end à se rétablir entre les sexes y et la proportion ne tardera pas à changer en sens inverse.

On en trouve la preuve aux États*»Unis. Pas un esclave africain n'y a été introduit depuis 1808. Or la population esclave en 1810 était de 1,191,363 individus. En 1840 elle était de 2^487,113 individus. L'augmentation a donc été de 100 pour 100 en 30 ans, malgré les affranchissements particuliers. Celte progression a même été proportionnellement supérieure à celle de la population blanche ; en 1810, celle-ci était de 7,239,000 , et en 1840

— Sade 14,681,000 individus. L'eselavage ne nuit donc en aucune façon à raccroissement de II population. S'il en était autrement , la raee humaine aurait disparu du globe vPuiaqa'elle a passé tout entière par cette épreuve fatate* J'ai même eu la curiosité d'aller plus avant, en consultant un extrait officiel du comité de santé de Baltimore en date de 1827 , c'est-^ dire à une époque où la statistique n'avait aucun intérêt à fausser les chiffres. On voit dans le tableau de la mortalité dans cette ville pendant les années 1823, 24, 25 et 26 , qu'elle a lieu dans les proportions suivaites :

Blancs, 1 sur 44,29.

Noirs libres, 1 sur 32,02.

Noirs esclaves , 1 sur 77,88.

Sur le contiiieAt américain ^ les noirs libres

à Baltimore mouraient donc deux fois plus vi-. te que les esclaves par suite des vices auquels ils ne peuvent résister*

M. Niles , citoyen de New-York , ajoute à cette statistique :

•r La disproportion des décès entre les noirs libres et les esclaves de Baltimore est digne d'aune remarque particulière : elle découle I)robabIement du soin accordé aux esclaves par leurs maîtres, de leur tempérance compa* rativCi du cours régulier de leur vie, mis en présence de la paresse , de Tintempérancc et de l'imprévoyance des noirs libres. »

Faut-il jeter un dernier regard sur les co-^ lonies anglaises émancipées, afin de juger par comparaison? Dès la seconde année de liberté, les noirs périssaient à l'ile Maurice dans la proportion d'un à vingt-trois, au lieu d'un

travail, avec la détresse des planteurs, et voyez si raffranchisseinent actuel ne serait pas y comme je l'ai avancé , contraire à la marche de la civilisation en général , et à Favenir bien entendu de la race noire en particulier. Il me reste à démontrer que l'affranchissement portera alteinle à l'existence et à la multiplication de la race noire , et qu'il la frappera aux sources mêmes delà vie.

Je dis que les noirs n'entreront en possession de la liberté matérielle et barbare qu'aux dépens de leur existence^ que le prétendu bienfait dont on les menace leur ravira la vie f la première et la plus précieuse des libertés. Je prends, Monsieur le Duc, mes preuves dons les colonies anglaises émancipées,

.Cette mesure rëyolotionnaire) Monsieur le Dqc , me semblerait la pire de toutes celles qu^ait jamais ima^nëes une aveugle démago* gfe .quand elle écrivait sur son drapeau : La aberté eu la mort. C'est la liberté et la mort qu'on pourrait inscrire sur la bannière des abolitionistes.

Je suspens ici, Monsieur le Due, cette épttre déjà trop longue, le présenterai subsëquemment mes observations critiques sur les mesures arrêtées par la commission pour l'eU'fantement du travail libre aux colonies, et je tâcherai d'en montrer rineflfieacité. De là je passerai aux nécessités politiques dans les^ quelles nous sommes placés, nécessités qui nous interdisent provisoirement l'exercice d'une philanthropie fatale au reste du monde, nécessités sur lesquelles la commission a gar^ dé un silence au moins étrange. Je lâcherai

4'olivrif les yeux aux hommes désintéressés^ qai placent l'intérêt du pays avant tout antre ^ur le dommage irréparable dont on nous me^ nace ^ et si ma yoix n'avait aucun retentisse* ment , je regretterais d'avoir vécu dans m siècle où les liommes les plus ifénéreux travaillent aveuglément à la décadence de ieor patrie avec la même ardeur qu'on aurait mise autrefois pour la faire grandir et prospérer.

Daignez a^éer^ etc.

tttuïime Ceftre^

l>e BordebureCprés de Benny-iar Lofrtf!/ ce 30 septembre 1843.

KoNSIËUR LE Duc f

je ne me suis point hâté de rédiger ma deuxième lettre ^ que J'ai l'honneur de vous adresser de la campagne , et J'éprouve une véritable satisfaction à vous en dire les motifs. Je me suis aperçu que les doctrines phi-

d6 14| S81, 000 indi vidas. L'esclavage ne naU donc en aacune façon i raccroissement de la popalation. S'il en était aatrement , la race humaine aurait dispara du globe ^puisqu'elle a passé tout entière par cette épreuve fatale. J'ai même eu la curiosité d'aller plus avant , en consultant un extrait officiel du comité de santé de Baltimore en date de 1827 , c'est-&dire à une époque où la statistique n'avmt aucun intérêt i fausser les chiffres. On voit dans le taMeau de la mortalité dans cette ville pendant les années 1823, 24, 23 et 26, qu'elle a lieu dans les proportions suivantes :

Blancs, 1 sur 44,29.

Noirs libres, 1 sur 32,02.

Noirs esclaves , 1 sur 77,88.

Sur te contiMUt américain « les noirs libres

clarè dans votre rapport que la coexistence du sucre de betterave et du sucre de canne rendait à peu près impossible l'émancipation actuelle des noirs, et c'est une concession dont le pays vous saura gré. Enfln les mar^ x|ues nombreuses de sympathie que j'ai reçues de la part d'hommes éminents, impartiaux , désintéressés, m'ont clairement appris que la France a déjà conscience de la brèche énorme qu'un imprévoyant sentimentalisme veut faire à sa puissance, et que les chamlnres n'acquiesceraient pas volontiers à la ruine de notre système colonial pour cause de phi« lantbropie publique.

Je n'en continuerai pas moins, Monsieur le Duc , une tâche fort pénible sans doute , celle de vous résister ; et, bien que mes convictions aient encore à lutter contre des préventions populaires, j'ai foi dans la noble cause que je

défends : cela me suffit. Quand j'élève in^^ regards au dessus d'un négrophilisme étrai^ et vulgaire, je vois clairement tous les grandSr et légitimes intérêts menacés par la société anti-^lavery depuis qu'elle a passé le détroit , pour s'implanter en France ; je vois la philanthropie britannique devenue une arme de guerre aux mains d'un gouvernement qui sait tout exploiter, et prête à frapper au cœur les éléments vitaux de notre puissance > notre commerce extérieur et les industries qu'il fé» conde, nos finances, l'activité de nos ports de mer, notre marine militaire et marchande, nos alliances les plus sûres, la fortune de nos compatriotes d'outre^mer, le maintien de l'é* quilibre naval , la franchise de tous les pavil* Ions, la civilisation de la race noire indubita* blement, et l'indépendance de la race blanche peut-être.

Telle est la grande face de la question coloDiale que je développerai dans la lettre suivante , et avec d'autant plus de soin que la commission consultative l'a totalement négligée, malgré les réclamations vives et multipliées de MM. deMackau, d'Audiffret , Wustemberg, Jubelin , qui se sont honorés à cet égard par l'étendue de leurs lumières, mais dont le rapport ne tient aucun compte. C'est dans les procès - verbaux des séances, dont bien peu de personnes entreprendront la lecture , qu'on peut seulement trouver la trace des justes appréhensions de la minorité.

Je me bornerai pour le moment à exami-.

ner en détail le plan d'abolition tel qu'il est sorti des mains de ses auteurs pour être soumis au gouvernement , puis à faire ressortir combien ses dispositions sont vicieuses, in«> complètes, inefficaces et pleines d'inconsé^

qnences. Qnasd on réfléchit qu'il a Cilla trok ans à la commission consultative pour eofai* ter une œuvre pareille, on se prend à douter involontairement de la clairvoyance des honmes d'état qui la composaient , et l'on arrifs forcément à cette vérité presque triviale qae les hommes les plas habiles, du momeirt qu'ils s'enfoncent dans une mauvaise voie, ne peuvent aboutir qu'à une conclusion dé* testable.

Mais y avant d'entrer dans cet examen , Js voudrais présenter quelques remarques Ibit brèves sur les travaux préparatoires et sar certains procédés de la commission , dont il est impossible de n'être pas frappé. Je les ex" trais scrupuleusement des procès-verbaux des séances. Je l'ai dit, ce volumineux recueil, qui forme trois in-quartos imprimes aux frais de l'État, trouvera fort peu

clarè dans votre rapport que la coexistent da sucre de betterave et du sucre de canne rendait à peu près impossible l'émancipation actuelle des noirs, et c'est une concession dont le pays vous saura gré. Enfln les mar^ iiues nombreuses de sympathie que j'ai reçues de la part d'hommes éminents, impartiaux, désintéressés, m'ont clairement appris 4|ue la France a déjà conscience de la brèche énorme qu'un imprévoyant sentimenialUme veut foire à sa puissancCi et que les chambres n'acquiesceraient pas volontiers à la ruine de notre système colonial pour cause de phi« lanthropie publique.

Je n'en continuerai pas moins, Monsieur le Duc , une tâche fort pénible sans doute , celle 4e vous résister ; et, bien que mes convictions aient encore à lutter contre des préventions

populaires, j'ai foi dans la noble cause que je

qnences. Qaand on réfléchit qnll a fSdta troii ans à la commission consnltatiye pour enfanter une œuvre pareille, on se prend à douter inyolontairement de la clairvoyance des hommes d'état qui la composaient , et Ton arriva forcément à cette vérité presque triviale que les hommes les plas habiles, du moment qu'ils s'enfoncent dans une mauvaise voie, ne peuvent aboutir qu'à une conclusion dé« testable.

Mais , avant d'entrer dans cet examen , Je voudrais présenter quelques remarques fort brèves sur les travaux préparatoires et sur certains procédés de la commission , dont il est impossible de n'être pas frappé, le les ex*» trais scrupuleusement des procès-verbaux des séances. Je l'ai dit , ce volumineux recueil, qui forme trois in-quartos imprimés aux frais de l'État, trouvera fort peu

de lectenrs, mais comme il contient des révélations importantes, il est bon d'en donner nn léger aperça, afin qae le public sache toute la vérité, et que la commission ne perde aucune parcelle de sa gloire.

De la composition de ce comité consultatif je dirai peu de chose , car je ne voudrais blesser personne, et j'ai peur de me brouiller avec les puissances. Constatons seulement qu'au sein de ce conseil les colonies n'avaient aucun représentant , que les membres qui formaient la majorité n'ont ni habité ni vu nos possessions d'outre-mer; que plusieurs leur sont systématiquement hostiles et ne cachent point leur hostilité; que tous à Texception d'un seul^ si je ne me trompe, n'ont jamais touché les flots de l'Atlantique.

La minorité des commissaires , qui a fait

d'honorables eiïorts pour résister à l'entraîne-

nies et déclare que les débats porteront nid* qnement sar les moyens de réviser cette grande mesure radicale , que je traduirais yolontiers par cette plirase d'un homme d'état de ma connaissance : c On veut rendre les blancs V plus pauvres pour rendre les noirs plus mal* y heureux, y

La commission toutefois trouve convenable de se mettre en règle vis-à-vis des délégués des colonies; elle feint d'avoir besoin de leurs lumières ; elle leur écrit de se rendre dans son sein pour lui fournir des renseignements oraux. Le conseil des délégués, comprenant la gravité des questions qui vont s'agiter, où la fortune de tant de nos compatriotes doit être jetée au vent des théories anglaises , s'empres* se de répondre qu'il est prêt à fournir tous les renseignements désirés, mais pourvu qu'on lui fasse les questions par écrit, afin que la

I trace en reste et qu'on puisse combattre à ar« , mes égales. Aussitôt la commission abolitioj niste s'empare de ce prétexte pour mettre les représentants des colonies hors du débat; elle déclare qu'elle saura bien se passer d'eux , et en effet elle s'en passe. Vous-même, Monsieur le Duc, avez déclaré que ce serait entrer dans d'interminables lenteurs que de consulter par écrit les délégués des colonies (1). Ne valait* il pas mieux cependant tenter la discussion avec des gens dont les plus chers intérêts et Texislence même sont en jeu, avec des citoyens franr.ais au même titre que nous, que de s'arrojjer le droit de traiter d'eux et sans eux , que de laisser croire au public qu'on a craint les contradicteurs, faute d'avoir de solides arguments , des raisons convaincantes, à leur opposer.

(t) ProcèS'Terbaux de la commii sion , !'• partie, page 90,

Après avoir agi si cavalièrement avee délégués des eolonies, on comprend quel la commission a dû Taire des délibérations conseils coloniaux. Ceux-ci, d'une voix nime, se sont prononcés contre tonte cipation matérielle avant d'avoir donné an noirs la véritable émancipation , une intcH* gence et une moralité suffisantes , le resped de soi, l'amour du travail , l'esprit de famille. Mais qu'importe à la majorité delà Gommii?

sion? Elle rejette les délibérations des conseib coloniaux , elle les rejette sans les discutar, sous prétexte que les colons sont intéressèl dans la question ; comme si ce n'était pas l'ii* sage de tenir compte de Tavis des intéressé!

dans toute affaire pendante f comme s'il était mieux, en un mot ^ d'étrangler un honunQ sans l'entendre !

Ainsi, en trois séances, le rapport du mi«

mistre de la marine est coupé par le milieu^ rémancipaiion des noirs décidée préalablement ; les délégués des colonies sont évincés et les délibérations des conseils coloniaux re-^ gardées comaie non avenues. Voilà ce qui s'ap« pelle sauter à pieds joints sur les difficultés el cheminer lestement. A cette impatience fé-' brile qui ne reconnaîtrait la philanthropie , cette vertu de tète 5 née d'hier, sortie des flancs de l'Encyclopédie? Ai-jc donc tort de m'en plaindre et de lui préférer la charité chrétienne , plus complaisante de sa nature , plus douce, moins pressée , probablement parce qu'elle est plus vieille et qu'elle vivra encore plus long-temps?

Après avoir décidé qu'elle traiterait ses affaires en famille, la commission éprouve le besoin d'appeler dans son sein les Anglais notables actuellement à PariSy pour lui présenter

des lumières spéciales sut la question de fi* moiicipaiion dans les colonies britamuques (1). Cette motion , faite par M. de Tracy, est accueillie avec empressement et mise aussitôt i exécution. Et quels sont ces Anglais notdiles qu'on se bâte d'interroger ? Précisément ce même TumbuU dont j'ai déjà eu Toccadcade dire un mot. C'est ce même consul^ Honsieor le Duc , qui a tenté à plusieurs reprises de faire égorger les blancs à Cuba, et qui n'échappa à la population exaspérée qu'en obtenant un cerliGcat de folie de son gouvernement. A la seconde séance , le sieur Turnbull est introduit le premier de tous ; il vient prendre place à la droite de M. le président (2). En vérité, j'ai hésité à signaler un fait aussi significatif. Gomment s'imaginer qu'un pareil

(1) Procds-yerbaax de la commisnon , I» partie, page S. (2} Procif-Yerbal , page fSt

philanthrope , dont jes mains sont couvertes de sang , ait été sérieusement consulté par une commission d'hommes d'état français!

Ce n'est pas tout : c'est d'après des docu^ ments, notes, interrogatoires et matériaux anglais de toute nature , que la commission a rédigé son rapport. Des citations anglaises y entrent au moins pour la moitié. Il faut savoir l'anglais pour le lire. S'abuse4-on au point de croire que le cabinet de Saint-James n'ait aucun intérêt dans ses touchants efforts pour amener toute l'Europe à suivre son exemple, et qa'il ne cache aucune préoccupation navale et mercantile au dessous de la philanthropie dont il fait parade? Ce serait une grande naïveté de le supposer ; Je n'impu^ terai pas une pareille crédulité à la commission.

Je ne m'étendrai pas sur les théories de

M. Jales LecheTalier, dont rinfern^lmrt ^îent en première ligne, et qoi joae nn grairi rôle dans le rapport ; je ne dirai rien de ses renseignements , de ses annexes, et des citatiooi qn'il a fournies par centaines poor appuyer ki efTortadela commission abolit ioniste. Jepasie. Tolonliers sons silence son plan gig^antescpw poar eiiploiter toutes les régions tropicalei au moyen des blancs , en commençant par h Guyane. Je sais que la commission s'est arrêtée deux jours à le considérer, mais je n'ai garde de m'avenlurer dans un nouvel Eldorado. Tout cela me conduirait trop loin. J'ai hâte de présenter l'analyse du projet d'affrancliissement, sauf h revenir de temps en temps sur les révélations des procés-ycrbaax et i citer les pièces les plus curieuses.

En voici les dispositions principales :

lo A dater du 1^ janvier 18S3, l'esclavage cessera d'exister dans les colonies fronçai' ses(i)i c'est?i-dire q«e les noirs continueront, k partir d® ce jonr, à être maintenus sous Ifi régime de la servitude coloptale pendant dix apa.

La- projet i^pelle ce délai le régime de Vap' ■premHssage françms (2) , pendant lequel on •aura le temps d^adnàmstrer aux noirs l'éda« cation, moitié par persuasion > moitié par contrainte. Mieux vaudrait j ajoute le rapport , supprimer UnU à fait le régime inter-^

(1} Bapport, page 201.

(S)Jd.,pHe90S.

médite que de te réduire à trais ou ans (1).

Voilà donc l'esclaTage enyisagë par la co»| mûsîon elle-même comme une discipline pre à conduire les noirs à la liberté. Sur ce poMl noas sommes d'accord ; mais alors pourquoi a| démentir immédiatement? Commeôt ose4 elle afflrmer qne la servitude coloniale entre-l tient les noirs dans un état de dégradatkM permanente (2)? On propose, il est Trai, que qnes actes réglementaires pour modifier f»\ dant ce laps de temps l'état matériel et moril des esclaves ; mais ces modifications estimi- 1 blés existent déjà en fait, et en partie ei' droit ; rien d'essentiel ne sera changé. Ltf | voici du reste :

!<> Reconnaître aux esclaves la poaaessioi

(1] Rapport, page 209.

(2) /cf., pagM 151-153.

légale de leur pécule. — La loi ici veut consacrer un fait généralement établi ; du reste, «iious allons revenir sur celte question du pécule,

' 2o Reconnaître et garantir entre les esclaves les liens de parenté et les rapports de famille. '-—Cette mesure est excellente, malheureuse- .ment elle peut être écrite long-temps dans

« la loi avant de passer dans les faits. Ce n'est pas par des articles de loi que l'on crée les mœurs et que l'on institue la famille , c'est

. surtout par des exemples.

ji 3^ Pourvoir à l'éducation religieuse et mok raie des noirs. — Le gouvernement , sur ce point j a devancé depuis quelques années les ■ vœux de la commission , et les colons y déploient un zèle qui n'est pas contesté.

i^ Soumettre à des règles fixes le travail

obligatoire. — Des ordonnances roy^ ponrvu depuis long-temps.

Je reviens an pécule. On entend pi les objets mobiliers , denrées de toul et numéraire que les noirs possède sont les fruits de leur travail et de lei trie. Yoiei sur cet objet les déposii procureurs généraux de nos colon pourront dissiper bien des préjugés mieux connaître que tous les disco tuation actuelle des noirs. On verra vie matérielle est infiniment plus faci heureuse que celle des manœuvre campagnes.

« Dans les (erres fertiles , dît M. le procoi rai de la Martinique, les jardins des noirs dent de bons produits; dans les terrains st jardins sont mal entretenus et donnent de presque nuls ; mais les noirs y suppléent pi

Industries non moins avantageuses, telles , par exemple , que la vente à la ville du bois qu'ils ont coupé et du charbon qu'ils ont fait eux-mêmes. ^ v> L'étendue des jardins cultivés par les noirs n^est

1 point fixe; on leur donne autant de terres qu'ils peug vent ou veulent en cultiver.

2 » Sur la majeure partie des habitations , ce sont les

, noirs eux-mêmes qui vendent au maître la presque-to-

talité du manioc qui y est consommé. Toutes les fois if que la farine de manioc est à bon marché , le mat-

' tre la leur achète le plus souvent au dessus du cours ; ^ il la leur paie quelquefois le double du prix du |t cours.

.{ » Quant aux jardins, dit M. le procureur général de ^ la Guadeloupe^ le témoignage de mes yeux et celui des hommes les plus consciencieux m'autorisent à poser en fait qu'en général les noirs ont plus de terres f' qu'ils n'en peuvent cultiver pendant le temps qui leur ( appartient en propre. Dans les riches communes de la ! Grande-Terre, on supplée à l'insuffisance de l'étendue I des terres à l'aide du mouvement de rotation des cul-

tureS) ou les terres en repos sont laissées aux nègres, cl ordinairement après un labour qui lear épargm les plus rudes travaux. Dans les quartiers les phi exposés à la sécheresse , à la Pointe-Noire > k BovS^ lanle , les nègres ont deux jardins : l'an sur les b» tours , l'autre rapproché de la mer, qu'ils cultifent alternativement, suivant la loi des saisons.

«Plusieurs propriétaires de sucreries à Marie^fr 1 >nte abandonnent périodiquement, chaque année, i leurs noirs, quelques carrés de terres labourées; ce labour vient en aide à la paresse ordinaire des csdtvos , à qui tout travail pénible répugne. Il faut recos* naître qu*il existe une cause qui favorise général^ ment la négligence de l'esclave à cet égard : c'est U proximité du bourg de Joinville , où il est sûr de troQ* \er un bénéfice immédiat en venant y vendre des iourragcs pour les chevaux, des pierres de const^l^ tien , du bois de campêche ; le tout payé comptant, cl dont il fait un commerce fort lucratif, commerce dé* daigncuscmenl repoussé par les hommes libres. » Les nègres laborieux^ dit M. le procureur général

de la Guyane, ont , indépendamment de leurs abatis^ des jardins bien entretenus j quelques uns même ont des espèces de basses-cours où souvent le maître descend , la bourse à la main , pour approTisionner sa table.

» L'espace compris entre les cases, dit M. le procureur général de Bourbon , laisse pour chacune la disposition d'un petit terrain assez souvent clos ou à peu près, mais qui m'a paru rarement assez étendu y pas toujours cultivable et presque jamais cultivé. On m'a dit^ sur quelques habitations, qu'on donnait aux noirs, sur les champs du maître, d'autres terrains, qu'ils cultivaient pour eux , soit en commun , soit séparément. La plupart des noirs, sur la majeure partie des habitations , élèvent des porcs dont le produit leur appartient. La volaille et les porcs sont à peu près toute la fortune des esclaves , et leur procurent d'assez beaux revenus, puisque le prix d'une poule, si je suis bien informé , va communément de 1 fr. 50 cent, à 2 fr., et celui d'un porc, de 60 à 80 fr. Quelques noirs ont des ruches à miel , don! on m'a dil qu'ils retiraicnl asr.cz fît- pro*'ts.

9 Les camps des noirs, dit M. le procnrenr dttnièl Saint-Paul (lie Boorbon), sont établis de façon ^M encos callîf able peut être formé aalonr de chafi| case. Le nombre des cases amqoellei atliennenl è semblables enclos est très considérable 9 maii, aiÉ qu*on Ta dit ci-dessus, ces terrains sont rarement cri- { tivés on ne le sont qae d'one BMinîère imparftlbi les noirs préférant an jardinage Télèf e des aniaMB domestiques « qai leor donne pen de peine et leur pif- 1 care de beaaz profits. On peat évaluer à 100 fr. pv' an , ponr chaqoo ménage , le produit seiri de .l*élèvt des cochons.

» Chaque esclave, dit le substitut de magistral, t une case communément construite en bois , r eco oTe t te en paiUe, et entourée d'une portion de terrain qie l'esclave plante en légumes ou en tabac. La plapart des noirs construisent sur cet emplacement des parcs où ils élèvent des animaux qui leur rapportent plus que le jardinage , et leur coûtent moins de soins et de peines. Les maîtres concèdent toujours à leurs noirs beaucoup plus de lorrain qu'ils n'en veolciit ciillîvor.

» Il est sans exemple^ dit le conseil colonial de la Guadeloupe^ qu'on ail jamais gêné l'esclave dans la jouissance de son pécule^ surtout qu'il en ait jamaisrien été distrait.

D L'esclave est souverain maître dans le terrain qui lui est concédé , dit le conseil colonial de la Martinique ; il en dispose comme il l'entend , plante quand il lui convient , récolte à sa guise , et se forme ainsi un pécule indépendant du maître , dont tous les soins tendent encore à l'augmenter. Vient-il à mourir , sa

succession se partage Ce respect pour l'hérédité

du nègre, le maître le partage avec lui. On voit souvent, à défaut de parents sur l'habitation, des esclaves étrangers venir, an su et avec la permission du maître , recueillir la succession de leurs parents. Le jardin du nègre revient à ses enfants avec toute la culture. »

Au jour de raffranchissemeDt , les Doirs de la Janfiaïque possédaient plus de 36 millions

obligatoire. — Des ordonnances royales^ y est pourvu depuis long-temps.

Je reviens au pécule. On entend par péenie les objets mobiliers , denrées de toute nature et numéraire que les noirs possèdent et qui sont les fruits de leur travail et de leur industrie. Voici sur cet objet les dépositions des procureurs généraux de nos colonies , qui pourront dissiper bien des préjugés et feront mieux connaître que tous les discours la situation actuelle des noirs. On verra que leur vie matérielle est infiniment plus facile et plus heureuse que celle des manœuvres de nos campagnes.

et Dans les (erres fertiles , dit M. le procorear général de la Martinique, les jardins des noirs leur rendent de bons produits ; dans les terrains stériles , ces jardins sont mal entretenus et donnent des produiU presque nuls ; mais les noirs y suppléent par diverses

industries non moins avantageuses, telles , par exemple , que la vente à la ville du bois qu'ils ont coupé et du charbon qu'ils ont fait eux-mêmes.

y> L'étendue des jardins cultivés par les noirs n^est point fixe; on leur donne autant de terres qu'ils peuvent ou veulent en cultiver.

» Sur la majeure partie des habitations , ce sont les noirs eux-mêmes qui vendent au maître la presque- totalité du manioc qui y est consommé. Toutes les fois que la farine de manioc est à bon marché , le maître la leur achète le plus souvent au dessus du cours ; il la leur paie quelquefois le double du prix du cours.

» Quant aux jardins, dit M. le procureur général de la Guadeloupe^ le témoignage de mes yeux et celui des hommes les plus consciencieux m'autorisent à poser en fait qu'en général les noirs ont plus de terres qu'ils n'en peuvent cultiver pendant le temps qui leur appartient en propre. Dans les riches communes de la Grande-Terre, on supplée à l'insufQsance de l'étendue des terres à l'aide du mouvement de rotation des cul-

cfl frappé avec ioJQStioe, outre tatsaw^, fl a m tiknal aaqafi il pni s'>ire«5fr : ce poaToîr, c*est leaâ re, le juge de p^ïx, ie procareor da roi. Si le lÉ porte far lai des marqaes de maarais traiteoiCDli,} rîoftant même le Jage d'instracUon se rend mr ta lieox, dît toatct les perqoisitioDf qoe Pou fcnll tf poor im dloyeo, et ractkm iTeBgago. Tde ertlfr ter? entioo actoelle do goaTememeot , que je vooàii aogmeiHer aa liea de la diminaer.

9 M» de Sadi : Le noir ne peut se plaindre ^ d*ODe paniiioD Injuste , el encore après TaToir subie?

» A. Je TOUS demande pardon. H peut se plalaiR de toutes les violations des règlements par le mattre,d celui-ci sera forcé de les exécuter. »

Nous sommes entièrement de Tavis de M.

Sully-Brunet. Conservez précieusement Taitoriléi la tutelle morale des blancs; dioûaaei leurs moyens d'oppression matérielle ; rendez-les doublement responsables , puisqu'iii sont plus intolli);on(s. Mais c'est le contraire

if que la commisdoD veut établir: asëantir jut** ^' qu'aux moindres traces la tutelle morale des '^ blancs , et multiplier les châtiments corporels, livrer le noir à la moralité d'un ateli^ de discipline , à léducation par les gendarmes , .| et au niveau irrémissible d'une loi pénale , „ muette et sourde de sa nature.

Revenons à notre analyse. La commission i consultative i^édame dix ans de servitude co- ^ loniale comme un ajq^ntissage de la liberté, ^ et je prends acte de cet aveu« Dix ans d'esclavage , ajoutés à deux siècles qui n^ont point suffi, auront à son avis des effets merveilleux : ils rendront les noirs dignes de se posséder eux-mêmes, d'élever une famille, derivaiiser avec la race européenne , de devenir artisans, navigateurs, industriels, propriétaires! On pourrait bien faire une légère objection à celle perspective sédnîsanlc , el de-

» Les camps des noire, dit M. le proconBar da rei ée Saint-Paul (IleBoorbon), sont établis de façon qita encof coUi fable peat être formé aotoiir de cbaqie case. Le nombre des cases aaïqnelles attienneat 4t semblables enclos est très considérable j maii, aiad qu'on l'a dit ci-dessos^ ces terrains sont Faremem cultivés ou ne le sont que d'ane manière loiiMiirfiille, les noire préférant au jardinage rèlère des animaas domestiques, qui leur domie peu de pane et leur procure de beaux profits. On peut évaluer à 100 fr. par an , pour chaque ménage , le produit seul de Félète des cochons.

» Chaque esclave, dit le substitut de magistrat , a une case communément construite en bois, reoouTerte «n paille, et entourée d'une portion de terrain que l'esclave plante en légumes ou en tabac La plupart des noirs construisent sur cet emplacement des parcs où ils élèvent des animaux qui leur rapportent plus que le jardinage, et leur coûtent moins de soins et de peines. Les maîtres concèdent toujours à leurs noirs beaucoup plus de terrain qu'ils n'en veulent ciillîvcr.

^raniage, elle qui prétend au bout de dix ans, avec un article de loi , étonner le monde par liii spectacle que le soleil n'a jamais vu , faire surgir du sol des Antilles une civilisation noire tout armée ! Non , Monsieur le duc, je n'ai aucune foi dans ces révolutions sociales improvisées du jour au lendemain , dans ces ponts jetés sur l'abtme de la barbarie et qu'on trouve tout faits au premier janvier. Quel est l'homme dont l'éducation s'est faite en un jour ? Quelle est la race dont la civilisation a été enfantée en dix ans ? Toute société , dans son accroissement normal, doit se modeler sur la nature , dont le travail est lent, successif, invisible , et qui ne procède ni par déchirements ni par soubresauts. Âpres la période d'esclava^je , ce que ma raison conçoit, ce n'est pas la liberté absolue, la liberté brutale et barbare , qui n'est qu'un retour à l'état

sauvage; après l'esclavage, diaj«, ce qà\ présente natureUement i Tesprit , c'est k i ▼âge. De vos esclaves améliorés, de «1 esprits ^ l'état d'enboce et de minorité. Ci' tes successivement des serCi attachés au mI, des coIoDS partlairesy des fermiers , et eaflii à une époque qu'il serait, présomptueoi à fixer, des propriétaires actifii, des bomiMi libres et religieux. Appliquei la maxime dej Mecker, qui se rattache, Monsieur le Duc, i votre fomille : f Ne soyez point envieox du temps, t Voilà l'ordre logique , régulier, prudent , qui ne mettra personne sur un piédestal , mais qui do moins ne coûtera rien à l'état, qui doit au contraire le fortifier et l'enricbir.

Vous le voyez , Monsieur le Duc , j'ai aussi mon plan d'émancipation, qui ne m'a pis coûté , il est vrai , grand'peine à inventer^ et

5 sar lequel Je reviendrai à la fin de ce travail. i Pourtant je n'appartiens pas à l'école des I Clarkson , des Sharp ^ des Wilberforce ; nous \ ne parlons pas du même principe. Pour eux ^ la liberté , prise dans son sens le plus matériel^ est la source de la civilisation, le fanal unique dessociétéSy le dernier terme de tout progrès ; pour moi, le bût de toute association humaine , ce n'est pas la liberté, c'est le bonheur, le bien-être de la race et de Tindividu. La liberté sans doute est un bien précieux , mais ce n'est qu'une des conditions du bonheur, une condilion qui se mesure au degré de la vie et à la force de rintelligence. Indispensable aux uns, inefficace ou nuisible aux autres, elle ressemble aux liqueurs fortes, qui soutiennent les vieillards et qui enivrent ou tuent les enfants.

Avant de donner aux noirs la liberté , veil-

— salez à leur assurer du pain : car pour cirgut ser le trayait aux Antilles comme en Europe , sous i*ai{;uillon de riodigence et do besoiD,!! où le climat est si nourricier, la nature i bienveillante et si féconde, il vous faudra iostiluer une misère inexprimable, une popnlition exubérante et prête à se dérorer. Est-ct là le rêve dont se berce une vaine philanthropie? Qu'y a-t-il de si pressé à montrer It distance qui sépare les largesses de Thomms de celles de Dieu?

Analysons la suite du projet.

Après cette période de dix ans , les noirt jouiront de la possession d'eux-mêmes , de cet état que le rapport de la commission consulta-

. iive appelle la liberté civile (1). Néamnoiiti , cette prétendue liberté sera soumise à des re« strictions fort nombreuses.

Ils devront demeurer dans tes colonies fran^ çaises et n'auront ni la faculté de s' expatrier ^ ni même celle de passer d'unecolonie dans une autre. Cette restriction à leur liberté civile durera au moins cinq ans, et le gouvernement pourra la prolonger indéfiniment. Ils seront en outre contraints de s'engager auserviced'un habitant de la colonie pour cinq ans au moins. Cet engagement est de rigueur; il devra être écrit et passé devant un magistrat de la métrO" pôle.

Tout noir affranchi qui ne pourra justifier d'un engagement sera arrêté administrative^ ment , conduit dans tm atelier de discipline co*

(1) Rapport, pages S84 et iiiiTaiitet<

mander pourquoi ce délai systématique de dix ans , ni plus ni moins ? Mais la conunission ne répondrait pas ; elle avoue naïvement que cette période est arbitraire , qu'elle s'est décidée à tout hasard et par des consi- . déralions purement ûnanciëres(i); elle affirme néanmoins que ce délai est suffisant. C'est ici qu'il m'est impossible de ne pas émettre un avis contraire au sien. Est-il prudent, eo effet , de donner à l'arbitraire , au.hasard, le point capital de la question? N'est-ce pas imiter l'élourderie du grand Pompée, qui , pendant les dix années que César passa dans les Gaules , s'imaginait qu'il saurait improviser des légions et les faire sorlir de terre en frappant du pied?

La commission abolitioniste espère bien da-

(I Bapport,p ge 02.

Taniage, elle qui prétend aa bout de dix ans, avec un article de loi , étonner le monde par un spectacle que le soleil n'a jamais vu , faire surgir du sol des Antilles une civilisation noire tout armée ! Non , Monsieur le duc, je n'ai aucune foi dans ces révolutions sociales improvisées du jour au lendemain , dans ces ponts jetés sur l'abtme de la barbarie et qu'on trouve tout faits au premier janvier. Quel est l'homme dont l'éducation s'est faite en un jour ? Quelle est la race dont la civilisation a été enfantée en dix ans ? Toute société , dans son accroissement normal, doit se modeler sur la nature , dont le travail est lent , successif, invisible , et qui ne procède ni par déchirements ni par soubresauts. Âpres la période â'esclava{;e , ce que ma raison conçoit, ce n'est pas la liberté absolue, la liberté brutale et barbare , qui n'est qu'un retour h, l'état

lez à leur assurer du paio : car pour organiser le travail aux Antilles comme en Europe , sous faiguillon de l'indigence et do besoin, là où le climat est si nourricier, la nature si bienveillante et si féconde , il vous faudra instituer une misère inexprimable , une popnlation exubérante et prête à se dévorer. Est-ee là le rêve dont se berce une vaine pbilantbro* pie? Qu'y a-t-il de si pressé à montrer la distance qui sépare les largesses de l'homme de celles de Dieu ?

Analysons la suite du projet.

Après cette période de dix ans , les noirt jouiront de la possession d'eux-mêmes , de cet état que le rapport de la commission consulta*

celle du coton , que les habitants avaient in** Produite un peu avant la révolution française^ a élé^ en 1840, entièrement nulle (1)* La cult.ure en est abandonnée.

£t d'ailleurs, Monsieur le Duc, comment

la commission ose-t-elle jeter à la France le

viom sanglant de Saint-Domingue! Croit-on

^ne des tragédies noires sur Toussaint-Lou-^

irerture aient pu populariser parmi nous cette

funèbre catastrophe où soixante mille de nos

compatriotes, en qui se manifestaient la gloire,

r activité, Intelligence de Saint-Domingue ,

ont été rayés du nombre des vivants? Serons*

nous vaincus au XIX* siècle par les sophismes

cruels du XYIIP? Entendrons-nous étemelle*

ment à nos oreilles le cri sauvage des révo-^

lutionnaires, des utopistes, des philanthropes

(1) Voyez le Mémoire wt la Martinique par le comte de la

Comilliére. ^ -...

un argument péremptoire. Il suffit de voir à quel degré d'insignifiance sont tombées les exportations de cetle iie magnifique , malgré les rigueurs de sou code rural, pour proclamer détestable le plan des commissaires français. Pense-t-pn faire oublier que Saint-Domingue descend annuellement d'un pas de plus dans l'état sauvage? La moitié de l'Ile occupée par la France fournissait en 1788 un mouvement de 180 millions d'affaires; elle employait onze; cent cinquante navires (1). Toute l'Ile, en 1840, n'a pas exporté la centième partie de ce qu'elle produisaitalors. L'exportation du café est tombée cette année là à 33 mille livres ; celle de l'indigo était déjà tombée en 1801 de 7S0 mille livres à 800 livres;

(1) Voyez le Mémoire sur la Martinique par le comte de la Gomilliére, petit ouyrage très instructif, où Tauteur , entièrement désintéressé , juge bien sévèrement Técole abolitionisto.

celle du coton , que les habitants avaient iii*^ trodnite un peu avant la révolution française^ a été^ en 1840, entièrement nulle {!). La cul* ture en est abandonnée.

Et d'ailleurs, Monsieur le Duc, comment la commission ose-t-elle jeter à la France le nom sanglant de Saint-Domingue! Croit-on que des tragédies noires sur Toussaint-Lou-« verture aient pu populariser parmi nous celle funèbre catastrophe où soixante mille de nos compatriotes, en qui se manifestaient la gloire, Pactivité, l'inteltigence de Saint-Domingue , ont été rayés du nombre des vivants? Serons* nous vaincus au XIX« siècle par les sophismes cruels du XYIIP? Entendrons-nous éternelle* ment à nos oreilles le cri sauvage des révo-^ lutionnaires, des utopistes, des philanthropes

(1) Vtfyes le Mémoire sur la Martinique par le comte de la Gomilliére*

de tous les temps : Périssent les colonies plu* tôt qu'tm principe I

Une ombre d'activité n'a été maintenue à Saint-Domingue que par une série de mesures rigoureuses dont la commission française n'ose accepter que deux ou trois articles.

Daqs les premiers temps , Toussaint-Louyerture avait essayé de garantir le travail et la culture par des moyenis barbares. Il avait placé tout le système agricole sous la direction de ses deux favoris, Dessalines^ et Moyse, son neveu. « Ces deux inspecteurs généraux du travail avaient sous leurs ordres des inspecteurs de district, dont le pouvoir était sans limites. Le fouet fut aboli, mais on usait sans scrupules du bâton et des racines de ces plantes qu'on appelle à Haïti lianes ; le sabre , le mousquet, étaient fréquemment employés pour dompter IflS ateliers et les bandes ré-

fractaires. Dans les environs des Cayes , oo propriétaire respectable m'a assuré avoir va lai-mème une femme enceinte battue par ordre de Dessalines ; le châtiment fut si sévère , que l'avortement s'ensuivit sur le lieu même (!)• »

Yoilà les premiers moyens employés à Haïti ail temps de la liberté pour y garantir la culture et le travail.

Écoutons le général Pamphile Lacroix sur le même sujet.

« Les deux favoris de Toussaint-Loaverture étaient Dessalines et Moyso ; il les avait nommés inspecteurs généraux de la culture. Ces deux chefs, naturellement emportés, avaient une humeur et un abord pénibles ; )è général Dessalines , surtout , conversait avec un air

(I) Dépêche du consul général d^Angleterre. [Eœtr. du rapp,, p. 1S4.}

saavage et repoussant. 11 élait rare qu'il ne flt pas distribuer des coups de bâlon aux chefs des ateliers quand il faisait Tinspection des travaux d^une habitation. Si un chef d*atelier rejetait le défaut de la culture sur la paresse obstinée des cultivateurs en général , il en faisait désigner un par le sort pour être pendu ; mais, si noroinaliTement on lui indiquait un cultivateur pour raisonneur ou pour fainéant , cet homme cruel le faisait enterrer vivant , et forçait l'atelier entier d'être témoin des angoisses de la victime (1). »

Malgré ees proeëdês expéditifs, la culture tombe de 1789 à 1801 de moitié pour le café, qui exige peu de soius, des trois quarts et même des neuf dixièmes sur le reste (2)^

(1) Mémoires du général Pamphile Lacroix, tome II, p. 47.

(i) Exportations d'Haïti en 17S9 et en 1601.

Sacre brot, 95,000,000 de Iîtebs iB,000«000

Sucre terré, 47,000,000 iei/XX)

Café, 76,000«000 43,000/«0

Coton, 7,000,000 2,000/)00

faidjfo, 750,000 -^ 300

^ Le système brutal et sanguinaire de Toussaint-Louverture a cessé un jour, et toute activité s'est éteinte. Cependant, d'après le code rural du président Boyer, le noir indigène ne peut quitter le district où il est né ; il ne peut posséder ni bateau ni instrument de chasse ou de pèche ; il ne peut travailler sur un atelier étranger sans le consentement du propriétaire ; il est contraint au travail par des châtiments corporels; il ne peut habiter la ville ni se bâtir de maison 9 ni devenir marchand ou revendeur; il est astreint fatalement, héréditairement, à la production du sucre ou à la récolte du café, sans pouvoir changer d'état, comme les indigènes de l'ancienne Egypte; et malgré toutes ces précautions oppressives, la république d'Haïti ne produit et n'exporte plus rien.

La commission consultaUve trouve ces coa-

ditions de travail trop rapprochées de la servitude; elle espèce conserver nos sncrerles et nos usines par des moyens plus doux et à meilleur marché. Voyons les résultats infidllibles de son projet. Elle laisse aux noirs le droit de choisir l'état qui leur conviendra, et, au moyen de cette première concession , on peut prédire à coup sûr que la grande majorité des esclaves libérés refusera tout engagement pour la grande culture, et surtout pour les sucreries. Ils deviendront bûcherons , bateliers , revendeurs , tDut ce qu'on voudra, à la condition d'échapper au travail pénible des grandes plantations et des usines. On ne trouvera plus cette classe d'ouvriers indispensables qu'on nomme noirs de pioche ^ condition qu'ils regardent comme la dernière et la plus dégradante de toutes.

I^e rap.port affirme, il est vrai, que ceux

des libérés qoi viendront à la ville feront par cela même refluer vers la campagne nn nombre égal d'ouvriers libres (1); mais c'est là une ût ces àllégfaiioniB sans prenve^ démentie par PebqpéHence, et dont on ne saurait tenir cônipte. Ne sait-on pas que fa ciasse pauvre et libre, dé sang mélangée, qn'oio appelle les ^efits blancs à Bourlion, vit dans la plus effirôyable dégradation, et préfère mendier à -la'tioHe des cases des esclaves plutôt que de flfaMr^Bfdre au noioindre travail manuel ?

Et si le noir, en choisissant une besogne 'étrangère aux sucreries, ne trouve pas d'engagiste, qne feront les magistrats métropolitains? Serait-il envoyé à TaleUer de discipline? Gondamnera-t-on aux travaux forcés ceux qui voudront exercer une industrie

fl) Rapport , IV* partie.

la nécessité où seront les planteurs de se procurer des ouvriers à tout prix à mesure que la main-d'œuvre diminuera; et alors toutes les souffrances des colonies anglaises, constatées par la commission elle-ttitaie, fondront sur les producteurs français. Les frais de culture dépassérokit les produits; ils absorberont au delà du revenu ; les colons ruinés abandonneront ragricùlture tropicÉléy déjà si restreiote dans les conditions aetùéllei; la race blanche désertera les Antilles, et Ton y verra éclore dans tô'ufë sa laideur la civilisation delà Gafrerie A de la Gainée, comme je l'annonçais dans ma première lettre. Est-ce donc pour un tel avenir que la race blanche avait découvert ce magnifique archipel des ÂQtilles dans la méditerranée des deux Amériques? A quel titre les nègres de Guinée, <iui n'ont rien fait pour la civilisation du

monde i en deviendraient-ils les propriétaires ? Devait-on croire qu'un jour, apr%» avoir Tertilisé ces liteaux climats , l'Europe les dè« laisserait en y semant la stérilité et la mort?

Qu'on me cite d'ailleurs un peuple , une époque I une contrée quelconque, où des lois de maximum^ soit pour la vente des marchaDdises, soit pour le salaire, ont pu produire e^ bons résultats, et j'admeUrai le maximum comme un remède héroïque à la situation que la philanthropie veut nous faire.

En supposant le système tenté et mis en pratique, je dis que la condition des noirs aéra gravement empirée : elle sera emplrée moralement et matériellement « On conçoit

qae le noir se soumette à un travail, même rebutant , pour obéir à son maître , à celoi qui Ta élevé depuis sa naissance jusqu'à quatorze ans, qui Tbabille, le nourrit, lui donne une case» le soigne dans ses maladies , pourvoit à ses besoins dans sa vieillesse. Le noir, en général, aime son maître, il en est fier; il vénère en lui uoe supériorité dont il a conscience. Il existe entre eux un lien autre que celui de la force physique. Gela peut paraître étrange aux philanthropes de la métropole, mais cela est. Groiton dès lors que lé travail sera moins rude, plus attrayant, quand le mallre sera dépouillé aux yeux du travailleur de toute autorité morale, de tout prestige de supériorité, quand ce ne sera plus qu'un étranger, un engagiste, un ennemi qui n'aura rien de commun avec lui que la rétribution matérielle du salaire? La comnr!ssîon a si bien

senti qae le salaire seul était insuffisant pour ^susciter et entretenir Tactivité laborieuse des noirs, qu'elle a imaginé un épou vantail pour la paresse et Tinertie, un atelier de discipline créé immanquablement sur des proportions gigantesques. Voilà le grand pivot de l'activité et de la civilisation à naître ! Les noirs tra^ Tailleront forcément sous peine des travaux forcés. Ils auront littéralement une vie de galères, puisque les plantations, où la crainte les tiendra parqués, né seront qu'une suceur^ sale, une sorte de prolongement de l'atelier de discipline. Yit-on jamais un législateur proclamer Taffranchissement d'une race mi' neure, imprévoyante, et la mettre aux galères le jour même de sa liberté I Ce serait^ Monsieur le Duc, une amère dérision qui ne souffre pas l'examen.

Toutes les dispositions précédentes s'appli-

quent à ia population valide; mais il est on point capital sur lequel le projet reste muet : qoe deviendront les enfants , les infirmes .^ les vieillards^qui forment environ la moitié delà population? Je vois bien dans le projet de loi de ia commission consultative (1) qu'au mo« ment de l'apprentissage toute personne non libre y infirme ou chargée d'années , sera immédiatement affranchie et continuera d*ètre logée et nourrie par le maître qui avait droit à son service ; que ce dernier touchera une pension alimentaire réglée de gré à gré entre lui et Tadministration , et payée par Tétat ; mais c'est là une dépense énorme, ioealculable, et, chose étrange , qui n'a pas été comprise dans les prévisions financières du projet. Supposez, au lieu de la moitié , que le tiers des noirs

(t) An. 96, S7, 28.

senlemeBt se range dans cette catégorie ; cela dit enyiroB 100 mille enfants , infirmes et irieillards , anx besoins desquels l'état deyra pourvoir. Ne mettez leor logement, leur vète^ ment et leur nourriture, qu'à cinquante eenii-' me$ par jour, et tous arriyez à une dépense annuelle de 18,260,000 fr., que le projet de loi a passée sous silence et qu'il faudra ajouter aux frais généraux de la grande mesure phi-»

lanthropique.

Au jour de rémancipation définitiye, l'Etat abandonnera-t-il cette fraction considérable de la population affranchie? Mais ce serait la plus criante des injustices. Elle possède des moyens de subsister dans sa condition actuelle , et de quel droit la philanthropie viendrait-elle lui arracher son pain? D'un autre côté, chargerez-vous la France de cette dépense de 18,260,000 fr. à perpétuité ? Ce serait là une

triste imitation de l'Angleterre et de sa taxi des pauTres. La France, grâce à l'école aboli* tioniste , aurait donc un impât analogue, une taxe noire. En vérité, plus j'étudie la philan* thropie sous toutes les faces , et plus je vois que cette vertu ne peut s'exercer qu'aux dépens du budget.

Mais, direz-vons, le mariage sera institué, consolidé , dans les dix ans de servitude que nous accordons, et les enfants , comme les vieillards, feront partie intégrante de la fa^ mille i ils seront nourris et soutenus par elle. CependantM. Bernard, procureur général de la Guadeloupe , vous l'a déclaré : « On n'a encore rien fait pour les noirs de nos colonies (1). »

L'Angleterre s'est préparée pendant qua«

(1) Interrogatoire de M. Bemtrd. {Prôeeê-verhaux^ 1» ptftio.)

rante ans à rëmancipation des siens , et n'a pn obtenir cette institution complète de la famille, qai est là première garantie d'existence pour Tenfance et pour la vieillesse. Obtiendrez-Tons en dix ans ce que le peuple modèle que TOUS copiez n'a pu faire en quarante avec ses légions de missionnaires presbytériens, mélbodistes , quakers , baptistes , etc. ?

Évidemment c'est encore là une de ces illusions métropolitaines dont le projet fourmille , et qui doit se dissiper au jour fatal de l'expérience. Il existe , il est vrai , un grand médecin qui ne vous manquera pas et qui vous débarrassera de tout ce bagage de vieillards et d'enfants Inutiles : c'est la mort, qui dérobe sous la terre les erreurs et les folies des hommes.

Pour préserver la vieillesse et l'enfance , commencez donc par fonder le mariage, la tty-

mille ; trayaillez à raffranchissement moral , intellectuel, social : c'est toujours là qu'il faut eu revenir. Ne dites pas : J'arriverai au but dans dix ans. Qu'en savez-vous? Vous avez la terre et le soleil : prenez de l'espace. Ne soyez point envieux du temps. Tel est le sage conseil de Necker, que je voudrais sans cesse faire retentir à vos oreilles.

Après avoir péniblement institué ce régime exceptionnel , celte captivité coloniale , cette misère inévitable et croissante, vous n'aurez encore rien fait ; vous n'empêcherez pas nos

coloniesde tomber dansunelangueurmortelle, et la production des denrées coloniales de suc* comber. Aucune illusion n'est permise : la

commissioa elle-même o'a pu fermer les yeux i rëyidence } elle en convient dans la quatrième partie de son rapport, dans les dix-sept dernières pages (1), qui sont bien tout ce qu'on a écrit de plus anti-national depuis un demisiècle 9 et que j'ai lues et relues avec une douleuramëre, sans comprendre comment une main française avait pu les tracer. Je recommande ces dix-sept pages à tous les amis du pays, à tous les esprits sérieux et prévoyants ; ils y verront comment des hommes loyaux , animés de bonnes intentions , mais préoccupés d'un seul côté des choses , arrivent à sacrifier les intérêts vitaux de leur pays avec un air de dédain et de légèreté qui blesse le cœur , et combien de désastres on peut produire au nom des principes les plus sacrés !

(i) Rapport , éê la pag« 343 & 360.

La Commission expose ainsi les premiers résultats de l'émancipation : elle entraînera (1) « la ruine de toutes les petites sucreries; celles qui couvrent à peine leurs frais travailleront à perte; il deviendra plus avantageux de s^en dé- Jaire en les morcelant par petits lots que de continuer à les exploiter... La production du sucre diminuera dans une certaine proportion. Au lieu de tirer de ses colonies les deux tiers de sa consommation y la métropole n'en tirera peut-être que la moitié, y

Les petites sucreries seront donc fermées ; et dans quelle proportion sont-elles aux grandes? Le voici: à Bourbon , trente grandes exploitations de deux cents travailleurs et au dessus, cent-huit petites; à la Martinique, soixante grandes usines, trois cent trente-

(1) Rapport, page 345,

cinq petites; à ia Guadeloupe la disproportion est encore pins grande (1).

C'est donc près de mille petites exploitations qui seront anéanties, et environ cent cinquante qui resteront sur pied; mais la Commission ne s'en effraie pas (2) . « Quant aux intérêts privés des colons^ ce ne sont pas apparemment les propriétaires des grandes usines à sucre qui se plaindront de la disparitiofi des petites. Un tel événement leur profite-ra : ce sont autant de concurrents de moins {3i). » Yoilà une consolation toute trouyée , mais il faut ayouer que personne ne l'aurait imaginée ! M. le baron de Mackau supposait bénévolement que le gouvernement était dans ta ferme résolution de ne point chercher dans la

(i) Rapport, page 181.

(S) Jd., pages 345-346.

(3) /d., page 350.

ruine d'une pariie des propriéiaires cotons le moyen de garantir le travail aux autres (1) ; mafe il faisait partie de la minorité : il voalait repousser loin de lui cette étrange théorie économique et abolitioniste conâstant à fermer les petites boutiques pour faire pr4)6pérer les grandes. Il n'admettait pas ce singulier progrès consistant à jeter par terre mille petites sucreries , par rexcellente raison qu'elles ne feront , plus de concurrence aux cent cinquante qui resteront debout! Hais ce que la Commission n'a pas touIu voir , c*est que les grandes usines périront lés premières, comme tout le démontre d'après la répugnance des noirs pour les travaux de la grande culture.

Dans l'état actuel des choses, les deux tiers

(!) Procès -vcrhaiit; tïï* partie, p^ge 36.

de la Martinique et de la Guadeloupe , les trois quarts de Bourbon 5 n'ont jamais été défrichés (1); à cette masse énorme déterres en friche, de nouvelles terres incultes vont être ajoutées. La majorité abolitioniste a fait en* trer la stérilité et le désert dans ses calculs d'émancipation ; elle n'affranchit pas seulement le noir du travail , elle affranchit le sol de ses productions. Le libre vagabondage des tribus humaines était plus grand en effet avant que la terre, vaincue par Thomme , fût exploitée et rendue féconde I Oh! que M. le

(1) La foperficM de la Martioiqae est de 98,782 beetarei : 38y320 hect. sont en calture ; 60,462 hect. font en friche.

Celle de la Gaadeloape est de 164,513 hectares : 44,745 hect. sont en calture ; 119,768 hect. sont en friche.

Celle de Boorbon est de 231,560 hecUres :

65,702 hect. sont en cnltore ; 1u5,R48 hect. sont en friche.

mariais d'Audiffret ayait raison de dire , dans une des séances de la Commission , que la philanthropie pouvait avoir son vandalisme !

Le système colonial sera détrait, c Ce sys- » tème artificiel , dit le rapport , s'il subsiste » encore en apparence et sur le papier , 9 ne sera génère plus que Tombre de lui- » mème(l). »

Voici une autre consolation que la majorité abolilioniste présente avec orgfueil : « C'est » que la production des vivres, des denrées V alimentaires, augmentera notablement. Sur r> ce point les colonies cesseront d'offrir à la » métropole un débouché aussi étendu (2). »

Malheureusement cette sorte de compensation, qui ne serait nuisible qu'à la métropole, est aussi illusoire que tout le reste. M. Burn-

(1) Rapport, 1V« partie » page 318.

(2) Id.y ilid.,p.Zi6.

ley, interrogé par la GommissioD 5 constate que les substances alimentaires ont diminné à la Trinité depuis l'époque de la liberté , au Heu de s'accroître ! a Les noirs négligent la » culture des vivres, et ce qui le prouve, » c'est qu'il y a dans l'Ile beaucoup moins de 9 provisions qu'autrefois , et qu'on est obligé 9 de tirer en grande partie du continent es- » pagnol la subsistance de la population (1).» J'enfermerais volontiers, Monsieur le Duc, tout le pian de la Commission dans un dilem-me : — ou le régime exceptionnel avec ses moyens de gène et de contrainte sera efficace pour maintenir le nègre à la culture des plantes tropicales , pour le forcer à produire plus qu'il ne consomme; alors c'est l'esclavage que vous conservez, et le pire de tous : l'escla-

(I) Procès-Terbsux de la commission; 1H< pariie/f âge 23.

— laa —

vage avec le mensonge de la liberté , l*ëtat le plus propre à aigrir et à soulever la race noire f bien qu'elle soit naturellement inofTensive et disposée à l'obéissance; — ou toutes les mesures restrictives n'auront aucune efficacité pour garantir la production des denrées équatoriales , et la France aura dépensé près d'un demi-milliard pour opérer la ruine de sa marine et de ses colonies. Et à quelle époque nous présentet-on avec légèreté cette déplorable perspective ? Au moment où nos exportations diminuent et tombent avec une effrayante rapidité , tandis que nos importations s'accroissent dans une proportion démesurée.

Yaus ne l'ignorez pas, Monsieur le Duc, nos exportations en 1842 ont été de 125 millions moindres qu'en 1841; cette décadence date de plusieurs années : elle est régulière, conti • nue, et, loin d'y mellre une digue, il sombîo

qae chacun travaille avec ane ardeur incroyable à l'accélérer.

Que devient cependant un peuple qui achète beaucoup et qui vend peu? Il ne faut pas une science économique bien profonde pour prédire qu'il tombera au niveau des dernières nations avec lesquelles il est en relation d'affaires. Le patriotisme des hommes d'état de la Commission ne s'est donc jamais alarmé du menaçant avenir qui s'ouvre sur nous? Oseront-ils ajouter la ruine de nos colonies, qui fournissent les quatre septièmes de notre navigation au long cours, à ce dépérissement maritime auquel nous sommes en proie , et pensent-ils nous consoler par la perspective de faire de nos Antilles « des espèces de déparlements français (1) » avec des noirs pour agriculteurs et pour commerçants?

(\) Rapport, 1 • p:r!îe.

Je sais les objections forniDlëes dans le rapport: on affirme que les noirs ne pea vent demeurer dans leur condition présente; qu'ils attendent impatiemment le résultat des promesses qu'on leur a faites ; que l'exemple des colonies émancipées de l'Angleterre doit amener fatalement la ruine du système colonial dans toutes les Antilles, et qu'en cas de guerre , au premier coup de canon, il suffirait de présenter aux noirs le drapeau de la liberté pour enleyer à la France les colonies qu'elle possède.

A ces allégations je répondrai qu'une guerre maritime avec la Grande-Bretagne pourrait effectivemenl nous ravir le peu de colonies

que les traités de 1816 nous ont laissées; mais, il faat en convenir, la condition des noirs, de cette race « pacifique, inofTensive , obéissante (1) », diminuerait de bien peu les chances fâcheuses que la France aurait à courir. Une guerre maritime , d'ailleurs , est une hypothèse peu probable dans Tétat actuel du monde : ce serait le pire moyen de tirer vengeance des injures ou des dommages dont nous serions victimes; et, en admettant ces dangers comme réels, croit*on que la Grande- Bretagne n'aurait pas de son côté d'énormes périls à conjurer, le jour où la France inscrirait sur sa bannière : Liberté et indépendance pour toutes les colonies et pour tous les peU' pies. Indépendance pour les anciens Français

(i)B9pport, patsf m.

du Canada ; indépendance pour les HoUandaii du cap de Bonne-Espérance , de Ceylan et de Portais aial ; pour les Grecs des îles Ioniennes, pour les Musulmans du Décan , pour les Emirs duSindf pour les exportés de Sidney! Qu'ob y réfléchisse ; la France a une formidable ré«plique à donner aux seuls rivaux qu'elle peut rencontrer sur l'Océan, et quand nos petites possessions courront des risques , tout le sys« tème colonial , toute la grandeur factice dont l'Angleterre éblouit l'Europe , courra des dangers plus grands que les nôtres. Qu'elle pro« Yoque, si elle Tose, nos travailleurs noirs à la liberté ; la France y répondra par un cri d'indépendance qui pourra ébranler le monde et enfanter de nouvelles nations. Que le gouver<» Dément du roi se souvienne de la naissance des Etats-Unis; qu'il se prépare en silence

aux éventoalitës de rayenir, et le cabinet de Londres aura plus d'intérêt que noos à conserver I4 paix.

Ne sait*on pas do reste que la personnalité kidiyidaelle est à peine développée chez les noirs^ et qu'ils sont en conséquence fort peu disposés à l'insurrection. Sans la classe des mulâtres , jamais à Saint-Domingue les esclaves noirs ne se seraient soulevés contre leurs mattres. Dans les révolutions qui bouleversent périodiquement les nouveaux états de l'Amérique du Sud, il est arrivé souvent que des factions aux abois ont appelé les noirs à la liberté. Quel en a été le résultat ? Au moment où le péril éclate, le maître s'enfuit dans les bois, aecompagoé de ses esclaves, qui lesui*» vent volontairement , et revient continuer ses cultures quand la bourrasque est passée, Ja«

mais les noirs n'ont profité du bienfait trom* peur qui leur était offert.

Il est encore un moyen d'étouffer au cœar de nos trayailleurs toute pensée bien vive d'émancipation : c'est de leur faire un sort d doux j qu'ils apprennent à redouter la liberté nécessiteuse des colonies anglaises, au lieu de se la peindre sous des traits enchanteurs. Gr&ce au désintéressement des planteurs français , il s'opère actuellement aux Antilles une réaction de cette nature • et j'en trouve la preuve dans les procès-verbaux de la Commission.

M. Bernard , procureur général de la Guadeloupe , interrogé sur les sociétés d'embauchage formées dans les îles anglaises pour favoriser l'évasion des noirs de nos colonies^ s'expriihe ainsi :

«,... Il y a quelque chose qui protège les ^colonies à

c^è§êié, bieo plus qae toatet Ici précautions qu'on peut prendre s c'est qa'un certain nombre d'esclayes sont reTcnns on ont demandé à rentrer , précisément narce qu'ils ne tronyaient pas à YÎTre dans les colo* nies anglaises comme ils l'aTaient espéré (1). »

L'honorable M., de Tracy , dévoué corps et âme , comme on sait , à la cause abolitioniste, s'écrie là dessus que ce fait est tellement coti'^ mdéraUe , qu*il dérange toutes les idées quHl peut se former sur l'amour inné de l'homme pour la liberté (2).

Sans s'étonner de ce dérangement dans les idées de M. de Tracy, M. Bernard confirme ainsi sa déclaration :

a Le fait a eu lieu à une époque récente et à plusieurs reprises... Je dirai, pour répondre plus directement, qu'à une époque toute récente, un colon de la Gndde-

(1-2) Procés-terbaux de la commisiion , le* partie , page 9S«

loopf a^esl renda à Anligoa poar réclamer des eedtfii ftigitifii ; ces esclâTei demandaient eux-mêmes à refè* nir. Le propriétaire a feît Tatoir les rédamations faites par ces esclaves devant legoatemear^ etlegonvemeq^ a accédé à la restitution. Mais , par an eflel eu, mèea* nisme des institutions anglaises , il se trouve que le collecteur de la douane a aussi des instructions qui lui sont propres , et qui sont en sens inverse decdles du gouverneur. Le directeur delà douane fit donc des représ^pntfOioos; les n^^gistratji môm$s i^ pajs i^m^hr refit de f^ire comprendre aux ipdividojf if^i Çjç ^'Hf avaient à perdre en quittant un pays de liberièufi^ir Vf^r tourner dans un pays d*esclavaçe. Eh bien 1 je le dis, ces esclaves , n^ayant souvenir que des avantages matériels qu'ils avaient quittés, avaient persisté^ et ce n'est que par un faux-fuyant de la douane qu'ils ne sont pas rentrés. Du reste, l'affaire est encore en instance (1). »

Comment se fait-il, Monsiei^r le PuC| qu'ijin

(1) Prœès-vtrbtQX , I» partie , page 95.

ikif reconnu si eonsidérabte ne soit pas iin« primé dans le rapport 7 Tous les hommes im« partiaux ont droit de s'en plaindre. Il suffit qu'on le lise ; je n'en ferai, pour ma part, au-* cun commentaire*

M'accusera-t-on de vouloir pour la race noire une servitude illimitée , de regarder la condition servUe comme éternellement dévo« lue aux travailleurs de nos colonies? Non cer« tes, personne , à moins d'être insensé, ne sau« rait aimer l'esclavage pour l'esclavage en lui-même. L'état servile est pour la race noire un ftge de transition , comme l'enfance pour l'homme. Les noirs sont obéissants et par conséquent perfectibles : ils s'affranchiront un jour; mais qui pourrait en fixer l'époque?

Lks noirs seront dignes de la liberté le

JOUR 00 ILS l'envisageront DANS SES AVANTAGES UmATÉRIELS , BINON GOMIIB UN MOYEN DE VÉGÉ-

TER DAR8 LA PARB88B J UB JOUR OU Ll PRIX fff U 1^ QUALITt BU TRAYAIL LIBRB AUX AuTILUS BOOR \^ DEVENUS PRÉFÉRABLES AU TRAVAIL AGGOIIPU Fil BE8 MAINS SERTILES.

D'ici là, que la loi laisse à quelques indivi* dus d'élite les moyens de conquérir leur li« berté par leur travail, par leur économie; elle leur doit ce dédommagement. La liberté n'est pas un bien qu'on puisse prodiguer à pleines mains et semer sur les grandes routes ; elle ne devient précieuse que par le prix qu'elle a coûté; elle ne s'acquiert qu'à la sueur des gé« nérations. Sans doute nous pouvons accélérer l'heure où les noirs seront nos concitoyens et nos égaux, mais il n'appartient à personne au monde de la préciser.

Je m'arrête ici, et je remets à la prochaine lettre le plan financier de laCommission, avec le côté politique du sujet. J'espère aussi y

présenter quelques idées pour améliorer la cofidition des noirs , pour enrichir les coIodu et favoriser notre marine , sans que la France débourse un denier et perde une balle de café.

€mtt.

Monsieur lb Duc,

Après avoir sîDcèrement exposé mes convietioDSsur les résultats probables de l'émancipation des noirs dans nos colonies et sur le plan de la commission consultative pour réaliser cette dangereuse mesure , je passe sans préambule à la question de finance , qui n'est pas la

moins importante^ et je terminerai eette lettre par une courte analyse des considérations de politique générale qui peuvent servir à ëelarer la question sur toutes ses bées.

Le Rapport lui-même me servira de guide pour apprécierle fardeau de la dette querécole abolitioniste prétend nous imposer, le le suivrai pas à pas, textuellement, me gardant d*j rien changer , car les chifFres établis par II commission ont une éloquence irrésistible. Il me suffira de signaler un certain nombre de lacunes peu surprenantes dans cette ceuyre d'entraînement philanthropique.

Pour fixer le taux de l'indemnité dm aux colons on a pris pour base la somme des es* daves répartis dans nos quatre colonies de la Martinique, de la Guadeloupe , de la Guyane et de Bourbon : leur nombre est d'environ 260 mille La commission, estimant la valenr

moyenne de chaque esclave à 1 ,200 fr. , somme assez faible, et multipliant ces 1,200 fr. parle nombre total des esclaves, soit2S0 mille, obtient le chiffre rond de 300 millions. Telle est la somme qui frappe à la première vue, et dont le budget se trouvera redevable envers les colons expropriés.

Trois cent millions /ce serait à faire reculer le philanthrope le plus déterminé, à moins de vouloir saigner la France aux quatre veines. La commission consultative n^ena pas jugé ainsi : elle a poursuivi stoïquement sa route et sans sourciller; mais comme il lui fallait tenir compte des sentiments étroits qui animent les deux chambres, ne point alarmer cette pudeur économique dont elles ont donné tant de preu* ves, sous peine de soulever un haro général, elle a dft recourir à l'art de grouper les chiffres. Elle a donc imaf^inë ud moven assez ba-

bile pour réduire de moitié cette raineose indemnilé.

La commission consultative descend de trois cent millïom à cent cinquante en procédant ainsi : l'indemnité ne devant être exigible qu'à l'expiralion des dix années d'esclavage préparatoire, si Télat consentait à distribuer aux planteurs, dix ans d'avance, la moitié des 300 millions, soit 160 millions, ou 600. fr. par tète d'esclave , il aurait droit à la moitié de la propriété et du travail des noirs; mais , en abandonnant aux colons la jouissance intégrale de leurs esclaves pendant dix ans, il aurait remboursé les propriétaires. Cet arrangement suppose , à SO c. par jour, le prix de la demi-journée de travail qui appartiendrait à l'Etat. Acceptons ces calculs avec une petite supposition, qu'il sera possible de maintenir les noirs calmes, laborieux et résignés.

dans ce purgatoire décennal qui doit les prë^ parer à la liberté.

On le voit , celte période de dix ans n'est point stipulée eu vue du progrés; ce n'est point un délai reconnu nécessaire pour enfan* ter le travail et la moralité ; c'est un pur caU cul financier, un moyen de remboursement plus facile ; c'est le système anglais retourné et mis en rapport avec le système décimal.

La commission propose donc Tinscription au grand4ivre d'une rente annuelle de 6 millions, repcésentant, à 4 pour 100 , un capital de 160 millions ; elle se préoccupe en même temps des moyens d'éteindre cette dette à l'expiration de la dixième année , au grand jour de raffrancbissement générai et simultané; il suffira , dit-elle , d'y consacrer deux années de suite les fonds de l'amortissement, dont la partie disponible est de 67 millions. Cette ré-

serye, il est vrai, est déjà saisie par anticipa* tion jusqu'en 18S3 , afin de subvenir aux travaux publics et aux fortifications de Paris (lois du 2S juin 1841 et du 11 juin 1842); mais on suppose que la France ^ après avoir engagé son avenir de dix ans , et cela en pleine paix, demeurera immobile et rangée dans la période décennale qui s'ouvre à son acti« vite ; que l'équilibre le plus parfait va se rétablir entre les recettes et les dépenses; qu'aucun nuage fâcbeux ne troublera la bonne intelligence des cabinets; qu'aucune prévision ministérielle ne sera dépassée; que les crédits supplémentaires vont disparaître , et que la dette flottante se fondra d'elle-même ; il faut en un mot, s'abandonner à un rêve plein de poésie pour espérer que la réserve de l'amortissement de 18S4 et de 1855 se trouvera nette et disponible tout juste pour effacor la

trace des libéralités humanitaires du budget.

Je n'ai point , hélas 1 une foi si robuste ; ce remboursement idéal me semble par trop res sembler à ceux des héros de Rabelais , et , malgré mol , Je vois poindre sur le corps social une lèpre nouvelle , la taxe des noirs , analogue à la taxe des pauvres dont l'Angleterre se trouve si bien , et que je signalais dans ma dernière lettre.

Je passe du capital aux frais supplémentaires de Témancipation. Le jour où la liberté des noirs sera écrite dans la loi et sur le papier, c'est-à-dire le jour où ils entreront forcément dans les quatre galères coloniales que la commission institue , il y aura toute une organisation à créer, des mesures de précaution à prendre, qui se résoudront en dépenses nouvelles. Le rapport a donc prévu la nécessité d'accroître la force armée» les tribunaux^

la gendarmerie, les prisons, cortège inévitable d'une civilisation exquise , pour contenir, dix années durant, l'impatience des futurs affranchis et prévenir l'explosion de deux oa trois grandes révoltes pareilles à celles qui ont ensanglanté la Jamaïque. Ces frais de preier établissement sont estimés 4 millions 946 mille francs, ajoutons-y les dépenses en établissements d'éducation et de bienfaisancCi hospices et ateliers, etc., estimés 3 millions 418 mille fransc. En réunissant ces deux sommes , la commission présente elle-même un appoint de 7 millions 364 mille francs. Passons sur les frais d'établissement du culte et des tribunaux, que le rapport laisse pour mémoire, et dont la dépense est inconnue (1). En matière de Gnances , il y a toujours un coin pour les surprises.

s (1) Rapport, page iS9,

▲ ces frais généraux il faut joindre un surcroit de dépenses annuelles au budget colonial évalué par la commission à 2 millions 718 mille francs ; et , comme cette dépense sera perpétuelle et sans rachat possible , elle re-présente, à 4 p. 100, un nouveau capital de soixante-sept millions.

La dépense générale de l'émancipation additionnée, et comprenant !<> le prix des escla^ ves , 29 les frais de premier établissement , S"" le surcroît .de dépenses annuelles , doit donc être évaluée à deux cent vingt-cinq millions en se bornant aux calculs de la commission (1).

Encore est-il douteux que les données pré-

Ci) La moitié de rindemnité & payer immédiatement. . 150,000,000 f.

Fraif de pranier établiiBemeni .... 7,694,000 Capital è 4 p. 100 d'ane dépense annuelle de 2,718,000 fr 67,950,Oro

Total 225,624,000 f.

cédentes soient ia limite exacte d«s sacrifices imposés au pays. MM. de Mackau et Jabelin»

' qui ont vu les affaires coloniales de près et sur place , ont protesté , dans la séance da 20 février 1843 , que tout ce qui tient aux dépen-> ses de premier établissement, notamment aux prisons, geôles, hôpitaux, avait été évabU trop bas (1). On le voit, la majorité de la commission se trouve soupçonnée par ses propres membres d'avoir imité certains architectes, qui , pour obtenir la construction d'un édifice , adoucissent leur devis d'estimation , de peur d'effaroucher la bourse du spéculateur.

J'arrive aux lacunes du rapport. La corn*

(1) Rapport; procds-yerbaux qui le (erminenti page 439«

mission s'est contentée d'évaluer le prix vé^ nal des ouvriers noirs , sans tenir compte de la dépréciation dont les propriétés coloniales seront frappées , dépréciatiou constatée par Texpérience anglaise et par les documents des abolitionistes eux-mêmes, amenée par le dé-»

faut des bras et par l'abandon des cultures. Les colons qui possèdent un patrimoine , une in« dustrie placée sous la garantie des lois eii* stantes , qui ont mis d'énormes capitaux en achats de fonds, en sucreries, en moulins à broyer la canne, en ouvrages d'art incorporés avec le sol^ n'ontils droit vraiment qu'au prix de leurs esclaves? Et s'il est vrai que les quatre cinquièmes de la propriété colo-* niale soient grevés d'hypothèques, rindemnilé SuflBra-t«^elle seulement à payer leurs dettes? Vous les expropriez indirectement par un arrêt législatif) et TOUS n'estimez que la moin-

dre partie du dommage. Est-il penms de j/^ ter dans Tesclavage de la misère et de lapttîA publique treole mille Fraudais dont M coara-* geux ancêtres ont créé en parUe ceUe prQ&« périté marîliffie dont nous étions $ei«, et dont les hommes d'aujourd'hui sont dciTenoi^ tes gardiens infidèles? Non, l'État , pas plus qu'un simple particulier, ne saurait se passer de justice j s'il renverse un ordre de chipses légal dont il est Tautear, s'il force le colon à laisser sa terre en friche , celui-ci a droit de demander une e:(pertise et d'exiger nne indemnité. Cette garantie est accordée par la lai au débiteur contre son créancier; et à-Bour* bon il n'est point permis de déposséder un planteur de ses noirs sans lui ôler en mènie temps son immeuble , de peur qu'il ne restait inculte. Comment l'État, qui a posé la règle, prétendrait-il s'en arfraucbir.

La commisstw, je le sais , se prottiet de ffh rantir la culture au moyen de son grand système de Talelier colonial et des travaux ror-> eés*; mais , si le système avorte à la mise en <BiiTre , comme il est arrivé de l'apprentissage anglais , l'État tiendra^t-ll en réserve une se^ Gonde Indemnité pour racheter en tout ou en partie ta superficie cultivable de nos quatre «colonies? Le rapport s'est bien gardé de toaclier à cette brûlante hypothèse. Et comment d^ailleurs envisager de sang-ft'oid une éven^ ttrafité qui .grèverait le pays d'une dette ou dHine perte incalculable? Ne vaut-^il pas mieux tout attendre d'un coup de dés ? Qu'importent les intérêts des colons , de ces compatrio^ tes qtii vivent si loin de nous , au delà des mers , qui n'ont point de représentants dans les chambres , et aux dépens desquels il est si

facile de tenter des expériences philanthro*» piqaes?

La majorité de la commission tombe sur ce point dans une élrange erreur : elle avoue d*un c6të que les produits tropicaux pourront bien diminuer d'un tiers, et elle soutient en même temps que les terres ne perdront rien de leur valeur ; elle pense que toutes les petites usines travailleront à perte , et elle ima* gine que les colons trouveront une compensation suffisante en démembrant leurs terrains , en les vendant par petits lots aux noirs affranchis. Malheureusement l'exemple des colonies anglaises dément toutes ces belles théories. À la Trinité , à Maurice , à la Guyane^ les terres sont tombées d'abord des trois quarts , et ensuite des cinq sixièmes. Aujourd'hui elles sont incultes et sans aucune va-

leur : il est impossible de s'en défaire à quelque priK que ce soit , et partout les frais de production dépassent les revenus.

Dans l'enquête faite par la chambre des communes en 1839, on demande à M. Mac* queen, fondateur d'une banque coloniale :

a D*aprës l*étade qae voas avez fdite de la sftaation de nos colonies des Indes occidentales, qae pensezTous de l*aTenir de la prodaction dans ces colonies?

» R. Je crois au total qae cette production ne paie pas aujourd'hui ses frais, et que, si on ne réussit pas à la faire rentrer dans une voie plus normale , Tinimense capital qui s'y trouve engagé ne tardera pas à être ab* sorbe. Les£uropéens disparaîtront alors de ces contrées et les abandonneront à la race noire, qui, ne possédant ni capital, ni crédit, ni industrie, finira par tomber dans la barbarie. Déjà un assez grand nombre de nos planteurs les plus habiles , ne w)yant dans l'avenir que chances de ruine et de misère, ont quitté nos colonies,

et ont élé offrir lears services aux habitants de Porto- Rico el de Cuba. »

CooçoU-OQ après ces rëvëlalions qne la commission française ait osé écrire que Tex* périence anglaise avait parfaitement réussi!

On demande à M. Macqueen dans une au* ire occasion :

« PoQTez-voas indiquer la différence de 1« Yalear ac« tuelle et de la valeur antérieure des habitations ?

» A. Je ne puis établir cette comparaison , attendu quMI ni*es.t impossible d^assigner aucune valeur à des propriétés dont les frais absorbent les revenus (1)* »

A la Guyane anglaise , toutes les prévisions sipistres ont été dépassées; la ruine complète, absolue , de toute culture , est officiellement

(f ) Publications de la marine, tome III, pdge 339,

icoiaslatëe. Déjà M. le baron de Mackau avait loyalement dénoncé les faits à la séance de la commission du 28 février 1843, dans les termes saivants :

« A Démérary, les rapports faits à la date du 9 jan- TÎer sont effrayants. Les galeries des bâtiments publics avoisinant la demeure du gouverneur étaient encombrées de noirs, et l'on croit qu'il n'y a, tant à Démérary qu'à Ësscquibo , qu'une ou deux* propriétés où tous les ouvriers, à l'exception des Portugais, n'avaient pas cessé toute espèce de travail. Sur quelques plantalions même ils se sont portés à des voies de fjît contre les surveillants.

9 A Démérary , presque tous les laboureurs avaient cessé de travailler, k un tel point que dans quelques localités les contre-mattres et les directeurs ont été obligés de rentrer eux-mêmes le foin nécessaire aux bestiaux ; et l'insolence de la part des noirs était si grande et a été si loin sur quelques plantations, qu'on a été obligé d'avoir recours aux autorités.. •

» Par suite d'an relevé fait sur 62 plantations sitaies dans divers districts de la Guyane anglaise, il a été proavé qu'une barrique de sucre coûte environ 12 dollars (60 fr.) de plus à faire qu'elle ne rapporte an prix actuel des marchés anglais (1); de sorte que, si les choses ne changent pas , on marche à une raine complète et prochaine. C'est par suite de ce relevé qu'on s'est décidé à tenter la diminution des salaires, mesure qui a amené les événements dont parle le brick VAlerle (2). »

Ces faits si eoncluants furent vivement contestés en pleine séance par M. Bossi , et il en sortit une discussion empreinte d'une certaine aigreur. Du reste les faits qui précèdent sont restés enfouis dans les volumineux procès-

(1) On sait qae ce prix est très élevé, parce ({ta^ l'Angleterre s^est interdit la fabricatioo du sacre de betteraves , et a frappé le sacre étranger d^an droit énorme , qui équivaut à une prohi« bition.

(â) Procés-Tcrbeux , III« partie , page iOS.

Terbint de la commission ; mais les rensei- (piements de M« le baron de Mackau se sont depuis lors pleinement confirmés. Tous les journaux de l'Europe ont retenti d'une déclaration officielle du gouverneur et dés magistrats de la Guyane anglaise, constatant que le travail y est complètement anéanti , que cette colonie n'enverra, ni une livre de café ni une livre de coton à la métropole , que la production du sucre elle-même va disparaître (1). Tous les moyens pour raviver la culture ont échoué , même l'introduction des travailleurs portugais et des coulis de l'Inde. La barbarie a suivi de bien près l'heure de la liberté.

^ Dans l'origine de l'émancipation , les noirs

(1) Afin de pallier le mauTais effet de cette déclaration officieHe, insérée dans les Aiinales maritimes , n*» d^octobre, la sect« abolitioniste a fait publier dans les journaux que les exportations de la Guyane anglaise dépasseraient en 1843 celles de Tannée précédente.

avaient acheté des terrains pour s'y caQtm*.

ner; ils s'étaient associés pour acquérir en commun de grandes propriétés où ils pussent vagabonder à leur aise. Ces spéculations ont eu les plus détestables effets. Aujourd'hui que le pécule amassé pendant l'esclavage est épuisé, il n'y a plus d'acheteurs; la terre inculte a perdu le peu de valeur qui lui restait.

«... Les noirs de la Guyane. sembltnt renoncer aux acquisitions de terrains. On a remarqué une diminution sensible dans la quantité de ces acquisitions ; elles ont même cessé complètement dans ces derniers mois. Quant à se réunir de nouveau pour acheter de grandes propriétés , c'est un genre d'entreprises qu'ils ont décidément abandonné ; ils n'ont pas tardé à sentir tous les inconvénients de ces associations. En effet les associés étaient assemblés sur le pied d'une parfaite égalité poar jouir delà propriété en commun, et pour partager les mêmes droits ^ mais pen à peu celle égali-

lè paiMtiaï éU rdmime/Geiiafiis (Tentre enz se sont lÎYrés à l'intempérance, à la paresse, à l'extravagance et au vol , el leurs confrères se sont vus dans TimpossibîHlé de se débarrasser d'eux. jL'un paie régulièrement sa quote-part, l'autre ne paie pas; et enfin l'as-sociatîon découvre qu'on ne peut mener à bien aucune entreprise sans le concours de toutes les volontés , et sans la direction uniforme d'un guide commun. Le gouverneur de la colonie avait prédit un grand avenir à ces associations; mais elles n'ont excite que la pitié des planteurs. C'est une chimère que d'attendre d'elles une augmentation quelconque des produits ' coloniaux (1). »

Tel est, Monsieur le Duc, le miroir fidèle de notre avenir aux Antilles. On n'affirmera

plus sans doute que les planteurs auront la plus grande facilité à se défaire de leurs terrains en les morcelant, en les réduisant au ni-

(!) Annalei maritimei, n» d'octobre 18 i3, pages 55^54.

▼MB 4e riatdlisnce des Mit. VêÊÊrWÊiAk-

sèment de ceax-ei n*est qa'ose expropriation da sol à peine déguisée; expropriation de TEorope an profit de rAfriqoe, de la civilisation en faveor de la barbarie.

n serait bon d'indiquer ici sar quel pied l'État devrait solder rindemnité territoriale ; mais ce sont là des études que la commission a négligées >. et que je ne prendrai pas la peine de Taire après elle et pour elle.

Je n'abandonnerai point toutefois cette affaire de la dépréciation du sol colonial sans donner un aperçu quelconque. Je suppose, pour être aussi modéré que possible, que tout le capital foncier de nos colonies est égal à la valeur des esclaves, c'est-à dire à 300 millions; j'accepte la déclaration du rapport qu'au jour de raffrancliissemeni la quantité des produits diminuera d'un tiers : ce tiers de

dimlmitioii dans le revenu représente évidem*' ment la perle d'an tiers da capital foncier, oa de cent millions , qu'il faut joindre an taux de l'indemnité spéciflë plus haut.

Cent millions sur lesquels la commission n'a pas compté , (elle est la somme additionnelle que rÉtat devra débourser pour rester dans des conditions d'éqaité étroite vis-à-vis d*une classe de nos concitoyens !

Autre lacune du rapport : la commission demande l'émancipation immédiate des infir-* mes, des enfants et des vieillards; elle régie que les colons continueront à être chargés de nourrir, de loger et de vêtir cette population nécessiteuse, et que l'État , par un arrangement degré à gré, remboursera les frais de nourriture et de logement aux propriétaires.

D'où vient que la commission, qui crée cette dépense nouvelle , n'en présente point la som-

me approzimatiye? Dam ma damxiènelW^ tre , j'eslimaw à çeot mille cette classe puA^ calière d'iDdividiis : réduisons à cinqiinte mille, on aa cinquième de la populatiol" noire, les maltieureux qui, à différents litres 9 tendront la main aux subsides de l'ÉUt le jour où ils passeront sous le régime de la li- ^ berlé. En estimant à cinquante centioiespar jour et par individu les frais de tutelle et de paupérisme , cela présente une addition an- ^ nuelle de neuf million$ passés (9,i2&fi00tr.y Réduisez même la dépense i yingt-cinq centi* mes par individu, ce qui est bien peu de chose , et vous aurez toujours une somme an* nuelle de quatre millions et demi (4,662,S00 fr.)) le revenu de plus de cent millions !

Troisième lacune : la commission ne s'est point demandée si, en présence d'un régime entièrement nouveau, il ne faudrait pas refon*

Umt le système administratif et municipal li aox Antilles. Un fonctioanaire public grande expérience, et qui a long^-temps de aox colonies, y a songe pour elle (!)• iroave que toute émancipation des noirs pleine de dangers avant qu'on ait préalament doublé le nombre des communes ru«^ es 9 et constitué, par exemjfle, 50 commub à la Martinique , au lieu des 24 qui exis- U actnellement. Il déduit la nécessité de conscrire plus étroitement les communes i seraient trop étendues au jour de l'éman- )ation , alors que l'action directe du mattre rait remplacée par celle du maire :

« Les communes rurales de nos colonies onl , dans

[i) Question de Vabolition de Vetelavage des noirs , par E. Villemun , souf-intendant militaire. Il est bien regrettat que cette brochure , reitfarquable autant par la logique que r le style , n'aîl pas été pins répandue.

— leo —

r^Ulaclnel d'esclavage, nnepopalalion et une étendu I

de terrains qoi ne pourraient être conserTées sanspéil

dans le régime de liberté. A Yec TeSclaTageyractiendei

maires est naturellement trèslimitée, puiaquei à hméI

de circonstances rares et exceptionnelles» elle nes'estf*

ce que sur des personnes libres. Le nègre esclave, con*

me Va fort bien observé M. de Tocqueville ;» est poor

ainsi dire en dehors du pouvoirsocial.Son maire, c*est

son maître; son juge de paix, c'est son maître; son bri*

g'adier de gendarmerie, c'est encore son maître. Vien

le jour de l'émancipation , l'action dn rtialtresfeffticefv ^

le nombre des citoyens actifs de la commiine sera

cuplé, et l'action du mai re^ qui alors devrait poi

ainsi dire être décuplée, se trouvera faible et impui

sanle en présence d'une population nombreuse , liv

aux enivrements de la liberté , qu'elle traduit par

mots : Plus de travail! Il est d'ailleurs nécessaire q

les propriétaires colons , les hommes de race blanche

les véritables pôles du courant intellectuel et prodo

teur qui traverse le corps social, puissent retrouv

et conserver , comme maires , utw partie de i'in

ioence qa'ils auront perdue comme maîtres (1). »

Yoilà encore un nombre assez considérable le mairies , d'églises , de maisons d'écoles , à onder. C'est probablement une nouvelle dAlense de trois ou quatre millions à ajouter iûx précédentes. J'imiterai la discrétion de a commission consultative en passant sous sience les nouvelles routes à ouvrir, les forteresses à construire , les arsenaux à approvidonner. Nous n'en finirions pas s'il fallait tout compter.

Au total , l'émancipation des noirs de nos colonies doit coûter à la France 22S millions d'après les calculs de la commission, et en outre une nouvelle somme ronde de 149 millions si l'on y joint les lacunes (2) que j'ai es-

(1) Question de Vàbolition , citée précédemment à la page (â) Dîminqtion d^on tien des produits avouée parla commi§*

sayé de réparer en m'eflbrçant non pa croître , mais d'atténuer la dépense , ea rait peu digne de ma cause de grossir i ment le fardeau de l'indemnité commi en faire un épouvantail.

Ces deux sommes réunies présentent tal de 374 millions pour arriver à Ténia lion des noirs de nos colonies ea resp tous ies droits acquis. Si celte somme d cent soixante'^uatorze millions devait .

dir ou fortifier la France , il n'y auratl (d'hésitation à la dépenser ; mais loin

sien , et représentant un tiers da capital fonder « . . 100^

Frais de nourritore , logement, etc., de 90,000 noirs,- à 25 centimes par jour, pendant dix ims seulement. • • . 4St»62l

Nécessité de doubler le nombre des communes rurales , bâtiments de tous genres, éjglises, etc 4,r0(

ToUl général i49,9i?

^jtttte mesure abaissera notre iofloeoce dans le

^jnonde , elle ruinera infailliblement une classe

^foot entière de nos concitoyens , et portera

^^nne atteinte mortelle à notre commerce^ i

notre marine 9 à nos colonies ; elle ne peut

^ convenir qu'à nos ennemis mortels.

^ Il existe un moyen de couper court aux dif-

gi^'ficalt es d'argent : c'est de ne rien payer, défaire

ig déclarer par un décret des chambres que la

I propriété desnoirs, légale jusque aujourd'hui,

r est devenue illégale; d'obtenir que la loi se

démente elle-même. Cette opinion avait été

émise en 1839, dans un rapport fait à la

chambre des députés par M. de Tocqueville ,

à peu près dans ces termes naïfs : «^ Je vous

9 prends un ouvrier noir, mais je vous rends

» un ouvrier libre; il y a compensation.»

C'était là une exécution révolutionnaire de

nos colonies qui n'a pas prévalu dans le sein

de la commission, et je Ten félicite; j'avais concla d'an pareil langage , peot-èlnj à tort , qne la fortune de M. de TocquefiBs n'était point sitnée anx Antilles.

Le rapport , da reste , laisse peut-être naê porte ouverte à cette manière d'envisager ta choses/ en déclarant que l'indeainité n'eit point une mesure de nécessité , mais de simple équité. Cette étrange théorie a été flétrie dans le sein même de la commission par une protestation de MM. Jubelin et de Hackau , i la séance du 3 mars 1843, renouvelée courageusement par ces deux membres de la minorité à la séance du 6 mars , c'est-à-dire trois jours après (1).

Honneur donc à ces hommes d'état vraiment dignes de l'être, et qui savent mettre

(I) Rapport, pafei 436 et 437.

jlBiptArêt pabUc aa dessus da soin de leur po«

lynlaTitél

t Poar moi , qui ai voulu donner mon opinion

à défaut de ma voix sur les interprétations et r: tes distinctions du Rapport , j'avoue qu'il r m'est impossible de comprendre comment une i mesure de simple, équité n'est pas une mesure ' de nécemté^ à moins de voir là- dessous une

porte entr'ou verte au dol et à la spoliation «

Supposons que le budget soit parfaitement en mesure de jeter des millions par centaines dans les aby mes delà philanthropie, il resterait toujours à examiner un côte immense de la question , le côté national et politique. En d'autres termes y a^-il convenance , utilité

poar l'État, à affranchir faDmédtatBment Mil" noirs de nos colonies? Cette mesure e8t-él6|V dans l'intérêt de la France , de VEutùpé et ds r monde? Un intérêt pins général , plus homaHi, I' ne domine-t-ii pas les avantages particdlien l" que la raee noire peut trouver à Tlvre daiu la paresse? A4-on prévu le» consëquencei ■' lointaines ou rapprochées de rafn*ancbiœe* ment pour notre marine et pour nos alliances avec les états des deux Amériques ? Tout notre système de relations extérieures n'en sera* t-il pas gravement altéré ?

Tel est le point capital sur lequel on nesaa* rait trop attirer la lumière*

Chose inconcevable pourtant! les raisons politiques qui militent pourou'contre Témancipation n'ont point trouvé place dans le rapport. Que le système colonial se maintienne ou succombe , « la commission n'entend prendre

H^il.iil pour &i contre (1) ». Les rehlioiii l'Ilfi^ut avoir « avec l'intérêt rëei oasuppo- ^ de la métropole sont d'un haut et très pres^ pj%L Intérêt ; mais cela excède les limites nalu« MAlea du rapport (2) . »

!!• le marquis d'Audiffret et plusieurs meniliKTea de la minorité ont pourtant démontré à ^usieurs reprises que la question n'était point Isolée et concentrée dans les limites de nos quatre colonies ; ils ont exposé son importan* ce y son étendue , ses relations arec le système européen tout entier : donc la commission n'a point pëché.par ignorance, et il nous est trop facile de tirer des inductions de son silence. Se taire sur l'influence politique de l'émancipation des colonies, n'est-ce pas accepter l'é* vidence de ses funestes résultats? Pour moi,

(1) Rapport, page S5«.

(S) là.t pag« ^59.

Monsieur le Duc, je repousse cette mesure p«^ 1 n ce qu'elle estpurement anglaise, et danalapea* | \ sée qui l'a conçue , et dans le but auquel elle conduit ; je la repousse en vertu de cette situation géographique , éternellement U même, qui fait que la France etl'Angletenrc sont en Europe comme les plateaux d'une bi* lance , dont l'un ne saurait s'élever sans que l'autre s'abaisse ; je la repousse comme une imitation maladroite et un mauvais calcul ;*et je m'étonnerai toujours que la commission vienne nous donner son projet comme une grande chose (1), car on n'est jamais grand quand on copie.

Certes , il n'est personne qui repousse plus que moi une hostilité permanente aux Intérêts de l'Angleterre , dont je souhaite le bien et le

(I) Rapport, page 6*

repM; mais la philanthropie n'exige padQu^Ofl les loi assure aux dépens des intérêts français^ et malgré l'intimité passagère de denx peu^ pies dont les tendances sont si diverses , et qui iemblentunisà la fa^on des Hermès antiques, c'est-à-dire en se tournant le dos , je désire vivement que nous mettions de la réserve dans nos embrassements.

L'émancipation générale des colonies est pour la Grande-Bratagne une affaire grandeihent lucrative, k. défaut d'autres preuves , il suffit de rappeler la déclaration officielle de lord Palmerston faite l'été dernier à la cham-*bre des communes à peu prés en ces termes :

« Que l'abolition de l'esclavage des noirs aux » Indes occidentales n'est pas seulement une f question d'humanité , mais une œuvre de V haute et intelligente politique ; que la 9 Grande-Bretagne en retirera des fruits du-

f râbles , attendu que ta vertu trouve lott^om >i êa réeompenêe. »

Lord Brougbam , à son tonr, a expHqut ea quoi consistaient ces récompenses de la verta en présentant un bill pour mettre de noaTellei entraves à la traite chez les nations étrange» res. Laissons^le parler lui-même :

a Le pays a fait un grand sacrifice } mais il n'est pas permis de dire que la compensation a été oonipIMè pour les planteurs* Leurs intérêts ont grandement souffert. £n effet le travail des noirs formait toute U valeur des habitations. Tel planteur qui comptait jadis ses revenus par miiie livres les compte aujourd'hui par cent; tel autre qui comptait par cent n'a plus, en quelque sorte , aucune propriété dans les colonies. Lorsque le gouvernement anglais a proclamé l'abolition de l'esclavage, a-t^il prétendu en faire passer les avantages dans les mains du Portugal et du Brésil par l'intermédiaire des sujets anglais ?... Avons-nous souf-

ffuri des perles au profit de nos compatriotes résidant ï Cuba et au Brésil , et tout exprès potir créer à nos colonies une concurrence sur les marchés du mon^

On le voit , l'Angleterre ne prêche l'abolition de la traite et de l'esclavage que <c pour prévenir une concurrence que son ambition ne peut supporter sur les marchés du monde. » Voilà ce que lord Palmerston appelle les récompenses de la vertu !

Les préoccupations éternelles de la Grande- Bretagne ont été souvent dévoilées. Depuis 1815, elle cherche à transporter dans ses possessions asiatiques la production de toutes les denrées tropicales, à concentrer dans ses mains le monopole des échanges , à dominer

^ (1) Discourt de lord Brougham à la Chambre des lords le 11 •Tril 1845.

par sa marine sur tontes les mers , par soa commerce sur tous les marchés. On ne saurait lui faire un crime de cette pensée : elle la puise dans le fond même de sa situation et dans les nécessités de son système économique; mais encore faut- il n'en pas être dupe. Déj la compagnie des Indes a accaparé la culture de l'opium, qui nous est interdite àPondicbéry an prix d'un subside annuel de 400,000 roupies* Le monopole de l'indigo a été également concentré sur les bords du Gange dans ces derniers temps. Le sucre , le coton , le café , y sont acclimatés au sein d'une population de 80 millions de travailleurs , dans une contrée immense , où la main-d'œuvre ne s'élève pas à 26 cent, par jour, nourriture comprise. L'exportation du sucre du Bengale s'élevait seule* ment à 12 mille tonneaux en 1831 ; elle a été buit fois plus considérable en 1839, et a été

portée à plas de 90 millions de kilo^^rammes ; elle a atteint très probablement ISO millions de kilogrammes en 1843. Encore quelques années, et la fabrication du Bengale pourra inonder de ses produits les marchés du monde entier.

c Mais il ne suffit pas de produire, il faut écouler et consommer les produits^ exclure les denrées similaires qui sont en possession dn marché européen (1). » N'est-ce pas une faveur inouïe de la fortune que de pouvoir atteindre ce grand résultat et tarir toutes leà sources oùrEuropecontiuentales'approvisionne directement, avec les grands mots, les mots vraiment magiques d'esclavage et de liberté!

Qu'on ne s'y trompe pas : l'Angleterre, à travers l'étalage de sa philanthropie négrophile ,

(!) Voir ma brochure sur le droit de visite.

ne fait qu'obéir aux instincts égoïstes d'un peuple marchand ^ elle ne s'écarte pas de soa rôle ; elle trafique de la vertu en Amérique comme de Topium en Asie. A l'aspect de ces manœuvres visibles, qui tendent à encbatner l'Europe sur ses rivages assujettis , n'est^il pas temps de s'écrier comme l'infortuné chevalier de Saint-Lubin (1), revenant des bords du Gange en 1784 : « Le génie inquiet qui pré- 9 side àla balance européenne est- il donc en- 9 chanté? 9

Maîtresse des inépuisables greniers de lindoslan , là où personne ne peut désormais lui faire de concurrence , la Grande-Bretagne espère fermer les marchés qui la gênent, ceux du Brésil et des États-Unis y de la France , de TEspagne, du Portugal, tous approvisionnés

(1) C'est une triste et déplorable histoire que celle do chexa* lier de Saint Luhiu; j'espère la raconter un jour.

par le travail des Doirs; elle sait que le nègre affranchi ne produit rien el frappe de stérilité le sol où il Tégèle^ elle n'ignore point que, dans ses colonies émancipées , toute industrie cesse ou ya cesser : tel est le secret de la fièvre humanitaire qui s'est emparée des Trois- Royaumes , à commencer par lord Âberdeen.

L'émancipation des travailleurs africains n'est plus comme autrefois une œuvre philanthropique poursuivie par Vanti-slavery parti, c'est un levier commercial et diplomatique pour secouer le monde.

Le cabinet de Londres a senti qu'à tout prix il fallait gagner la France, parla raison qu'elle donne le branle au reste du continent , ainsi que nous l'avons trop bien prouvé dans la déplorable affaire du droit de visite ; il caresse cette fibre de générosité chevaleresque dont nous avons donné tant de preuves; il nons

assiège aa nom des sentiments les plos honorables, en alléguant les principes les plus sacres. De là toutes les manœuvres pour crëeri dans Paris même , à l'abolition du trayail eolonial une popularité factice ; de là les mensonges avérés sur les brillants résultats obtenus dans les possessions britanniques ; de li les vieux récits des tortures exercées parles planteurs sur leurs noirs , propagés i grand bruit dans certaines feuilles quotidiennes, qoi ont pris , dit -on , avec les émissaires de la seciété anli'Slavery^ des engagemens formels, à deniers comptants (1), pour entraîner la France dans cette voie désastreuse.

Les effets politiques de l'émancipation s'offrent donc à mes yeux dans les termes sui-

(1) On m''a nommé les feuilles qui se seraient Tendues , les sommes stipulées, et les banquiers chargés de payer les traites; mais , n^ayant pas les preuYes en main , je ne puis en dire davantage.

Tants : Vous voulez doter d^une liberté menteuse une raee inférienre incapable d'en faire nn bon usage , et vous consommerez la vassalité industrielle de l'Europe continentale, Tasfiervissement maritime du monde entier !

O philanthropes, vous êtes les modernes bar* bares, vous qui ne travaillez à détacher la chaîne des nègres que pournous la passer au cou!

Ajoutez à l'émancipation des noirs les stipulations du droit de visite , et ces tribunaux nûxtes établis à Sierra-Leone , au Gap y à la Jamaïque, devant lesquels on fait déjà comparaître les bâtiments des puissances du second ordre, telles que le Brésil et le Portugal ; n'oubliez pas l'événement de la Ségam^ biCy navire expédié pour le service de l'État et jugé par une cour anglaise, ni la confiscation récente de la corvette la Curieuse par la cour de SainteMarie-de-Balhurst : tout cela

TOUS réyéiera rialenlion fiimieiie de rendre la marine anglaise irresponsable et siueraiie sar lootes les mers, de créer une rasBalité maiîtime, d'hamilier tons les payillona , el de ren* dre les Anglais , selon Texpression do général Cass, les juges de paix et les grands prè« yàis de rOcéan.

On n'en saurait douter : ce que le cabinet de Londres n'a pu obtenir au moyen des esuh bûches du droit de yisite, il l'obtiendra ila longue et plus sûrement par la ruine des colonies européennes et des industries transatlantiques.

Dans les dix-sept dernières pages du rapport , dont jVi déjà signalé le fâcheux esprit, on trouve , il faut l'avouer, d'étranges conso*

latioiis. On y apprend que les capitaux , détoumës des petites usines ruinées , trouve^ ront probablement de l'emploi dans la couversion des produits du sol en étoffes grossières , et que t sous ce rapport l'industrie métropolitaine souffrira encore quelque peu (1). »

Suit en vote un relevé des importations d'étoffes dans nos quatre colonies en 1839^ malgré les souffrances d'une législation inintelligente imposée à nos concitoyens d'outre-mer, il y a eu un débit de dix-sept millions et demi de tissus fabriqués. Mais qu'est'^ce que diX'* sept millions et demi pour des hommes chargés de nos affaires, et qui se croient autorisés à faire delà philanthropie cosmopolite à nos dépens ?

Deuxième consolation. < La France sera

(1) Rapport de la commiasioii , page 547.

forcée de tirer de l'étraDger une plas gratta partie de son approvisionDement en ancre et eD autres denrées coloniales! soitr.^. Bies loin d'y perdre , la navigation françme gih gnerait peut-être à ce changement,. •• Mieoz nous vaudrait peut-être , à dépenses égales , être forcés d'aller chercher une grande partie de notre approvisionnement en denrées colo* niales dans Tlnde, à Java , à Sumatra , que de tirer presque tout de la Guadeloupe et de la Martinique : plus les vayages sont longs , plus les navigateurs acquièrent de l'expérience (1). »

Il faut que la commission soit bien à court de bonnes raisons pour tenir un langage ausri puéril. Ignore4-elle donc que les peupiea producteurs ont avant tout la prétention fort lé- Ci) Rapport, pagei SIS-'SIS.

— lai —

p^me de transporter eux-tinèmed lears den^ fées d'échange } que la Hollande, loin de nous lafiser charger nos bâtiments à Jara ou à Sumatra , ne nous permettrait pas même de les charger à Rotterdam ^ elle qui nous a décidés tout récemment à convertir, pour son sucre et son café, la place de Strasbourg en part de mer I Qu'on ne s'abuse point : si la ruine de notre navigation privilégiée était décrétée par les philanthropes, il ne nous resterait pasmème le cabotage du Bhin.

La commission consultative semble croire ^e la décadence prévue , la ruine même de nos possessions d'outre^mer, n'empêcheraient pas la Hollande, le Brésil et les Etats-Unis, de nous vendre du sucre et du café, et de soutenir avec la Grande-Bretagne une rivalité nécessaire à l'équilibre du monde. Qui ne voit

cependant que par l'affraDchissement des noirs

ces divers états se troQyeraieiit désarmés et la solidarité européenne? L'émaDcipatkmiuMi ioocbe bien moins encore que le Brésil et ta États-Unis ; c'est ane arme chargée et dirigée au cœur de ces deux états. Â ce i^int de ym^ je le demande , est-ce à la France de coiieoB« rir, ne fût-ce que par son exemple , à la destruction du travail forcé dans les deux Aaé^ riques , avant que le travail libre ait pu y naître et se développer? A-t-elle besoin d'ioi«. moler sur Tautel de Wilberforce nos alliances les plus certaines, les plus indispensables?

Doit-elle remplir le carquois des Parthes pour faire tirer sur nos meilleurs amis?

Les tendances politiques de la Grande- Bretagne ne sont un mystère pour personne; elle éprouve l'impérieux besoin d'anéantir toutes les sources de richesses agricoles on industrielles qui peuvent contrarier ses pro*

J«to de moBopole nniversei. Pour qfo^elfe tty^i il faut que les autres meurent. A ce titre la Brésil et les États-Unis sont ses ennemis mor« teia^ eox qui exportent en abondance dei detrées similaires à celles de l'Indostan. Pour les atteindre à la source même de leurpro* spérité, il faut émanciper leurs travailleunr neirs » de gré ou de force , par des sédnctiiMM haaianitaires ou par des réyoiutions sanglante» ; il faut les gêner par la yisite maritime , par les tribunaux mixtes ; les euTelopper d'intrigue , de menaces , de dangers , et transformer le bassin de la mer des AnIiHea en un vaste foyer d'agitation noire 9 d'où l'Angleterre puisse , à un jour prévu , mettre le feu aux deux Amériques.

Ces craintes ne sont point exagérées : ce plan s'est révélé à plusieurs reprises ; il a couru dans les papiers publics ; il est au fond de

toates les combinaisons eommerclales et A* plomatiqaes.

Depuis long -temps la magnifique ëtendae des c6tes de Brésil et Tayenir florissant de cet empire ofTosqaent la Grande-Bretagne. En 1826 elle loi arracha la province de Monta* yidéo pour en faire une de ces républiques bAtardes dont elle se réserve d*ètre l'arbitre; elle convoite aujourd'hui le fleuve des Âma" zones , et il y a deux ans à peine qu'elle osur* pait les bouches de l'Orénoque , qui communique avec les Amazones par un canal naturel.

Cette politique souterraine s'est entière*ment démasquée au printemps dernier par l'envoi de M. Ellis à Rio Janeiro, sous pré* texte de conclure un traité de commerce. Cet agent est venu faire au Brésil les ouvertures les plus magnifiques, les plus séduisantes, pour

le placement des denrées brésiliennes sur le marche anglais. En retour il ne demandait qo'ane seule concession pleine d'une abnégation toute éyangélique , sayoir : témaneipa" iion des travailleurs brésiliens par dixième d'année en année jusqu'à la consommation de tonte activité et de toute industrie. Le gou- Temement de Rio repoussa de pareilles ouvertures et congédia l'envoyé britannique (1).

Parlerai-je de Cuba ? Croit-on que sa prospérité n'excite aucune jalousie , et qu'elle pourra se soutenir seule si la France déserte sa cause? Â*t-on oublié les manœuvres de Turnbull, et le bâtiment stationnaire dans le port de la Havane , qui ressemble au fameux navire de Porto-Bello !

Même politique à l'égard des États-Unis.

(I)r«i la preafe Mmi-eiBeielle des faiu raconiéi ci-dettai.

Je ne descendrai point au déinil des inlrigues nouées au Texas depuis l'arrivée du nrinislre anglais sir Elliot , dans le but d'y créor un foyer de révolution noire , et d'enrermer les états du sud dans un cercle de flammes. Oi sait que les aveux officiels de lord Aberdeea sur cette résolution ont motivé de la part da président Tyier, dans son récent message » la proposition de rompre d'un coup tous les fils de cette trame si bien ourdie en réunissant le Texas à rtjnion américaine.

Qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit p<^t en Amérique de l'émancipation graduelle des travailleurs et de la ruine d'une production rivale ; il s*agit de plonger les états du sud dans les sanglantes convulsions d'une guerre servile , de donner le signal de l'extermination des noirs et des blancs, de renouveler sur un plus grand théâtre les massacres de

Siûnt-DoniiBgae. La qoestion D*a pas d'autre Inae. Ces! M. Glay, séMiear desÉtats-Uois; «fest M. de ToeqseTille lui-même» à l'époque oft: il rayait les choses sur place, qui affirment « que rextemiiDatioD de Puse des deux races '«ai la solution finale du problème , et que la Wnitude des noirs peut seule leur permettre de Tirre juxtaposés avec les blancs (1). »

Les recueils périodiques de Londres nous ont révélé indiscrètement le plan de campagne éventuel du cabinet anglais , et , à Theure l^ésente, des régiments noirs sont organisés à la Jamaïque , toujours prêts à s'embarquer.

Tant que la France maintiendra son systtaie colonial intact , elle demeurera forte au dehors, car ses intérêts seront solidaires avec ceux de» états américains et de tous les peu-

[ (I) QiMfCion dd IteiBcipaiioii dei soin, page 15.

pies qui ont une marine et des colonies, le gouyernement britannique ne pourra imposer ses Tolontès par la violence sans mettre h monde en feu ; il n'osera forcer la main aux plus faibles et se bornera à des mancratrei indirectes. Or, je le répète, est-il Juste , loyal et politique , de nous détacher des infloencei qui tiennent en respect , sans effort , un gon* yernement rival ; de concourir lâchement à la ruine des états naissants du Nouveau- Monde , et d'assumer la responsabilité future de la Grande-Bretagne, en mettant la main avec elle dans le sang des noirs et des blancs? Au point de vue de la politique comme de la civilisation , il m'est donc impossible , Monsieur le Duc , de partager vos convictions. Je ne m'eflraie fioint de ces entraves , qui sont les premiers langes des peuples enfiints , car l'éducation d'une race ne se fait pas toute

80nle. Pourquoi me rëvolterais-Je contre les impëDëtrables décrets de la ProTideuce > qui Teut que les nègres obéissent long -temps ayant de s'asseoir au banquet des sociétés mo« demes? C'est la loi commune de l'humanité :

la ciyilisation ne s'achète qu'au prix des lar* mes et du sang. Et là où tous trouvez la rémission d'une race humaine dans le baptême de la liberté, Je vois Gham, une seconde fois marqué du sceau de la réprobation par le mercantilisme anglais , détaché de l'avenir et replongé dans son éternelle barbarie ! Là où vous rêvez des civilisations printanières» des nations nouvelles et riantes surgissant une à une dans la mer des Antilles , j'aperçois le spectre hideux de Saint-Domingue, avec son cortège de superstitions et de magiciens, avec ses sénateurs déguenillés, avec sa population

à demi sauvage , sans famille , sans loi , sans

caltare d'aacQne soite , abandoiuuMt de pio* cfae en proche le christiaiiiiiiiA poar relov* ner an coite des fétichei et i radonUion du caïmans !

Vous partea d'une théorie préconçue et de la générosité de votre âme pour étendre ▼« sympathies au delà des mers , sur ces audhetreax nègres que vons n'avei point visitéi dans leurs cases. Moins sensiliie et moins impatient y je me résigne i la féconde lenteur du temps ; ja m'appuie sur les lois do l'histoire et de l'humanité pour soutenir qn'w n'improvise rien par un coup de liegu^te législatif, ni le travail , ni rintelligence , et que Dieu lui-même n'a pas fait le monde en « jour.

Ah! si j'avais le loisir de m'ériger en ap6tre de l'humanité , j'étudierais les moyens lents et sûrs que le Gbrist enseignait pour iNri-

Ber les fers des luMmaes $ avant de me transporter par la pensée an milien des savanes de TAmériqne , je regarderais s'il n'existe pas en Europe , antonr de moi , des marchés d'escla- Ves blancs ; avant de mindigner de la servitude des noirs imposée en vue du travail moralisatenr, je m'indignerais de ces ventes de -femmes chrétiennes |et d'enfents que le comâeree anglais et français transporte sur ses navires , et qui sont exposés, dans des cages , sur les marchés publics de Gonstantinople et d'Alexandrie : esclavage honteux , qui n'alimente que la débauche et la corruption. D'où vient qu'aucun de nos hommes d'état négrophiles, au jour de sa puissance, n'a pris l'initiative d'une démonstration en faveur de ses frères de sang, et pour leur salut? Faut* il supposer qu'ils empruntent à une langue étrangère le souflEle inspirateur? Comment se

fait-il que le gonvernement britannique ne fait aucune démarche, n'organise aucune souscription en faveur des esclaves d'Orient? D'où vient qu'il tolère dix millions d'esclaves jaunes entre les mains de ses sujets indonsî En présence d'anomalies si choquantes , ne suis-je pas fondé à croire que la servitude i pour être intolérable , a besoin d'être coloniale , et de se combiner avec des questions de sucre et de café ?

Reportons nos pensées sur la France elle* même et sur sa dynastie nouvelle. S'il est un intérêt pressant pour la royauté de 1830, c'est celui de conquérir les sympathies , de rallier tous les grands iutérèls^ et de jeler des raci-

nés 5or un sol dévasté par tant de révolutions. Or, en admettant cette nécessité ^ je n'iiésite pas à dire que la raine da système colonial aorait la plus détestable influence sur raffermissement de la dynastie actuelle ; elle ébranlerait son avenir dans l'esprit public.

Espère-t-on en effet que trente mille colons expropriés 5 chassés des lies par les barbares, ne viendraient pas semer dans la métropole une désaffection d'autant plus durable qu'ils Tivraient tous sous Taiguillon de leur misère présente et de leur prospérité finie ? Â côté de ces trente mille colons , il y a leurs familles , leurs amis , leurs clients , la population des ports de mer, avec laquelle ils ont des relations suivies et fructueuses. Que le gouvernement du roi compte ses vrais amis , et qu'il décide s'il est prudent d'en réduire le nombre. Toute puissance qui veut durer a besoin

4e s^iMMir sarde fortes baiM y nitat qii reposent dans le cenir des peuples. ÉrideHUMil la conunissien n'y a passottgé.

Et qu'on j rétéchisBe ; le plus UUHMe moyen de déconridèrer nn goav e nwie n ty c'est de laisser croire, mêmeàtortyqa'HoHIt à des influences étrangères , et qu'abnidonnanl la ligne de ses intérêts , il n'est peint le maître au logis.

On n'éveillerait pas sans danger sur ce point les susceptibilités nationales. Et qurifFranssis dégénéré ne sentirait le sang liri nonter au ▼isage à la seule pensée que le gouvernement de sa patrie ne puise point en lui le sentiment de sa force et de sa durée ! Il existe au ccrar de tous les partis un fond dldées conmanes, traditionDelles, indestructibles, parce qu'elles sont nées d'une situation permanente, lesqneh les constituent en grande partie le senti^Dfent

de la BâUoBalUé. C'est en s'attachtiit à ee ftiiceaa d'idées, de tendances et même de passions communes, qu'un gouvernement se popidisrise ; en le dédaignant qu'il se perd.

Or la France n'a point changé ; die a oon« acience plus que jamais que ses destinées et celles du o^nde seront Jouées sur l'Océan; que l'avenir de tous 1^ peuples tient essentiellement à la .liberté des mers ; que nons sommes aiHPdésày maintenir un équilibre plus ou moins parfait, en protégeant le droit des plus faibles sur cette grande route du genre huiMÎn. Arriére donc les politiques étroits qui solderaient, pour les besoins du jour, à diminuer nos forces navales d'une seule chaloupe de guerre, car voilà la vraie question nationale et humanitaire ! Ce grand intérêt de tous les peuples à communiquer librement entre eux, cette conférence universelle, en vertu de

laipiclle rhoiBBe gmdit sur tooi les ritag», abforbe de beeocoop l'intérèl de la race noire, qoi rient à la traverse, en supposant, avec les abolitionistes, qu'elle ail intérêt à essayer la robe ririle , qui ne Ta pas à sa taille.

D'ailleurs l'opinion s'émeut en France à toute proposition mariUme insinuée par Tinfloence anglaise ; c'est la routine des esprits depuis sept cents ans, et je suis disposé à croire qu'il y a là dessous aulre chose qu'un avenglenient passager et inintelligent. Cette inquiétude soupçonneuse, la commission la ravive par son plan , parles sympathies qu'elle étale. Giterai-je les mille propos qui circulent autour de moi? — « Le droit de visite, disent 9 les uns, a été uoe première rançon payée à » TAugleterre en 1831 : H. le duc de Brogiie » en est convenu à la tribune, en déclarant M que c'était une nécessité de Talliance anglai-

1 se ; aujourd'hui rémancipalion des noirs et fia rotoè du système colonial sout le corollaif re du droit de visite, et la deuxième rançon V dont il se fait l'éditeur responsable. — Je » me rallierai, disent les autres, quand le gouf vemement s'arrachera aux influences qu'il » ^ubit, quand il ressaisira le fil de la tradition f et s'appartiendra vraiment à lui-même. » — Ou bien : i Si l'Angleterre continue à peser f sur nous, elle nous arrachera Témancipation » des noirs et la ruine de notre marine : ce » jour là elle ne craindra plus d'être dépossë- » dée de l'empire des mers« »

Certes, je n'ai point inventé ces paroles à l'appui de mes convictions, je les ai recueillies sans y rien changer ; elles ont frappé en même temps mon cœur et mes oreilles. J'en ai été blessé en refusant d'y croire ; mais , en faisant la part des exagérations passionnées , n'est-ce

pat vue chose bien grave qae oes sappoettion aient une couleur de TraisemUance? N'esta paa un «gne révélateur de l'état des esprits? Tout homme d'état qui n'en tiendra pu compte périra par là.

Interrogez 9 s'il le isiut, sur cette 4|aest(oa des noirs 9 les convictions réfléchies de bm honunes de mer. Amiraux, capitaines de vaisseau ou'de corvette, tous, dépuis le miidstre de la marine Jusqu'au dernier enseigne , ne conçoivent rien aux illusions des philanthropes métropofîtaios ; loue apprendraient avec regret l'application des théories hasardées det abolitionistes , carions y voient une nouvelle déchéance pour la marine française^ Cette classe d'hommes intelligents, déèintéreasés, pleins de dévoûment , pense et parle comme les conseils coloniaux. Aussi, quand je vob mes &lbles efforts obtenir de leur part ua

MnUmeiit sur leqael je n'osais compter, je m'affermis dans la voie où je suis, entré pour la défense de nos intérêts permanents (1). J'en

(i) Les témoigiviges d^approbatioa q«e j^ai reçus 4e U part des hommes de la marine pour la pablication de mes premières lettres ont élé aosai nombrau i|ae flaMens. Je les signale comme utiles à ma cause. Je citerai , entre autres , la lettre suiyante de M. le Tice-amiral Bandin , préfet maritime de Toulon. Elle est une des plus modérées pour Téeole abolitioniste ; et, mettant à part les politesses flatteuses qu^elle contient , on peut la re« gnder comme Peipression Traie des sentiments de tonte la marine française.

A^M. PETIT DE BARONCOURT.

Toulon, le l*r fiovem6re 1815.

a MoHsnoR y .^

» Je ne tous ai pas remercié dans le temps de Tenf oi que TOUS a?ei bien touIu me faire de totre première lettre à M. de BrogUe , parce que j^ai ici des occupations incessantes et forcées qui ne me laissent uni loisir ; mais ?otre seconde lettre est d'une telle TÎguenr de logique , elle bat si puissamment en ruine Técbafaudage des théories a?eugles des abolitionisles , <pie je ne peux pas différer plus long^temps de tous remercier du serriee rendu par tous à nos colonies , à la France , à rhumaniié. » Vous TOUS êtes placé sur un très bon terrain en admettant le . principe de l^émaMipalion , mais sous la condition indispensable

tire même un favorable augure que la France s'arrêtera sur la pente fatale où elle est pous- Bëe. Qui sait? les honorables menabrea delà commission consultative échapperont penlètre à la fascination généreuse qui les trouble. Ils n'ignorent point qu'un patriotisme étroit vaut bien autant , à tout prendre, qu'une philanthropie vagabonde. Ils aiment le bien , ils ont du cœur et du talent ; tout cela doit leur suffire , et ils ne doivent éprouver nul besoin

d^one préparation soffitante. Reconnaissons la liberté comme une chose excellente , mais seulement pour des indiridas qui ont la capacité nécessaire pour en faire un usage utile pour eux-mêmes et pour la société tout entière. Admettons ceux-là à la preo- Te de la capacité et à Tusage du droit , à U bonne heure ; ib ne sont aujourd'hui que de très rares exceptions. Quant à la foule des incapables , ce sont de yéritables mmeon , qo^l flliiil traiter comme tels, c'est-à-dire avec bonté, mais en lee tenant en tutelle , comme des enfants sans droits cItIIs ni politiqnes. Ainsi le yeut la raison.

i> Receyez , Monsieur, avec mes Tonix sincères pour Totre soc*

ces , Tassurance , etc.

» Gb. Baubin. »

de se faire canoniser dans les colonnes de VAntirStavery Reporter.

£n finissant , j'aimerais à prouver qae je né suis point mû par cet instinct de dénigrement, de critique stérile et négative , qui ruine et ne sait point édifier. L'esclavage colonial est aussi pour moi un problème à résoudre , et je l'ai étudié avec la conscience , bien entendu , de tous les intérêts et de tous les droits. J'ai éga-* lement une solution en réserve aussi suppor** table que bien d'autres , et qui repose sur les conditions suivantes : 1^ améliorer sans trouble et progressivement le sort des noirs , en faire des personnes civiles et les maintenir au travail ; 2^ opérer cette transformation ra^ dicale de telle façon que l'état ne débourse pas un denier, que les planteurs ne perdent rien de leurs capitaux , de leur industrie ni de leur revenu ; 3"* maintenir notre navigation

réfenrée , notre conmerr ê ttârittim et tolÉ nos moyens d'échange ; 4» htre cèsMr iiMilifr* diatement la situation prèeaire et IromMée de nos colonies; 5^ s'assurer d'avaiiee qn'aucmi ititërèt de politique on de citiHsatieci ne de* menrera en sonfTrance; 6^ arrêter en ttème temps les progrès dn paupérisme colonial , qui' suit depuis dix ans une marctie croissante; Voilà mon système. Do moment qu'un seul des intérêts signalés ci^dessos serait négligé , on devrait le rejeter comme détestable, en vertu des mêmes raisons que je donne pour condamner celui de la commissiott ; ce projet recevrait probablement l'adhésion des intéres^ ses, et plusieurs des plus intelligents ^ à qui je Tai communiqué, le trouvent praticable.

Une loi en sept ou huit articles découlant d'un seul principe y suffirait. Je tiens ce plan à la disposition du gouvernement , pour le jour où

|6 trouverais une ehanee de le faire sérieniê^ ment eiaminer; mais d'ici là, étant bieo cer«' tain de n'être pas éconté, n'étant pas même sûr d'être lu , je trouve plus convenable de garder le silence* Il me snfBt de tendre le»

bras fN>or conjurer le mal , au moment oà je le vois s'étendre sur l'borizon.

Je me persuade qu'aucune autre considéra* tioB qne celle du bien public n'a guidé ma plume ,en /écrivant ces lignes. Daignez le croire^ Monsieur le Duc » et agréer l'assurance des sentiments respectueux que m'inspire votre noble caractère^

P. DE Baroncourt«

Paris, S) janvier 1844«

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