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là où il diminoe la Batore matérielle repfead aon empire et la vie ciTlIiste dépérit. Ans Antilles surioot le travail est l'arebe sidateda progrès, de rbarmonie entre les denx raees« Aussi , quoi qu'on dise, rémanclpaf ion des colonies anglaises n^est , aux yeux de la mi^ son 5 que le triomphe de la barbarie bâté par des sectaires qui de révangile n'ont Jamais compris que la lettre. L'avenir qui se déroule mettra de plus en plus cette vérité en évi^ dence.
Est'il d'ailleurs une contrée où le travail soit vraiment libre? Croit-on qu'en Europe, où toute parcelle de terrain est légalement possédée, où il n'est pas un fossé, pas un buisson qui ne reconnaisse un maître ; croiton , dis-je , que l'artisan ne travaille pas forcément et sous la menace incessante de mou<rir de faim? L'adolescent de nos collèges et
le ûlê de rartisan ne sont-ils pas préparés au travail libre par un régime de contrainte qui embrasse le premier tiers de la vie? £t les ne* grès, que sont-^ils, sinon une race à l*état d'enfance ?
La commission coloniale présidée par M. le duc de Broglie l'a bien senti ; elle a regardé le travail aux Antilles comme indispensable , et à rÉtat y qui en tire de si grands avantages, et à la race noire elle-même 3 elle a essayé de le maintenir par une administration terrible et despotique , par des moyens énergiques , et pourtant défectueux , inefficaces, impratica-* blés; elle a oublié de classer méthodiquement les travailleurs sur le sol , elle leur a donné dans le propriétaire un ennemi , tandis qu'il fallait en faire un tuteur; elle impose en un mot à l'État 9 représenté par quelques magistrats, une charge civilisatrice à laquelle peut
à peine suffire la race blanche toot entière* D'un autre c6té , le rachat de trois cents millions préalablement demandé ne saurait être considéré par le maître et par l'esclave que comme une indemnité à l'oisiveté inévitable et prévue, comme une certitude de décadence et de ruine. Qu'un pareil système soit mis en pratique simultanément ou d'année en année , son résultat final sera toujours le même. Enseigner aux noirs à lire et à écrire , les obliger à se rendre aux offices et leur réciter le catéchisme, tout cela peut avoir d'excellents effets , mais des effets précaires et bornés ; c'est par l'exemple, par l'habitudey que l'homme se rompt à un labeur pénible ; c'est par le travail en un mot qu'on apprend le travail.
Quels seraient donc les moyens de remè* dier à la situation justement inquiète de nos
colonies , et d'asseoir un système colonial qui satisferait à toutes les exigences lé^ptimes? Une chose qui n'a rien d'étrange ni de merveilleux. Accélérer par des mesures législatives un mouvement normal qui s'est opéré de lui-même dans toutes les sociétés sortant de la servitude ; que le noir cesse d'apparlenir à son maître en tant que meuble ou marchandise , mais qu'il soit classé méthodiquement sur les habitations , attaché au sol , et qu'il ne puisse j sous aucun prétexte , s'affranchir du travail ; qu'il embrasse la terre , qu'il communie avec elle , pour se relever un jour propriétaire actif et intelligent , homme libre si faire se peut. Ce simple déplacement des droits accomplirait sans frais et avec harmonie une œuvre immense.
La France s'est interdit la traite , c'est-àdire le transport des nègres d'une plage de la
mer Atlantique sur l'autre, l'acte de prendre des esclaves oisi& , et souvent destinés à être mangés, pour en faire des esclaves laborieux. Cet usage , long-temps jugé innocent et fue Voltaire qualifiait «r de bonne action j» , a été déclaré un crime par un article de traité.
Soit; j'accepte ce prétendu crime, et Je demande que la France aiHe encore plus loin :
qu'elle abolisse la traite intérieure^ c'est-àdire le droit de mettre en vente les noirs sur un marché , le droit de les transférer arbitrairement d'une plantation sur une autre , de disposer, sans prendre son consentement ^ de la personne de l'ouvrier africain , qui en définitive est un homme.
Le colon n'a droit qa'à une chose , mais intégralement : au travail de ses noirs , travail qu'il peut et doit obtenir par tous les moyens de contrainte légitime. C'est en vue de ee
travail qu'il a fait Tacquisition de ses ou- Triers; ce travail est la vie même des Antilles ; il profite i tous , au noir comme à son maître, à la marine , à l'industrie , i l'Europe comme à l'Amérique. Mais là s'arrête le droit du colon. Ce que l'usage , les ordonnances , la force , ou toute autre cause , lui a donné en sus , la loi peut le retrancher*
Toute l'économie du plan que j'indique repose donc sur cette distinction fondamentale ; que le noir puisse dire : « Vous n'avez » pas le droit de me vendre , de m'acheter, y de me déplacer du sol où Je vis, car je ne » suis ni un meuble ni une chose -, mais vous » avez le droit de m'imposer le travail pour » me tirer de la barbarie ou pour m'empé- V cher d'y retomber ! »
Il serait donc possible de substituer sans frais à l'esclavage actuel une sorte de servage
qu'on appellerait plus convenablement le patronage. Le projet n'aurait à s'occuper ni de pécule, ni de rachat , ni de toute autre mesute également vicieuse; il embrasserait : l^' Vélabtissement du patronage^ les droits et les obligations réciproques du propriétaire patron ri du travailleur palroné; 2^ le déplacement volontaire des patronés y 3^ le mariage , i^ la ilomesticité y 5<> les moyens de prévenir ou d'arrâler le vagabondage et le prolétariat.
lel'élabUssement du patronage ^ des droits et des obligations réciproques des patrons et des patronés.
L'établissement du patronage devrait èlre
précédé d'un déDombrement régulier de tourtes les propriétés coloniales et d'un recensement individuel des esclaves répartis sur chaque plantation. Les rôles de ce recensement seraient déposés en double à la mairie de la commune et au greffe du tribunal civil de chaque arrondissement pour faire foi en justice et servir de titre au besoin* Après Taccomplissement de celte mesure préliminaire et l'expiration d'un délai convenable , le gouvernement pourrait promulguer la loi du patronage. Les propriétaires perdraient le droit de trafiquer de leurs noirs, de les déplacer arbitrairement du domaine où ils sont fixés par les rôles de recensement. D'un autre côté il serait interdit aux noirs , si disposés au vagabondage, de s'éloigner de la propriété à laquelle ils appartiendraient sans une permission
écrite de leur patron , sorte de passe-port qui
leur serait délifrë , et faute duquel ils pour-* raient être arrêtés et reconduits sur rbabitation. Le patron conserverait tous ses droits à exiger le travail de ses ouvriers patronés, tous les moyens de correction et de répression accordés par les règlements.
Lesnoirs devraient cinq jours de travail par semaine à leur patron ; le sixième jour leur serait concédé suivant l'usage, qui deviendrait un droit , et le septième jour serait à Dieu. D'autre part , tous les avantages accordés par les ordonnances en vêtements, vivres , cases, terrains à cultiver, soins médicaux , secours alimentaires aux infirmes et aux vieillards , qui sont à la charge du maître, seraient scrupuleusement maintenus.
Le propriétaire patron ne pourrait plus vendre ses plantations ni ses usines sans les travailleurs qui y seraient attachés, et réci-
proquement ; de teOe forte que les paUronés appartenant à rhabitation en auraient la jouissance incommutable et une sorte de pro« priëté indirecte.
Dû déplacement libre des patronés.
Le changement des cultures, le déplacement des capitaux ou toute autre cause, pourrait amener arec le temps une vicieuse répartition des travailleurs : ici , excès ou surcharge de bras ; plus loin , disette d'ouvriers. Gomment établir de nouvelles usines ou créer de nouvelles plantations dans les savanes, là où aucun ouvrier noir ne serait flxé au jour de la classification territoriale? Pour remédier h
ces încoDTéDieBts , il suffit de mellre en jeu la liberté de ToaTiier patroné. Il poum le déplacer, mau Tolontairemeof ^ en consignant son consentement dans un acte aothentiqoe passé dcYanl le notaire on devant le maire de la commaoe, on devant tout officier jodiciaire commis à cet efTet. En ce cas le noirseraii hien une personne libre ^ il interviendraiidans le règlement de sa destinée. Ponr on déplacement même momentané, il serait nécessaire d'avoir l'assentiment écrit on verbal do noir, comme il arrive en Enrope pour le règlement tic la domesticité. Du reste, il soffit de poser le principe et de le mettre en action; la force des choses fera le reste.
Sans aucun doute, sous ce nouvel ordre de choses, la répartition du travail deviendrait plus difficile qu'aujourd'hui : en mainte occa-
JBion , il fiiodrait solder aa soir le prix de son Consentement ; mais nne immense rérolotion Rirait accomplie.
Tontes les plaintes contre nos établisse-
Clients coloniaox cesseraient , car il n'y aurait
;|)las de propriété directe de l'homme sar
Bon semblable, pins de trafic , plus d'esclava-
^e dans l'essence do mot , mais un échange de
secours , de soins et de travaux , entre deux
races placées dans des rapports harmonieux
également utiles à Tune et à Tautre ; et tout
cela s'opérerait sans qu'il en coûtât un denier
à l'Etat et an colon une heure de travail.
Alors l'ouvrier noir patronë pourrait dire :
c Le travail m'est imposé, mais ce travail est
nécessaire à la France 5 mais il me profile ^ il
assure mon salaire et ma subsistance , même
pour mes vieux jo^rs; mon travail n'est pas
à moi lo.ut enlier, mais ma chair est à moi. »
— aaft —
Des garanties spéciales seraient indispeottblés pour le déplacement des enfants des deia sexes.
Pour opérer ce changement , le conseote* ment de la famille serait une condition dèfii»- li ble sans doute , mais illiMoîre et iosuAkaate.- Li où la famille n'existe pas encore, là oabh mère elle-même délaisse son enfant non?e«ii> né airec une insouciance déplorable, cettS' disposition inscrite dans la loi ne pourrait prtyenir qu'imparfaitement le traGc des minsiiif^ des deux sexes. Pour garantir sufBsammsBt^ les droits et Tavenir de l'enfance il serait io* dispensable d'élire une commission permanea* te, qui devrait représenter l'intérêt religieax ou humain, l'intérêt de l'état et l'intérêt ùfh lonial ; c'est dire qu'elle se composerait 40 trois membres, savoir : un ecclésiastiquet ai magistrat métropolitain et un propriétaire co-
Mk Celte commission interviendrait dans lltérèt des mineurs; elle serait jage de Topirtunitë du déplacement. Dès lors le sort des ifunts ne serait plus abandonné au caprice et P^ègoisme du patron. Subsëquemment une ^position particulière pourrait accorder le ||to(mage moral ou la tutelle des petites né- |Mto6, transportées légalement sar une hapMiou étrangère , à la femme , à la fille ou
Nb sœur du propriétaire. Cette disposition Hslative substituerait un droit à un usage ttourd'hui répandu dans toutes les familles 4ales.
Des germes de moralité grandiraient ainsi %SÈB nos colonies transformées, tandis que ces M'mes sont complètement étouffés dans les ntiiles anglaises, où la débauche la plus mon- .raeuse, la plus effrénée , a reçu un nouvel ssor par Tacte d'émancipation.
Du mariage.
On conçoit que le noavel état de choses, a créant une stabilité définitive et des rapporti plus équitables entre le propriétaire et le ith Ydilleur, en interdisant la séparation de rhomme et de la femme et leur déplacement, ei offrant des garanties à l'enfance, rendrait les mariages plus nombreux et plus sacrés. Use sécurité inconnue aujourd'hui faciliterait t08f les bienfaits, tous les progrès, et donnerait ofis base solide à la moralité publique. Le mariage entre le nègre et la négresse de la même habitation exigerait, il est vrai, le consentement du patron, qui doit représenter Tautorité paternelle ; mais si le patron refusait, cho-
> peu probable, bienqa'il faille le prévoir, on ^rait envers lai par voie de sommation rebMNstueuse, et il serait permis ensuite de pas* âr outre. Le point difficile serait de régler Ss unions contractées entre les noirs patronés ppartenant à des habitations difTérentes. La èmme devant suivre la condition de son mai^ le propriétaire de l'habitation qu'elle quite recevrait une indemnité. Dans Tétat actuel les choses la somme a été fixée par les ordonlances; mais le propriétaire de l'habitation lù la négresse va s'établir, étant seul juge du Eombre de familles nécessaire à son exploitation, aurait le droit absolu de permettre ou de *efaser le mariage de son travailleur. Son ^nsentement en outre équivaudrait à l'oblijalion de solder à ses frais la somme fixée par les ordonnances et de désintéresser le patron de la négresse ; celui-ci de son côté perdrait
tout droit de l'oppeflcr «■ mariage part de la femme patroBée. Cette h BembLerait la plus équitable et pro] ciller toBS les intirèlfl eDgajfét.
De ta domeHicité.
11 «ziste aox coloaies une elasn qui ne BODt attachés i aucuue terre usine , mais qai sont achetés par i pauvres et qui Tirent avec eax dan le de domesticité i vie. Cette elaaa liëre d'esclaves tendrait i disparalti ment que la vente et l'acbat des now interdits ; le cours du temps y buA serait remplacée par la domesticité Le Boir d'une babitalion, en obtena
leat de 8oo tuteur, aurait droit de se au service d'un ouYrier libre, d'un liade la ville ou de toute autre personue , IgreBuant uae redevance fixe prise sur ses ges et payée à son patron territorial , qui ûsentirait à l'engagement; mais ce contrat laporaire expirerait de droit au bout de ^is ou cinq ans au plus , et l'ouvrier noir titrerait dans son droit; il pourrait soit reorner sur l'babitation d'où il est sorti , soit mniYeler son engagement. Au boat de cinq is le colon perdrait la faculté d'empêcher la {îiature d'un nouvel engagement et de rapder aon noir à la culture, pourvu que la reivattce primitive lui fût exactement sQldée.
^lurraLt af river en effet que l'ouvrier noir » fiûi perfectionné dans une autre industrie ue celle dn la culture du sol ou du travail des sinesy qu'il fût devenu bon cocher, excellent
cuisinier, artisan habile ; or le patron primitif n'aurait aucun droit sur cette plns-yalnede l'ouvrier acquise hors de chez lui, et lesavan* tages en reviendraient au noir seul. Ses progrès profiteraient ainsi à son bien-être et à N liberté.
Du prolétariat par, suite de taffranclùssemenU
Ce qu'il y a de redoutable dans Tavenfar du colonies françaises, ce n'est point resdavagit ' c'est l^ccroissement du prolétariat, de la mi* sère et du vagabondage ; c'est le retoar dci noirs à la barbarie par suite des afArancblMe* ments multipliés; telle est la lèpre déjàcmdle que les fougueux abolitionistes B*ant poW
erfue, et qa'ils travaillent à étendre par as les moyens.
La classe des noirs libres, oisifs ou yagands , menace d'engloutir la société coloniai elle s'accroit^ elle monte à l'assaut du trail et de la civilisation d'année en année , mme la marée d'heure en heure. Il faut y iser dés maintenant : le régime que je prose pourrait réorganiser cette classe de proaires inutiles, et dés lors nuisibles , qui asgent le foyer de nos productions tropicales.
Trois articles ajoutés à la loi suffiraient, clarer que tout noir capable de travailler, lis dépourvu de tout moyen d'existence, vint de rapines et rencontré en état de vagandage, sera arrêté par mesure de police et fermé dans l'atelier public jusqu'à ce qu'il trouvé un patron qui consente , par acte Ibentique, à l'immobiliser sur son habita*
tion, à pourvoir à ses besoins selon les ordoitnances , et à lui accorder tons les droits et avantages des ouvriers patronës. Pamnesor^ te de compensation morale tout noir libre infirme, cassé de vieillesse et incapable de travail, serait nourri dans l'hospice pnblic. I^mi autre côté la loi interdirait cette facilité d'a^ franchissements , cette porte récemment on* verte, propre è créer une population de men* diants et de vagabonds ; aucun propriétairel ne pourrait abandonner son patronage uM déposer une somme suffisante à l'entretien di patroné sortant de tutelle, et, pour compléter ce qui précède, il devrait être interdit à ro>vrier noir de se racheter de ses obligations de travail au moyen du pécule , d'obtenir l'af* franchissement complet sans le consentemeii préalable de son patron* Cette mesure peut paraître rigoureuse ; eA
est mile à la production en général et à nn^ térèt dtt noir en particnlier. Les maîtres de cette manière verraient grossir sans crainte et sans jaloasie le pécule de Toutrler noir; ils tendraient à favoriser ce blen-^tre, qui ne leur porterait point préjudice, et qui, en enrichis* sant la classe noire, ne ferait rien perdre au travail général des colonies. Cette interdiction de rachat serait le prix du consentement des propriétaires actuels à transformer la condition de leurs travailleurs, consentement qui altérerait légèrement leur droit de propriété , et qni serait la seule compensation aux autres droits qn'ils auraient abandonnés. Ce consens tement obligatoire du patron est aujourd'hui nécessaire pour l'affranchissement des serfs en Bussie ; or les noirs sont fort loin d'égaler, fious aucun point de vue, les paysans russes. Telles sont sommairement les améliorations
qu'il me semble possible d'apporler à la eon« dition des noirs; tel est le genre de liberté compatible avec leur état d'infériorité morale et intellectuelle. Ce plan n'esl point un expédient d'un jour propre à satisfaire les exigences des philanthropes et à calmer les craintes des colons. C'est l'exposé, à peu de chose près, de la transformation naturelle que l'esclavage a subie dans tous les temps et chez tous les peuples pour arriver peu à peu au travail libre , sans que l'état coure le risque de périr, gangrené par le prolétariat , ulcère du monde romain qui a reparu dans les temps modernes^ et qui, grâce aux affranchissements , commence à ronger nos colonies. La transaction que je propose n'aurait rien de factice ; elle donnerait naissance à un régime durable où le travail serait maintenu, à un ordre de choses mis à Tépreuve sur la race
blanche pendant mille ans , et sous lequel ri* yent aujourd'hui cinquante millions d'Euro« péens moins malheureux qu'on ne le pense* Et pourtant la différence est grande entre la Valeur morale du nègre et celle du blanc : il ne faut qu'ouvrir les yeux pour le voir. Aussi n'y a-t-il qu'une crainte à concevoir : c'est que ce régime de patronage ne fût beaucoup trop libéral , eu égard à l'état d'infériorité des hommes auxquels on devrait l'adapter.
Telles sont mes convictions ; ce qui m'en-* hardit à présenter ce contre -projet, c'est qu'il a pour lui les leçons de l'histoire et l'é^ preuve des siècles. Comment oserais-je sans cela opposer système à système, et lutter confire les théories de la commission coloniale , qui renfermait des hommes tels que MM. de Broglie , Rossi , de Tocqueville , dont la réputation est si grande et l'influence si considé*
plir anx Gayes; elle se produira infailliblement dans nos Antilles et ailleurs. Un jour l'Angleterre recevra à la Jamaïque même le salaire de sa philanthropie égoïste et pleine d'arriëre^-pensëes. Voilà le dënoûmeni logique qu'on nous prépare. O blancs , mes compatriotes , négrophiles ou non , pouvez-yong effacer avec des lois ces différences de peau , de sang, d'intelligence, d'activité, qui ne sont point des préjugés , mais des faits ? Pou^ vez-vous me montrer quelque part^ sur le globe , une nation noire qui se soit constituée d'elle-même? Contenez donc l'élément barbare , fermez la digue des affranchissementa absolus , si vous ne voulez être débordés el engloutis.
Pourtant je ne me fais point d'illusions en écrivant ces lignes. Je connais les intérêts immenses du dehors, les amours- propres du
dedans , tes préjugés enracinés si bas qui sont lignés contre notre système colonial. Le plan qae je propose ne sera ni discuté ni examiné, car il organiserait quelque chose. Toutefois il faut combattre même avec la certitude d'être vaincu. Les philanthropes veulent que le travail, la civilisation, la race blanche, périssent aux Antilles , et les philanthropes triompheront; déjà ils préludent à notre ruine. Le spectacle instructif de Saint-Domingue , les dangers de Cuba, ne seront point une leçon pour eux.
Le plan que je propose a bien un côté séduisant : // ne coûterait rien à tEtatj rien à la marine , rien aux colonies. Et celui de la commission grèvera préalablement le budget de trois cents millions , sans compter le reste, Mais qu'importe? Si le gouvernement n'est
point engagé , les hommes qui influent sur
loi le sont suffisamment, et (ft^rdioaire on peut faire à son pays tons les sacrifices, ex-» cepté les sacrifices d'amour-propre , dii»seBA<r ils lui coûter trois cents millions I Ici je àe blAme personne , car l'homme est fait ainsi.
Comment revenir d'ailleurs sur des mesu-> res léffislalives déjà proposées? Loin de placer les blancs sous le régime des ordonnances, de les opprimer préalablement , j'estime que toute mesure, pour être possible et féconde, devrait recevoir l'approbation préalable dea colons; mais, pour l'obtenir, il faudrait cfaan-, ger de méthode à leur égard , leur inspirer de la confiance au lieu de les menacer, et mettre fin à cette hostilité sourde ou patente qui suspend incessamment sur leurs tètes Tépée.
de Damoclès. Toutes les diOicuités s'aplaniraient si on leur faisait envisager la transformation de la servitude en patronage non
c<Miiiiie une première atteinte à leurs droits ^ mais comme le règlement définitif de la so« ciélë coloniale. Ce revirement demanderait beaocoap de pradenee et beaucoup de temps* U y aurait une tentative plus généreuse et plus hardie ^ qui consisterait à soumettre le projet de patronage aux conseils coloniaux eux-mêmes, à en demander l'adoption à leurs lumières , à leur expérience , à leur pa« triotisme» à accueillir leurs amendements et à épuiser avec eux tous les moyens de concis liation et de bienveillance. Au lieu de cela, que fait-on? On arrange des plans pour l'emporter des victoires sur nos concitoyens d'eutre-mer. Et pourtant, accuser ou soupçonner d'un égoisme inflexible quarante mille de nos .compatriotes, n'est-ce pas nous faire le procès à nous-mêmes? Qu'on le sache bien : les Français des Antilles égalent au moins, s'ils
Be les surpassent , leurs frères de la métropole en désintéressement , et ils sont capables de tons les sacrifices compatibles avec l'intérêt et la grandeur de la mère-patrie. Cinquante mille affranchissements opérés depuis 1830 avec une haute imprudence, à mon avis, prouvent suffisamment ce que j'avance.
N'est-il pas juste et loyal d'ailleurs d'appeler tout Français à concourir de ses lumières au débat d'une question d'où dépendent sa fortune et sa vie ?
Puissent ces considérations avoir quelque influence heureuse ! Le ministère s'apercevra sans doute à temps des dangers de la route où il est près de s'engager , et, à son défaut, les Chambres éclaireraient l'opinion publique abusée et garantiraient tous les intérêts.
Tel est. Monsieur le Minisire , l'exposé très succinct d'un projet qui me semble digne d'un
moment d'attention; j'ai l'Iionnenr de le transmettre à Votre Excellence , en la priant de croire an profond respect
Avec lequel je suis Son très humble et très dévoué serviteur,
Petit de BARONCoimT.