‹ De l'embaumement avant et après Jésus-ChristChapitre 14 sur 100 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Description des drogues étudiées jusqu’ici avec leurs caractères chimiques spécifiques.

Nous étudierons premièrement, à la demande de M. Jéquier et d’autres égyptologues, les résines ayant pu être utilisées par les Égyptiens et les Carthaginois, pour la préparation de la masse résineuse employée dans ’embaumement.

Nous avons puisé ces données et réactions dans la Pharmacopée helvétique, 1^ • dans le cours de M. le professeur Tschirch, l’infatigable pionnier de ces études, dans les livres Die Harze und die Harzbehàlter, de Tsclnrch, dans le Précis de Matière médicale, de M. le Dr Louis Planchon, professeur à Paris, etc.

Plusieurs chimistes pensant avoir trouvé du benjoin lors des analyses des masses résineuses provenant des sarcophages, nous étudierons premièrement ce baume à tannol, quoique nulle part, dans la littérature égyptienne, il ne soit lait mention d’un trafic commercial direct existant alors entre Sumatra, Siam et l’Égypte.

Le benjoin 1 s’obtient en pratiquant sur le tronc et les branches decetarbre des incisions peu profondes. Il s’en écoule un suc laiteux, blanchâtre, qui se durcit à l’air, en devenant jaunâtre, voire même rouge brunâtre.

Il parvient actuellement dans le commerce, soit sous forme de fragments irréguliers, soit sous forme de larmes de couleur gris jaunâtre ou jaune brunâtre, de consistance friable. Son odeur est agréablement vanillée, sa saveur faiblement aromatique. Son indice d’acidité est compris entre 140 et 170. Son indice de saponification entre 220 et 240.

1 Le benjoin — Benzoes, de la plante Styrax- Benzoïn, arbre croissant à Siam, à Sumatra. Malacca, en Indo-Chine.

Le benjoin brûle mal, dégageant une fumée blanchâtre, âcre, très odoriférante, un peu irritante pour les muqueuses. Il se dissout dans l'éther, l’alcool, l’acide acétique, le chloroforme, etc. Ses réactions sont acides.

Quant à ses réactions spécifiques :

Le benjoin en solution alcoolique se colore, par addition d'acide sulfurique, en rouge violacé, voire en rouge brunâtre, selon sa provenance . celte coloration est due aux. résinols qu’il contient.

Une solution éthérée de benjoin, agitée avec une solution aqueuse de potasse caustique, donne, après décantation du liquide étlieré, un soluté aqueux qui devient laiteux par addition de lessive de soude, se précipitant même en un dépôt mucilagineux. Ce dépôt, par addition d acide chlor h> drique, devient floconneux.

Une solution éthérée de benjoin, agitée avec de l'eau, donne une émulsion laiteuse, acide. Le benjoin, chauffé avec une solution aqueuse de permanganate de potasse, ne doit pas réduire celle-ci, ni dégager d odeui d’aldéhyde benzylique.

Cette réaction est caractéristique au benjoin de Siain, qui ne contient pas d’acide cinnamique libre. Le benjoin contient de Yacide benzoïque, de Y aldéhyde benzylique , de la [s ty racine, du styrol, de la ranilline, un peu d 'acide cinnamique , selon sa provenance, et du benzorêsinol .

Aussi longtemps que le benzorésinotannol n’aura pas été décelé, aucun chimiste ne pourra prétendre à la présence du benjoin dans les corps résineux qu’il analysera.

Il en est de même des assertions concernant le baume de tolu. le banni'' du Pérou, le benjoin brésilien , produits originaires de l'Amérique centrale et du Sud, pays non encore découverts, comme on le sait, au temps des anciens Égyptiens.

Ualoès, de Y Aloès ferox, plante croissant au Cap et dans la partie méridionale de l’Afrique, est un produit qui peut avoir été connu des Anciens.

De nos jours encore, les indigènes le préparent selon les méthodes primitives. Elles consistent à creuser dans la terre un trou que l'on tapisse intérieurement de peaux de chèvres et de chevaux, dans lequel les natifs déposent les feuilles épaisses et succulentes de cette plante. Ces feuilles, pressurées, abandonnent un suc végétal qui recueilli, est évaporé sui un feu libre, dans des casseroles en cuivre.

On confond fréquemment le résidu ainsi obtenu avec 1 aloès de la Barbade, d’Aruba, de la plante Aloë rera. Aloë barbadensis, de Socotora, de la plante Aloë Perryia A : Vulgaris, de Zanzibar, etc., aloès se préparant tout différemment. Ces plantes appartiennent à la famille des Lihacées.

L’aloès officinal, pour ne décrire que celui utilisé en thérapie, quoique

les autres possèdent, à beaucoup de points de vue, les mêmes propriétés, est formé de masses de formes variables, brillantes, amorphes, translucides ou opaques, un peu saupoudrées sur les faces externes, de couleur brune foncée, à cassure conchoïdale.

L aloès, exposé à la chaleur, fond et brûle avec une flamme éclairante aussi longtemps qu’il est exposé à l'action du feu. Il est très soluble dans 1 eau bouillante, donnant des solutés brunâtres, acides; insoluble dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, l’éther de pétrole.

Ses solutions aqueuses se troublent après refroidissement, en déposant une masse résineuse visqueuse.

Elles forment, par addition d’eau de brome, un précipité jaunâtre abondant, l'ne solution aqueuse d’aloès prend, par addition d’un peu de borax en poudre, une fluorescence verdâtre. Un soluté d aloès, traité préalablement par du benzol, se colore en rose, par quelques gouttes d'ammoniaque.

L aloès, chauffé avec de l'acide nitrique, jusqu’à complète évaporation, abandonne un résidu, qui. lavé avec de l'eau, se dissout en se colorant en rouge violacé dans l'eau ammoniacale.

Dans un mélange, nous parvenons à déceler l’aloès en l’agitant avec delà benzine; nous obtenons ainsi un soluté qui, à chaud, se colore, additionné de quelques gouttes d’ammoniaque, en rose violacé.

Il contient de l 'aloerésinotannol, se colorant en brun rougeâtre par les alcalins; en bleu verdâtre par le perchlorure de 1er; en gris verdâtre par l'acétate neutre de plomb.

Il contient encore un peu d'huile essentielle, des éthers, de Y acide cinnamique, de Yacide paracoumarique, de Valoine et de Vémodine.

Un produit dont nous avons pu, au cours de nos analyses, déceler la présence est le styrax, provenant du Liquidambar orientaUs, arbre croissant en Asie Mineure, au nord de la Syrie, à Rhodes, appartenant à la famille des Hamamélidées. C'est un produit pathologique, quoique sa plante soit parcourue par de nombreux canaux secréteurs. Les Turcomans de 1 Asie Mineure pratiquent des incisions sur le tronc de ces arbres, tout en enlevant des bandelettes d'écorce et râclant même le liber.

L exsudât recueilli dans des chiffons est extrait, ainsi que les débris ligneux, en les chauffant dans de l’eau. Le baume surnageant, recueilli, purifié, est expédié sur Smyrne, soit dans des peaux de chèvre, soit dans des barils.

Le produit ainsi obtenu est semi-liquide, visqueux, adhérent, de couleur brunâtre, et grisâtre lorsqu'il contient encore de l'eau.

Son odeur est agréable, très fortement aromatique, sa saveur aromatique un peu âcre, son indice d’acidité est compris entre GO et 75, son indice de saponification entre 100 et HO.

Il est presque complètement soluble iIîjiis l'alcool, l'éther, en grande partie soluble dans le chloroforme, le benzol, l'éther de pétrole. Ses soluté sont acides.

Chauffé lentement entre deux verres de montre, il dépose, sur le verre supérieur, des petits cristaux d’acide cinnamique, solubles dans l’eau bouillante, solutés qui, chauffés avec une solution aqueuse de permanganate de potasse additionnée d’acide sulfurique, le réduisent en dégageant l'odeur d’aldéhyde benzylique.

Le styrax, chauffé dans une éprouvette, émet des vapeurs blanches, irritant les muqueuses, vapeurs qui, après refroidissement, se déposent sur le> parois du verre à réaction, sous forme de cristaux qui donnent la réaction de l’acide cinnamique.

Le styrax, agité avec de l’éther que l’on décante, donne un soluté qui. additionné avec précaution d'acide sulfurique, se colore en vert bleuâtre, tandis qu’à la ligne de contact des deux liquides, il se forme un anneau brun rougeâtre.

Le styrax contient de l 'acide cinnamique libre, de la slyracine, de l'éther cinnamyl cinnamique, des éthers d’éthylcinnamique, du phenylpropylcin mimique, du styrol, du stororésinol , isomère au benzorésinol.

Il ne peut être question dans cette étude du styrax américain, « Steel gum « . provenant du Liquidambar styracïflua, ni du baume de l'Honduras.

Une famille très importante, dont une grande partie des drogues sont officinales, peut avoir fourni des matières résineuses propres à l'embaumement, nous avons mentionné la famille des Ombellifères. Les résines provenant des plantes de cette catégorie se caractérisent par leur huile essentielle, souvent bleue, par leurs résinotannols, liés aux acides résineux, par leur gomme, contenant toujours de l’azote.

La gomme ammoniaque — ammoniacum, de la plante Dorema ammoniacum, croit en Perse.

Ces plantes, parcourues par de nombreux et longs canaux secréteurs schyzogènes, laissent écouler, à la moindre incision ou piqûre d'insecte, un suc végétal laiteux, qui se solidifie à l’air, en se colorant en jaune ou jaune brunâtre. Les habitants de la Perse centrale et orientale obtiennent aussi ce suc en battant ces plantes à l’aide de battoirs armés de pointes, et recueillent l’exsudât solidifié.

La gomme ammoniaque parvient dans le commerce, soit sous forme de larmes isolées ou agglutinées, soit en masses compactes recueillies à terre au pied de ces plantes.

Les larmes, recherchées du commerce européen, sont ovoïdes, dures, cassantes, irrégulières. Elles se rayent par le frottement de l’ongle, et se

laissent amollir à la chaleur de la main. Leur couleur est jaunâtre, parfois un peu brunâtre, leur cassure à éclats cireux, d’aspect gras, est lisse, laissant voir un centre blanc, parfois bleuâtre, entouré d’un cercle brunâtre.

Leur saveur est âcre, amère, nauséeuse, leur odeur faible, spéciale.

La gomme ammoniaque exposée à la chaleur se ramollit sans se liquéfier: triturée avec de 1 eau, elle donne une émulsion blanche, se colorant en rouge, sous l’action de l’hypoclilorite de soude.

Elle se dissout en partie dans l’éther, l’alcool, le chloroforme, le benzol, le sulfure de carbone, l’alcool amylique et méthylique. Chauffée avec de leau, elle donne un liquide trouble qui, éclairci par l’alcool, se colore en rouge violacé, par addition d’une goutte de perchlorure de fer. Bouillie avec de 1 acide chlorhydrique que l'on filtre, elle ne donne pas un soluté fluorescent par addition d’une goutte d’ammoniaque (réaction de Pombelliférone). Sa solution éthérée se colore en rouge par l’hypochlorite de soude et en rouge violacé par le perchlorure de fer, en jaune orange par le chlorure de chaux.

Elle contient de 1 acide salicylique lié à Y ammonrés inotan nol, de la gomme ou bassorine, de Y huile essentielle , un peu dY acide valérianique et d acide butylique.

Une autre sorte de gomme ammoniaque non analysée provient de la plante, Ferula Tingitana, originaire du Maroc.

De la plante Ferula galbaniflua, croissant dans les steppes du Turkestan, de la Perse, jusqu’à Hérat, et au Nord-Est aux limites de la Chine, nous obtenons le Galbcinum.

Cette plante, parcourue par de longs canaux secréteurs schyzogènes, se trouvant aussi bien dans le liber que dans le bois et l’écorce primaire, contient un suc végétal qui s’écoule à la plus petite incision et durcit à l’air en devenant plus foncé. Cet exudat est livré dans le commerce, soit sous forme de larmes isolées ou agglutinées, recueillies sur la plante, soit sous forme de masses qui tombent au pied de celle-ci.

Les larmes, plus appréciées, sont irrégulières, difformes, de dimensions variables, d’aspect vernissé, gras, de couleur jaune clair ou jaune brunâtre, à reflets parfois verdâtres. Elles s’amollissent à la chaleur de la main à laquelle elles adhèrent. Leur cassure est jaune ou blanc jaunâtre, cireuse, grasse, non laiteuse, grenue, un peu translucide; leur saveur âcre, amère, aromatique, piquante ; leur odeur forte, particulière, balsamique, non désagréable.

Le galbanum chauffé avec de l’acide chlorhydrique, le colore en rouge violacé donnant, après filtration un soluté qui, additionné d’ammoniaque, prend une fluorescence bleue, due à l’ombelliférone.

Un grain de galbanum, chauffé avec rie l'alcool, donne un soluté qui, additionné d’acide chlorhydrique, prend une coloration violette. Son indice d'acidité est compris entre 7)1,.' i et 114,5; son indice de saponification entre 107 et 122,3.

Le galbanum contient de la gomme, du galbanorésinolannol, de Yombelliférone, de Y acide ombellique, de Yacide camphorique.

Un autre produit des Ombellifères, est le Sagapene, de la plante Fenüa szovitziana, croissant en Perse.

Cette résine, contenue dans de vastes canaux secréteurs schvzogènes, n’étant pas utilisée en thérapie, nous nous bornons à en énumérer les composés.

Elle contient du sagarésinotannol, de Y huile essentielle, rie Yombelliféron <>. provoquant les mêmes réactions que la précédente, mais jamais de ranilline.

L ’Asa fœtida, ou ase-fêtide, de la plante Ferula alliacea , Ferula asafœtida (ombellifère), est aussi contenue sous forme de suc laiteux dans de très longs et vastes canaux secréteurs schvzogènes.

Selon les données de Kempfer, les habitants des steppes persanes et du Turkestan déchaussent cette plante à 0,10 ou 0,18 centimètres de profondeur et la privent de ses feuilles, ils pratiquent ensuite sur celles-ci. à intervalles successifs, des incisions transversales, d’où s’écoule un suc végétal épais, qu’ils recueillent dans de petits récipients portatifs, suc qu'ils sèchent ensuite sur des feuilles.

L’ase fétide parvient rarement dans le commerce sous forme de larmes ou de grains agglutinés, mais le plus souvent sous forme de masses de couleur brun jaunâtre, parfois rougeâtre. Cette résine est dure, sa cassure conchoïdale blanche, rappelant à l'intérieur l'aspect de la porcelaine, de couleur un peu rosée.

Cette surface, au contact de l’acide nitrique, se colore passagèrement en vert malachite, puis en vert jaunâtre. Sa consistance est dure au froid, molle au chaud, sa saveur est âcre, amère, piquante, aromatique, son odeur alliacée, désagréable pour nous, mais agréable aux Hindous et aux Persans qui en préparent des condiments usuels.

Un grain d'ase fétide, chauffé avec de l'acide sulfurique, se colore en brun rougeâtre, tandis que le soluté filtré ou décanté, de couleur brune rougeâtre, prend par addition d'eau ammoniacale en excès une tluorescence bleue.

Une solution alcoolique d’ase fétide se précipite, par une solution alcoolique d’acétate de plomb, en un dépôt blanc. Triturée avec de l'eau, elle donne une émulsion blanche. L’ase fétide, épuisée par un mélange en parties égales d’eau et d'alcool, donne un soluté qui. filtré, se trouble paraddi-

tion <1 une solution de perchlorure de fer, et se précipitera en jaune, par addition d alcool. Sa solution aqueuse se précipite en jaune par addition d acétate de plomb, et en brun par le perchlorure de fer.

Son indice d’acidité est compris entre (îo et 82, son indice de saponification entre 129 et 185.

Lase fétide contient de Y acide férulique, de 1 ’asarésinotannol, de Yornbelliférone, jamais libre, mais toujours lié, de l’huile essentielle et de la vanilline.

L'acide férulique forme des cristaux fondant à 1G8,5°, solubles dans l'eau bouillante, l'alcool, solutés qui, additionnés d'acétate de plomb, se précipitent en un dépôt jaune citron et additionnés d'ammoniaque, en jaune orange. 11 est soluble dans l'acide sulfurique, donnant un soluté brun jaunâtre, avec une fluorescence verte. L'ombelliférone se forme par une décomposition de 1 acide férulique, sous 1 influence de corps appartenant ou ressemblant aux phénols, comme Tschirch le prépara en chauffant de la résorcine, de l'acide férulique avec de l’acide sulfurique.

Une résine peu utilisée actuellement, non officinale, est celle connue sous le nom d opoponax , provenant de YOpoponax chir onium, croissant en Asie Mineure, dans la Perse septentrionale, l’Europe méridionale et appartenant également à la grande famille des Ombellifères. Son suc, contenu dans de longs canaux secréteurs schyzogènes, s’écoule aussi à la moindre incision. L opoponax contient de Yoporésinotannol, un peu de vanilline, de Y acide férulique, mais jamais d’ombelliférone.

Un autre produit connu aussi sous le nom d'opoponax provient du Balsamodendron erythraeum, appartenant aux burséracées, plante croissant dans la partie septentrionale de l’Afrique. Ce produit contient du panax-résinotannol et de 1 « et /5 panax-résène, en outre un peu d'essence et du chironol.

Il est probable qu'il fut employé parles Anciens, comme nous le verrons dans le cours de nos recherches chimiques, pour former la masse résineuse utilisée pour embaumer les corps.

Provenant aussi des Burséracées, la myrrhe, Myrrha, de la plante Balsamea Mtjrrha, plante non encore déterminée avec certitude, a peut-être été utilisée pour l’embaumement ; elle est originaire de l’Arabie méridionale et du pays des Soinalis.

Jusqu ici, aucun chimiste n’est arrivé à déceler, avec certitude, la présence de cette résine, n’ayant pas mis en pratique les méthodes analytiques modernes, se contentant d'énoncer vaguement que telle ou telle résine était probablement employée, comme c’est le cas pour le benjoin et la myrrhe en particulier, se contentant aussi de prendre les indices d’acidité, de saponi-

flcation, les points de fusion, et le degré de solubilité dans les divers véhicules.

Le suc végétal produisant la myrrhe s’écoule, soit spontanément, soit par des incisions pratiquées sur le Btilmmea Myrrha ou Commiphora Myrrha, plante parcourue par de nombreux canaux secréteurs schyzogenes.

Le sue de butyreux, blanc, épais qu'il est à l'origine, devient en se solidifiant à l'air, jaunâtre, voire même rougeâtre.

La myrrhe arrive dans le commerce soit sous forme de fragments, -oit sous forme de morceaux arrondis ou anguleux; de taille variable, de forme irrégulière, de couleur rouge brunâtre ou jaune rougeâtre, à surface bosselée, parfois crevassée, recouverte d’une poussière jaunâtre.

Son odeur caractéristique spéciale est douce, agréable, balsamique: sa saveur est acre, amère. Chauffée, elle s'amollit et adhère aux doigts: mâchée, elle adhère aux dents : la myrrhe est en partie soluble dans l'eau, provoquant une émulsion jaunâtre, en partie soluble dans l'alcool et l'éther: son indice d’acidité est compris entre 20 et 22.

Une solution éthérée de myrrhe filtrée se colore, par addition de vapeurs de brome, en rouge violacé ; évaporée, elle abandonne un résidu, se colorant en rouge violacé par les vapeurs de brome. L’acide chlorhydrique additionné d’un peu de vanilline colore en rouge une solution alcoolique de myrrhe.

Une dissolution de myrrhe dans du sulfure de carbone, abandonne, évaporée, un résidu se colorant en rouge violacé par l’acide chlorhydrique.

La myrrhe contient de la gomme, un peu d’essence , de l'a et fi hêerabomyrrhol, de l’a et fi liéeraborésène de La et fi héerabomyrrholol .

Le Commiphora erythrœa, buisson des steppes africaines, livre la myrrhe de bisabol, peu utilisée dans le commerce. Ce produit est récolté au nord de Berbéra. de Ziela, de Bulhar par les femmes indigènes, qui l’employent pour des inhalations et pour des bains après les couches.

Cette espèce de myrrhe, ainsi que celle provenant du Commiphora abyssinica, plante originaire d’Abyssinie et de Perse, n’ont pas été analysées jusqu’ici.

Il en est de môme du Bdellium de la plante Commiphora a f ricana, résine ayant joué un grand rôle chez les Anciens, mais qui n’est plus utilisée de nos jours.

L'encens = Otibanum, de la plante Boswellia-Carteri Birdw. originaire du pays des Somalis, est une résine qui dès les temps les plus reculés fut dédiée aux dieux, comme elle est encore, de nos jours, utilisée dans les rites religieux de l'Église catholique.

Cet exsudât physiologique s’écoule spontanément par les blessures naturelles des branches de la plante, ou par les incisions pratiquées par les indigènes.

L’encens est livré dans le commerce, soit sous forme de larmes arrondies, allongées, soit sous forme de marrons. Sa couleur est jaune pâle, un peu rougeâtre, sa surface poussiéreuse, sa cassure opaque, voire même un peu translucide, toujours cireuse.

L'encens, chauffé à 100°, ne fond pas mais devient mou; il brûle avec une flamme fuligineuse, répandant une odeur balsamique aromatique. Sa saveur est aromatique, un peu âcre, amère, mais non désagréable. Conservé dans la bouche, il s’amollit. Il est en partie soluble dans l'alcool, le chloroforme: l’éther ; peu soluble dans le benzol, l’acide acétique.

Trituré avec de l’eau, il produit une forte opalescence ; son indice d’acidité est compris entre 30.8 et 30,4 ; son indice de saponification entre 140,0° et 230.0° ; quant aux réactions spécifiques de l’oliban, celles-ci ne sont pas caractéristiques.

L'encens chauffé avec de l’eau donne un soluté qui, additionné d’alcool, dépose un précipité blanc. Ce précipité oxydé par de l’acide nitrique donne de l’acide mucilaginique fondant à 212°.

Cette réaction est caractéristique à toutes les résines contenant de la gomme.

L'encens est formé de gomme, d’acide boswellinique, d'olibanorésène.

Certains auteurs prétendent qu’il était interdit d’utiliser l’encens pour l’embaumement des cadavres égyptiens ; leurs dieux en eussent été courroucés: aussi ne devons-nous pas, dans le cours de nos analyses, nous attendre à y découvrir cette résine. Chez les Carthaginois, par contre, cette défense ne devait pas être rigoureuse, car, en analysant la masse résineuse, prise dans un sarcophage contenant le corps d’un prêtre, nous y avons pu déceler l’oliban, comme faisant partie de la composition de cette masse. Quelle était la raison qui permit aux Carthaginois égyptanisés d'utiliser ainsi l’encens ? Nous ne pouvons la mentionner. Elle repose probablement sur un fait religieux consistant à considérer leurs prêtres morts comme des demi-dieux.

Le Tacamahac , de la plante Calopyllum inophyllum, appartenant à la même famille et croissant à Madagascar, ne put probablement rentrer dans la composition de la masse résineuse utilisée pour l’embaumement. Cette résine contient de Y acide tacamak inique, de l’acide tacamaholique, de la gomme, de l’huile essentielle , de l’a et fi takorésène et un corps amer.

Seul YElémi africain nous intéresse parmi les divers élémis commerciaux, provenant de la plante Boswelia freriana , croissant au Caméroun.

Une autre plante, dénommée Canariumsehveinfurlhii, exsude aussi à l'aide d’incisions un suc se desséchant à l’air, tout en se durcissant

Il parvient dans le commerce, sous forme de fragments difformes, à cassure conchoïdale, à surface jaunâtre. Sa consistance est molle, son odeur térébenthinée agréable, aromatique. Sa saveur, un peu âcre, aromatique. L’élémi africain contient de l 'acide afélémique, de Yamyrine, un corps amer, de l’huile essentielle et de la résène.

Une drogue délaissée aujourd'hui par la thérapie moderne, mais qui joua autrefois un grand rôle dans la médecine populaire, est formée par l'exsudât du Balsamodendron gileadense, obtenu en pratiquant des incisions >ur le tronc et les branches de cet arbre, qui croît en Asie Mineure. Cet exsudât, dénommé baume de la Mecque, forme une masse semi-liquide, jaune brunâtre, un peu trouble, à réaction acide, d'odeur agréable, aromatique, rappelant celle des résines fournies par les conifères. Son arôme est acre, amer, brûlant.

Il est soluble dans l’éther, l'alcool, l'acétone : un peu soluble dans l'ammoniaque.

Sa constitution chimique n'a pas encore été étudiée par M. le professeur Tschirch et ses élèves, non plus que celle du baume à cochon provenant de la plante Hedwigia balsamifera, dont l'odeur rappelle celle du benjoin mélangé à l’élémi et au baume de copahu.

Lafamille des Anacardiacées livre au commerce une drogue que nousavons analysée en son temps sous la direction de M- le professeur Tschirch : drogue connue sous le nom de Mastix = mastic, de la plante Pistacia lentiscus.

Cette plante est cultivée principalement sur nie de Chios, son écorce est parcourue par de nombreux canaux secréteurs schyzogènes. qui. incisés, laissent écouler un suc résineux blanchâtre : ce suc prend une coloration plus foncée à l'air. Il sèche sous forme de larmes sur les branches mêmes de l’arbre, ou tombe à terre, donnant ainsi une qualité de mastic de moindre valeur.

Il entre dans le commerce, sous forme de larmes de dimensions variables ; de formes arrondies, parfois un peu déprimées ou allongées, de couleur jaune paille, à cassure diaphane et à surface lisse saupoudrée d'une poussière jaunâtre line.

Le mastic devient ductile dans la bouche eh se ramollissant, et sa saveur est légèrement aromatique, balsamique.

Il est insoluble dans l'eau, en partie soluble dans l'alcool, l’éther, le sulfure de carbone ; en grande partie soluble dans l'éther de pétrole, l'acétone. Je clioroforme, le toluol etc., etc. Cette résine contient un peu d'huile essen-

nielle, de V acide ce et p masticonique, de Vacide masticolique , de l’acide ce et /? masticinique e t de la masticorésène.

Provenant aussi de 1 île de Chios, la térébenthine de Chios, de l'arbre Pistacia terebmthus, n a pas encore été étudiée jusqu’ici. Afin d’arriver à des résultats positifs, quant à nos analyses, nous en avons entrepris l’étude dans le chapitre II de la Ire partie de notre travail, de môme que celle d’autres résines peu connues actuellement et non étudiées.

Nous ne pouvons naturellement pas nous occuper de la résine de Dammar; la plante qui la fournit nommée Vatica selanica croissant dans l’archipel Malais.

Provenant de l'Asie méridionale avec laquelle les Égyptiens entretenaient de nombreux rapports commerciaux, le baume de Gurjun a pu, comme nous l'avons prouvé, être utilisé par eux pour l’embaumement des corps.

Ce baume est fourni par une espèce de Dipterocarpus non déterminée actuellement, et que nous supposons être le Dipterocarpus alatus, le Dipterocarpus turbinatus. le Dipterocarpus laevis.

En pratiquant dans les troncs de ces arbres des cavités arrondies, les indigènes obtiennent un baume semi-liquide rouge brunâtre, très fluorescent. d’odeur aromatique et balsamique, rappellanl celle du baume de Copahu.

Le baume de Gurjun est très soluble dans le chloroforme, le sulfure de carbone : en partie soluble dans l’alcool, l’éther acétique, l’acétone. Ses solutés sont fluorescents en vert bleuâtre.

En dissolution dans du sulfure de carbone, ce baume se colore en bleu, par addition d'acide sulfurique, coloration passant au rouge violacé.

Il contient, outre des acides non déterminés, du gurjorésinol, de la gurjorésène, de Y huile essentielle, déposant des petits cristaux incolores.

Quant aux produits provenant de la grande famille des conifères, nous les étudierons rapidement, nous occupant particulièrement de ceux livrés par les plantes croissant dans le bassin méditerranéen.

La plante Callitris quadrivalvis, croissant dans l’Afrique septentrionale, est parcourue par de nombreux canaux schyzogènes d’où s'écoule à la moindre incision un suc résineux donnant le sandaraque = sandaracca.

Il parvient dans le commerce sous forme de larmes arrondies, de couleur jaune pâle, parfois rougeâtre, transparentes, à surface poussiéreuse. Mastiqués, les grains de sandaraque n’adhèrent pas aux dents.

Leur goût est amer, leur odeur un peu aromatique. Le sandaraque se dissout dans l'alcool, l’éther, l'alcool amylique, l'acétone, etc., puis dans l’acide-

sulfurique <ju* il colore en rouge cerise. Cette dernière solution, additionnée d’eau, dépose de petites paillettes violacées.

Il contient de Y huile essentielle, de V acide sandaracoligiu , de Y acide callitrolique, et de la rès'ene.

Le sandaraque australien de Callitris preissii, la térébenthine de Strasbourg, de la plante Abies peclinata, croissant en Alsace, le baume du Canada de Y Abies canadensis. la résine d’araucaria, (Y Araucaria intermedia de la Nouvelle Calédonie, la térébenthine de Bordeaux de Pinus pinaster. croissant de l’embouchure de la Gironde jusqu'à Bayonne, et dans le Jura, la térébenthine américaine de Pinus heterophylla et fie Pinus australes, originaires de l’Amérique du Nord, la térébenthine d'Autriche , croissant dans ce pays, de Pinus laricio, la térébenthine des Carpathes. de Pinus cembra, etc., et les produits secondaires, colophane, essence qu'elles fournissent, ne peuvent de par leur provenance avoir été connus et utilisés des Anciens.

Le baume d’Alep de Pinus halepensis, arbre croissant dans le district d’Alger, d’Orléansville et en Grèce, peut par contre avoir servi à former la masse résineuse de l’embaumement et à aromatiser le vin, comme de nos jours.

Cette résine, formée de gros morceaux gris jaunâtres anguleux, d’odeur aromatique, de saveur balsamique, peut varier quant à sa composition chimique, selon son lieu de provenance.

M. le professeur Tschirch et le L)r Schulz étudièrent celle de la Grèce: nous étudierons celle du Liban dans la partie I chapitre II de notre travail. Cette résine de Grèce est soluble dans l’alcool, l’éther, l'acétone, le benzol, le chloroforme, l’essence de térébenthine.

Elle contient de Y acide halépopinique, de Yacide halépopinolique, delà résène non déterminée et de l’huile essentielle.

Parmi les divers copals commerciaux, seuls, les copals provenant de Zanzibar, de la Sierra Leone, du Mozambique, de Madagascar, du Congo, peuvent avoir été appréciés par les Anciens. Bornons-nous à mentionner celui de la plante Trachylobium verrucosum de Zanzibar, qui est une résine fossile ou exsudât des arbres incisés, formant de gros morceaux anguleux aplatis, de couleur efflorescente blanchâtre, jaunâtre, à cassure nette, brillante, transparente, d’odeur et de saveur particulières, fondant à 360:. 11 contient de Y huile essentielle en très petite quantité, de Yacide copalique qui. saponifié par de la potasse caustique alcoolique, donne un corps semblable à Yacide kaurinique, du copal de Kaurie 1 outre la copalorésène.

1 Voir Tschirch, die Iiarse und Harzbehülter, f° 728-762.

Un autre produit africain délaissé actuellement en thérapie, est fourni sous le nom de baume d’illyrie ou copahu africain par Y Hardwickia mannii.

Ce baume de couleur brunâtre, très fluorescent, est un liquide épais, d’odeur très particulière, aromatique, un peu repoussante ; d’une saveur tade. huileuse. Il se dissout dans le chloroforme, le benzol, le toluol, un peu dans 1 éther, 1 alcool, ( acétone, solutés dans lesquels il forme un dépôt blanc.

Il contient des acides résineux, très difficiles à purifier, dénommés, acide illyrique, de Y huile essentielle déposant des cristaux fondant à 124°.

L Euphorbium = euphorbe , de la plante Euphorbia resinifera, appartenant à la famille des Euphorbiacées croissant au Maroc, dans des régions arides, est obtenu soit par une exsudation naturelle, soit à l’aide d’incisions.

Cette résine entre dans le commerce sous forme de larmes irrégulières, un peu aplaties, parfois cireuses au centre, de couleur jaune brunâtre claire, translucide, cireuse, de consistance friable, cassante, d’odeur faible au froid, irritante et désagréable au chaud ; de saveur âcre, même corrosive. Elle contient de Y acide euphorb inique, de l' èuphorborésène et de l’euphorbone.

Appartenant à la grande famille des Papilionacées légumineuses, Y Acacia vereck du Sénégal, de la Nubie, du Kordofan, et Y Acacia arabica du pays des Somalis, du Natal, etc., etc., livre la gomme arabique = Gummi arabicum.

Celle-ci découle spontanément, ou parfois à l’aide d’incisions des arbres atteints de gommose, particulièrement du 15 janvier à fin avril.

Cet exsudât, se desséchantsur l’arbre, forme des morceaux arrondis, ovoïdes, durs, peu friables, de dimensions variables, de couleur jaune pâle, blanche, blonde, à surface terne, demi-opaque, ridée, à cassure vitreuse, transparente ; leur odeur est nulle, leur saveur fade, mucilagineuse.

Selon les variétés, la gomme arabique se dissout partiellement, ou complètement dans l’eau, soluté qui se laisse mélanger facilement à la glycérine ; elle est insoluble dans l’éther, l’alcool, les huiles.

L’extrait de saturne, même en dilution très étendue, précipite le soluté de gomme arabique. Elle ne réduit pas en solution aqueuse la liqueur de Fehling. Un soluté aqueux de gomme arabique, mélangé de son poids d'alcool, devient opaque, gélatineux, mais s’éclaircit par addition d’eau.

Elle contient deux sortes de gomme, une lévogyre et une dextrogyre, de Y acide arabique lié à la chaux, et des cendres.

L’Astralagus tragacantha, appartenant à la même famille, croissant dans le bassin méditerranéen oriental, livre la gomme adragante.

Cette gomme, exsudant, soit par des fentes naturelles de la plante, soit par incisions, se forme par gélification dans l'étui médullaire. Elle se présente, sous forme de fragments plats, ou cintrés, larges ou filiformes, blancs

ou jaunAtres, opaques, parfois un peu translucides, durs, non friables, inodores, à peu près insipides. Sa solution aqueuse se précipite par l'acétate de plomb, et non par le borax et le perchlorure de 1er, ce qui la distingue de la gomme arabique. Elle se dissout en outre dans l'eau, les alcalis.

Son soluté aqueux se colore en jaune par l'eau iodée, tandis que la teinture du gayac ne la colore pas ; différence avec le mucilage de la gomme arabique. Elle contient de ïamidon, de la cellulose, de la bassorine et un peu de sucre.

Ces diverses résines ont pu, de par leur provenance, être utilisées par les Anciens ; mais existaient-elles, il y a trois mille ans, sous la meme forme qu’aujourd’hui ? Donnaient-elles les mêmes réactions chimiques ? Contenaient-elles les mêmes principes actifs ?

Nous ne pouvons le certifier; les plantes qui les fournissent ont pu par la suite des temps subir diverses transformations. Ces résines, mélangées a d’autres corps, ont aussi pu subir une oxydation lente, et changer ainsi leur formation chimique primitive. Les Anciens employaient probablement encore d’autres corps résineux, dont nous n'avons pas connaissance, corps provenant de plantes qui pendant le cours des siècles ont peut-être disparu, ou dont on n’extrait plus les sucs végétaux .

Pour toutes ces raisons, on comprendra facilement les grandes difficulté que nous avons dû surmonter pour arriver lors de nos analyses à îles conclusions certaines, chimiquement parlant, tant pour isoler les divers acides caractéristiques, les résènes, etc., que pour les purifier de façon à pouvoir en entreprendre l’analyse quantitative et comparative.

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