‹ De l'embaumement avant et après Jésus-ChristChapitre 91 sur 100 · Chez les Guanches des Canaries · texte numérisé non relu

Chez les Guanches des Canaries

Sous le règne du Pharaon Néchao de la XI Yme dynastie, la flotte égyptien»*entreprit la circumnavigation de l’Afrique. Partie de la mer Houge, elle longea les côtes du continent noir, doubla le Cap de Bonne Espérance, remonta le littoral africain occidental, passa le détroit «le Gibraltar pour retournera son point de départ par la .Méditerranée, après avoir probablement fait relâche aux Iles Canaries, que les vaisseaux marchands visitaient déjà.

Sanscela, comment expliquer que lesGuanches aient pratiqué l'aride l’embaumement, comme le prouvent les momies bien conservées, que l'on retrouve dans leurs îles habitées par des populations pauvres et sauvages. Les Guanches, dépourvus de culture artistique, n'eussent pu eux-mêmes arriver à pratiquer cet art de façon à 'conserver en si parfait état leurs cadavres. Cette coutume se répandit si rapidement parmi eux, qu’elle devint même nationale.

Ils remplaçaient le natron, qu’ils ne connaissaient ni ne possédaient, par la dessication lente, plaçant à cet effet leurs cadavres pendant quinze jours < 1 a n s des étuves ad hoc.

Le l)r Parcelly croit pouvoir indiquer plusieurs raisons à ce respect dc^ morts: l’amour, la tendresse, la piété, la vénération familiales. D’après M liory de Saint Vincent les Guanches conservaient les restes «le leurs parents et amis, n’épargnant rien pour les soustraire à la corruption. Les corps étaient enveloppés dans des peaux de chèvre, souvent dépouillées de leur poil.

Les procédés usités pour l’embaumement des momies dénommées Xaxos. sont actuellement à peu près perdus el inconnus.

1 Travail sur les lies Fortunées. 1811. f" 54.

Quelques écrivains nous ont cependant laissé à ce sujet diverses données, qui ne sont peut-être pas plus exactes, que celles qu’Hérodote nous a transmises sur l’embaumement en Égypte.

Chez les Guanches, les embaumeurs étaient toujours des sujets abjects. Hommes ou lemmes, remplissaient ces fonctions, suivant le sexe du mort : ils étaient bien payés, mais on s’avilissait en les fréquentant : et tous ceux, qui s occupaient de la préparation des Xaxos, vivaient retirés, solitaires et cachés à tous les regards.

G est donc mal a propos, que Sprats a avancé que les embaumements eussent été confiés à une tribu de prêtres, qui en faisaient un mystère sacré, et que ce secret se soit perdu avec eux.

Quand on avait besoin du ministère des embaumeurs, on leur apportait le cadavre à conserver, puis on se retirait, pour ne revenir que plus tard le chercher.

On distinguait chez eus deux modes de conservation, variant selon le prix que l'on payait.

Pour les morts appartenant à des familles riches et aisées, les embaumeurs étendaient le cadavre sur une table de pierre : l’opérateur, à l’aide d’un caillou effilé, taillé en forme de couteau dénommé « Tabona », pratiquait une ouverture au bas-ventre, dont on retirait les viscères et les intestins.

D'autres opérateurs les lavaient, et les replaçaient à l'intérieur du corps, après avoir nettoyé les cavités abdominales. Le reste du corps était aussi lavé, principalement les parties délicates, les yeux, l’intérieur de la bouche, les oreilles, les doigts, avec de l’eau fraîche, dans laquelle on faisait préalablement dissoudre le plus de sel possible. Les orifices du nez, de la bouche, des yeux, dit M. Jouannet J, étaient parfois remplis de bitume, comme la coutume égyptienne l’exigeait aussi.

Après qu’on eut rempli les grandes cavités de plantes aromatiques, le cadavre était exposé, soit aux rayons du soleil, soit dans des étuves chauffées, pour en faciliter la dessication.

Pendant cette opération, d’autres embaumeurs enduisaient fréquemment le corps d’une espèce d onguent, préparé avec certaines graisses, de la poudre de plantes odoriférantes, de la résine, de la pierre ponce et de matières absorbantes.

Feuülé croit, que ces onctions se préparaient avec une espèce de baume végétal mélangé à des substances dessinatrices, telles que la résine de tarir ou de mélèze, et des feuilles de grenadier, etc.

Le quinzième jour, l’embaumement étant terminé, la momie ainsi desséchée était reprise par les parents, qui la cousaient dans les peaux que le

1 Voir (tannai, Histoire des embaumements.

— no

défunt ;i va il lui-mème préparées à cet effet, puis ils célébraient h-» obsèques aussi magnifiquement que possible.

l/aulre manière de pratiquer F embaumement était moins dispendieuse. Klle consistait à faire sécher les cadavres au soleil, après leur avoir injecté dans le ventre une liqueur corrosive, que le I)r Parcelly croit être du suc d'euphorbe : cette liqueur devait dissoudre les parties intérieures, que

le soleil n'eût pu dessécher.

Tous les cadavres, ainsi préparés, étaient cousus dans des peaux et inhumés dans des grottes, de même que les précédents, à l'exception des dépouilles mortelles des rois, des princes, des chefs qui. entourées du lamarco ou habits, étaient placées dans des cercueils faits d un seul morceau de bois, creusés dans le tronc d'une Sabine, dont le bois passait pour

incorruptible.

On déposait alors les cercueils et les xaxosdes personnes intlnento dans des monuments construits à cet effet.

Ces monuments, de forme pyramidale, étaient parfois élevés, au-dessus des momies couchées sur des planches de bois de pin. exhaussées, la tête touinée du côté nord, telles qu’on les retrouve encore à Ténériffe et à Baranco de llerque.

Les grottes, spacieuses, renferment parfois des niches contenant des momies sèches, légères, parfaitement conservées, avec leurs cheveux, leur barbe ; les ongles manquent souvent. Les traits du visage sont distincts, mais ratatinés ; le ventre est affaissé, la peau tannée.

Quelques-unes portent sur le liane, les cicatrices de larges incision-. d;autres, par contre, ne sont pas incisées.

Ces xaxos exposés à l'air, hors de leurs peaux, tombent en poussière, dégageant une odeur aromatique, balsamique. Le docteur Parcelly dit. qu iisont généralementenvironnés de chrysalides de mouches, provenant d omis, déposés sur le corps par les insectes, au cours de 1 embaumement.

Ces larves, ces chrysalides, qui n’ont pu se reproduire, se sont conservées saines et entières, ainsi que les momies. Sron / dit. que ces momies ont plus de deux mille ans, mais il ne peut en préciser 1 âge avec certitude.

Les seules différences existant entre les momies guanches et les momies égyptiennes, consistent, dit le Dr Parcelly. en ce que les premières sont enveloppées dans des peaux, et non dans des bandelettes, qu elles sont placées dans la position horizontale et non verticale et dans 1 ordre parlait ou elles sont placées les unes près des autres, au lieu »1 être isolées.

En effet, toutes ces momies sont reliées entre elles : 1rs peaux des xaxos étant cousues ensemble à plusieurs endroits.

Les Guanches, comme nous l’avons dit. ne connaissant pas le natron, les analyses des corps résineux seront donc négatives, quant a la présence de cette substance, si en honneur chez les Égyptiens.

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