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CHAPITRE II

L’embaumement pendant le moyen âge et les premiers siècles de l’histoire moderne.

La puissance grecque, anéantie par les Romains qui en\abiient meme Carthage et l’Égypte, où Théodose proscrivit dans son édit les coutumes religieuses de ce peuple : la nation .Juive dispersée aux quatre vents des cieux ; l’Empire Romain succombant en 47T aux coups mortels, que lui poitèrent les Barbares, que restait-il au commencement du moyen âge. de cepeuples glorieux qui pendant de longs siècles avaient lutté pour leurs idées, leur religion, leur commerce, leur hégémonie, et principalement pour leur civilisation ?

Cette dernière, implantée par la force des armes, même dans les pays barbares, reçut un coup si terrible, qu’elle disparut sous les ruines de tant de peuples renversés et massacrés.

Sur ces ruines, d’autres nations surgissent, apportant leurs us et coutumes.

Ignorantes d’un passé glorieux, elles vinrent tout bouleversera leur guise, sans respect de ia propriété d’autrui, sans s occuper du bien ou du mal. pienant comme esclave le maître d'hier, et avilissant la femme, si respectée quelque temps auparavant.

Quelques ermites, quelques pèlerins courageux, tentèrent, il est vrai, de prêcher à ces populations barbares le pardon des offenses, 1 amour du prochain, le christianisme, dans tout ce qu’il a de grand et de beau.

Temps néfastes pour la civilisation, si prépondérante, si avancée, si grande quelques siècles auparavant : aussi n’v a-t-il rien d étonnant à ce que, pendant cet U* longue période, l’art de l’embaumement disparût complètement et se perdit dans la barbarie des temps.

Puis vint le règne de la chevalerie, où le droit du plus fort était tou jours le meilleur, ou le pillage, le viol, les luttes intestines entre seigneurs et princes se pratiquaient sur une vaste échelle, où le roi même devait lutter contre ces seigneurs indépendants, pour ne pas perdre le pouvoir. Temps

d anarchie, mais de complète indépendance individuelle, sauf pour le peuple. 1

Entie temps, les ermites ignorés des siècles précédents, s'étaient multiplies. des couvents se fondaient, les prêtres et les moines s'implantaient à la cour des princes, parfois en despotes, apportant dans ce ciel si sombre une lueur d’espoir et de réveil intellectuel.

S’ils parvinrent à adoucir en partie les mœurs, à enseigner l’amour duprochain et le pardon des péchés, ils ne cherchèrent pas à faire revivre la vénération, dont les anciens Égyptiens entouraient les corps des trépassés. Donsidéiant la \ie comme un lieu de pèlerinage, la terre comme un champ de souffrances, l’âme comme un don du Dieu fort retournant à son Créateur. ils ne virent dans le corps qu'une dépouille mortelle et périssable, qui devait retourner, selon les textes bibliques, à la poussière, d’où elle était sortie.

Partant de ces principes, il est naturel et compréhensible, qu’ils n'attachassent aucun respect, aucune vénération à l'épave humaine qui avait été I enveloppe temporaire de cette âme. et ne cherchassent point à conserver celle-ci à l’aide de l’embaumement.

Désirant que leurs corps ne subissent pas les lois communes imposées aux humains, les rois demandèrent quelquefois à des charlatans ignorants, le moyen de préserver leurs dépouilles mortelles de la putréfaction, et de les conserver intactes.

C est ainsi qu’en 113o, l’on essaya d'embaumer à Rouen le corps d’Henri 1er d Angleterre, en pratiquant sur lui de nombreuses incisions, en sortant les viscères, et en remplissant les cavités par des baumes et des drogues aromatiques.

Ancien procédé égyptien, dira-t-on, mais qui ne fut pas satisfaisant : les personnes chargées de la momification avaient oublié ou ignoré que la dessiccation était un des facteurs essentiels de la conservation des corps.

D'est seulement vers la fin du XVIe siècle que quelques anatomistes, si nous pouvons leur donner ce nom, tentèrent, en vue d’études scientifiques, de conserver les corps ou des parties de ceux-ci; nous citerons parmi ces savants d'autrefois, liuysch médecin hollandais, connu alors pour ses magnifiques collections, voire même pour ses grandes connaissances en matière d’embaumement.

1 Introduclio in notiriam rerum animalium et D1' Schmidt’s Jahrbiicher der in- und auslnndischen gesammten Medizin. Année 1873, page 105.

Ces collections lui furent achetées dans la suite par Pierre-le-Grand, pour la somme de 30,000 florins, ainsi que son procédé de conservation des corps, qui consistait à remplir les orifices pratiqués dans le crâne et le ventre, pour l’enlèvement du cerveau et des viscères, par une masse dénommée Materies Ceracea et formée de cire mélangée à de la paraffine et du cinabre. On conservait ensuite le corps ainsi préparé dans de l'alcool.

( Histoire de l’anatomie .)l *

Un autre Hollandais, le naturaliste Swammerdam -, prétendait aussi posséder le secret de conserver les pièces anatomiques et les corps, procédé que Strader communiqua plus tard au public. 11 consistait à plonger plusieurs fois de suite les corps, dépouillés de leurs intestins, viscères. <-erveau, et de leurs parties molles, dans de l'huile de térébenthine.

Lorsque Gannal et le l)r Sucquet voulurent expérimenter à nouveau <•<*•> méthodes, ils n’obtinrent pas de résultats satisfaisants.

11 semblerait qu’à cette époque, les Hollandais seuls fussent arrivés a une solution, et s’adonnassent à cette étude si intéressante, car /> Bil*3 préconisait le mélange suivant, propre à la conservation des corps :

Pratiquez l’incision cervicale assez grande pour que la liqueur, dans laquelle on imbibe le corps, puisse pénétrer partout : faites une autre incision cervicale à l’occiput, nettoyez les intestins a l’aide d eau-de-vie ou d’une injection, puis suspendez le cadavre dans la liqueur au moyen d un cordon de soie. Cette liqueur se prépare de la manière suivante : Faire macérer 60 livres d’alun de Rome, 60 livres de poivre. 100 livres de sel gemme, dans 1600 livres d’eau-de-vie mélangés à 800 livres de vinaigre. Le cadavre ainsi préparé restera 3 jours, puis 27 jours dans cette liqueur : puis on ressort alors le mort et on le place pendant 30 jours dans une autre cuve contenant un môme liquide.

Après avoir lavé le corps à l’aide d’une éponge, on le peigne et le place a nouveau pour une durée de deux mois dans une cuve contenant une solution de cette même liqueur additionnée d'aloès, de myrrhe (chacun U livres), de mastic, de noix de muscade, de girofle, de cannelle : de chacun 2" livres).

On dessèche ensuite le corps à l’aide d'un feu doux, et le place dans le cercueil.

Si l'on veut obtenir une momie incorruptible, on fait sécher le corps dans un petit local bien fermé, chauffé fortement, dans lequel on brille tous les jours 2 livres d'encens et de mastic. La dessication terminée, on le frotte avec un

1 Voir Hyrst, Handbuch der prakt. Zergliederungs-Kunst.

1 :1 Dr Schmidt’s Jahrbûcher der in- und auslàndischen gesammten Medisin. Année 1873, page 105.

3 Voir tome LUI de l’ancien Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie.

I miment composé de (> onces d’ambre gris. 8 onces de baume du Pérou el 4 onces d luiile de cannelle. On place la momie dans une caisse d’étain reniernico a son tour uons un coffre de plomb.

Que iaut-il penser de la science d’alors, qui exigeait un travail si long et si répugnant?

En 16dd, Philibert Guibert, escuyer. docteur régent de la faculté de médecine de 1 ans. lit paraître un traité d’embaumement intitulé: Le médecin chantable enseignant la manière d'embaumer les corps morts.

Nous lisons dans son introduction:

Guibert par cy-devant en dépit de l’envie,

A donne les moyens de conserver la vie, Embaumer les corps morts, il montre maintenant Pour sans corruption les garder longuement.

Suppliant le chirurgien de ne pas être trop exigeant, il déclare ne publier sa méthode qu’afin d’être agréable aux gens d’honneur el de qualité, qui la lui demandèrent, car. dit-il « Je me suis souvent émerveillé de ce que mainl< liant on embaume si mal les corps delluncts qu un peu de temps après ils se ( oi loin peut tellement qu en quelque lieu qu ils soient posés, on ne peut souffrir leur odeur : de sorte qu'il les faut aussitôt mettre en terre bien prolondement. dont s en suit la plainte des pareils contre les chirurgiens, quoy que ce ne soit leur faute ». 11 ordonne de faire une incision allant du bas du

menton au bas du sternum, profonde à la poitrine jusqu’à l'os, et au ventre jusqu’à la cavité. Puis il conseille de nettoyer avec une éponge le sang écoulé.

Il dit ensuite : « La tête el le crâne sera scié tout à l’entour proprement, comme l’on fait à l'anatomie, ayant premièrement incisé le cuir et raclé fort le péricrane. au droit de I incision, et l’ayant ouvert, on considérera le cerveau. »

" La tète, la poitrine cl le ventre, ainsi ouverts, doivent être privés de leurs cervelle, poumons, estomac, viscères, intestins, puis lavés et esluvés avec I un des «lits baumes, ou avec de bonnes étoupes de coton, dont on fera lit : puis remplir des dits baumes. »

Il ordonne ensuite pour chaque partie séparément les manipulations à suivre, cl la manière de remplir la bouche, les oreilles, etc., d’étoupes, ainsi que la composition des \ divers baumes, et du vinaigre, dont nous ne donnerons qu’une description sommaire.

Description du vinaigre composé pour estuver tiède les parties avant gue d’y appliquer un des baumes suivants.

« Prenez absinthe sèche ou verte, cinq ou six poignées, que couperez par morceaux, avec gros ciseaux ou couteau : trente pommes de coloquinte, que

couperez en quatre sans jeter semence, alun de Home et sel commun, de cliaque une livre; faites le tout bouillir dans quatorze pintes de bon vinaigre qui reviennent à 11 ou 12 pintes coulées et exprimées, et sera le dicl vinaigre laid; duquel on se servira, comme dictest. Si on ajoute deux pintes de bonne eau-de-vie, il aura encore plus d'efficacité et sera excellent. >•

Baume des quatre sortes pour saupoudrer et plonger dans les parties.

« Prenez sel commun sec, et alun de Rome, ou de glace, de chacun une livre, en faire poudre, laquelle sera mise à part. Puis prenez herbe à baume (dit menta hortensis), absinthe, menthe d’eau, sauge, rosmarin, origan calament, sarieltc pouliot. tliim, coq (dit costus hortensis), centaurée majeure et mineure, scordium, de chacun six poignées, séchez, pilez et passez au tamis de crin. On mélangera celte poudre avec la précédente, qui fera le baume duquel on usera, etc. »

Puis il fait la description des liniments utilisés pour frotter le corps, après les avoir embaumés.

«Prenez huile d’olive ou d’aspic ou autre, une partie ; térébenthine du commerce deux parties, ferez ainsi chauffer le dict Uniment:

«Faites chauffer l’huile, sur un peudefeu. puis y ajouter la térébenthine, laquelle se dissoudra avec l'huile, en les remuant ensemble doucement avec l’espatule et sera le Uniment faict duquel on oindra tiède tout le corps. »

Une quantité d’autres recettes remontant à cette époque furent utilisées pour l’embaumement des personnages importants de ce temps.

Nous citerons celle qui fut utilisée pour la conservation du corps du pape Alexandre VI. formée de 'myrrhe, d'aloès. de santal, de bois d'aloès, de suc d'acacia, de macis, de suc de noix de Galles, de musc, de cumin, d'alun cristallisé, de sang de dragon, de bol d’Arménie, de terre sigillée, etc. 4

Lorsqu'on embauma le corps de Madame la Dauphine, le composé contenait oO à (10 drogues, dans les prescriptions les plus variées, telles que la myrrhe, l'aloès socotrin, le santal, le bois d'aloès, Paloès caballis. le sue d'acacia, le suc de macis, le suc de noix de Galles, le musc, le cumin, l'alun calciné, le sang de dragon, le Roi d'Arménie, etc.

Parmi les auteurs d'alors, nous citerons Béni cher - ancien garde des marchands apothicaires de Paris, qui publia un travail sur l'embaumement, préconisant même une méthode spéciale.

Malheureusement, comme dit le D1 Sucquet. les tombes de cette époque n'ont rendu que des amalgames informes, d'os et de poudre, plus ou moins

1 L' embaumement, la conservation des sujets et des préparations anatomiques. par le Prof. Dr Laskowski. Genève 1 886.

- Embaumement selon les anciens et les modernes.

altérés eux-mèmes. Les embaumeurs d'alors, oubliant le point essentiel de ••et art, qui consistait dans la dessication, ont laissé concentrer sous les imperméables résineux, les liquides, qui devaient être l’élément obligé d’une fermentation prochaine.

Rendons cependant hommage à ces savants, qui luttèrent, parfois, il est vrai, en vue du gain, mais qui aussi ne se découragèrent point dans leurs recherches si délicates et si difficiles. N oublions pas qu ils avaient contre eux le clergé et le peuple, qui voyaient dans ces pratiques un acte répréhensible et contraire à ce que la religion enseignait.

CHAPJTHK III

L’embaumement moderne.

Une lois l'embaumement remis en honneur, il est naturel que des savants, se basant sur les découvertes modernes, aient recherché les procédés propres à conserver indéfiniment les corps, qu'on les priait de momifier. Nous citerons parmi ces anatomistes, dont plusieurs obtinrent des résultats satisfaisants, Chaussier U professeur à l'École de médecine de Paris, qui reconnut les propriétés antiseptiques du sublimé, donnant, avec les albuminoïdes, des composés se desséchant à l’air.

Il ordonne de se procurer préalablement les mélanges suivants, dont Hoir det, pharmacien à Paris, faisait la préparation.

1. Une poudre composée de tan, de sel décrépité, de kina. de cannelle et d’autres substances astringentes et aromatiques, de bitume de Judée, de benjoin, etc.: le tout, mêlé et réduit en poudre line est arrosé d'huileessentielle.

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