CHAPITRE IV
L embaumement contemporain.
Puisque la mort moissonne indistinctement les humains, qu'elle ne respecte ni l'amour, ni l'amitié, puisque les liens les plus chers et les plus sacrés sont impitoyablement brisés par elle, n’est-il pas dans la nature humaine de chercher, en quelque sorte, à éluder une séparation douloureuse, en conservant les restes des personnes chéries dont on fut aimé ?
L'amour, la tendresse et l'amitié ne finissent pas avec les personnes qui les ont fait naître ; ils leur survivent, et les suivent jusque dans le tombeau et ne cessent qu'avec nous.
Car après la mort, la désagrégation de la substance organique se fait sentir, et comme le dit Bossuet dans son oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom. même celui de cadavre ne lui demeure pas longtemps.
A quoi faut-il attribuer ce changement intime de la substance? A la putréfaction cadavérique connue depuis longtemps, mais non étudiée, et qui entretient dans le monde le circulus æterni metus materiœ.
Selon Lavoisier, la putréfaction était une combustion lente de la substance organique par l’oxygène de l’air.
Pasteur , en 1802, décela les causes exactes de cette putréfaction, en l’attribuant à des êtres microscopiques vivants, dénommés en 1878, par Séd i Ilot, de Strasbourg, « microbes» ; de sorte que la phrase renversée de Milscherlicli se trouve être vraie: « La pourriture, c’est la vie. » Aussi Pasteur, suivant son idée, peut-il énoncer avec raison cette sentence: « Si les êtres microscopiques disparaissaient de notre globe, la surface de la terre serait encombrée de matières organiques et de cadavres, provenant tant du règne végétal que du règne animal.
« Ce sont eux qui donnent à l’oxygène les moyens de les briller et de les transformer, en préparant une vie nouvelle. »
Partant de point de vue. Pasteur divise les microbes eu aérobies et eu anaérobies.
Les premiers, avides d'oxygène libre, ne peuvent se développer qu'en présence de ce corps. Les seconds voient leur développement contrarié et même arrêté par l'oxygène.
Les vibrions aérobiens vivent donc à la surface des matières putrescibles, les anaérobiens dans leurs profondeurs, ces derniers apportant à la destruction des cadavres les qualités spéciales des ferments ; déssassociant, dédou-
blant les matières albuminoïdes en. produits gazeux et en corps nouveaux, tels l’endol, le scatol, l’hydrogène, qui, rencontrant du soufre, du phosphore, de l’azote, donne naissance à l’hydrogène sulfuré, phosphoré et a l’ammoniaque.
Tous ces corps réunis donnent celte odeur repoussante caractéristique a la putréfaction.
Lorsque les ferments anaérobiens ont accompli leur «ruvre, incapables d'alimenter leur vie. devant certaines matières complexes qui doivent être brûlées, les bactéries aérobiennes de la surface entrent en fonction, détruisant par la combustion lente toute la matière.
Le résultat ultime de cette combustion lente est formé d'acide carbonique et d’eau, produits incolores et inodores.
Pour produire Ions ces changements, les microbes de la putréfaction, anaérobiens ou aérobiens, secrétent des diastases jouant le rôle du sue gastrique éliminé par les animaux supérieurs.
Ces ferments, liquéfiant les matières albuminoïdes, les rendent dialvsables. Les diastases secrétées, variant suivant les microbes Dubief. Trait ■ de microbiologie ), se rapprochent par leurs propriétés chimiques des albuminoïdes, tout en étant solubles dans l’eau. Elles produisent des dédoublements sans former de combinaisons chimiques autonomes.
A la vie des microbes putréfactoires, la présence de Peau est indispensable, car seule la dessication peut nuire à leur développement. Exceptons toutefois le microccocus prodigiosus.
L’eau leur est en outre nécessaire, comme véhicule propre, à éliminer les matières excrétées, telles les ptomaïnes, ou pour aider à l'assimilation des matières élaborées on excrétées.
Ces ptomaïnes ou bases azotées, cristallisées, sont d'autant plus toxiques, qu'elles apparaissent plus tardivement sur le cadavre en putréfaction: elles ressemblent de par leurs réactions chimiques et physiologiques à certains alcaloïdes végétaux « morphine, muscarine, atropine», etc.
D’où proviennent ces microbes? Nous savons, dit M. Duclaiu dans sa Chimie biologique, que toute la surface du corps est couverte de poussière, que l'air charrie.
Le canal intestinal et le tube digestif sont, en outre, tapissés non seule
ment de germes, mais de vibrions développés, qui peuvent liquéfier la caséine et aussi la fibrine.
Us pénètrent même dans les profondeurs de certains conduits débouchant dans l’intestin.
Lorsque la mort survient, ces infiniment petits se trouvent donc à l’état vivant en présence des cellules mortes du corps. Perforant le tube digestif, ces êtres microscopiques pénètrent dans les organes, où les diastases leur aident en ramollissant la fibrine et en la transformant; ce processus amène le dégagement de gaz putrides La peau se déchire, et les microbes de l’air peuvent accomplir leur fonction. Tout ce qui existait de matière organique, insoluble dans l’eau, se transforme alors en ammoniaque, en acide carbonique, en eau, etc. Pour que le cadavre disparaisse complètement, il faut que d'autres ennemis encore plus redoutables entrent en fonction. Ce sont les insectes. Travailleurs infatigables de la mort, comme les appelle M. Mégnin, ces êtres affamés, gloutons, vont achever la ruine de l’édifice humain si fortement ébranlé.
Sous cette dénomination d’insectes, il faut comprendre les hexapodes, les acariens (sous classe des arachnides).
Les insectes acariens appartiennent à la famille des gamasides et à celle des sarcoptides; les insectes hexapodes aux ordres des coléoptères, diptères et lépidoptères.
Par leurs antennes percées d’une infinité de petits trous isolés, simulant les mailles très fines d'un crible communiquant au nerf olfactif, ces insectes parviennent à déceler, non seulement les cadavres exposés à l'air libre, mais encore ceux enfouis dans la terre.
Ces hexapodes et acariens subissent des métamorphoses complètes, passant de la larve à la nymphe avant d être parfaits. Cette métamorphose peut durer de huit à quinze jours.
Ces larves ne font que manger, afin d'atteindre plus rapidement leur état définitif.
Les insectes, attirés par l’odeur nauséabonde que dégage le cadavre en putréfaction, viennent pondre leurs oeufs à sa surface. Les larves sorties des œufs le pénètrent en tous sens, absorbant la plus grande partie possible îles humeurs liquides, puis viennent les larves des Sylphes des Misters, qui accomplissent leur œuvre de la même manière. Les dermestes et leurs larves faisant en outre disparaître les corps gras, il ne reste bientôt du cadavre que les parties organiques sèches, les tendons, la peau, les muscles, qui seront même attaqués par les anthrènes et les acariens détrilicoles.
Cette action successive, lente et destructive, sera encore hâtée pai 1 intervention d’un grand nombre de rnucorinées, dont les spores charriées pai l’air, germent rapidement à la surface du cadavre.
RKCTTBK — 11
C’est ainsi q ira près la mort, notre édifice humain, miné par les microbes, aérobies ou anérobies, désorganisé et détruit par les insectes, tombe en ruine-
Après cinq ans, on ne trouve plus trace de matières molles. Les os ayant perdu leurs substances organiques, deviennent friables, s'émiettent peu à peu, en commençant par les côtes, le bassin, les membres, de sorte qu’au bout de douze à quinze ans, il ne reste plus du corps humain qu’un peu de terrain noirâtre plus ou moins gras.
La sentence biblique : Et in pulverem rever ter in est alors exécutée. (Jette cendre elle-même finit à la longue par se décomposer, et la phase de la destruction totale est terminée.
Le procédé de l’embaumement, pour être conservateur, devra donc empocher ou arrêter la putréfaction, et préserver le corps contre les attaques de< insectes.
La décomposition peut être arrêtée de deux manières différentes, ou bien l’on tue au moyen d’antiseptiques les microbes de la putréfaction, ou bien on les empêche de vivre et de se développer en les privant d'eau par la dessication.
La destruction des insectes peut s’opérer par deux procédés :
1. Au moyen d’insecticides, qui les tuent et les empêchent ainsi de venir déposer leurs œufs sur les corps.
2. En les éloignant par l’odeur aromatique des baumes, que les insectes nécrophages redoutent.
Outre ces données, la science actuelle étudia aussi les lois de la nature, conservant par le froid, ou le chaud, des corps en parfait état. Nous ne décrirons pas les effets du froid : les nombreux cadavres de touristes ou d’explorateurs, découverts dans les Alpes et le Groenland, en font comprendre l’influence et les propriétés.
On est frappé par contre, en visitant le couvent des Jacobins de Toulouse, d’apercevoir aux murs d’un cellier les corps des religieux morts, alignés en parfait état de conservation. Fontenelle prétend que la conservation de ces corps est due à la chaleur élevée du caveau.
Tout près de Lyon, à Saint-Bonnet-le-Château, on trouve dans la Chapelle «les Morts des cadavres en parfait état de conservation, rangés méthodiquement contre deux des parois, les bras ballants et la ligure grimaçante, enveloppés dans leurs linceuls.
Le caveau est rectangulaire, 8 m. de long sur (5 m. «le large et i in. de hauteur. M. Parcellv dit qu’il faut attribuer cette conservation des corps à la sécheresse de l’air et l’occlusion du caveau.
Dans la catacombe de Saint-Michel, à Bordeaux, on trouva aussi plus de trente corps en parfait état de conservation.
A Bergame, dans le couvent des Augustins, on découvrit, lors de la transformation de ce cloître en caserne, sous un monument de marbre, un
cercueil contenant le cadavre d'un médecin mort un siècle auparavant, en parfait état de conservation.
A Perpignan, lorsque le couvent des Carmélites fut transformé en caserne, on mit au jour le corps d'une sœur, morte depuis plus d’un siècle et demi, églement en parfait état de conservation.
Se fondant sur ces données scientifiques, le professeur Laskowski, de Genève, dont les travaux sur les procèdes d'embaumement et de conservation des pièces anatomiques sont connus de tous les savants, est arrivé à un excellent résultat. Ses procédés lui permirent, en effet, de garder à l’état naturel des cadavres ou des parties de cadavres pendant une période de temps relativement longue.
Ayant traité des cadavres d’oiseaux par la dessication, il leur enlevait ainsi presque toute l’eau contenue dans leurs tissus, soit le 60 % du poids total du corps. Ces cadavres pouvaient être ainsi conservés indéfiniment, mais en se desséchant d’une façon aussi complète, les parties molles devenaient dures et cassantes, ne se laissant par conséquent plus disséquer, ou préparer d'une façon scientifique. Le professeur genevois chercha à tourner la difficulté; pour cela, il fallait trouver un liquide quelconque ne gelant pas (puisque souvent les pièces anatomiques sont conservées dans des glacières), ayant une grande affinité pour l’eau, avec laquelle il put se mélanger (de cette façon, la déshydratation des tissus se fait facilement, et d’une manière continue), et pouvant être rendu suffisamment antiseptique pour lutter contre les ptomaïnesquise développent rapidement sur les cadavres. Après quelques recherches, il parvint à obtenir le liquide voulu, dont voici la composition : a kilos d’acide phénique sont mélangés à 100 kilos de glycérine seconde qualité, formule qu’il changea comme suit : 100 kilos de glycérine sont additionnés de 20 kilos d’alcool à 95°, et de o kilos d’acide phénique. Dans ce liquide, on dissout 5 kilos d'acide borique, ce dernier n'agissant pas seulement comme antiseptique, mais principalement comme antiputride. Il employait ce mélange soit en injections intra-vasculaires (4 à 6 litres par cadavre) soit en badigeonnant et en imprégnanl les pièce anatomiques détachées.
Voici comment on «loi t procéder à l’embaumement:
S’étant rendu compte de l’état du cadavre, le praticien enveloppe la lete. le tronc et l’abdomen de serviettes trempées dans de la glycérine pliéniquée, après l’avoir étendu sur sa table d’opération ou sur un lii de repos, puis soulève et tourne la tête du mort du côté de la fenêtre grande ouverte pour l’aération.
Devant le commissaire de police qui. au nom de la loi, doit toujours être présent, il pratique alors la ligature de la carotide primitive, el lixe a celle-ci une canule, en ayant soin de laisser dans la plaie le fil servant à la ligature définitive du vaisseau, l’injection une fois terminée. Il prati-
que de même la ligature des deux fémoraux à 3 centimètres au-dessous de l'arcade crurale. Par ees incisions, il injecte alors le cadavre, observant le passage du liquide, qui de précipité d’abord, quand il envahit les artères et les veines, devient plus lent au furet à mesure qu’il s’introduit dans les capillaires.
Sur la face, sur le tronc et les membres supérieurs, il se forme alors des plaques blanches arborescentes, tranchant vivement avec la couleur de la peau.
Après avoir ainsi injecté 3 litres de liquide, on interrompt pour 2 ou 3 heures l’injection, et l’on ordonne aux aides de masser continuellement le corps, avec des éponges trempées dans la solution phéniquée, couvrant même l'abdomen et les organes génitaux d’ouate imbibéedece mêmeliquide. On continue ensuite l’injection jusqu’à ce que ce liquide reflue par la bouche et les narines.
Par ces massages répétés, la pénétration et la répartition du liquide s'égalisent, tout en permettant aussi l’infiltration lente dans les capillaires supérieurs. Par ces tamponnages répétés, on obtient en outre une désinfection complète de la peau, qui prévient la fermentation putride.
On dénude ensuite légèrement la jugulaire interne de la plaie, et après avoir passé avec une aiguille de Deschamps deux fils à ligature sous le vaisseau, on l’incise avec un scalpel pour vider le sang veineux noir qui doit être évacué.
Lorsque le liquide s'écoulant de celte incision n’est plus qu'à peine coloré, on procède à la ligature, puis on lie de même solidement l'artère, après quoi, on referme le robinet et l’on retire la canule.
Par l’injection, le corps prend de l’ampleur, l'amaigrissement de la figure du mort a disparu, ses traits devenant plus animés, plus réguliers, donnent à ce dernier une expression de vie, surtout si l’on a soin d'entr'omrir les paupières recouvrant l’œil, dont le globe légèrement durci, possède une cornée transparente.
Si le liquide antiseptique n'a pas pénétré dans l'œil, on injecte du même liquide le globe oculaire, au moyen d'une seringue de Pravaz.
En outre, les tissus du cadavre acquièrent une fermeté élastique, les articulations conservent leur mobilité, permettant la tlexion des membres.
Le corps ainsi préparé, non essuyé, est alors enroulé dans des bandes de flanelle, imbibées dans la solution antiseptique. Un fixe ces bandes à l'aide d’épingles, laissant à découvert la tète et les mains, mais en recouvrant les organes génitaux d'ouate imbibée de glycérine phéniquée : puis l'on procède, selon le cas, à la toilette du défuntet à la mise en bière.
Selon les ordonnances de la police sanitaire, celte bière doit se composer d un cercueil en bois dur, doublé d’une lame de plomb, qui empêche la pénétration de l’air et de l’humidité.
Le cercueil ainsi préparé, l'on procède, avant sa fermeture, à diverses manipulations telles que, la disposition, au fond du cercueil, d’une couche de myrrhe pulvérisée de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, celle-ci a l’avantage d'absorber I humidité qui pourrait se produire; puis on y dépose un petit flacon étiqueté contenant un peu du liquide utilisé pour l’injection. La formule exacte sera inscrite sur l’étiquette.
On soude alors le couvercle en plomb, et l'on visse sur celui-ci le couvercle en bois, portant une plaque de cuivre gravée des noms et qualités du défunt.
Toutes ces opérations doivent être pratiquées devant un délégué de l’autorité, qui permet parfois, lors de l’arrivée du cercueil dans la localité où les parents pleurent le cher disparu, la réouverture de la bière, afin qu’ils puissent contempler une dernière fois les traits aimés d’un père, d’une mère ou d’un enfant.
Il peut se produire aussi, selon les cas, des complications, que provoque parfois un commencement de putréfaction lente des intestins ou de l’estomac, et marquées par un dégagement de gaz, ballonnant la cavité abdominale.
En ce cas, il faut pratiquer au-dessus de l’ombilic une incision et une ponction séparée des anses intestinales.
Parfois aussi, une autopsie médico-légale est exigée. Le praticien procédera de la même manière à l'embaumement, puis évitant autant que possible, les incisions ou lésions des gros canaux vasculaires, il remettra ensuite les organes en place, après les avoir exprimés, épongés et désinfectés, tout en ayant soin de badigeonner les parois internes avec une solution antiseptique.
Par ce procédé d'embaumement, les cadavres conservent une coloration normale des tissus, tout en gardant leur élasticité; les muscles conservent leur belle teinte rouge, même s’ils sont exposés à l'air. Mais une question non résolue encore se pose : combien de temps ce corps momifié pourra-t-il se conserver?
Le docteur Variot1, médecin des hôpitaux de Paris, préconisa en 18Ü0 l'antbropoplaslie galvanique pour la conservation des cadavres. Pour cela, il lave premièrement l’estomac à l aide d’une sonde introduite dans l’œsophage, remplaçant le liquide retiré par une solution forte d’acide phénique. Il opère à l’aide d’un liquide antiseptique le nettoyage du gros intestin, et pratique en été, comme les anciens, une évacuation complète de tous les viscères abdominaux, au moyen d une incision médiane.
Le cadavre ainsi préparé est injecté par le système vasculaiie <1 une solution composée d’un mélange de chlorure de zinc, d acide phonique et de glycérine, pour empêcher la putréfaction.
1 Dr Parcelly. Etude historique et critique des embaumements .
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Car les produits gazeux en se dégageant, produiraient bien vite dans la mince pellicule métallique en formation, des tissures et fêlures nombreuses.
Il injecte le globe de l'œil de paraffine pour l'empêcher de s'affaisser, bouchant avec du mastic conducteur, les fentes buccale, palpébrales, et enduisant la peau d’une solution concentrée de nitrate d’argent.
Ce sel d’argent pénètre l'épiderme et le derme. On le réduit alors avec du phosphore blanc dissous dans du sulfure de carbone. La peau noire, opaque, prend, sous l’influence de ces vapeurs, des reflets métalliques, brillants, argentés. Le corps ainsi préparé, est alors immergé dans un bain galvanique desulfate de cuivre, dont la sauce électrique est alimentée par une forte batterie.
La galvanisation se faisant en 5 ou <‘> jours, dépose sur le corps une couche de cuivre de i/2 à 3U de millimètre.
Selon les données du docteur Variot, ces corps ou statues transportables, se conserveraient indéfiniment, même dans un appartement. .Mais ici les lois interviennent, et seuls quelques riches originaux pourraient se payer ce luxe, comme le dit le Dr Parcelly1.
A notre point de vue, cette manière de pratiquer l'embaumement en utilisant les progrès réalisés par l’électricité est un grand pas en avant. Son utilité répond aux désirs exprimés par tant de personnes, qui ne veulent pas voiries corps de leurs parents ou amis disséqués. Mais répond-il au but poursuivi ?!
Une découverte récente, due à M. le professeur Dubois, de Paris, parait devoir transformer et rendre plus populaire, selon le Dr Parcelly. l'an cienne coutume de l'embaumement.
Se basant sur le procédé le plus simple, le plus économique, il préconise ]a dessication rapide des tissus, comme mode d'embaumement.
Par ce moyen, on arrête la vie microbienneet l'on empêche la putréfaction animale, comme le prouvent les corps retirés des sables «lu désert, aucun être vivant ne pouvant se passer d'eau.
Pour arriver à ces résultats, possibles dans des pays très chauds, à air sec, mais non réalisables dans les pays du Nord où 1 humidité du sol eide l’air est un facteur essentiel de putréfaction, il fallait trouver un procédé pouvant priver, sans les détériorer, les tissus organiques de I eau qu ils récèlent. Il fallait découvrir un procédé de déshydration.
Ayant remarqué que l’alcool éthylique, agent coagulant, ne possède pas un pouvoir déshydratant suffisant, il utilisa l'alcool amylique,qui agit différemment, surtout par addition d'éther nitrique. Ces deux solutés mélangés sont introduits dans le corps, en plusieurs endroits, par injections intravei-
1 Etude historique et critique des embaumements, f" H2.
neuscs Le corps bien imbibé de ce liquide se desséchera, et l’opérateur devra percer, au moyen d'aiguilles, les petites ampoules cutanées qui pourront se former.
Parcette méthode, la peau devient noirâtre, sèche, les tissus sous-cutanés se dessèchent et se ratatinent, le corps diminue de volume et de poids. Les tissus examinés après un an sont bien conservés, la graisse n’ayant pas disparu entièrement, les libres nerveuses, un peu granuleuses, sont variqueuses.
On utilise à Londres, pour la conservation des cadavres, une dissolution de 1000 gr. de sel gris, de 480 gr. d’alun, de 80 gr. de bichlorure de mercure, dans 1000 gr. d’eau, dénommée liquide de Goadby. Van Vetter, de l'Université de Gand, utilise une solution glycérinée de nitrate de potasse et de cassonade.
Les médecins de Vienne emploient le procédé du professeur Langer, qui injecte dans les artères un mélange de glycérine, d’acide phénique et d’alcool. Avant les découvertes de Laskowsky et du Dr Parcelly, les docteurs parisiens préconisaient l’emploi du liquide suivant, préparé parM. Personne, pharmacien de Paris : hydrate de chlorate 500 gr.. glycérine 2,500 gr., eau distillée 2 litres et demi.
Gomme nous pouvons nous en rendre compte par ce résumé succinct de l’histoire des embaumements, le but poursuivi par nos savants médecins ne se fonde pas seulement sur les sentiments de la famille, mais il est plus élevé encore, il est scientifique.
Par l’embaumement, nos médecins et nos savants désirent arriver à la conservation des pièces anatomiques nécessaires à l’étude physiologique du corps humain, pour que nos futurs chirurgiens puissent rendre des services appréciables à l’humanité. Leurs travaux seront nécessaires aussi à l'étude de la conformation du corps humain. Grâce à eux, nos spécialistes de la médecine interne arriveront à comprendre le pourquoi de tels ou tels symptômes et maladies.
En médecine médico-légale, les cadavres ainsi conservés peuvent aussi être utiles à l’instruction d’un procès, à la découverte d’un crime.
Nous distinguons dans l’embaumement deux manières de procéder, comme cela a déjà été dit, l’une ayant pour but de permettre le transport d un cadavre d‘un lieu à un autre, afin que la famille affligée puisse rendre les derniers honneurs au disparu, au sein même de son pays: donc 1 embaumement temporaire.
Supposons qu'une famille apprenne le décès d'un de ses fi Is mort a l’étranger, qu’un de nos grands hommes vienne à disparaître du monde des vivants, ne cherchera-t-on pas par tous les moyens possibles à rapatrier son corps et à l’inhumer dans le pays natal. Un prince, un roi vient a s’éteindre entouré du respect et de l’amour do ses sujets, ne désirera- t-on
pas lui rendre les derniers honneurs, en l’exposant sur un catafalque aux yeux d’un peuple affligé qui tiendra à revoir celui qui fut peut-être pour lui un ami, un chef respecté et vénéré.
L’autre, par contre, permet de conserver indéfiniment les cadavres en empêchant la pourriture d’accomplir son oeuvre. Donc embaumement permanent.
Quelques personnes préconisent l’incinération, comme étant plus naturelle, plus hygiénique que l’inhumation; d'accord, mais les sentiments restent les mêmes; à la place de la pourriture, le feu dévorera l'aimé comme une torche enflammée. Aux personnes sensibles, il ne reste donc que l'embaumement préconisé par tant de doctes savants.
Si les Pharaons, les anciens Égyptiens n’avaient pas conservé, ainsi que les Carthaginois, les Guanches, les Incas, leurs cadavres à l'aide de l’embaumement, que resterait-il de positif après les conquêUs barbares, après les révolutions, pour refaire l’histoire de ces peuples disparus, dont la civilisation, à beaucoup de points de vue, dépassait peut-être la nôtre.
Sans ces pyramides grandioses qui émerveillent le touriste, sans ces sarcophages qui contiennent tant de données positives sur le rituel des morts, la foi, les croyances des peuples, comment reconstituer leur religion* leur histoire et leur vie? Sans ces momies superbes, comment se rendre compte de l'évolution de la race humaine? Que nous reste-t-il des Romains, des Grecs? sinon les monuments parvenus jusqu'à nous et leurs œuvres d'art ou leurs poèmes. Que de choses ignorées, que de questions non élucidées qui pourraient peut-être faire modifier bien des points d'histoire racontés souvent par le héros même. Prenons un exemple très actuel. Sans les découvertes si intéressantes de M. Maspéro, sans les fouilles nombreuses entreprises à Carthage sous l’habile direction de l’infatigable érudit qu'est le Révérend Père Delattre, quels sont les savants, qui eussent pu songer à pénétrer l’histoire de ces peuples rendue si compréhensible grâce aux documents retrouvés dans les sarcophages, soit à Carthage soit en Égypte. Si, comme les peuples d'autrefois, nos ancêtres les Helvètes, les Francs avaient embaumé leurs morts, que n’apprendrions-nous pas? On dira peutêtre, les écrits suffisent.
Non, car les Egyptiens avaient les hiéroglyphes, et aujourd'hui nos savants ne peuvent interpréter certaines terminologies, telles, celles se rapportant à l’encens et à la myrrhe.
Donc au point de vue historique, scientifique et géographique, l'embaumement a son utilité.
Conclusions.
Les analyses chimiques des corps résineux découverts dans les urnes, les sarcophages égyptiens et carthaginois, ont suffisamment prouvé que les Anciens utilisaient pour la conservation des cadavres des substances mélangées provenant, soit d’arbres indigènes, soit d’asphalte ou de baume de Judée, soit de baume tel que le styrax dont les effets sont antiputrides. En s’aidant de la dessication favorisée par le climat, le sol et (pour les Égyptiens du nalron, corps déshydratant par excellence), ils parvenaient à embaumer les corps.
Dans nos pays moins bien partagés pour le climat et le sol, nous devons recourir, comme nous l’avons vu, à des moyens plus énergiques pour conserver les corps.
Il nous paraît pourtant que la méthode dite ancienne, combinée avec la méthode contemporaine, permettrait de conserver les cadavres d’une manière plus durable: aussi nous permettons nous de préconiser ce qui suit :
Le corps destiné à l'embaumement serait injecté dans ses vaisseaux, premièrement avec la liqueur du D1 Parcelly, puis avec celle du D1' professeur Laskowsky, de la manière usuelle ou avec une dissolution à JO0/,, de formai in dans de l'alcool amylique additionné d’éther nitrique, de glycérine et d’essence de térébenthine émulsionnée .Grâce à ces liqueurs, on en a la preuve, la bonne conservation des tissus organiques est assurée. Malgré l'aversion du public pour une autopsie partielle du cadavre, nous croyons que l’extraction des viscères et des intestins ne serait pas superflue.
Elle pourrait éventuellement se faire par l'anus au moyen d un liquide décomposant les parties organiques que l'on désirerait éliminer. Ce lavement serait suivi d’une injection de glycérine, d'alcool amylique contenant du sublimé corrosif, voire même de l’injection «l’un mélange de styrax, de térébenthine de Venise et de baume du Pérou, pour en remplir les cavités.
Mais revenant à la méthode ancienne pour éloigner les mouches, les insectes et les empêcher de déposer leurs œufs sur le corps a conserver, il nous paraît alors utile, après l’avoir bien désinfecté, de 1 enrouler dans des bandes en flanelle, imbibées de glycérine phéniquée. On imprégnerait en outre ces bandelettes d un mélange composé de styrax et de
baume du Pérou, connus par leur pourcentage en acide cinnamique comme antiputrides, par leur odeur aromatique éloignant les insectes, et l'on addi lion lierait ees Imumes de mastic et de térébenthine de Venise, qui sont bon marché, et d'asphalte: ces substances intercepteraient l'humidité en ren dont les tissus plus adhérents. On déposerait en outre dans le cercueil, tout autour du cadavre, des résines pulvérisées propres à absorber l'humidité du sol, voire même du cadavre, telles que l’oliban. la colophane, la myrrhe qui sont d'un prix relativement peu élevé.