VIT
Défaut d'assistance dans les campagnes.
Il vaudrait mieux établir une fabriqne dans un village, a-t-on dit, que d'y fonder un hôpital parce qu’il vaut mieux donner du travail, que des bouillons de pauvre; mais il s'opère dans
l'existence de l’homme, des temps d'arrêt ou k
au moins des époques fatales qui ontfait reconuailre que le travail est à l’âge mür, ce que l'assistance est à la misère et à la vieillesse. Rien ne prouve davantage l'appréhension dont les classes laborieuses se sentent menacées, que le malaise qui les chasse des lieux où elles sont. C'est l’insomnie du malade qui se retourne sur
son lit de douleur.
L'un des motifs qui attirent encore l’ouvrier de la campagne vers les villes, c'est l'espoir en cas de chômage et de maladie d’obtenir l'assistance; c’est l'espoir de ne pas arriver sans ressources au terme de sa carrière, c'est l'espoir de trouver des écoles gratuites, des salles d'asile, des ouvroirs pourses enfants, et souvent pour Jui-même des cours industriels etgratuits. S'il veut se marier, des associations bienfaisantes viennent le solliciter et font les
jrais de la cérémonie, Si la maladie le surprend,
— Ali — l'hôpital le reçoit, la pieuse sœur de charité lui donne ses soins, et il conservera pour les jours de sa convalescence Îles économies de ses journées de labeur. Dans sa vieillesse, il peut devenir pensionnaire d'un hospice, mais c’est à Paris, et Dieu en soit loué, que la bienfaisance déploie surtout ses ressources : Fondations publiques et privées, caisses mutuelles et spéciales, invalides du travail, cachets de soupes, de pains et de viande, caisse de boulangerie, fourneaux économiques, distribution à domicile, hôpitaux, orphelinats, loteries, sociétés mutuelles, bals pour les pauvres, dames de charité, commissions instituées pour supprimer ou faire améliorer les logements insa-
lubres. (”)
()A Lyon, une société de Dames charitables paie une
M. Husson, chef de division à la Préfecture de la Seine, nous apprend dans son ouvrage des consommations de Paris , et nous copions textuellement que : « Les qualités nutritives , la blancheur et la qualité du pain de Paris, en font une nourriture appétissante et pleine de saveur. Vendu par la boulangerie parisienne , il est recherché de toutes les classes de consommateurs. Le pauvre lui-même n’en veut pas d'autre, l'administration municipale qui, chaque année, avait coutume de distribuer aux bureaux de bienfaisance, la farine nécessaire à la confection du pain bis et de bonne qualité, destiné aux indigents , a dû renoncer a cette dotation en nature. Dans les asiles consacrés
aux vieillards et aux infirmes l’administration
mère indigente qui nourrit son enfant, comme si cet enfant était un nourrisson étranger.
lo e— hospitalière fait servir un pain demi-blanc dont se contenterait volontiers un consommateur
aisé. » Îl en est de même pour les prisons. (”
Les petits cultivateurs de nos contrées ne jouissent pas de tant d'avantages ; malgré leurs rudes travaux, leur stricte économie, ils mangent tout au plus une fois par semaine de la viande avec leur pain noir. Le questionnaire officiel et départemental nous apprend que la moyenne de salaire et de dépense pour une famille composée de cinq personnes de manouvricrs des arrondissements de Lille et de Cambrai, est de 819 fr. par an, ce qui fait 45 cen-
times par jour pour chaque individu.
() Les Consommations de Paris, par Amand Husson, chez Guillaumin et Cie ( ch. 2, p. 78).
Mais l'auteur des consommations de Paris ajoute que les habitants des campagnes trouvent dans la pureté de l’air atmosphérique, dans l'exercice modéré de la force musculaire, dans l'habitude des repas réguliers et sobres des éléments très utiles à l'équilibre des fonctions vitales. « Grand merci, dit M. de Lavergne, mais si à ces avantages , ils pouvaient ajouter un peu de viande et de pain demi-blane, cela
n'en vaudrait que mieux ! »
Dans la plus grande partie de nos campagnes, qu'y a-t-il en fait de secours ? Quelques dames compâtissantes qui s'efforcent de donner l'impulsion et dérobent à leurs occupations de chaque jour, de précieux moments pour satisfaire au devoir sacré de l'humanité; le culüivateur qui ne refuse jamais un morceau de pain et un abri au vieux serviteur que l’âge
a forcé d'abandonner la charrue pour prendre
la besace; le bon curé qui doune au pauvre tout ce qui ne lui est pas de la plus indispensable nécessité; le Jeune médecin, rempli de dévoüment et de savoir, et dont la bourse est vide. Mais cette intervention d’une charité privée qui s'exerce souvent de la façon la plus large, peut disparaître avec les personnes dont elle émane et ne constitue ni une organisation régulière, ni une garantie suffisante contre toutes les chances d’infortune qui atteignent les malheu-
reux.
La somme totale affectée par la charité publique et légale au soulagement de la misère, s'élève annuellement à 117,124,650 fr. d0 c.
On estime que près des trois quarts de cette somme, sont employés en secours dans les villes et répartis sur une population deux fois moins considérable que celle des campagnes. I existe
en France 37,000 communes et 9,536 bureaux
de bienfaisance. Les grandes cités en possèdent plusieurs, les villes au moins un; il y a donc plus de 28,000 communes qui sont dépourvues
de ces précieux établissements.
Nous sommes loin de réclamer une égale répartition, nous savons tout ce qu'il y à de respectable et de sacré dans l'intention des donateurs ; nous ferons remarquer seulement que ce point de la question touche encore à l’absentéisme, car ceux qui possèdent à la campagne mais qui habitent les villes, sont naturellement entraînés à exercer leur bienfaisance en faveur de ces dernières. Si parfois il existe dans nos communes rurales, un bureau de secours qui dispose de quelques centaines de francs, on n’y trouve ni une pharmacie gratuite, ni une sœur de charité, ni un toit pour abriter la tête du mourant qui souvent, expire dans une cabane
isolée au milieu d’un désert de boue.
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Les habitants de nos campagnes ignorent sans doute cet adage latin : Ubr benè, ibi patria, mais ils en ont le sentiment; ils ignorent les détails des articles de nos codes, mais ils savent qu'on est secouru plutôt à la ville qu’à la campagne. Une loi du 24 vendémiaire an I, déclare que le séjour d’un an dans une commune suffit à tout citoyen majeur pour y acquérir le domicile de secours. Cette loi n’a Jamais pu être mise à exécution dans les campagnes, et l’on ne doit pas s'étonner que dans l'espoir de trouver le travail et l’assistance dans le besoin, les ouvriers se dirigent à flots vers les grandes villes, comme le fleuve
s'écouie sur la pente de son lit.
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+ CA Régime commercial applique à l'agriculture.