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Régime commercial appliqué à l’agriculture.
De nouvelles causes viennent s'ajouter encore à celles que nous avons déjà indiquées. On ne saurait se livrer à des opérations dont la conséquence serait la ruime, et le cultivateur qui cal-
cule, ne sème que s'il a l'espoir de recueillir. Or
pa
il n’a ni protection pour son industrie, ni crédit pour son négoce, n1 moyens d'instruction professionnelle pour arriver au progrès et, par suite, son bénéfice restreint ne lui permet pas de mettre un prix assez élevé au salaire. Donc les ouvriers s’éloignent de lui et le délaissent. Il n’a pas de protection pour son mdustrie, et cependant comme toute société doit disposer des éléments indispensables au maintien de la sécurité des citoyens, d'une armée pour défendre son territoire, elle doit posséder également les moyens légaux de sauvegarder ses intérêts industriels et commerciaux. Le prix de revient de chaque production, y compris les frais de transport, n'étant pas le même dans tous les pays, on a dû créer et l’on doit respecter le système qui a pour but de laisser un bénéfice légitime au producteur national, tout en l’excitant à produire le plus abondamment et à
vendre le moms chèrement possible.
C'est l’ensemble de ces dispositions que lon
nomme le régime protecteur et l'équilibre doit en être maintenu entre toutes les mdustries, car toutes subissent l’influence de l’agriculture; elles grandissent ou périclitent avec elle. Prétendre les développer isolément, c’est vouloir élever un édifice et le raffermir sans en augmenter les fondations. Les faits viennent chaque jour confirmer cette maxime que læ prospérité manufacturière et commerciale d’un pays lorsqu'elle n’a pas lagricultüre pour soutien, est un corps monté sur des échasses et que la moindre commotion renverse. Voilà l’explication de ces paroles si souvent répétées en France : Le commerce ne va pas. W ne va pas parce que l’agriculture souffre et qu’à des époques périodiques , 11 y à pour le commerce et les mannfactures, 25 millions de consommateurs, qui font défaut sur le marché... Or, au pomtdevue du régime protecteur les intérêts de l’agriculture sont complètement à déconvert; les deux grandes productions nationales , le blé et la
viande ne possèdent plus pour lesprotéger, que
des droits fictifs; on s'occupe en ce moment de faire disparaître toute protection sur noslins. Les tourteaux si recherchés par nos agriculteurs du Nord, peuvent franchir la frontièreen soldant un droit illusoire et, par contre, les huiles étrangères peuvent entrer presque sans rétribution ; d’un autre côté , nos sucres supportent des droits énormes dans l’intérêt du fisc. Le guano est soumis à des droits différentiels, ce qui en a réduit en France, l'importation à 6,000 tonnes, lorsqu’en Angleterre elle a été de 80,000 et de 430,000 en Amérique. De cette façon, l'Agriculture est complètement livrée aujourd'hui aux ravages qu’exercent les libre-échangistes qui ne lui laissent jusqu'à présent, que le mauvais côté de leur système. Est-ce une manœuvre de leur part, dans l'espoir de séparer un jour en France, l'élément agricole de l'élément manufacturier, et d'augmenter ainsi les rangs de leur croisade anti-nationale ; nous sommes certains que l’agriculture ne deviendra jamais la complice de doctrines qui complète-
raient sa ruine.
Cependant le maintien du décret qui suspend les bons effets de l'échelle mobile , lorsque nos grains sont abondants et à vil prix, est venu, en quelque sorte, briser le dernier lien qui attachait l’homme au travail de la terre. Cette disposition nous remet en mémoire, l'acte d’un des gouvernements déchus, invitant les propriétaires de la capitale, à susprendre toute poursuite contre leurs locataires qui se déclaraient, par écrit, dans l’impossibilité de payer leurs termes, et en regard de cette mesure si favorable aux locataires , engageant par une circulaire énergique ses agents, à faire rentrer dans les caisses de PEtat, un impôt extraordinaire. Comment les propriétaires pouvaient-ils payer leurs contributions ordinaires et extraordinaires, si les locataires ne payaient pas
leurs loyers ?
Comment nos cultivateurs pourront-ils acquit-
ter leurs impôts et leurs assurances, satisfaire
aux charges nombreuses qui les accablent, s'ils sont forcés de renoncer à la culture de leur produit le plus important ou de lutter avec létraner en perdant du prix de revient au prix de vente, le quart au moins de la valeur de leur
marchandise ?
Comment pourront-ils lutter, S'il ne leur est accordé aucun allégement , aucune diminution d'impôts, si leurs chemins restent impraticables, si les bras sont de plus en plus rares, sila mand'œuvre est très élevée , s'ils doivent aussi payer très cher ce qu'ils achètent et vendre très bon marché ce qu'ils produisent, tandis que leurs heureux concurrents sont affranchis de toutes charges, ne payent aucun impot, ne participent
en rien aux embellissements de notre pays ?
L'application des principes de l'échelle mobile,
remédiat en partie à cet inconvénient , son mé-
canisme rétablissait l'équilibre entre lintérèt des consommateurs et ceux des producteurs. Les bons comptes faisaient les bons amis. Le mainüen dece principe en établissantle tarif sur chaque année au lieu de chaque mois, eût satisfait à tous les besoms. Mais la suppression du principe, amène une nouvelle cause d’émigration au moment où, de toutes parts, on s'inquiète de l'épuisement et du dépeuplement de nos cam-
pagnes ?
Peut-on objecter à l'appui de la suppression de Péchelle mobile, que le sol français n’est ni assez riche ni assez fécond, ni assez étendu pour nourrir ses nombreux enfants, ou bien encore que c'est l'intelligence et l'aptitude qui nous manquent ? Non, voici la vérité à ce sujet : La production du blé qui, en 1815 , après de longues querres était de 39,460,971 hectolitres: s'est suc-
cessivement accrue ; en 1829, elle était de
TC ee 64,285,521 hectolitres; en 1847, de 97,611,140 hectolitres. (*) Iei se trouve le dernier chiffre , faute de documents certains, mais depuis dix années la production doitavoirdépassé de beaucoup 100,000,000 d'hectolitres.
La population de la France, en 1815, était de 30,000,000 d’âmes; en 1859, elleest de36,000,000 La population n’a donc pas augmenté d’un ein-
quième : les revenus de la terre ont quadruplé.
Les bienfaits d’une longue paix , la sagesse de la loi avaient engagéle cultivateur à se livreraux rogrès d'une culture à la fois intensive et extensive. [Il à défriché ses bois et redoublé
d'efforts (”),mais la loi disparait, le sol manque
(*) Maurice Bloch : Recueil, charges de lAgriculture en Europe.
(")Notre moyenne en produits, n’est encore que de 14
AVE sous ses pas; la route devient périlleuse, on le jette dans l'inconnu; il hésite, 1l évite les dépenses les plus utiles, repousse toute idée d'amélioration et renonce bientôt à une culture qui ne lui présenterait que des chances de perte. L’excessif bon marché amènera pour conséquence infaillible lexcessive cherté. Il est facile de démontrer cependant que le principe de Péchelle mobile a donné raison à noslégislateurs. Quarante années de prospérité ont tracé son passage jusqu'à nous et si quelques Jours désastreux sont venus assombrir la situation, la production augmentait, et la movenne des prix de nos céréales, a satisfait à tous les besoins. L'histoire elle-même
vient plaider en faveur du maintien de ce prin-
hectolitres de blé par hectare; celle des Anglais de 22; celle des Américains de 40. Nous avons de la marge par la culture intensiveet nos 8 millions d'hectares de terre inculte,
cipe. Vers la fin du XVIIe siècle, on comprima l'essor de l’agriculture par mille entraves. On tenta des essais, et le laboureur ne recevant plus le légitime tribut de son travail, quitta l’atelier agricole et déserta vers la ville ; l’agriculture dé-
périt abandonnée, et la disette en fut le résultat.
On avait Versailles étincelant de splendeur et les terres du Royaume en friche. Les grandes villes étaient dévorées par le luxe et les paysans mangealent de lherbe dans les campagnes, ou
mouraent de faim dans leurs chaumières. ()
Nous sommes assurés qu'un gouvernement
éclairé n'exposera pas la nation à de tels dangers
(°) Vauban, Saint-Simon.
et que nous reverrons fonctionner bientôt par le rétablissement de l'échelle mobile, un système qui contient en lui-même des garanties si utiles à la tranquillité et au bien-être de l’industrie et
de Pagriculture françaises,
Si le mal n'était arrêté, notre nation en un jour d’infortune, aurait à subir les conséquences inévitables de ces dispositions auxquelles les praticiens et les principaux intéressés ne prennent aucune part. [ls doivent s'en mquiéter beaucoup, mais ne peuvent S'en mêler en rien. C'est sur leurs épaules que se jouent les parties d’expérlences, de mécomptes et de mésaventures dont ils sont victimes parce qu’un décret peut, d’un jour à Pautre, venir leur apprendre qu'ils sont incendiés par les doctrines de ces esprits ardents qui pensent que toute innovation est un progrès, tout changement une amélioration ; mais en
attendant, comme les garanties n'existent plus,
que l'argent n’a pas d’entrailles, qu'il est craintif et soupçonneux, 1l déserte les campagnes et l’ouvrier s’empresse de le suivre, car le capital
seul peut fournir le travail et lesmoyens d'exister.