HISTORIQUE
Emphysème (è|/.<puG7)|x.a, de s^çucav sou filer dedans, de év dans, <puca souffle. — Allem., Emphysem. — Ital. etesp., emfisema. — Lat., inflatio, tumor (laluosus ou flatulentus , pneumatosis de Galien ; boursouflure, d’Ambroise Paré; apostème venteux), etc., etc.
Les auteurs s’accordent généralement pour faire honneur à Ambroise Paré de la découverte de l’emphysème. Cependant si l’on remonte un peu plus haut dans l’histoire de l’art, on trouve l’emphysème indiqué dans les écrits de Galien : voici comment s’exprime le célèbre médecin de Pergame : « Emphysemata non solum « fiunt sub cute in membrana cellulosa, sed etiam » quandoque subperiosteis, autem etiam iis membranis » quæ musculos ambiunt, viscusque aliquod. »
Il faut ensuite arriver au xvie siècle, pour trouver dans les ouvrages d’Aetius ( 1 53/i , tetra iv , sermo 111, ch. n) quelques indications nouvelles sur ce phénomène. Cet auteur distingue l’emphysème de la tympanitc, décrit l’emphysème des muscles et celui du tissu cellulaire Êous-périostique ; il parle même des difficultés de l’absorption du gaz épanché lorsqu’il se trouve bridé par des membranes fibreuses.
En 1538, Pauld’Égine parle aussi de l’emphysème, et il indique très nettement la percussion comme moyen de le reconnaître.
En 1 560 , Ambroise Paré décrit l’emphysème à la suite des fractures de côtes, et mentionne un cas de cette complication après une plaie de la trachée.
En 1599, Fabrice de Hilden consacre un passage de son ouvrage à l’étude de ce phénomène, et rapporte plusieurs observations d’emphysème artificiel produit dans le but de simuler des maladies.
En 1654, Thomas Bartholin donne peut-être la première observation d’emphysème compliquant les plaies de poitrine ; il discute même le mécanisme de la production du phénomène dans ces conditions spéciales (Jlist. lxxxix, cent. yi). Le même auteur (Hist. xii, cent, y) parle de l’emphysème à la suite d’une blessure du cou.
Au commencement du xvme siècle (1713), Littré et Méry rapportent les premiers faits d’emphysèmes généralisés.
Quelques années plus tard, Jean-Louis Petit (1723) formula très nettement le mécanisme de la production de l’emphysème qui succède aux plaies de poitrine.
Nous trouvons dans la collection des thèses de Haller (année 1733, t. Ier, p. 69) une dissertation sur l’emphysème traumatique, par le docteur Pusch. Ce travail ne renferme aucun fait nouveau.
En 1750, Lamolte, à l'occasion de réflexions sur une blessure de poitrine, déclaré que l’emphysème ne peut se développer qu’après la lésion du poumon, et il in-
clique comme une condition importante de la production du phénomène, le défaut du parallélisme entre les deux orifices de la plaie thoracique.
En 1757, William limiter fait les premières tentatives de traitement et préconise les incisions multiples.
Le journal de Vandermonde (année 1760) contient une observation très singulière d’emphysème, que nous reproduirons complètement.
En 1761, Morgngni publie la première observation d’emphysème à la suite d’une plaie de l’intestin.
En 1767, Hewson, s’appuyant sur de fausses données physiologiques, préconise l’ouverture de la poitrine pour arrêter les progrès de l’emphysème. Pour Hewson, la mort survient parce qu’il existe en même temps un pneumothorax qui tend à comprimer, à aplatir le poumon.
Les Commentaires de Leipzick (année 1770) renferment plusieurs observations fort intéressantes.
En 1791, dans leur ' Traité des maladies de la poitrine et de V abdomen , Desault et Chopart parlent de l’emphysème à la suite des blessures de l’intestin. Quant à l’emphysème du thorax, il faut, disent-ils, le traiter exactement comme les épanchements sanguins, c’est-àdire par l’ouverture de la poitrine.
À partir du commencement de ce siècle, tous les ouvrages classiques renferment des articles peu complets relatifs à l’emphysème traumatique.
En 1810, dans son Traité des maladies chirurgicales, Loyer, fidèle à la doctrine de Hewson, indique très nettement l’incision de la paroi thoracique, comme un
bon moyen de remédier aux emphysèmes très étendus.
En 18] 5, bon article de Breschet sur l’emphysème traumatique, dans le Dictionnaire en 60 volumes.
En 1816, Delpech ( Maladies chirurgicales) nie la possibilité de la formation de l’emphysème dans le cas de plaie de la poitrine sans pénétration.
Quant à l’emphysème de la paroi abdominale, il le regarde comme du constamment à la sortie de gaz intestinaux, et non à l’introduction de l’air extérieur.
En 1820, Larrey (Mémoires de chirurgie militaire) nous fait ♦connaître plusieurs observations très belles d’emphysème traumatique. Il insiste sur l’utilité de l’emploi des ventouses scarifiées, employées dans le but d’activer la sortie de l’air.
En 1829, M. Velpeau (Médecine opératoire) indique pour la première fois une nouvelle espèce d’emphysème, celui qui vient compliquer les fractures des membres.
En 1831, article de Bégin dans le Dictionnaire en 15 volumes.
En 1832, Dupuytren (De V emphysème traumatique , dans Clinique chirurgicale t. Il) rapporte plusieurs observations de plaies de poitrine compliquées d’emphvsème , et mentionne quelques faits de plaies des sinus qui ont été suivies de cette complication.
11 attire l’attention sur l’emphysème des médiastins à la suite des blessures du thorax, et considère cet accident comme nécessairement mortel. — Les incisions de la peau lui paraissent un moyen thérapeutique peu efficace.
Ei\ 1836, nous trouvons sur cette question un bon article de Murat , dans le Dictionnaire en 30 volumes.
En 18 42, M. Malgaigne ( Bulletin de thérapeutique , Du traitement des grands emphysèmes ) attaque la théorie de Hewson , et rejette complètement le moyen thérapeutique qui en découle, l’ouverture de la poitrine.
En 1845, M. Malgaigne ( Sur la nature et la gravité de l'emphysème traumatique, Revue médico -chirurgicale, t. 111) publie une observation fort remarquable d’emphysème consécutif à une fracture des membres. Pour la première fois, le gaz a été analysé, et l’on a constaté la présence de l’hydrogène carboné.
Nous mentionnerons l’article Emphysème du Compendium de chirurgie ( Compendium de chirurgie , Denonvilliers et Gosselin), et celui que renferme l’ouvrage de M. le professeur Nélaton.
En 1855, trois thèses ont été soutenues sur l’emphysème traumatique, par MM.Poupelard, Bourreau(thèses de Paris) et Couquet (thèse de Montpellier). Nous attirerons principalement l'attention sur le travail de M. Bourreau, dans lequel se trouvent reproduites très fidèlement les idées de M. le professeur Velpeau, sur la production des gaz à la suite des fractures graves des membres.
Enfin on trouvera de bons renseignements sur la pathogénie de l’emphysème traumatique, dans les Traités d'anatomie chirurgicale de M. Richet (Paris, 1857*59), et Malgaigne (Paris, 1859, 2e édition).