‹ De l'emphysème traumatiqueChapitre 4 sur 8 · ENVISAGÉ DANS LUS DIFFÉRENTES RÉGIONS · texte numérisé non relu

ENVISAGÉ DANS LUS DIFFÉRENTES RÉGIONS

Le plus souvent, lorsque l’on constate l’emphysème clans un point quelconque du corps humain, ce symptôme est l’indice de la lésion d’un organe qui normalement renferme des gaz. Il en résulte des indications pour le diagnostic, le pronostic et la thérapeutique; indications qui varieront certainement, suivant que l’emphysème se montrera dans telle ou telle région du corps. Nous étudierons successivement : 1° l’emphysème de la tête ; 2° l’emphysème du cou ; 3° l’emphysème du thorax; 4° l’emphysème de l’abdomen et du bassin; 5° les emphysèmes généralisés; 6f' l’emphysème spontané traumatique des membres.

1° Emphysème de la tête.

L’emphysème limité à la tête se trouve nettement indiqué dans les Commentaires de Leipzick , 1779, vol. XXIII, p. 285. Mackensie et Dupuytren en ont publié d’excellentes observations; M. Desmarres a consacré un Mémoire spécial à l’emphysème des paupières. Enfin on en retrouve un certain nombre de faits dans différents recueils scienlifiques.

On peut diviser l’emphysème de la tête suivant qu’il

occupe le crâne ou la face; c’est, dans la grande majorité des cas, sur cette dernière que se montre l’infiltration. L’emphysème de la face sera le résultat, soit de la communication des cavités aériennes avec les tissus environnants, soit de la propagation d’un emphysème général. 11 s’observe surtout dans les paupières, à la joue, dans la région temporale ; son résultat le plus évident est la défiguration. L’ouverture des paupières devient presque impossible, et le malade se trouve momentanément privé de l’exercice de la vision. L’emphysème de la face complique les fractures des os du nez, de l’unguis, des sinus frontaux et maxillaires; il survient à la suite des déchirures de la pituitaire, à la suite des plaies et ruptures de l’appareil lacrymal ; il est quelquefois le résultat de la perforation de la muqueuse buccale. Sur 1 h observations, nous trouvons 7 fracturesdes os du nez, 3 des sinus frontaux, 2 ruptures du sac lacrymal, une plaie du canal nasal, une plaie de la muqueuse buccale.

L’infiltration se produit toujours à l’occasion d’un effort pour se moucher, et ceci est si vrai que, lorsqu’on hésite sur l’existence d’une fracture des os de la face, il est d’usage, en clinique, d’engager le malade à souffler fortement, en même temps qu’on empêche la sortie de l’air par la bouche et par le nez. Le phéno* mène se produit-il, il y a lésion ; il reste alors à diagnostiquer la cause, c’est-à-dire à spécifier le siège de la fracture.

Dans les cas de plaies, de contusions, ayant laissé des traces, on peut supposer immédiatement le point

blessé; d’autres fois le siège exact de la tumeur gazeuse, l’endroit où elle se gonfle pendant l’expiration forcée, le point où elle semble se réduire, sont autant d’éléments de diagnostic. On sait que Dupuytren a insisté, avec raison, sur l’écoulement de sang par la narine, comme indice des fractures des os du nez avec déchirure de la pituitaire.

L’emphysème de la face est une complication de peu d’importance; c’est un élément de diagnostic; mais quand les autres signes sont évidents, il est au moins inutile de produire l’infiltration par les moyens que nous indiquions plus haut.

Le traitement consistera toujours à empêcher le malade de faire des efforts, et, à l’occasion, il sera bon de lui indiquer l’endroit où une simple compression digitale suffirait pour mettre obstacle à l’issue du gaz. Quelques topiques, une légère compression, au plus deux ou trois mouchetures, suffisent le plus souvent; du reste la plaie se ferme vite et l’accident n’a pas de durée.

Chacun sait que l’application d’une canule, dans le traitement de la fistule lacrymale, est quelquefois suivie d’un léger emphysème; il y a évidemment eu, dans ces cas, une certaine imperfection de la manœuvre.

La région de l’apophyse mastoïde, dépendance de l’oreille moyenne, peut être le siège de l’emphysème, par suite de la lésion des cellules mastoïdiennes. On trouve dans Àstruc un fait qui démontre la possibilité d’un pareil accident. J’ai lu autrefois une observation qu’il m’a été impossible de retrouver : c’était un em-

physème survenu derrière l’oreille d’un jeune garçon qui, en tombant, s’était fracturé l’apophyse mastoïde.

L’emphysème peut s’observer comme symptôme de quelques fractures du crâne. Le fait suivant, dû à M. Laugier, outre l’intérêt qui se rattache au mécanisme de la fracture, se prête à des considérations qui ont trait à notre sujet. L’auteur fait remarquer que l’emphysème aurait pu le guider pour supposer ie siège de la lésion et l’encourager à pratiquer une opération importante, le trépan. On lira avec profit les réflexions qui accompagnent l’observation.

Obs. V. — Fracture du coronal, à la base du crâne , par contrecoup. — Emphysème du coté droit du front et de la tempe droite. — Abcès et ramollissement du lobe antérieur droit du cerveau. — Mort (1). (Salle Beaujon, U\).

Le 31 mai, un blessé, Blatt Hubert, âgé de trente-six ans, maçon, arrive pendant la visite; il vient de recevoir sur la tète, à l’union du frontal avec les deux pariétaux, par conséquent sur la ligne médiane, un moellon tombé de quinze pieds de haut; sur le coup, il s’est affaissé sur lui-méme, il n’est point tombé à la renverse, ni en avant ; et s’il a perdu connaissance, il fa recouvrée déjà lorsqu’on l’apporte à l’hôpital.

Une plaie contuse, arrondie, existe au lieu frappé, elle intéresse les téguments dans toute leur épaisseur, et saigne peu.

Du sang sort abondamment par le nez ; il n’en sort pas par les oreiles ; il existe au-dessus de la racine du nez une sorte d’enfoncement qui fait soupçonner une fracture des sinus frontaux. On sent d’ailleurs dans les environs et presque vers la tempe droite de la crépitation due à une très petite quantité d’air répan-

(1) Bulletin chirurgical , t. f, p. 56 etsuiv.

hl

due dans le tissu cellulaire. Aux deux angles internes des v?ux et à la partie interne des paupières supérieures , il existe à i*n égal degré, de chaque côté, une ecchymose qui paraît venir de l’orbite, et occupe de dedans en dehors environ le tiers de chacune de ces paupières. La sensibilité est entière à droite et à gauche; le malade, Allemand de naissance, se plaint d’être tourmenté par nos recherches. J’annonce une fracture de la hase du crâne, intéressant l’os frontal le long de la partie interne des voûtes orbitaires, l’ethmoïde et probablement les sinus frontaux. Je soupçonne une contusion cérébrale de la partie interne, des lobes antérieurs du cerveau. (Infusion de tilleul, deux saignées de deux palettes chacune, une le matin, l’autre le soir).

1er juin, une seule saignée a été pratiquée. Le malade est mieux et peut se mettre sur son séant, l’ecchymose des paupières s’est un peu étendue, à peine trouve-t-on quelques traces de l’emphysème signalé hier, et c’est au niveau des sinus frontaux.

Le malade meurt le 3 juillet.

Autopsie. — Le frontal est divisé par une fracture, suivant la direction de la suture qui unit chez quelques sujets, toute la vie, ses deux moitiés latérales.

La fracture pénètre dans les sinus frontaux, où se trouve une petite esquille libre, elle s’étend aussi sur le coronal, le long des masses de l’elhmoïde; là, une très petite quantité de pus se rencontre entre le côté droit de l’apophyse crista-galii et la dure-mère. L’extrémité du lobe antérieur droit est ramollie dans l’espace de près d’un pouce carré. Un foyer purulent d’une capacité à contenir un haricot existe dans l’épaisseur de la partie ramollie, en contact avec la substance grise ; l’arachnoïde n’est que faiblement injectée, présente quelques points opaques, mais ces traces d’irritation ne sont pas plus apparentes aux environs de la cérébrite.

Les autres organes n’offrent aucune lésion sensible

En relisant l’observation je vérifie une circonstance qui probablement ne m’aurait pas décidé à appliquer le trépan, mais qui cependant a bien quelque valeur dans la détermination de sa convenance. J’ai noté qu’un léger emphysème traumatique existait au

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dessus du sourcil droit et s’étendait vers la tempe droite. C’est cet indice qui m’a fait déclarer d’une manière positive qu’il y avait fracture des sinus frontaux, le nez n’ayant lui-même été soumis à aucune violence directe, et ses os propres étant parfaitement intacts; l’emphysème existait d’ailleurs au front et non pas à la paupière. Jusqu’à quel point cette circonstance n’aurait-elle pas dû me faire reconnaître que le côté droit de la base du front avait reçu un choc par contre-coup plus violent que le gauche, et qu’un rapport semblable devait exister entre les deux côtés du cerveau ? Il est de fait que le côté droit du cerveau a été le plus violemment ébranlé, c’est de ce côté qu’un abcès s’est formé.

Si j’avais suivi cet indice pour ouvrir le sinus frontal correspondant, perforer sa table interne, ouvrir la dure-mère et l’abcès du cerveau, j’aurais agi avec une sûreté qui aurait trouvé sa justification dans le fait tel qu’il s’est offert à mon observation. Et je puis, à la rigueur regretter de ne l’avoir pas fait; mais au moment d’agir qui pouvait me garantir que rien de semblable n’existait du côté opposé? L’incertitude de cette dernière circonstance était-elle une raison suffisante pour s’abstenir; j’abandonnerai cette solution à la réflexion du lecteur.

Mais si l’existence de l’emphysème du front, en me donnant la preuve d’une plus grande violence exercée au côté droit de la base du crâne, m’autorisait à appliquer le trépan, il faudrait donc admettre qu’il est d’autre indication rationnelle d’agir qu’une paralysie partielle du mouvement. Je ne fais aucun doute que l’application du trépan dans le cas que je viens de rapporter n’eût passé pour un acte de témérité, et cependant il est prouvé par le fait qu’une ou deux couronnes de trépan eussent été suflisantes pour donner issue à tout ce qui s’était formé d’étranger à la substance cérébrale.

Nous avons dit que les lésions de la muqueuse buccale pouvaient s’accompagner d’un emphysème de la face; les observations suivantes ont trait à ce genre de lésions.

Obs. VI. — Emphysème de la joue survenant pendant un repas.

Guérison au bout de deux jours (1).

Un homme jouissant d’une bonne santé, était assis tranquillement auprès de sa table et dînait en famille; il ne fit aucun mouvement subit, ni aucun effort pour avaler les aliments. Tout à coup il sentit, en mangeant, une certaine roideur dans la mâchoire du côté gauche, mais elle était trop légère pour qu’il y fît aucune attention sérieuse et qu’il en parlât à sa famille, au milieu de laquelle il se trouvait. Cependant son fils lui ayant dit qu’il avait la joue très gonflée, il porta la main et sentit une grosse tumeur du volume d’une orange de moyenne grosseur; mais il n’éprouvait ni douleur, ni incommodité d’aucune espèce. Le docteur qu’on appela aussitôt, trouva que la tumeur avait déjà acquis un volume considérable; elle était située exactement au-dessus de l’angle de la mâchoire supérieure du côté gauche. La température de la partie n’était point augmentée ; sa couleur n’était pas changée. Le gonflement était très sensible à la pression et présentait nu toucher tous les signes d’une tumeur emphysémateuse'; les bords étaient bien tranchés. On appliqua fréquemment une lotion froide de inuriate d’ammoniaque, de vinaigre et d’eau pendant le jour, et après vingt-quatre heures, la tumeur avait complètement disparu. Le malade conserva pendant quelques jours un peu de roideur dans la mâchoire.

Obs. VIL — Emphysème de la face et du cou , par lésion de la muqueuse buccale (2).

En 18Zi7, un homme, condamné à vingt ans de travaux forcés, se présente à notre visite avec une tuméfaction de la face et du cou si considérable, que nous fûmes quelques instants à nous rendre compte de son état. La crépitation caractéristique ne nous ayant

(1) London medical Journal . Juin 1833.

(2) Thèse de Couquet ; 1855, Montpellier, n° 25.

POLBF.AU.

laissé aucun doute sur la nature de la lésion, nous demandâmes des renseignements, que le simulateur désappointé nous donna sans trop de regret. Un chalumeau de paille avait été introduit obliquement sous la muqueuse, en dedans de la commissure labiale, et un camarade complaisant avait pratiqué l’insufflation. Mais, le chalumeau retiré, l’air insufflé s’échappait peu à peu ; alors notre homme lit lui-même des efforts d’insufflation en fermant les narines et la bouche, et parvint ainsi, à plusieurs reprises, à donner à son emphysème une étendue considérable.

2° Emphysème du cou

L’infiltration gazeuse, outre qu’elle peut faire partie d’un emphysème général, reconnaît pour cause les lésions de la trachée, du larynx, du pharynx même; on l’observe aussi comme un des symptômes de la rupture du poumon et de l’emphysème des médiastins. Ambroise Paré a peut-être observé le premier fait d’un emphysème du cou, à la suite d’une plaie de la trachée.

Obs. VIII. — Emphysème consécutif à une plaie de la trachée (1).

L’an mil cinq cens septante-quatre, le premier iour de may, •' François Brege, pâtissier de monseigneur de Guise, fut blessé à la Jeinuille d’un coup d’espée à la gorge, coupant une partie de la trachée-artère et l’une des veines iügulaires, dont s’ensuivit grand flux de sang et un chiflemenl par la dite trachée-artère. La plaie fusl cousue, et appliqué remèdes astringens : et tost après, lèvent qui sortait de la playe s’introduit entre le pannicule charneux et l’espace des muscles, non seulement de la gorge, mais aussi de tout le corps (comme un mouton qu’on a soufflé pour l’écorcher),

(1) Œuvres d’Ambroise Paré . Édition de Malgaigne, t. II, p. 91.

•ne pouvant aucunement parler. La face était tellement enflée, qu’on ne voyait apparence de nez, ny des yeux. Voyant tels accidents, tous le > assistants jugèrent que ledit Brege avait plus besoin d’un preslre que de chirurgien : et partant, l’extrême onction lu y fut administrée. Le lendemain, monseigneur de Guise commanda à maistre Jean le Jeune, son chirurgien ordinaire, aller voirie dit Brege, accompagné de monsieur Bugo, médecin célèbre de madame la douairière de Guise, ensemble Jacques Girardin, maistre barbier, chirurgien au lieu de Jeiuuille, lesquels l’ayans veu, le dit médecin fust d’advis le laisser, n’espérant aucune guarison, et ne trouvait le pouls des artères aucunement battre pour la grande enflure du cuir.

Ledit le Jeune, ne voulant laisser le malade sans luy faire quelque chose, et comme hardy opérateur, pour la bonne expérience qu’il a eu d’un vif esprit, fut d’advis d’user d’un extrême remède, qui fut lui faire plusieurs scarifications assez profondes, par lesquelles le sang et ventosités furent vacuées. Enfin le dit pâtissier recouvra la parole et la veüe, et fust quelque temps après du tout guari par la grâce de Dieu, et est encore vivant, faisant service à monseigneur de Guise de son étal de pâtissier.

Desault (1.) cite un cas observé par Morel; il est question d’un emphysème de la partie gauche du cou : c’était un fleuret qui avait perforé le pharynx en pénétrant par la narine.

Palfiià ( Opérations chirurgicales , part. 1, chap. 27) relate un emphysème du cou survenu à la suite de la perforation de la trachée par une balle.

M. Malgaigne, dans son Mémoire sur les grands emphysèmes , rapporte l’observation d’une infiltration survenue chez un épileptique qui avait avalé des épingles.

(1) Desault, t. I, p. 61.

Les contusions de cette région peuvent avoir pour résultat, soit des fractures, soit des déchirures du conduit laryngo-trachéal , et par suite des emphysèmes. Ces faits sont peu communs, aussi n’hésitons-nous pas à reproduire les trois suivants :

Obs. IX. — Chute dans un escalier. — Fractures multiples des cartilages du larynx. • — Déchirure de la muqueuse. — Emphysème. — Mort (1).

cordonnier, âgé de quarante-huit ans, est entré à l’Hôtel- Dieu, le 20 novembre 1858, dans la salle Sainte-Marthe, n° 27 (service de M. le professeur Laugier).

C'est un homme très robuste, qui n’a jamais eu d’autre infirmité qu’une augmentation de volume du cou, due à un goitre au premier degré.

Hier soir, à neuf heures, il a fait, étant pris de vin, une chute dans un escalier, et il a roulé du deuxième au premier étage. Il est survenu immédiatement une oppression assez considérable, qui a augmenté d’heure en heure, et le malade, après avoir reçu les premiers soins d’un médecin, a été amené à l’Hôtel- Dieu à deux heures et demie du matin. Il est venu à pied; sa marche est lente, la tète renversée en arrière, les yeux pleins d’anxiété; la bouche, ouverte, semble rechercher l’air, comme l’œil d’un amaurotique recherche la lumière; la face est pâle, les lèvres un peu cyanosées. Le corps est couvert d’une sueur froide, le pouls fréquent et un peu fort. La respiration est stertoreuse et sifflante, et, bien que l’inspiration soit plus difficile que l’expiration, elle cause moins de douleur au malade. La voix est aphone, quoique les sons soient articulés; l’oppression augmente au moindre effort pour parler. Le cou est volumineux, et il est facile de constater un épanchement d’air dans le tissu cellulaire. Il existe, dans la région sus- hyoïdienne, une plaie qui ne laisse écouler qu’une pe-

(1) Cavasse. Thèse de Paris, 1859.

tite quantité de sang. Le doigt, introduit dans la gorge, ne révèle aucune lésion.

Le malade n’a pas voulu rester à l'hôpital, et l’on a dû se contenter de panser la plaie avec du diachylon, après l’avoir prévenu de la gravité de sa position.

A huit heures du matin, il est revenu, parce que l’oppression était plus pénible; il présentait les mêmes symptômes que pendant la nuit : nous l’avons trouvé assis sur son lit; le cou n’avait pas sensiblement augmenté de volume. L’emphysème est profond et n’existe pas dans le tissu cellulaire sous-cutané; il ne dépasse pas, sur les côtés, les bords postérieurs des sterno* mastoïdiens, et s’arrête en bas au sternum, en haut au maxillaire inférieur. A la surface de la plaie, on voit quelques bulles d’air soulever les liquides, mais ces bulles sont rares, et il faut, pour les constater, apporter à cet examen une grande attention.

La plaie, dans la région sus-hyoïdienne, est oblique en bas et de droite à gauche; elle commence, à droite, à trois travers de doigt de la symphyse du menton et finit à gauche, vers le milieu de l’os hy< ïde. En haut, le maxillaire est complètement dénudé; en bas, la plaie est assez profonde pour que le ventre antérieur du digastrique droit et la moitié du digastrique à gauche soient à nu. On ne trouve pas de communication apparente avec la bouche ou avec le larynx. Expectoration peu fréquente de crachats sanguinolents et spumeux ; déglutition douloureuse; pouls fort et fréquent. (Tilleul, sangsues.) A onze heures, le malade meurt brusquement, avant qu’on ait eu le temps d’appeler l’interne de garde.

Autopsie , quarante heures apres la mort. — La dissection de la région laryngienne montre, outre l’emphysème déjà constaté : 1° un épanchement de sang tout autour du larynx; 2° une fracture verticale du cartilage thyroïde ossifié , siégeant sur la ligne médiane et le séparant en deux parties symétriques, mobiles l’une sur l’autre ; 3° une déchirure de 2 millimètres de diamètre de la membrane crico-lhyroïdienne ; t\° une fracture verticale et dentelée sur le côté droit du cartilage cricoïde, à 8 millimètres de la ligne

médiane; 5° une fracture, à sa base, de la corne supérieure droite du cartilage thyroïde; 6° une déchirure des ligaments de l’articulation crico-thyrôïdienne droite ; 7° une fracture de la grande corne de l’os hyoïde droit; 8° le larynx étant ouvert, une fracture articulaire et une luxation du cartilage aryténoïde droit, et une déchirure de la muqueuse de 3 millimètres d’étendue, au niveau même de la fracture de l’aryténoïde, un peu au-dessous des cordes vocales droites, qui ont une grande mobilité et sont déjetées vers l’axe du larynx ; 9e un épanchement eccbymotique dans tout le tissu cellulaire sous-muqueux, peu prononcé dans les replis aryténoépiglottiques.

L’épanchement d’air s’était fait par la plaie de la muqueuse; il s’étendait jusque dans les médiastins, mais il n’était pas assez abondant pour déterminer l’asphxxie. Les poumons étaient congestionnés, ainsi que le cerveau.

Obs. X. — Observation sur un emphysème général , par J. -J. Canin, chirurgien principal des armées, etc. (1).

Le 9 février 1814, on apporta à l’hôpital militaire de Hambourg un prisonnier de guerre âgé de vingt- trois ans.

Cet homme présentait un énorme volume. Je le fis mettre dans un lit, où il ne pou\ait rester que sur son séant. Au premier aspect, il était facile de reconnaître que le tissu lumineux souscutané était rempli d’air ou de gaz aériforme, ce que la crépitation et l 'élasticité particulières à l’emphysème indiquaient évidemment. Tout le corps était gonflé, mais la bouffissure était surtout plus remarquable aux joues, aux paupières, aux mamelles, au scrotum et au prépuce; les membres étaient dans un tel état . de roideur qu’ils ne pouvaient exécuter aucun mouvement ; sur toute l’habitude du corps, la peau paraissait luisante. Le malade avait beaucoup de difficulté à respirer; il crachait, de temps à autre et en petite quantité, des mucosités écumeuses et sanguinolentes.

.. (!) Journal universel des sciences médicales, 3e année, t. IX.

J’examinai la poitrine dans tonte sa circonférence, sans y reconnaître aucune lésion, soit par arme à feu, soit par arme blanche; la peau n’offrait aucune ecchymose, et les côtes aucune dépression qui aurait pu être la suite d’une chute, d’un coup de crosse de fusil, de tout autre corps contondant, même d’un projectile lancé par la poudre à canon.

L’interprète russe était absent, je ne pus faire questionner le malade sur la cause de cet emphysème; peut-être même n’auraisje rien appris de lui, car la grande difficulté de respirer, le gonflement des joues et des lèvres, s’opposaient à ce qu’il pût articuler librement quelques sons. Poussant plus loin mes recherches, je vis une légère ecchymose à la partie antérieure du cou. M’étant fait -représenter la cravate du blessé, j’y reconnus une dépression ronde, noire, que je jugeai faite par une halle, et, d’après le rapprochement de ce vêtement, je vis que celle dépression correspondait à l’ecchymose dont je viens de parler; cette découverte fut pour moi un trait de lumière. De même que souvent, à la suite d’un coup porté par un corps contondant sur la poitrine, on reconnaît une fracture aux côtes, sans solution de continuité à la peau, parce <]ue les côtes offrent plus de résistance, et que la peau est plus élastique, je présumai que ce cas pouvait être applicable à celui d’un coup à la partie antérieure du cou, sur les cartilages du larynx ou de la trachée-artère. Dès lors, je me persuadai que cet emphysème avait pour cause éloignée le coup de feu, et pour cause prochaine la lésion du canal aérien dans un de ses points. Mais il /allait reconnaître ce point, en palpant les divers cartilages qui constituent le larynx et la trachée-artère; le gonflement de la peau du cou rendait le toucher très obscur et la recherche très difficile.

Je parvins cependant à reconnaître, par le toucher, que les cartilages thyroïde et cricoïde étaient intacts; mais le premier anneau cartilagineux de la trachée-artère n’offrant point à sa partie antérieure la résistance qui lui est propre, ce dont je m’assurai comparativement sur moi- même, je ne doutai plus que la lésion du canal aérien, par laquelle l’air s’infiltrait dans le tissu lamineux, ne fût à l’endroit où existait ce défaut de résistance, l/ecchymose

plus prononcée à cette partie, la douleur que manifestait le malade lorsque j’v portais le doigt, fortifièrent l’opinion que j’avais conçue. Persuadé que là était la cause de l’emphysème, je crus que je n’avais rien de mieux à faire que de diviser la peau qui recouvrait ce cartilage lésé, ainsi que le tissu lamineux qui pouvait faire obstacle au passage de l’air, et je procédai tout de suite à celte opération. La tension de la peau s’opposant à ce que je lui fisse faire un pli transversal vis-à-vis le premier anneau cartilagineux de la trachée-artère, je pris un bistouri à tranchant convexe, et je pratiquai une incision longitudinale qui s’étendait du bord inférieur du cartilage cricoïde à un pouce environ au-dessous; un second coup de bistouri di\isait le tissu cellulaire pour établir une communication directe avec la solution de continuité du cartilage.

Dès que j’eus incisé la peau, l’air sortit avec force, et à l’instant je vis et louchai très distinctement les deux fragments du cartilage lésé. Le malade éprouva du soulagement : peu de temps après, la respiration devint plus libre; l’état d’angoisse où il se trouvait diminua sensiblement, et dès lors toutes les craintes produites par cet énorme gonflement et surtout par l’état de suffocation imminente, se dissipèrent; peu à peu, ses membres exécutèrent quelques mouvements.

Je pansai la plaie avec un linge fenêtré, trempé dans du vin miellé. Je fis envelopper le blessé avec des compresses de flanelle trempées dans du vinaigre, ce qui fut continué pendant huit ou dix jours. La résolution de l’air contenu dans le scrotum se faisant plus lentement que partout ailleurs, j’eus recours, dans les huit derniers jours, à l’application de l’eau de chaux seconde.

Je me bornai, dans les premiers jours, à donner au malade quelques potages légers et un peu de vin chaud sucré, et pour boisson ordinaire de l’eau d’orge édulcorée. La plaie du col était cicatrisée le vingt- huitième jour, et le malade parfaitement rétabli.

Obs. XI. — Cas de rupture de la trachée par suite de violence

externe , produisant V emphysème (1). (Traduite par M. Cyr,

élève des hôpitaux.)

H. G..., fut amenée à l’infirmerie royale d’Édimbourg, le 23 juillet 1818, à cinq heures et demie de l’après-midi, dans l’état suivant :

Face considérablement tuméfiée, surtout du côté droit; paupières droites tellement distendues qu’elles couvrent l’œil presque complètement ; lèvres livides; respiration pénible et stridulente ; très facilement soulagée par la station assise. La malade se plaignait de la soif, et demandait très souvent à boire, quoiqu’elle fût incapable d’avaler.

En l’examinant plus en détail, on remarque que la peau est généralement froide, et sur le thorax, le cou, la face et les extrémités supérieures, évidemment emphysémateuse ; le pouls se sentait à peine. Lorsqu’on lui demanda en quel endroit elle avait été frappée, elle indiqua la gorge et dit qu’elle avait été frappée sous la mâchoire et sur le ventre et qu’elle avait eu le côté droit fortement contusionné. Lorsqu’on pressait sur le côté droit du thorax, b peu près au milieu des côtes, elle manifestait de la douleur, mais on ne pouvait percevoir de crépitus. La pression exercée sur l’abdomen causait beaucoup de douleur; mais on ne pouvait distinguer aucune trace de lésion. Elle ne supportait que difficilement l’examen du cou qui était considérablement tuméfié, et au bas de la partie antérieure duquel on remarquait une trace bleuâtre. La malade avait été saignée avant son entrée, et l’on voyait sur son sein des morsures de sangsues.

On pratiqua des scarifications autour de la partie inférieure du cou, et on lui donna un peu de vin chaud avec de l’eau. Après un certain temps, l’emphysème sembla un peu amélioré, et le pouls devint distinct, mais intermittent. Vers neuf heures et demie, on

(1) The Edinburg medical and surgical Journal , année 1822, t. XVIII, p. 412.

lui administra un bon narcotique (et l’on recommanda de lui donner dans la nuit de temps en temps quelques grogs).

Le 24 juillet à huit heures et demie du matin, la malade paraît dans le même état que la nuit dernière. A onze heures et demie, elle devint tout à coup plus faible et expira très peu d’instants après.

Autopsie faite le 25 juillet, en présence du docteur Duncan jeune, et de i\l AI . Law et Gillespie, chirurgiens de l'infirmerie. Il y avait une ecchymose distincte des parties molles à la partie inférieure et antérieure du cou, s’étendant en bas jusqu’aux muscles qui recouvrent la trachée, et le tissu cellulaire était partout distendu par l’air. Après avoir enlevé les parties molles, on trouva une déchirure qui traversait en entier les cartilages thyroïde et cricoïde, à gauche de leur plan médian, et qui traversait aussi le côté droit du premier anneau de la trachée.

On fit une incision transverse sur les parties molles au-dessus de l’os hyoïde, et on détacha de l’épine le pharynx, l’œsophage, Iç larynx et la trachée. En incisant postérieurement l’œsophage et le pharynx, on trouva un épanchement, de sang sous la membrane muqueuse du côté gauche du pharynx, de forme irrégulière et occupant, peut-être, l’espace d’un pouce carré. Il s’étendait jusqu’au fond de l’épiglotte, entre elle et le cartilage aryténoïde. Dans cet endroit la membrane était considérablement tuméfiée, et faisait saillie dans le passage, de sorte qu’elle a pu nuire beaucoup à la respiration. On trouva un autre épanchement mais, beaucoup plus petit au milieu du bord postérieur droit du cartilage thyroïde. On ouvrit alors postérieurement le larynx et la trachée. La membrane qui les recouvre et le pharynx étaient beaucoup plus vasculaires que normalement. Les bords déchirés des cartilages étaient tuméfiés et légèrement contournés. La plus grande partie du tissu cellulaire qui entoure le larynx, le pharynx et la trachée était emphysémateuse.

On trouva le poumon droit détérioré, maison ne découvrit aucune déchirure sur sa surface, ni aucune fracture de côtes, et l’on pouvait distendre le poumon en l’insufflant. A travers son tissu on

remarqua un certain nombre de petits tubercules assez durs ; mais il paraissait sain sous d’autres rapports, car il n’v avait pas d’adhésion entre lui et la plèvre costale.

Le poumon gauche était entièrement malade, son tissu étant plein de tubercules et de vomiques, et presque toute sa surface adhérait à la plèvre costale.

Le médiastin antérieur était complètement emphysémateux. En ouvrant le cœur, on trouva le sang non coagidé et tout à fait sans mélange d’air. Celui de l’aorte et la veine cave abdominale étaient de même.

Dans la tête, la seule apparence morbide était une certaine turgescence des vaisseaux dans les ventricules; les artères étaient distendues par un sang liquide très noir, comme celui des veines..

Quelques opérations pratiquées sur la région du cou ont eu quelquefois pour résultat l’ouverture de la trachée et l’infiltration de l'air. Chose plus remarquable, le cathétérisme de P oesophage peut être accompagné' de la production de l’emphysème. 11 est inutile de dire que ces résultats fâcheux sont dus à la maladresse de l’opérateur. Voici un fait relaté par Baillarger :

Obs. XÏI. — Emphysème du cou produit par la perforation de la

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