PREMIÈRE SÉRIE D’EXPÉRIENCES
Blessures du poumon par des instruments piquants et étroits.
Premier lapin. — 18 mai 1860. — A trois heures, j’ai plongé un bistouri dans le cinquième espace intercostal gauche. l a plaie
(1) Je dois ici adresser mes remercîments à mon ami Tillaux, aide d’anatomie à la Faculté, pour l’assistance qu’il m’a prêtée dans l’exécution de mes expérience^.
extérieure pouvait avoir un centimètre environ. Immédiatement écoulement de quelques gouttes de sang; la respiration s’est aussitôt accélérée, les battements du cœur sont devenus tumultueux.
La percussion donne, cinq minutes après, une sonorité à peu près égale des deux côtés. A l’auscultation, on constate une absence totale du bruit respiratoire du côté blessé. La respiration est forte et plus accélérée du côté opposé. Les mouvements que l’on imprime à l’animal, pour ces différentes explorations, nous font constater le phénomène suivant :
Au niveau de la plaie et tout autour, la peau est soulevée à chaque mouvement respiratoire, celte petite poche, qui ressemble assez à un thrombus, est saillante pendant l’expiration, et revient sur elle-même pendant l’inspiration. Le doigt et la vue permettent de constater de la manière la plus évidente, que ce phénomène est dû à de l’air qui entre et sort successivement.
Le parallélisme entre la plaie superficielle et la plaie profonde a été complètement détruit. Ce soulèvement de la peau dure en\iron deux minutes, puis il disparaît; on n’aperçoit plus aucuns battements.
L’animal est laissé tranquille à trois heures et demie. A quatre heures et demie, mêmes phénomènes à la percussion.
En appuyant très légèrement l’oreille sur la peau, on entend une crépitation fine qui est due à une légère quantité d’air infiltrée dans le tissu cellulaire autour de la plaie.
Si le lapin respire normalement, on ne perçoit aucun soulèvement de la peau, autour de la plaie extérieure qui, d’ailleurs paraît complètement cicatrisée, mais en pinçant le nez et la bouche de façon à empêcher l’air d’entrer, on constate que la peau qui entoure la plaie se soulève vivement à chaque expiration dans une étendue de 5 à 6 centimètres de diamètre, pas une bulle ne s’échappe au dehors.- — Quand on lâche le nez, l’air rentre en grande partie dans la poitrine, et l’animal recommence à respirer normalement.
Il est donc très évident que l’air passe facilement de la cavité thoracique [dans le tissu cellulaire sous- cutané, surtout lorsque l’animal se livre à un effort.
Le 19 mai, vingt-quatre heures après la plaie pénétrante, !a plaie extérieure paraît complètement agglutinée; l’animal présente de la façon la plus manifeste un emphysème de toute la partie latérale droite du thorax; cet emphysème va d’un côté sous l’abdomen et d’un autre jusqu’à la colonne vertébrale.
La percussion donne une sonorité égale des deux cotés. La respiration s’exécute normalement; mais vient-on à agiter le lapin ou à lui boucher les narines pour le forcera faire effort, aussitôt toute la partie emphysémateuse se soulève comme une grosse bulle pendant l’expiration et s’affaisse pendant l’inspiration. On perçoit alors un véritable gargouillement aérien dans la poche. L’animal est sacrifié
Autopsie. — La plaie extérieure est cicatrisée complètement, mais seulement superficiellement. Le grand pectoral et le grand dentelé sont ecchymoses. On constate dans le cinquième espace intercostal, une plaie béante de 1 centimètre environ. Le poumon est revenu sur lui-même; il n’y a pas de liquide dans la plèvre.
A la surface du poumon, on trouve un caillot plat, du diamètre de 2 centimètres environ; ce caillot est réuni à la plaie costale par un petit tractus fibrineux d’origine récente. A part ce tractus qui date de quelques heures, il n' y a pas la moindre adhérence entre les surfaces viscérale et pariétale de la plèvre.
La plaie du poumon offre une étendue d’environ tj millimètres; elle n’est plus marquée que par une petite ligne rougeâtre ; elle est d’ailleurs complètement cicatrisée ; l'insufflation suus l’eau ne réussit pas à faire sortir du poumon une seule bulle de gaz. Sous la plèvre, dans le parenchvne pulmonaire, existe un petit caillot gros comme une lentille.
Deuxième lapin. — Le lundi, 20 mai, on enfonce profondément un fragment mousse de bois dans le cinquième et le sixième espace intercostal gauche , à 2 centimètres au moins de profondeur, de façon à être bien certain d’atteindre le poumon.
Il n’y a pas d’hémorrhagie et le lapin est abandonné à lui-même.
Le lapin est tué le mercredi suivant à quatre heures du soir.
Autour des plaies existe dans le tissu cellulaire un emphysème
des plus prononcés, que l’on constate de la manière la plus évidente avec les doigts; il occupe toute la partie latérale du thorax.
Par la dissection, on voit que le tissu cellulaire est infiltré d’air ; le grand dorsal est soulevé et disséqué dans un point par l'épau chement gazeux.
La poitrine est ouverte avec beaucoup de soin. On trouve dans la cavité de la plèvre une cuillerée à café environ d’un liquide rougeâtre mélangé de grosses bulles de gaz, absolument comme de l’eau de savon dans laquelle on aurait soufflé.
A part un léger tractus extrêmement mou et fibrineux qui relie le poumon à la plaie costale, il n’y a pas la moindre adhérence entre les deux feuillets de la plèvre.
Le poumon présente un caillot gros comme une petite noisette au point lésé. L’insufflation faite sous l’eau permet de constater que l’air ne passe plus par la plaie du poumon.
La peau est cicatrisée complètement et l’orifice de communication avec la plèvre tend manifestement à s’oblitérer.
Troisième lapin. — Le lundi , on pratique trois ponctions profondes avec le bistouri dans le côté droit de la poitrine.
Dix minutes après, plusieurs personnes peuvent constater avec les doigts un emphysème très considérable «à droite.
Le mardi, à midi, l’animal meurt spontanément. (On avait pratiqué une large plaie du côté opposé.)
L’autopsie est faite le mercredi à quatre heures, et démontre ce que l’on avait déjà constaté pendant la vie, à savoir un emphysème très prononcé de tout le tissu cellulaire autour des piqûres.
La peau est complètement cicatrisée, ainsi que les plaies des espaces intercostaux.
Il y a dans la plèvre un épanchement considérable d’un liquide séro- sanguinolent , un caillot de sang du volume d’une grosse noisette. Les deux feuillets de la plèvre présentent des adhérences nombreuses mais récentes, et que la plus légère traction suffit pour faire disparaître. Tout le lobe supérieur du poumon est hépatisé.