DE L'OBSTACLE DOGMATIQUE ET LÉGAL
Ici l'on triomphe et Ton nous dit : 11 ne s'agit pas de ce qu'est au fond, la loi dogmatique de rislam. Bonne ou mauvaise, facultative ou absolue, morale ou immorale ; vous ne pouvez ni l'abroger ni en faire une autre, sans quelque révélation nouvelle qui modifie la croyance. Il n'importe même que la loi se trouve , par ses dispositions rituelles et morales, l'expression plus ou moins exacte de son dogme; si l'on
croit à l'identité religieuse du dogme et de la loi , si de plus le dogme enseigne expressément la loi comme une partie intégrante de la croyance. Or, une législation incommutable n'admet pas de réforme ; c'est la négation du progrès, par les moyens humains du moins.
Il y a du vrai en cela ; mais en y regardant bien, tout n'est pas également vrai. Il faudrait savoir d'abord s'il n'y a pas un progrès possible, dans les limites de la loi précisément. Ce progrès-là est peut-être le meilleur, même en Turquie (i). On se souvient, par exemple, des prescriptions sur le travail, qui inaugurent la morale légale du chapitre précédent, et développent la belle parole de l'Apôtre céleste : « 0 (c mon serviteur, meus ta main, et les richesses « y descendront en abondance. » N'y a-t-il rien à faire de ce côté, dans l'état des choses en Turquie, et sous l'empire d'une loi qui porte que tf le commerçant droit et juste, est au rang ce des âmes les plus élevées par la piété; » comme « Tagriculteur est récompensé par son
(i) Nous entendons répondre aussi bien à ceux qui croient pouvoir tout changer, et par tous les moyens, dans rislam , qu'à ceux qui regardent comme impossible d'y toucher à rien.
)1 LIVKE II, CHAP. 5, DE LOBSTACLE. 257
elie Dieu? » Que Ton songe au travail, jusque dans xpresi le moyen âge chrétien ; et que Ton nous dise lie ie îs'il n'est sorti aucun progrès du travail tout seul, ma et assez peu honoré pourtant! A nos yeux; la. ;atioD; glorification islamique du travail, tient à la stë* noÎDi rilité du dogme et à la tiullité du cuUe. C'est pgari quelque chose qui ressemble trop à certains sysfauè tèmes de philosophie tres-açancée du reste ; quelque chose qui témoigne que l'empire ottoman pourrait bien être plus près que l'on ne croit, de ce qu'appellent la religion d'un honnête homme lesgensqui n'ont point àt religion. Sous ce rapport, la loi de l'Islam nous paraît la condamnation radicale de son état spirituel. Les termes religieux à part; en soi cette partie de la loi nesi pas moins excellente^ et progressive au plus haut point d'ailleurs. Où donc le travail a-t-il été ainsi honoré? Et ce ne serait pas là une ressource légale, dans la situation de Vampire!
Nous enrcndons que l'on insiste sur ce que tout le travail du monde ne Saurait aboutir à changer la législation, ainsi que les choses ont pu se passer en Europe. Nous pourrions répondre que cela n'est pas du tout sûr, et que le travail a changé bien des choses aussi diftîciles à changer. Mais faut-il donc absolument, pour l'avenir de la réforme ottomane, que l'on corai-
mence par lacérer le Code matdteA» ou écrire sur ses marges. La rtforme de sera pas loi ; à h bonne heure! Le progrès en sera4-il moins réel? Y a4-il beaucoup de pays, où la réforme se soit fait loi si aisément? La loi n*a-l^lle point e^, un peu partout, la prétention de tout préroir et de tout arrêter? SeraitHeHe loi sans cela? La réfoinme n'en a pas moins fiait son chemin, uo peu partout aussi ? Et si un jour, en des pays donnés, le progrès a obtenu sa place au soleil légal; n'est-ce point généralement que le progrès était devenu le plus fort? Y a-t-il dans l'histoire, quelque exemple notable d'un législateur primitif et débonnaire, qui n'aurait aspiré qu'à h perfectioti aux dépens même de son oHivref Quelle loi n'a pas eu son dogme en ce ^ens<-là? C'est pourquoi le travail (i), insuffisant en soi, pourrait bien créer des forces qui, avec le temps, viendraient à bout de la loi d<^pikatique de l'islam. Que l'islam soit un dogme révélé et divin, que la loi islamique participe k cette ré-
(i) 11 est bien entendu que nous posons ici le u*avall comme un exemple, non comme un système. Non* n^avons pas besoin de répéter que noire première par^ tte est uniquement consacrée à la possibilité d'une réforme.