LIVRE m, CHAP. a, DU CORAil
vahissemens de Tëglisf , et fini par s'en dégager tout*à>fait. L'Eglise et l'Etat alors, la souyerainetë spirituelle et la souyerainetë temporelle, ont fait leur ceuvre à part^vëcu de leur propre fonds, par leur puissance distincte ; tandis que le jpro^ testantisme biblique a poursuivi forcement sa lutte obstinée, sans pouvoir jamais aboutir!
Si les Etats chrétiens en doivent être quittes^ un jour ou l'autre , pour une tentative plus ou moins prolongée; cela tient, nous l'avons montre, au milieu social ovi le protestantisme a essaye de vivre et de se féconder. C'est peutêtre que l'Eglise souveraine avait passe parlà* On comprend, en tous cas, que sur un corps faiblement constitué comme TArabie, sui" une société dans l'enfance comme des Tribus nomades ; les efforts^ désespérés d'un principe impuissant, aient eu des suites inconnues dans la chrétienté. Le protestantisme n'y a pas fécondé la loi, d'un principe souverain qui lui manquait radicalement en propre. Sa tentative n'a donc point amené une loi protestante. Le protestantisme en réalité, n'a donné à la loi qu'un nom religieux. Cependant la croyance^ legiférée dé nom au moins, ne voulait pas mou'^ rir ; elle a persisté. Ne pouvant rien donner de son propre fonds, à la souveraineté tempo- L ^ 25
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relie; elle a pu faire des conditions à la vie légale. Eu empécbani Faclion de la souverâinetë temporelle, dans une certaine mesure; la croyance a du, jusqu'à un certain point, dominer la loi. Car le Coran protestant s'ëlait impose à la souveraineté temporelle de l'Arabie; il Tavait comprimée et empêchée de tout son poids et de toute son ardeur. C'était une entrave, sinon une direction ; une sorte de veto écrit et permanent, qui n'entrait dans la législation, que pour ce qu'il en avait exclu; à tel point que la souveraineté temporelle venant à s'exercer librement, nul doute qu'elle n'eût bientôt eflfacé de la loi, jusqu'au nom de sa faifcse origine. Force a bien été par conséquent à la croyance religieuse, d'entraver et d'exclure incessamment l'action de la souveraineté temporelle; a quoi l'Islam s'est appliqué et a réussi, mal heureusement pour les croyans. Avec cela, le protestantisme a paru vivre légalement en Arabie. C'est ce que nous avons entendu par le Coran fait loi , de croyance religieuse qu'il était d'abord; C'est que pour un principe négatif et impuissant; produire, c'est empêcher. Par où l'on peut juger qu'en définitive le protestantisme du Coran a tout empêché, tout immobilisé chet les peuples musulmans.
LIYBE III, CHAP. 2, DU CORAN. Sfiy
C'a été en Orient, le boulet aux pieds de la loi. Dans le passage de Fëtat religieux^ Tëtat légal, le Coran même avait ëyidemment subi une altération notable. Le jour où le livre divin s'était fait ou appelé loi, il avait reconnu un autre principe que la croyance. La parole du liçre qui avait prévalu jusque-là, uniquement par la force prophétique, s'imposait désormais par une autre force. La Croyance qui était tout, au commencement, n'était déjà plus que la croyance. Le protestantisme qui sVtait fait loi, ne s*élait pas fait religion pour cela ; il était toujours le protestantisme, rien autre chose. Car, au fond, la souveraineté temporelle ne peut pas plus fonctionner au profit de la religion, que la souveraineté spirituelle toute seule ne fonctionnerait aii profit de la loi. La loi, au contraire, s'était plus ou moins fortifiée , n'eût-elle fait que vivre de son principe souverain. La vie légale en Arabie, tout empêchée qu'elle était, accusait toujours Faction plus ou moins énergique de la souverai* neté temporelle.
Et ce n'est pas tout. Non seulement la croyance qui se fait loi, n'en est pas plus religieuse; mais elle l'est moins. Elle n'est guère autre chose que la loi, du moment oii elle se réduit à en vivre. La souveraineté temporelle
peut bien faire obëir; mais elle ne saurait faire croire. L'action de cette souveraineté, quelque faible qu'elle soit, dénature ainsi la croyance qui ne Tempéche pas tout-à-fait« Ce n'est plus un livre divin qai se propose à la foi ; c'est on acte exclusivement humain qui commande l'obéissance. Et qu'est-ce qu'une religion, qui ne peut que se faire obëir? C'est une croyance réduite à quelques lambeaux de Rituel et de Morale, qu'il est toujours facile de traduire en actes matériels et saisissables. Ce n'est plus même une croyance quelconque ; c'est une série de prescriptions, de défenses et de pénalités, religieuses ou non, de par la loi. Et cela seul peut expliquer^ ce qu'est devenue la religion prophétique, après Mahomet. Le sens religieux du livre a toujours été s' effaçant, et a fini par se perdre. La croyance s'est matérialisée et atrophiée dans la loi, comme le Verbe divin s'était incarné et suicidé dans le Coran. La loi a absorbé le livre , comme le livre avait absorbé Dieu. De telle sorte que la prétendue loi religieuse du Coran n'a plus été, à vrai dire, qu'une loi dévotionnaire.
Etrange dévotion encore , et qui achève de caractériser la fin du protestantisme corassique! Les théologiens ont été des légistes ; les cas de