‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 206 sur 213 · LIVRE III^ CHAP. 2, DU GOAAK · texte numérisé non relu

LIVRE III^ CHAP. 2, DU GOAAK

dijcparu qne deviendra rislam P C'est la pense> qui toarniente la vieillesse de Mahomet, qui agite visiblement les compagnons de sa fortune prophétique. C'est alors que Mahomet s'épuise à chercher hors de son livre protestant, quelque moyen terme fécond qui relie la terre au ciel, l'homme à Dieu. La science qu'il avait accusée, il lui rend hommage. Les docteurs qu'il avait dégradés, il les réhabilite. Ses disciples recueillent ses moindres paroles. £t le pro-^ phète qui n'avait point voulu de misehna^ en laisse, sans le savoir, l'équivalent danslaiSotf/i/7a» £t quand sa fin approche; on l'entoure, on le presse de s'expliquer. Il nomme un lieutenant (kalifé). m'investit lui-même de toute l'autorité de l'Islam. Cependant, la prophétie manqoÉit.. Et qu'est-ce que l'autorité de l'Islam, sans la prophétie? Mais le prophète ne voit que son livre, qui puisse aider à cette autorité. Oh! si le verbe divin qui y est enfermé, pouvait s'en échapper et survivre ! Le kaliphat aurait un fondement spirituel au moins; et l'Eglise, en pro-^ clamant que son royaume n'est pas de ce monde, amènerait l'Etat peut-être. Mahomet ne le vou**dra jamais. L'esprit divin dans l'Islam, c'est la prophétie continuée ou l'Eglise instituée ; c'est l'abolition de l'Islam.

4l8 DB MAHOMET ET DE SON LIVRE.

Ijk dernière concession du dernier des prophètes, sera, la bizarre assurance d'un kaliphat qui doit durer trente années. Ce n'est pas, qu*on l'entende bien, un nouveau principe dans le Coran. Ce n'est ni le sacerdoce ni la prophétie. Ce n'est qu'une recommandation moitié religieuse, moitié l^Ie; et ^agère encore. Ce n'est qu'une apostille du prophète, en faveur de ses principaux disciples, auprès des Croyans de l'islam; apostille d'un mourant qui doit les aider à vivre. Et pour que l'on n'en abuse pas, Mahomet aura grand soin d'ajouter qu'après ce terme fixé de trente ans; il n'y aura plus qu'iisurpaiion et tyrannie sur la terre. Il précipite du même coup, l'autorité qu'il vient de relever. Et célàf ne lui suffit point. Comme si une autorité quelconque , avec trente ans de vie , lui paraissait trop dangereuse pour le règne de son livre; comme si le prophète regrettait déjà ce qu'il vient d'accorder à l'obsession; il pousse contre le kaliphat même , ce dernier cri d'agonisant : « Toute loi nouvelle est une innovation ; toute innovation est un égarement, et tout égarement conduit au feu éternel. »

C'est ainsi que meurt Mahomet, s'en prenant à la volonté de l'homme et aux passions de la terre, de l'impuissance de son Dieu et du

LIVRE III, CHAP. 2, DU COEAN. 4^9 sort réserve au G>ran. Il comprend sans doute que rhûmanitë lui échappe , que son oeuvre va faillir! Il agonise entre deux idées dont, toute sa vie , il n'a fait qu'une ; Dieu et THorome. Il expire dans les étreintes de ce double organisme humain, religieux et légal, contre lequel il a protesté dès le commencement. On peut dire qu'il meurt de son protestantisme poussé à bout et désespéré, en protestant contre la terre même, du livre divin où il a voulu clôturer l'humanité.

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