LIVRE II) CHAP. I, DU DOGME. gS
iS^ Le croyant, quelque soit son état de perfection, ne doit jamais refuser d'obéir à la loi.
La loi islamique étant la règle du culte et de la morale , cet article ne peut s'expliquer que par le manque total d'un pouvoir spirtiuel. Avec ce pouvoir en effet, nul ne saurait se croire, par soi-^même, en état de grâce ou de perfection aux yeux de Dieu. Et ce n'est pas seulement dans rislamque la croyance j sans ^uiorilé divine sur la terre, a abouti à une vie contemplative, et de'gage'e de tous les devoirs qui découlent de rhumanitë.
^6» Il ne faut pas abandonner Je sens propre et littéral de ce qui est écrit dans Je G)ran et la Sounna, pour un sens figuré de l'esprit et de la contemplation.
Le dogme lui-même n*est pourtant pas autre chose, qu'un abandon plus ou moins déguisé de ce qui est écrit dans le Coran et la Sounna, seules écritures venant de Dieu ou du prophète. £t personne, dans Tlslam, n'a jamais eu autorité pour écrire depuis (i). Mais les docteurs ont voulu du moins clorre la con-
met : « Le KaUpbat après moi sera cle trente années ; après c« terme, il n*y aara que des puissances établies par la force ; rasorpation y la tyrannie. »
(i) Voyez le cliap. 5 du liv. 11.
troverse et le commentaire. C'est que là où il n*y avait point de juge souverain, la dispute menait droit à la dissolution. Aussi est-il de doctrine vulgaire que la porte des gloses est fer-mée pour jamais.
t^']^ Rejeter une partie quelconque du Coran et de la Sounna, c^est (aire acte d^incroyant.
Comme Ton voit, le dogme continue l'office de l'Eglise ; il condamne , il juge des cas de conscience.
4B^ Celui-là tombe dans Tincroyance , qui place le péché ou le manquement à la loi , au rang des choses licites.
La loi entre ici dans le dogme et devient un article de foi. C'est qu'il n'y a point d'autre Eglise que la loi. Et si la loi n'avait pas ëtë obligatoire au même titre que la croyance, chacun pouvant se croire ou se déclarer croyant, il n*y aurait pas eu de sociëtë islamique possible.
4g° La profession de Tindifférence oo l'expression de la moquerie sar les lois constitue l'incroyance.
C'est l'extrême conséquence d'un dogme obligé de s^appuyer sur la loi. Il commande de croire à la loi , pour que la loi à sou tour impose X obéissance au dogme. Une telle confu-
LlVmB II, CHAP. I, DU DOGME. gS
slon de principes a dû amener dans rislam les plus étranges phénomènes^ et^ nous le disons à l'avance , un ëlat de choses presque incroyable.
So» Ne pas espérer en Dîeii, c'esl un état d'incroyance.
5i^ Ne pas craindre Diéo^ c'est encore l'incroyâiice.
Nous ne voulons pas répéter sans cesse que ce dogme est une instruction religieuse; un instrument de prédication ou de confession , bien plus qu'un dogme. Notons seulement que le salut par la simple croyance, devient plus difficile que Ton n'aurait cru d*abord; et qu'à défaut d'un prêtre pour condamner ou pour absoudre, il a fallu inventer une foule de formules, pour empêcher une religion trop facile ou trop sévère.
5a^ Croire à la divination humaine de l'avenir, c'est faire un acte d'incroyant.
Ceci complète la formule relative à la prédestination. Le fatalisme et la théorgie marchent ensemble. Si l'avenir de l'humanité est libre, l'on ne saurait le deviner; et réciproquement, sil'onpeut deviner l'avenir, c'esl que l'humanité a beau faire, elle ne le changera pas. En proscrivant la divination^ le dogme musulman
^6 DE hk RELIGION^ DOGME ET LOI.
conclut ainsi à Tentière liberté de l'homme. La thëurgie n*eu est pas moins florissante encore dans l'empire ottoman. Mais pas plus que le fatalisme, elle ne vient directement de la religion. Il se peut que les sciences ocultes aient toujours eu plus d'empire sur les peuples orientaux, que chez les nations occidentales ; et l'on sait que les Arabes avaient reçu ces sciences de l'Egypte directement, qu'ils avaient fait de la magie, de l'astrologie, de l'interprëfation des songes, une partie essentielle du culte de leurs idoles avant Mahomet. Toutefois nous croyons que la thëurgie est restée en Orient, ce qu'elle serait restée en Occident ; si l'Occident n'atait eu qu'un dogme plus ou moins religieux, pour agent de civilisation. Car l'on accuse l'Islam d'à-" voir fait l'Orient, et en particulier l'empireottoman ce qu'il est. L'Islam n'y a pas fait ce qu'on pense , à beaucoup près. Il a surtout manqué à faire, et en toute chose. Il a empêché peut-être que l'on fit à sa place. C'estlà son action la plus certaine et la plus immédiate, comme nous le verrons par la suite.
54*^ Les prières et les aumônes Aes vîvans intercë" dent pour les morts.
55° Dîeu écoute la prière ci y fait droite