LIVRE III, CHAP. Ier, DE MAHOMET
l'ange Gabriel. Eh bien! le kaliphat a été après la mort du prophète , ce qu'il avait été auparavant. En veut-on une preuve de plus? Ebou-Beker, qui avait rempli celte charge à plusieurs reprises pendant la vie de Mahomet, a simplement porté son ancien titre de kaliphe du prophète de Dieu, sans autre explication. Mais le deuxième kaliphe Omar, pour empêcher toute équivoque impie dans l'avenir, changea ce titre en celui plus précis de commandeur des croyons (i) ; c'était séparer clairement l'autorité kaliphale, du principe prophétique et divin. Que les deux titres aient été réunis par la suite, il n'importe; le second* n'est pas moins resté comme une explication naturelle et légitime du premier; ce qui exclut tout aussi bien X inspiration que ^prophétie, dans les kaliphes. Car il n'y a pas de différence, entre l'idée banale qui continue Mahomet par le kaliphat, et le système plus ingénieux à l'aide duquel, en ces derniers temps , on a voulu faire de l'autorité kaliphale une autorité toute d'inspiration, pareille à celle qu'avaient anciennement créée les prophètes juifs (2). D'où aurait, en effet, procédé Tins-
(1) M. d'Ohsson.
(2) Mahomet n'a point apporté une religion nou-
piration kaliphale ? Si elle venait de Dieu, c'était la prophétie en définitive, pins ou moins directe seulement. Si elle n'en venait pas, ce n'était rien ; ce n'était pas surtout l'inspiration du sacerdoce hébraïque, périodiquement avivée par de nouveaux prophètes. De telle sorte que le kaliphat musulman ne ressemble pas plus à l'autorité religieuse de la Judée, qu'il ne représente l'autorité directe du prophète de Dieu.
Velle , créé un pacte nouveau entre le ciel et la terre ; il n'a pas non pins introduit d'institutions nouvelles dans l'organisation politique des peuples qu'il a convertip : il a emprunté aux livres juifs l'idée de son Dieu, ses traditious et l'inspiration de ses prières; il a emprunté à la législation de Moïse la plupart de ses rè glemens sur le mariage , l'héritage et la condition des esclaves ; il a emprunté aux chrétiens son dogme du jugement dernier, de la rémunération suivant les œuvres, de la fraternité des croyans. Il a laissé aux Arabes la circoncision, les sacrifices d'animaux, le pèlerinage de la Mecque, leurs formes de gouvernement-.... Mahomet ne fui donc ni un messie ni un législateur; il fut ce qu'il se nomma lui-même, un prophète. L'autorité du kaliphat, institué par lui, fut une autorité toute d'inspiration, pareille à celle qu'avaient anciennement créée les prophètes juifs, et qui ne ressemble qu'à celle-là. ( M. d'Eisclital. )