LIVRE III, CHAP. Ier, DE MAHOMET
Mahomet n'avait pas même réglé l'avènement de la personne kaliphale, pendant les trente années du véritable kaliphat. Ebou-Beker fut plutôt maintenu dans une fonction qu'il exerçait déjà, qu'élu formellement par les Asshabp (disciples). La difficulté ne devait ainsi commencer qu'à la mort d'Ebdu-Beker. Celui-ci avait proposé Omar, et personne n'en voulait. Ebou- Beker passa outre; et, de son autorité personnelle, désigna avant de mourir, Omar pour lui* succéder au kaliphat. La prière du kaliphe mourant dit à merveille, ce qu'avait été le kaliphat dans le passé, ce qu'il devait être dans son avenir de trente ans : « Pardonnez-moi, ô mon Dieu ! d'avoir disposé du kaliphat sans un ordre exprès de votre saint prophète ; mais vous savez, Seigneur, que je n'ai eu en vue que le bien de l'islamisme et la prospérité de votre peuple. » Ce choix imposé aux principaux Asshabs, par la vénération où Ton avait Ebou - Bekcr dans l'Islam , amena l'assassinat du second kaliphe. Aussi Omar refusa- 1- il, jusqu'au dernier moment, de nommer son successeur. Ce ne fut qu'à grand'peine qu'il consentit à appeler six asshabs,* pour qu'ils eussent à choisir un nouveau commandeur. Et Omar s'explique, comme Ebou-Beker, en des termes qui ne laissent pas
l'ombre d'un doute historique, sur le caractère purement humain de l'institution kaliphale: « C'est bien assez de mètre charge , de mon vivant, du poids du kaliphat; je ne veux pas m'en charger après ma mort. » Evidemment, ce n'est pas là le langage d'un pouvoir qui a son point d'appui dans le ciel, et relève jusqu'à la (in du Dieu puissant et sage, comme se posait le Saint Prophète. C'est le dernier mot d'un homme qui a paye sa dette à la terre, et n'entend rien donner. au- delà. Après Osman assassiné comme Omar, après Aly précipité du kaliphat et remplacé de son vivant ; il n'y a plus rien à dire, si ce n'est que le règne de violence annoncé par Mahomet s'accomplit à la lettre, et que le dernier rayonnement de la figure prophétique va s'éteindre et se perdre, dans la sanglante dynastie des Ommiades (i).
Cet effacement complet de la tradition mahométane est d'autant plus curieux à constater, que dans l'impossibilité de s'en prendre au dogme inoffensif de l'Islam, à aucune prescription du code Moultefia, l'on n'a pas manqué d'im-
(i) M. le chevalier d'Ohsson lui - même se laisse aller à dire, an moment, que les moyens employés par Muawiyè contre Aly9 ont fait placer le sacerdoce des Ommiades au rang des puissances temporelles.