‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 180 sur 245 · LIVRE III, CHAP. Ier, DE MAHOMET · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. Ier, DE MAHOMET

les chrétiennes , autour d'un chef chrétien ; elles en eussent fait tout autant. Bien loin de la persécution, Mahomet a toujours paru croire les juifs, les chrétiens et les musulmans destinés à s'entendre. Non pas qu'il se soit jamais donné la mission de les réunir dans un seul culte, avec le reste des hommes (1); idée humanitaire contre laquelle dépose le Coran tout entier. Et à vrai dire; nous croyons le génie théologique du prophète de Dieu, fort au-dessous d'une pareille vocation. Raccommodement que proposait Mahomet à ceux qui ont reçu les Ecritures, devait se conclure à la façon des traités de paix. En voici le sens au fond : les trois termes du différend sont Moïse, Jésus, Mahomet. Eh bien ! ne parlons ni de Moïse, ni de Jésus , ni de Mahomet ; parlons A' Abraham , et adorons Dieu comme l'adorait Abraham , qui était orthodoxe suivant chacun de nous. Evidemment c'était là un traité politique, qui pouvait convenir aux juifs et aux chrétiens, à tout le monde; ce n'était pointpour cela une solution religieuse,

(1) M. d'Eichlal, idem, p. 37.

«II se crut, lui, Arabe, appelé àun ministère d'arbitre et de conciliateur entre les Juifs et les chrétiens , et même entre ces deux peuples et le reste des hommes.

qui put identifier tous les cultes. Au surplus, ce que le prophète de Dieu entendait le moins ; c'est précisément la religion. Il était bien plus homme d'Etat que prophète , malgré son titre dans l'Arabie. En effet il veut continuer la religion prophétique, et il clôt la prophétie. L'islam ne devait-il pas mourir du coup? Il clôt la Prophétie, et il ne comprend pas Y Eglise/ Sur quoi donc reposera l'islamisme? Sur un livre, une espèce de pacte universel, définitivement clos et scellé entre Dieu et l'homme! ainsi, voilà un prophète qui croit à la toute-puissance des livres et des pactes ; pourquoi le prophète alors?

Arabe illettré, Mahomet fut certainement impressionné , au-delà de ses forces , par les hérésies qui, déjà de son temps , désolaient le christianisme. L'Eglise d'Orient était en feu depuis le concile de Nicée. Le désordre s'était naturellement accru avec les empereurs de la ville grecque, qui s'étaient faits les tristes collecteurs du droit romain. L'Arabie d'ailleurs étant un pays de petites tribus indépendantes au dehors, libres au dedans ; l'écume des sectes grecques s'y était nécessairement déversée. Au rapport d'Origène ; il se trouvait en plusieurs endroits de l'Arabie, des gens qui en

tlAP. Ier, DE MAHOMET. 299

e la Vierge fait partie de la . Cela explique le mot de Napoléon.

. ien d'étonnant, à ce que Mahomet ait ompris même tout le dogme chrétien; iS quoi il eût pu embrasser le christianisme i-t faire l'Arabie chrétienne! Les destinées de l'Orient, depuis douze siècles, ont tenu peutêtre à quelque misérable chicane de légiste couronné (2), comme Justinien ! Pour un prophète qui voulait avant tout centraliser l'Arabie, il n'y avait qu'un moyen héroïque ; c'était de couper dans la racine, tout ce qui avait été jusque là, à tort ou à raison , un sujet de dispute. La religion en paraissait simplifiée d'autant.

Tel fut le procédé de Mahomet, qu'il appliqua nécessairement à Y Eglise, foyer vivant et os-

(1) « Dieu dit alors à Jésus : As -tu jamais dit aux hommes : Prenez pour dieux moi et ma mère , plutôt que le Dieu unique? — Loin de ta gloire ce blasphème ! •—Comment aurais-je pu dire ce qui n'est pas vrai?... Je ne leur ai dit que ce que tu m'as ordonné de leur dire : Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre. » (Versets 116 et 117 du Coran.)

(a) Les disputes des ariens, des sabellciens, des neslo riens, des eutichéens n'étaient guère que des disputes, impériales.

3oo DE MAHOMET ET DE SON LIVRE.

tensible de tous les débats, de toutes les discordes. Il ne se doutait pas, le prophète législateur, du sort que réservaient à son pacte religieux et légal, les Justiniens de l'Islam! Malheureuse- .ment il n'avait rien compris au fonds impérissable des débats théologiques , à la nécessité permanente d'une autorité spirituelle pour les juger! Son œuvre religieuse ne fut qu'un coup d'Etat en matière de religion. Et cette œuvre, il la voulut soutenir jusqu'au bout ; comme l'on soutient les coups d'Etat , par la force qui les a fait réussir. Sa grande et unique force à lui, Mahomet, celle qui ne lui avait jamais fait défaut; c'était l'apparition de l'ange Gabriel avec un nouveau chapitre, quelques nouveaux versets de la part de Dieu* Aussi venait-il un mauvais jour; la foi perdait-elle de son ardeur , s'élevait- il une difficulté quelconque dans les choses ou dans les personnes ; le messager divin descendait du ciel aussitôt, avec de nouveaux ordres qui en révoquaient d'anciens au besoin; il n'importait guère au politique Arabe , et tout était dit pour le moment. A ce compte , il fallait que Mahomet vécût toujours avec l'ange Gabriel à son service. Lui mort, son œuvre était fort en danger. Il le sentait bien du reste ; sa préoccupation de la jalousie et de

Page 1