LIVRE III, CHAP. 1er, DE MAHOMET. 3oi
la science en témoigne souvent, à l'encontre des sectes (i). Mais que faire? Après avoir retranché du Coran, à ce qu'il croyait, tous les sujets de dispute; il ne pouvait pas admettre une autorité qui, grâce aux sectes du Bas-Empire, semblait plutôt faire naître les différens que les juger. Tout au contraire ; pour assurer son coup d'Etat contre la parole humaine dans la religion, Mahomet avait besoin d'établir le silence divin sur la terre. Prophète ou prêtre, quiconque dans l'avenir aurait pu de nouveau faire parler le ciel aux tribus arabes, fut ainsi logiquement proscrit, et dit anathème par Mahomet. On retrouve toujours l'homme d'Etat, sous l'enveloppe de l'apôtre. Avec la crainte incessante, très-fondée au surplus, des changemens qui menaçaient l'Arabie et l'islamisme après lui ; Mahomet pouvait-il voir le danger d'un autre côté, dans le mutisme -même de son
(i) «Il (Dieu) a établi pour vous une religion qu'il recommanda à Noé. C'est celle qui t'est révélée, 6 Mohammed! c'est celle que nous avons recommandée à Abraham, à Moïse, à Jésus, en leur disant : Observez cette religion ; ne vous divisez pas en sectes ; elle est pénible aux idolâtres ; ils ne se sont divisés en sectes que depuis qu'ils ont reçu la science , et c'est par jaousie. » (Ch. 42» vers, n et 12.)
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livre ? C'eut été la conception de l'Église, rien quecela; de l'Église défigurée et méconnaissable alors par tout l'Orient. Puis enfin reconnaître une autorité spirituelle sur la terre ; pour Mahomet et son livre, c'était abdiquer! Le sacrifice était immense, le problème au-dessus de l'humanité. Nous verrons comment le prophète-roi est mort à la peine.
Toutefois il ne manqua pas de justice, envers les serviteurs de cette grande autorité chrétienne qu'il ne lui fut pas donné de comprendre. « Tu reconnaîtras , dit-il au chap. 5, vers. 85 du Coran , que ceux qui nourrissent la haine la plus violente contre les fidèles, sont les juifs et les idolâtres; et que ceux qui sont le plus disposés à les aimer, sont les hommes qui se disent chrétiens. C'est parce qu 'ils ont des prêtres et des moines, hommes exempts de tout orgueil» A ne voir là qu'une avance faite à des adversaires ; cette disposition exclurait au moins le fanatisme anti-chrétien, attaché par l'Europe au nom du prophète arabe.
Mais il y a plus. Avec la théologie politique qui donne à chaque pays son apôtre et son //•* vre; Mahomet devait nécessairement conclure à la paix religieuse entre ceux qui avaient reçu les Ecritures, soit par Moïse , soit par Jésus ,-