‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 183 sur 245 · DU CORAN · texte numérisé non relu

DU CORAN

C'est le livre par excellence, comme les musulmans l'appellent d'un mot énergique et sacramentel. Mahomet l'avait nommé le livre de la distinction; après le Pentateuque et l'Evangile, qui étaient les livres de la lumière et de la direction(i). Quel qu'il soit, le Coran ne saurait

(i) L'erreur du traducteur Kaminski à cet égard, contraste singulièrement avec les motifs qu'il donne de sa version. Le mot arabe al-forkan qui signifie un enseignement postérieur, un enseignement sur un enseignement, la distinction; ce mot en effet n'implique pas avel al-houda, enseignement primitif, livre de lu-*

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justifier à la fois tous les islamismes qui se disputent la conclusion du débat oriental. La seule divergence des interprétations corassiques, témoigne peut-être d'un principe assez accommodant, trop accommodant même, dans le livre de Mahomet. On va en juger.

Si le grand écrivain de Y Itinéraire n'a vu dans le livre de Mahomet, qu'un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage; si, en un mot, Y esprit du mahomètisme est pour M. de Chateaubriand, un esprit de persécution et de conquête! L'illustre poète du Voyage en Orient estime tout d'abord, qu'il y a repoussement et haine irréconciliable entre les diverses religions chrétiennes, bien plus qu'entre les Turcs et les

mière ou de direction. Dans la pensée de Mahomet et dans son texte, l'Evangile et le Pentateaque avaient sans doute une certaine partie de distinction; comme le Coran même avait une certaine partie de direction. Albouda; c'est le principe. Al-forkah; c'est la conséquence. Mais cela n'empêche pas le sens fort différent de ces deux mots , par lesquels le prophète qualifiait nos livres et caractérisait le Coran. Ce qui esl décisif; c'est que Mahomet n'a jamais appliqué au Pentateaque ni à Y Evangile, al-forkan tout seul , pas plus qu'il n'a employé al houda pour signiâer son propre livre.

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chrétiens. Ce qui n'empêche pas M. de Lamartine, il est vrai* d'accuser un corps sacerdotal "formé plus tard et par corruption, une incurable théocratie ayant besoin, pour subsister, du fanatisme et de la guerre. M. Michelet, lui, retrouve dans le Coran ce Dieu que Mahomet a volé à Moïse; si ce n'est que le terrible Jéhovah de la montagne juive et de la plaine arabique s'est fait plus traitable en Syrie, et s'est humanisé tout à fait en Espagne, pour finir aux croisades, ne laissant qu'une ombre, une forme vide , d'où la vie s'est retirée, et que les barbares héritiers des Arabes conservent silencieusement sans l'interroger. Puis, avec MM. Barrault et d'Eichtal , le Coran n'est plus ni l'islamisme abrutissant et abruti de M. de Chateaubriand, ni cette religion tantôt raisonnable et philosophique, tantôt fanatique et conquérante de M. de Lamartine, ni même la religion historique et territoriale de M. Michelet, laquelle aurait fait son temps et accompli ses évolutions sous les climats divers de Bagdad à Cordoue, de Damas à Surate. Lé Coran , pour ces deux représentai d'une grande école philosophique; c'est la protestation nécessaire du matérialisme de l'Orient contre le spiritualisme de l'Occident , le complément religieux de la doclrine de Jésus,

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