‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 189 sur 245 · LIVRE IIÏ, CHAP. 2, DU CORAN. 3s · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ, CHAP. 2, DU CORAN. 3s

Dieu recule à une profondeur infinie ou bien pèse sur Ja terre, s'y applique et l'écrase. Misérables atomes, égaux dans le néant, nous gisons dans la plaine aride. Cette religion , c'est vraiment l'Arabie elle-même : le ciel, la terre, rien entre; point de montagne qui nous rapproche du ciel , point de douce vapeur qui nous trompe sur la distance ; un dôme impitoyablement tendu d'un sombre azur, comme un brillant casque d'acier.

L'islamisme , né pour s'élendre , ne demeurera pas dans ce sublime et stérile isolement; il faut qu'il coure le inonde, au risque de changer. Ce Dieu, que Mahomet a volé à Moïse , il pouvait rester abstrait, pur et terrible sur la montagne juive ou dans. le désert arabique ; mais voilà que les cavaliers du prophète le promènent victorieusement de Bagdad à Cordoue, de Damas à Surate. Dès que la rotation du sabre , la ventilation du cimeterre n'allumera plus son ardeur farouche, il va s'humaniser. Je crains pour son austérité les paradis du harem et ses roses solitaires, et les fontaines jaillissantes de l'Alhambra. La chair maudite par cette religion superbe s'obstine à réclamer; la matière proscrite revient sous une autre forme, et se venge avec la violence d'un exilé qui rentre en maître. Ils ont enfermé la femme au sérail, mais elle les y enferme avec elle : ils n'ont pas voulu de la Vierge, et ils se battent depuis mille ans pour Falima. Ils ont rejeté le Dieu homme et repoussé l'incarnation en haine de Jésus- Christ, ils proclament celle d'Ali.

Si Mahomet voulait prendre le dieu de

Moïse ; il n'avait qu'à se faire juif et à continuer pour l'Arabie les prophètes hébreux. Les juifs établis en grand nombre dans les tribus, régnant dans quelques-unes, puissants par toute la Syrie, eussent pu lui être d'un secours considérable ; au lieu de traverser son entreprise, par les plus grandes difficultés que Mahomet ait eu à surmonter. Mais d'abord le dieu de Moïse était-il bien le dieu qu'il fallait au prophète arabe; ce dieu qui devait passer, selon M. Michelet, par toutes les transformations climatériques que Y on vient de lire. Le dieu de Moïpc aussi a quitté la montagne juive; il a éprouvé tous les climats. II n'a eu le plus souvent, pour entretenir son ardeur, ni la rotation du sabre ni la ventilation du cimeterre. Et cependant on Ta toujours vu, tel qu'il s'était montré au commencement, dans l'enceinte de la Judée. La religion hébraïque nous paraît ainsi la dernière, que l'historien eût droit d'invoquer pour justification de son islamisme.

Quelle religion d'ailleurs a jamais ressemblé à l'islamisme de M. Michelet? Est-ce là une religian, qui se développe selon le soleil, qui change du levant au couchant , qui s'exalte au mouvement des batailles, qui s'affaisse et dépérit au repos, en de voluptueuses langueurs?

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