‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 19 sur 245 · LIVRE Ier, CHAP. 2, DU MUUPH1Y · texte numérisé non relu

LIVRE Ier, CHAP. 2, DU MUUPH1Y

homet II et Soliman n'eussent point en cèîà improvise le pouvoir spirituel, qu'il avait été donné à Charlemagne de fortifier et de garantir dans la chrétienté. Il y a d'une impossibilité sur ce point , des raisous qui tiennent au dogme mcme de l'islam.

Toutefois, et soit visée d'un génie qui aspire a briser ses liens, soit instinct d'un poavoir qui sent ce qui lui manque; on dirait qu'en effet Mahomet II voulut introduire dans sa nouvelle capitale, un pouvoir religieux que l'empire ne connaissait pas ou ne connaissait plus. Le Mnderris que le Conquérant fit Scheik-ul- Islam, après le premier Scheik-ul-îslam ottoman, Kidir-bey-Tscheleby ; Ce Mudérris n'en garda pas moins sa chaire, qu'il avait transportée dans la mosquée même de Sainte-Sophie. Toute

la cour allait l'entendre. On ne l'appelait que X Ebou-Hanifé dn siècle. Et Ebou-Hanifé; c'est plus que saint Paul, plus que saint Augustin, plus que tous les Pères de l'Eglise chrétienne* Ebou-Hanifé a mis la dernière main à l'œuvre de Mahomet; il a fait, avec la mission et le temps de moins (i), ce que l'Église est chargée de faire dans le cours des siècles. N'y âvait-if point dans ce souvenir; jamais invoqué aupara-

(i) Voyêt livre ïf, chap. 3.

vant, jamais évoqué depuis avec tant d'éclat; n'y avait-il point une intention assez transparente? Et ce juge souverain de Constanlinople, de Sculari et de Galata; ce doyen tout au moins des professeurs de l'empire (Scheik-uI-Islam) que Mahomet II. fait chef de tous les mouphtys ; ce haut dignitaire enfin qui descend jusqu'à la mosquée, à la grande confusion de (ouïe hiérarchie ; n'est-ce point un visible effort pour rendre au culte la parole, et lui refaire une prérogative spirituelle?

Cependant il n'appartient qu'à un petit nombre d'hommes éminens par la foi et le génie, de conserver une chaire publique comme le premier et le dernier mot des plus hautes dignités. Koussrew-Mohammed n'eut point de successeur. Avec Sélim d'ailleurs, le but avait déjà disparu; on le crut du moins. Jusqu'à Séiim , l'Empire ottoman n'avait pas eu la tradition kaliphale. La dynastie des Abassides allait s'éteignant en Egypte. Mais elle y était encore armée, comme l'onaditaprès, du glaive spirituel. Elle y donnait toujours l'investiture de quelques royaumes, lambeaux de l'ancien kaliphat. Cette investiture était plus ou moins sérieuse, plus ou moins libre surtout On la demandait enfin ; de telle sorte que le pontificat de l'empire était .vraiment

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au Caire ou n'était nulle part (i). Sélim alla l'y saisir aux mains du dernier des Abassides, et tout fut dit On ne songea plus h un patriarchat, dont le fantôme avait peut-être poursuivi Mahomet II jusque dans Sainte-Sophie ! Et comment un Sultan eut-il songé à refaire pour quelqu'autre, ce pouvoir kaliphal dépouillé pour lui, conquis avec l'Egypte et les deux Saintes-Cités? Aussi le fils de Sélim, Soliman put-il étendre encore la fonction, élever le rang, porter enfin la dignité duscheik-ul-islam jusqu'à l'égalité avec legrandvisir, à la cour et dans le gouvernement. Il n'eut garde d'introduire dans la composition de cette dignité formée de prérogatives si disparates, empruntée a tant de vieux pouvoirs matériels de l'Etat; il n'eut garde d'y introduire la prérogative religieuse, l'idée d'une parole nouvelle ou renouvelée, qui avait tenté %son aïeul Mahomet II.

Car nous ne saurions voir de prérogative spirituelle, ni grande ni petite, dans les deux seuls actes qui aient servi pourtant,- en Europe, à faire du scheik-ul-islam un pape ou pour le moins un patriarche. Il s'agit de la cérémonie du Sabre , le Couronnement impérial , et des

(i) Voyez l'appendice* n° II*

prieresfunèbres qui se récitentàla mort d'uij Sultan. Le scheik-ul-islam n'est qu'un troisième personnage dans la cérémonie du sabre. Le grandvisir et le chef des émirs y figurent comme lui. C'est avec l'aidç de ces personnages certainement

temporels , qu'il ceint larme traditionnelle au nouveau sultan. Tout l'office d'imam rempli par lçscheik-ul-islam, aux funérailles impériales, n'a riep qui doive embarrasser ; si l'on se soutient que le, moindre des Naïbs a la haute^main sur la mosquée, au point d'en éloigner les ministres et de se mettre à leur plqce. Puisque l.i magistrature donnait un pareil droit ; il était fort naturel que le chef des magistrats en fit usage, d^ns une circonstance aussi solennelle. Et. veut-on savoir combien peu cette cérémonie tient à nos idées chrétiennes sur le culte ? à défaut du scheik-ul-islam, c'est le plus ancien des Juges d'armée qui est appelé. C'est pourquoi nous ne faisons que mentionner la présence du scheik-ul-islam i\ la mosquée, dans les deux fêtes du Beyrarn où il prie pour le sultan et l'empire, après avoir baisé au sein le padiscltfh. Aussi bien si le culte et la mosquée , ce jour-là, accusent quelque chose (Je pontifical ; le pontife évidemment, ce n'est pas le scheik-ulislam, c'est le Sultan-kaliphe o^imara suprême

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auquel nous Tiendrons dans le chapitre suivant. Aucune de ces cérémonies pourtant ne manque d'un certain caractère religieux. En Turquie, au contraire, la religion a empreint toute chose; et la loi même y procède de la croyance. Dans ce Sens-là ; toute fonction légale et tout acte légal y ont par-là même un côté religieux. Mais ce qui manque radicalement aux cérémonies dont il est question , pour en faire une prérogative spirituelle ; c'est le titre précisément de celui qui en est chargé. A une prérogative spirituelle , il faut un titre spirituel. L'acte religieux qui s'accomplit, la fonction religieuse qui s'exerce, à litre de judicature ou d'administration, composent une prérogative judiciaire ou administrative, et pas autre chose. Or en tout ce que nous avons vu, le dignitaire ottoman agit et fonctionne à titre de magistrat; non pas même en qualité d'imam, à supposer que l'imameth enferme un titre spirituel. C'est comme magistrat, qu'il procèdeaux funérailles impériales par la prière, et à l'intronisation du padischah par le sabre (i). Le Scheik-ut-islana à la fête des deux

(i) Mahomet II, qui le premier se fit ceindre le sabre dans V empire ottoman, ne songea pas même à se servir pour cela du scheik-ul-islam. Il se contenta du scheîk

Beyrams , c'est tout au plus le président de Convention de France h la fête de TLlre-Supr^n Tous deux prient et officient comme représe tans d'un grand pouvoir public, à nul aul titre. Sous ce rapport donc, le scheik-ul-isla à Constantinople ne possède pas plus de prér gative spirituelle, que Robespierre e?i a possë à Paris, le 20 prairial 1 79^ L'un préside le C( lége des oulémas et les tribunaux de l'emptr comme l'autre présidait l'Assemblée nations de la république ; et c'est tout.

Tel qu'il est, le pouvoir du scheik-ul-isla aurait suffi à envahir le gouvernement du P dischah, Visirat, Porte et le reste; si ce poi voir n'eût été dans son institution plus noiniu que réel. Supposez en effet les emplois inf

qui avait découvert le tombeau d'Eyoub, disciple 1 Prophète tombé devant Conslanlinoplc, à la premié expédition des musulmans contre le Bas- Empire. C'< encore dans le turhè (chapelle sépulcrale) élevé à mémoire de ce saint ou martyr musulman par M ah met 11 , que la cérémonie s'accomplit aujourd'hui. ( un turhè n'est pas même un temple dans les idées < cullc islamique. Et si Mahomet II eût voulu un Sac comme Ton dit; eût -il donc avec l'idée du pouvo spirituel que nous lui connaissons, choisi le tombe; d'un homme de guerre pour église, et pris un sche au bâtard pour consécrateur?

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