LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN
par un petit nombre jusqu'à l'absurde déification de leur Imam, était pourtant logique dans son aspiration vers l'autorité. Elle eut dû suffire
peut-être à éclairer M. Michelet, sur ce qui manque essentiellement à l'unité musulmane. Quoiqu'il en soit ; la parole de Mahomet « celui qui meurt sans avoir reconnu l'autorité de l'imam de son temps » posée tout à l'heure comme le fondement unitaire de l'Islam, y a servi de texte au contraire à une division capitale, ou montré du moins à empêcher cette division, une radicale impuissance (i).
SYSTÈME RÀRRAULT ET d'eICHTÀL.
Le christianisme, comme on Ta .dit tant de fois, fut une réaction de l'esprit contre la matière. Il prononça l'anathême contre la chair, afin de la transformer; et retrancha les jouissances de la vie matérielle, afin de les rendre un jour plus nobles et plus bienfaisantes à l'humanité. Jésus disait qu'il était venu pour tous, et sa parole devait en effet avoir un retemissement dans le monde entier; mais eHe ne devait pas recevoir partout le même accueil, ni produire des résultats identiques. La véritable patrie de la vie intellectuelle, c'est
l'Occident C'était donc à l'Occident qu'appar tenait
le rôle actif dans la révolution qui s'opérait; l'Orient
(1) T'oyez T Appendice, n° VI II.
ne pouvait être que passif; il ne devait accepter que comme une nécessité la révolution nouvelle qui, momentanément, annullait la plus belle partie de son être; il ne devait l'accepter qu'avec des restrictions, et en faisant toutes ses réserves pour l'avenir. Il avait déjà protesté par les grandes dissidences du nestorianisme et de l'arianisme, préludes du schisme qui sépara plus tard les Grecs et les Latins ; mais sa grande protestation fut l'islamisme.
A cette époque, il fallait s'associer au mouvement chrétien, en débarrassant le monde oriental des langes de l'idolâtrie... D'un autre côté, pour agir sur les populations de l'Orient, il fallait nécessairement prendre un autre point d'appui que les -subtilités théologiques et la mysticité occidentale... Le peuple arabe offrait un instrument admirable pour une pareille mission; il était endurci à la fatigue, habitué aux périls des voyages et des combats. De pareils hommes étaient faits pour comprendre et pratiquer le mépris des biens terrestres, les préceptes d'abnégation que prêchait Mahomet, et qui surpassèrent même, à beaucoup d'égards, les plus rigoureuses observances du christianisme. Mais dans le cœur de ces hommes endurcis aux privations, régnait cependant un désir inextinguible de jouissances. Mahomet s'empara de ce double mobile. Il avait souvent dépassé le christianisme par l'austérité de sa doctrine; il le dépassa encore, mais bien davantage, dans les promesses de joies matérielles qu'il fit à ses sectateurs, pour la vie à venir. Le christianisme avait annoncé la réhabilitation de la chair ; il avait fait briller, aux yeux des fidèles, les splendeurs de la Jérusalem