‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 196 sur 245 · LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 33y · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 33y

nouvelle; mais ce qui était demeuré secondaire et comme voilé dans le dogme chrétien, devint prééminent dans la doctrine de Mahomet et lui fournit son principal moyen d'action sur les Musulmans. C'est dans la conception de son paradis, de sa vie future, que Mahomet, imitateur du christianisme pour ce qui regarde la vie présente, redevient oriental...

Les Arabes étaient les hommes de l'islamisme primitif;'leur vie âpre, endurcie aux privations et à la fatigue, convenait à son austérité et aux travaux de sa propagation ; leur imagination de feu convenait à ses promesses. Mais pour recueillir les espérances données par le prophète, pour goûter les joies de son paradis et faire asseoir les peuples musulmans à la table du banquet européen, il fallait une autre nation, il fallait les Turcs. Plus orientaux que les Arabes, par leur amour d'une vie calme et douce ; plus rapprochés de l'Occident par leurs habitudes de réflexion et la sagesse de leur jugement; meilleurs diplomates et meilleurs guerriers, il était réservé aux osmanlis de succéder au kaliphat, d'étendre leur empire sur les Arabes euxmêmes; et de donner à l'islamisme, à la civilisation de l'Orient, sa véritable métropole, Constantinople... Les sectateurs du prophète ont trouvé la réalisation de ces promesses dans les riches plaines de la Barbarie et de l'Egypte, sur les rivages délicieux de l'Asie Mineure, de l'Euphrate et du Bosphore ; ils ont trouvé dans les sérails de Constantinople ces nuages de parfums, ces breuvages délicieux, ces ernbrassemens de femmes que le prophète leur avait promis.

De même que le christianisme, l'islamisme a peu

k peu modifié sa nature ; peu il peu il a dépouillé ou du moins adouci son caractère de double réaction contre les religions antiques et contre le christianisme; il s'est rapproché des coutumes, des traditions, des penchans des peuples orientaux; il est devenu moins austère, moins rigoriste, moins hostile aux jouissances que peuvent procurer les arts et la richesse; et d'un autre côté, il a tendu les bras aux découvertes mécaniques et scientifiques de l'Europe ; il s'est intellectualisé..-.. Le paganisme et le christianisme avaient été vaincus en cette ville (Constantinople) ; mais aussitôt après le triomphe, la transaction commença entre les vainqueurs et les vaincus... Ce furent les Osmanlis qui pré* parèrent ainsi la régénération du peuple Grec. L'islamisme cependant se relâcha parmi eux de son austérité. L'usage du vin, de la musique devint assez commun.

Le conquérant de Constantinople fut le législateur de son peuple, et fut pour lui, avec moins d'éclat, ce que Charlemagne avait été pour la France. Les monarques ottomans changèrent le caractère de l'autorité religieuse créée par Mahomet. Ils négligèrent leur titre de kaliphe, et adoptèrent de préférence ceux de sultans et d'imams suprêmes, qui leur donnaient les pouvoirs temporels et spirituels, dans le sens où nousmêmes prenons ces mots. Issus d'une race de pasteurs, les Osmanlis, à travers toutes les vicissitudes de leur destinée, ont gardé le souvenir et une trace profonde de leur origine. Osman rêvait l'empire que devait fonder sa famille , sous la forme d'une tente et d'un ombrage immense. Mahomet II, lorsqu'il réglait les ins—

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