LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN
égard ; il n'a point de règle , bonne ni mauvaise , pour discerner la vérité de Terreur, l'islam du Coran de l'islamisme du premier venu. Moseilama s'érige-t-il en prophète d'une tribu puissante de l'Arabie, et propose-t-il à Mahomet un compte à-demi dans l'apostolat de l'Islam; celui-ci ne trouve rien à lui répondre, si ce n'est : « Mahomet , apôtre de Dieu , à Moseilama le « menteur. — La terre appartient à Dieu ; il la « donne pour héritage à celui de ses serviteurs « qu'il trouve à propos, et l'heureux succès ac?" « compagnera ceux qui le craignent. » Il est vrai qu'une sanglante bataille, où Moseilama périt avec dix mille menteurs comme lui, supplée bientôt à la lettre de Mahomet. Après la mort du prophète ; un doute vient-il agiter ses disciples, au sujet de sa résurrection. Omar convoque une assemblée, tire son sabre, et jure de frapper celui qui désormais se prononcera pour ou contre l'apothéose.
Ni le dogme ni la loi n'ont apporté de changement véritable, à cet état de choses. Imams, docteurs, oulémas y étaient impuissans en effet. Le Coran , en y comprenant la Sounna; le Coran n'avait donné autorité suffisante à personne. Le dogme et la loi sont excellens, pour ceux qu^ croient et obéissent. Mais ceux-là qui protestent
et résistent; quel pouvoir dogmatique et légal, dans l'Islam, aura droit de les condamner? Mahomet avait bien dit : « Les lettrés et les non lettrés doivent-ils être mis au même niveau ? Soyez soumis à Dieu, à son prophète, et à l'Oul-ul- Emr. » C'est même toute l'institution (i) des oulémas. Pourtant ces deux textes ensemble ne sont guère qu'une négation. Mahomet, qui ne voulait pas de la science pour juge du livre de Dieu , se trouve après tout obligé de la placer au-dessus de l'ignorance. Le prophète, qui ne voulait d'autorité que le Coran et ses préceptes divins, est amené par la force des choses, à exclure la révolte humaine. Toutefois, quelles seront expressémeut les prérogatives de la science islamique? Quelle compétence dogmatique et légale attribue positivement aux docteurs, la soumission recommandée par le prophète ? Cette soumission à la science doit - elle aller, jusqu'à la faire juge des divisions corassiques? Mahomet ne Ta pas dit, ni dans \aSounna ni ailleurs ; il n'avait garde de le dire. C'est que le Coran avait jugé une fois pour toutes, et
(i) Il faut remarquer que ces textes ne sont point dans le Coran ; ils ne sont qu'une tradition recueillie dans la Sounna.