LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN
Les Imams ou Docteurs ont habilement trouvé de quoi résoudre cette difficulté* dans Y état de pureté que le prophète avait prescrit à tous ceux qui toucheraient le Coran. C'est, ontils dit par la troisième formule de leur dogme, que le Coran est la parole de Dieu incréée, éternelle et existant par elle-même. D'où il suit que le Coran est inaltérable ; et que la glorieuse édition apportée par l'ange Gabriel, est assurée de prévaloir contre toutes les entreprises humaines. Cette croyance indispensable pour une religion, qui ne repose que sur un texte matériel, semble encore un moyen ingénieux de suppléer, une fois du moins, l'autorité absente de l'Islam. Cela ne répondait qu'à une première difficulté sans doute. Aussi ne voulons-nous pas dire, que la doctrine musulmane ait seulement essayé de
débités dans le public, dont le texte était altéré et falsifié. Cette circonstance, qui remplit l'Arabie, la Syrie . et PYrack de disputes et de controverses, ébranla généralement tous les esprits sur les vérités de la doctrine de Mahomet C'est alors qu'Osman alarmé arrêta, dans une assemblée de disciples, de faire tirer un grand nombre de copies du livre original, qui se trouvait chez la veuve de Mahomet , de le répandre dans le public, et de condamner au feu tous les exemplaires qui occasionaient cette effervescence. (M. d'Ohsson.')
368 DE MAHOMET ET DE SON LIVflE*
répondre aux besoins de l'avenir. Elle avait déjà trop du présent. Et comment faire davantage ; lorsqu'il fallait reconnaître à la fin , que ce dogme même formulé par tout ce qu'il y avait eu d'hommes éminens dans les premiers siècles de l'hégyre , que ce dogme était une œuvre sujette à erreur, émanée d'hommes qui n'a- ▼aienJt pas Y infaillibilité (i)?
Que pouvait le dogme après tout, s'il ne renversait le Coran de fond en comble ? L'idée seule d'une nouvelle formule , d'une formule humaine, n'était-elle point une témérité impie? Livre négatif par essence, le Coran pouvait-il seulement être dogmatisé? Les docteurs musulmans l'ont bien compris, en ne développant que les deux affirmations de Mahomet. Mais ces affirmations étaient bornées, impuissantes à féconder une religion. Mahomet n'avait fait que le strict nécessaire, pour ne pas tomber dans le déismephilosophique,dont il a été accusé pourtant. C'est qu'il n'y a point de religion véritable, sans le verbe de Dieu vivant sur la terre. Une religion qui n'a pas la parole en matière de foi, qui ne peut pas dire où finit l'obéissance, où commence la révolte ; c'est une constitution sans
(i) Voyez l'avant-dernière formule, p. 98.
LrvRK in, chap. 2, nu coran, 369
gouvernement, une charte sur le papier. C'est une idée religieuse qui ne relie personne eh dé* finitive ; puisque chacun demeure son propre juge en ce monde. Mahomet a manqué par-là son Islam. Les docteurs ont eu beau faire hlivreconsubstantiel à Dieu; ce n'était toujours que l'idée de Dieu. Dieu ne s'était point fait homme. Nous n'avons ni la mission d'aucun débat théologique, ni le dessein d'aucune profession de foi personnelle. Mais évidemment l'idée de l'incarnation du verbe divin, si elle ne descend pas du ciel , est une œuvre colossale qui a dépassé les forces du dernier des prophètes. Le génie religieux de Mahomet s'était élevé jus-1 qu'à clôturer l'ancienne prophétie, pour une religion défiuitive. Car Mahomet ne s'annonçait pas comme prophète seulement; il apportait la parole même de Dieu, dans son texte divin* Jusque là, toute prophétie n'aVait eu lieu que pour un temps, et pour un peuple. L'inspiration divine n'avait pas fait franchir aux anciens prophètes, les limites de l'espace et du temps* Ce n'était que Dieu lui-même qui pût annoncer une religion universelle et éternelle* Mahomet ne s'est pas élevé plus haut. Il a en vain torturé son génie, pour échapper au Dieu - homme clans Jésus; il n'a point remplacé ce dogme es-