‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 221 sur 245 · LIVRE III, CH\P. 2, DU CORAN · texte numérisé non relu

LIVRE III, CH\P. 2, DU CORAN

C'a été en Orient, le boulet aux pieds de la loi. Dans le passage de Tétai religieux à l'état légal, le Coran même avait évidemment subi une altération notable. Le jour où le livre divin s'était fait ou appelé loi, il avait reconnu un autre principe que la croyance. La parole du livre qui avait prévalu jusque-là, uniquement par la forcé prophétique, s'imposait désormais par une autre force. La Croyance qui était tout au commencement, n'était déjà plus que la croyance. Le protestantisme qui s'était fait loi, ne s'était pas fait religion pour cela ; il était toujours le protestantisme, rien autre chose. Car, au fond, la souveraineté temporelle ne. peut pas plus fonctionner au profit de la religion, que la souveraineté spirituelle toute seule ne fonctionnerait au profit de la loi. La loi, au contraire* s'était plus ou moins fortifiée , n'eût-elle fait que vivre dé son principe souverain. La vie légale en Arabie* tout empêchée qu'elle était, accusait toujours l'action plus ou moins énergique de la souveraineté temporelle.

Et ce n'est pas tout. Non seulement la croyance qui se fait loi, n'en est pas plus religieuse; mais elle l'est moins. Elle n'est guère autre chose que la loi, du moment où elle se réduit à en vivre. La souveraineté temporelle

peut bien faire obéir ; mais elle ne saurait faire croire. L'action de cette souveraineté, quelque faible qu'elle soit, dénature ainsi la croyance qui ne l'empêche pas tout-à-fait» Ce n'est plus un livre divin qui se propose à la foi ; c'est un acte exclusivement humain qui commande l'obéissance. Et qu'est-ce qu'une religion , qui ne peut que se faire obéir? C'est une croyance réduite à quelques lambeaux de Rituel et de Morale, qu'il est toujours facile de traduire en actes matériels et saisissables. Ce n'est plus même une croyance quelconque ; c'est une série de prescriptions, de défenses et de pénalités, religieuses ou non, de par la loi. Et cela seul peut expliquer, ce qu'est devenue la religion prophétique, après Mahomet. Le sens religieux du livre a toujours été s'efifaçant, et a fini par se perdre. La croyance s'est matérialisée et atrophiée dans la loi, comme le Verbe divin s'était incarné et suicidé dans le Coran. La loi a absorbé le livre, comme le livre avait absorbé Dieu. De telle sorte que la prétendue loi religieuse du Coran n'a plus été, à vrai dire, qu'une loi dévotionnaire.

Etrange dévotion encore , et qui achève de caractériser la fin du protestantisme corassique! Les théologiens ont été des légistes ; les cas de

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