LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 3<)I
le principe protestant s'est employé contre les lois de toute sorte > qui ne se trouvaient pas textuellement écrites dans le livre divin. M. de Sacy, avec son admirable sagacité qui dépasse la science même, a mis le doigt sur cette plaie de l'islam (i). La seconde conséquence; c'est que jamais , non plus , la législation islamique n'a été un instrument, qui pût faire l'œuvre de la souveraineté temporelle par tout pays. La loi affaiblie par la lutte incessante que nous avons dite, n'avait pas sa fonction normale, En d'autres termes, la filiation souveraine des lois n'était ni claire en principe, ni assurée en fait; et leur action devait naturellement s'en ressentir. C'est pourquoi la Loi, dans l'islam, a fait défaut à la société et à la civilisation des croyans. Elle a trouvé la barbarie, et elle a laissé la barbarie* Chargée des entraves que nous savons, elle n'a suffi qu'à grand' peine au strict nécessaire de tout état social ; le nécessaire d'ordre matériel , de police gouvernementale. Quel ordre, et quelle police! Nous le dirons dans I'Orient. Ce que tout le monde sait ; c'est que les peuples orientaux, à l'heure qu'il est, en sont à peu près au point où le livre de Mahomet les a pris* Le*
(*) Voytg l'Appendice, ne IX.
nations musulmanes sont restées légalement stationnaires. On dirait que l'humanité s'est arrêtée devant le protestantisme oriental, si l'humanité pouvait jamais s'arrêter; comme le soleil «levant Josué (1).
(1) M. de Lamartine ep i83i, comme M. de Chateaubriand en 181 1, s'est beaucoap étonné de ne rencontrer par les chemins, que des Aqueducs en ruine, des Ponts^qui croulaient, des Kans abandonnés. L'illustre voyageur s'indigne de ce que Y État tu fait tien pour F Etat, 11 y en a pourtant une raison assez simple ; c'est qu'il n'y appoint à'État, comme il n'y a point de Loi. Il n'y a à1 État, qu'un essai, un commencement de formation auquel a pu suffire la loi islamique. « Si ces « premiers établissemens, continue M. de Lamartine, « ont été le fruit du zèle religieux et individuel ; on « doit en conclure que chez les musulmans la religion s'qf- * faiblit, et qu'avec la religion, l'état social est au moment « de s'écrouler* » Nous ne demandons pas mieux. Mais de ce que les efforts d'une croyance naissante, ont ameué un état social que cette croyance est impuissante même à entretenir, à présent que le zèle s'est refroidi; il ne résulte pas, en bonne logique, que les populations arriérées à cet état-là, soient incapables de s'acheminer vers un autre. Ce qui est impuissant, c'est la croyance religieuse ; ce qui est vermoulu, c'est la forme légale de la société islamique. La Turquie ne doit ainsi compter peut-être, pour sa régénération, ni sur le zèle religieux de l'Islam, ni sur l'action de sa loi. On peut