‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 72 sur 245 · LIVRE II, CHAP. 3, DU CULTE. l3g · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. 3, DU CULTE. l3g

Y officiant de cette cérémonie, où se presse tout le sacerdoce de la judicature et des oulémas autour du sultan? c'est lé chef des eunuques noirs, que son maître, en cette occasion, honore et fait revêtir d'une fourrure de zibeline.

On a beaucoup parlé du Sandjéak - schèrif, comme du palladium religieux de la dynastie ottomane. Précisément, le drapeau du prophète n'est presque jamais l'objet d'aucune dévotion. Sans doute , on le garde , on le porte avec de grands honneurs. Quarante hommes d'élite sont préposés à sa défense pendant la guerre, sans compter des régimens spéciaux. Ce drapeau a sa tente en campagne , comme il a au Serait ses quarante enveloppes et son étui. Mais toutes les prières se disent, tous les flots d'aloës et d'ambre gris s'exhalent , chaque année, au baisement d'une robe de camelot noir, donnée par Mahomet à un poète de son temps, et rachetée par le premier des kaliphes ommiades» C'est là l'unique objet des dévotions privilégiées du Sérail, où Fou voit figurer à peu près les mêmes personnages qu'à l'anniversaire dont nous venons de parler. Ce qui achève de montrer le vide spirituel de cette dernière cérémonie; c'est qu'il y a une autre robe du prophète à Constantinnple, pour laquelle un Effendi fa\l%

l4o DE U RELIGION, DOGME ET LOI.

au i5 de Rhamazann , une sorte, d'exhibition publique. La robe en poil de chameau est conservée depuis des siècles, par l'aîné d'une famille arabe bien connu sous le nom de scheik de la robe sacrée (i). Mahomet l'avait donnée à

(i) Cette relique, enveloppée comme c^lle du sérail, dans quarante boghtschas des plus riches , est gardée dans une superbe chambre qu'il a fait bâtir en pierres, dans son hôtel situé au faubourg Essky-Aly-Pascha- Mahalessy. Il l'expose aux hommages du public , chaque année, dans les quinze derniers jours du rhamazann. La dévotion y attire un monde prodigieux; hommes et femmes de tout état et de toute condition s'y rendent avec des offrandes, non pas en argent, mais en étoffes, eu bois d'aloës , en ambre gris, en mousselines, ce qui fait tous les ans un objet considérable pour le dépositaire fortuné de cette robe. Pendant cette quinzaine, deux de ses plus proches parens se tiennent tour à tour la tête baissée, les mains croisées et dans le recueillement le plus profond, devant cette relique, dont on ne fait voir et baiser que le bord. Une dame de la même famille , le visage voilé, distribue à côté de cette chambre de l'eau sainte, absolument pareille à celle du Sérail. Chacun s'y présente avec de petites fioles , dont on débite ce jour là une quantité prodigieuse, dans des boutiques établies pour cet objet aux environs de la même maison. L'afîluence y est d'autant plus considérable, que le peuple n'a pas l'avantage de visiter les reliques qui se conservent au sérail. ( M. d'Ohsson.)

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