‹ De l'empirisme en médecineChapitre 5 sur 12 · HISTOIRE DE L’EMPIRISME A NOTRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L’EMPIRISME A NOTRE ÉPOQUE

Nous sommes arrives à l’époque au milieu de laquelle nous vivons , et nous devons examiner avec quelque soin l’importance que l’empirisme rationnel a pu acquérir, et la manière dont cette méthode est appréciée et employée. Pour traiter complètement ce sujet, il eût été nécessaire d’examiner l’état de la médecine dans différentes contrées , et de se rendre compte des règles que les médecins les plus distingués y ont suivies dansleurs travaux pour reculer les bornes de la science. Ce serait une tâche immense et utile sans doute ; mais les matériaux memanquentpour l’entreprendre; je me bornerai donc à jeter un coup d’œil rapide sur la méthode suivie en général dansTécole de Paris, relativement aux travaux de la médecine. Nous pourrons toutefois arriver à conclure que, dans les pays étrangers, aussi bien qu’en France , les esprits sont encore partagés entre les deux méthodes générales de raisonnement, la méthode empirique etla méthode dogmatique. Partout, en effet, nous verrons l’empirisme rationnel gagnant du terrain, jetant de profondes racines dans la science, et, à côté de lui, le dogmatisme délaissé dans certains pays , et n’avant presque plus d’adeptes. Sans doute, ce dogmatisme repoussé chez nous est encore vivace dans quelques écoles ; mais on est loin d’en être surpris quand on sait combien l’esprit humain se dépouille lentement de sa tendance naturelle à vouloir pénétrer au-delà de la limite des faits pour se reposer dans le

domaine de l’hypothèse et pour essayer de remonter aux causes premières des phénomènes , c’est-à-dire à ces causes qu’on appelait avec raison, dans l’antiquité, causes occultes.

Les renseignements fournis par les pays où les sciences sont le plus cultivées, justifient les considérations que nous venons d’émettre. En effet, par exemple, dans les différentes parties de l’Allemagne la médecine est cultivée par des hommes supérieurs, dont l’observation et l’expérience sont les seuls guides; mais chez un certain nombre d’entre eux aussi, l’hypothèse vient de se mêler à l’observation de la nature et s’oppose à la netteté des résultats qu’elle doit fournir.

Beaucoup d’esprits distingués, séduits par les idées deSchelling, ont embrassé avec ardeur les principes de sa prétendue philosophie de la nature, et imbus de sa doctrine, sont parvenus à obscurcir les résultats d’une saine observation , en créant dans les sciences une sorte de mysticisme.

A côté de cette doctrine qui exerça une grande influence sur la médecine (1), nous voyons se dérouler la théorie de de l’évolution, qui peut être considérée comme une dérivation de celle deSchelling. Ces doctrines ne sont que des hypothèses établies à priori , et cependant on les voit reparaître à chaque page dans les écrits de quelques-uns des savants les plus distingués.

En Italie, le contro-stimuîisme est encore plein de vie, et occupe un rang presque égala celui de la science, fondée sur l’observation et l’expérience. Personne, certes, ne pourra lui contester le nom de méthode dogmatique, bien qu'il prétende s’appuyer uniquement sur l’observation et l’expérimentation, surtout en matière de thérapeutique.

En Angleterre , les hommes éminents ne manquent pas , et personnelle refusera de décerner le nom d’empiristes rationnels aux Bright, aux Hamilton,aux Grégory , et à bien d’autres dont tous les travaux ne reconnaissent pour point de dé-

fi) Quæquam habuerit vim in omnem theoriam medicinæ.’ dici vix potest. Hoeven.

part que l’observation delà nature. A côté d’eux se trouve un certain notnbr de partisans du Brownisme, et un nombre considéi able aussi de médecins qui, voués à l’étude de l’action des médicaments et de leurs propriétés curatives, croient en possé der d’héroïques ou même de spécifiques contre beaucoup de maladies. Je considérerai ces médecins non pas comme des empiristes, mais comme ayant été conduits à l’hypothèse par l’abus de la méthode d’induction.

Aux Etats-Unis, les principes de l’école française dominent, car c’est à Paris que la plupart des médecins distingués de ce pays sont venus soit puiser leurs connaissances, soit retremper leur savoir.

Dans notre pays enfin, à Montpellier, nous trouvons une école essentiellement vitaliste qui, imbue des principes de Stalrl et professant les dogmes établis par Barthez, veut cependant méconnaître son origine toute dogmatique, et prétend appuyer ses doctrines sur la seule observation de la nature. Cette école, du reste, ne forme plus tin ensemble aussi compacte qu autrefois. Quelques-uns de ses adeptes, parmi ceuxlà même qui ont embrassé les théories précitées , n’en ont pas moins procédé empiriquement dans leurs travaux ; mais pris dans leur ensemble, on doit les considérer comme dogmatistes.

Dans ce coup d’œil rapide que je viens de jeter sur les méthodes philosophiques suivies en médecine, dans les contrées que l’on peut considérer comme les plus civilisées, et où la médecine est si dignement représentée, je pense avoir démontré la vérité de ma proposition, c’est-à-dire la marche à peu près parallèle, ou au moins la combinaison des deux seules méthodes philosophiques qu’il soit possible de suivre dans les sciences. U ne me reste plus maintenant qu’à apprécier en peu de mots l’école de Paris qui brille d’un éclat toujours plus vif et moins contesté.

Je crois pouvoir établir en principe que la méthode suivie par les médecins de cette école dans leurs travaux est absolu-

ment la même que celle qui dirige les savants dans les sciences naturelles: c’est la méthode expérimentale , ou l’empirisme rationnel.

Cette proposition peut facilement être prouvée par l’examen des ouvrages les plus remarquables sur les généralités de la médecine (1) .

Tous les médecins qui travaillent d’une manière sérieuse ne sont guidés que par l’observation et l’expérimentation ; l’induction ne vient qu’ensuite féconder ou généraliser les résultats, et les ériger en lois synthétiques.

Pour citer quelques exemples choisis parmi les médecins qui occupent un rang distingué dans la science, n’est-ce pas en s’appuyantsurcesbases fondamentales que MM.Andral etGavarret ont pu formuler les lois des altérations du sang dans les maladies; queM. Bouillauda éclairé l’histoire des maladies du cœur, et établi la loi de coïncidence de la péricardite et de l’endo* cardite avec le rhumatisme aigu ; que M. Piorry a étendu et fécondé l’importance de la percussion plessimétrique, et démontré l’existence de l’hypertrophie de la rate dans la fièvre intermittente ; que T\I. Cliomel a éclairé Histoire de la fièvre typhoïde ; que M. Rayer a tracé le table aucomplet desmaladies des reins et de la morve ; que M. Louis a si nettement exposé ses recherches sur la fièvre typhoïde et la phthisie, etc , etc.

Enfin, si de tels maîtres comptent beaucoup d’imitateurs , d’émules et de collaborateurs dignes d’eux, c’est que la nouvelle génération médicale a déjà pu apprécier par elle-même la supériorité de la méthode que nous préconisons, et qu’elle a eu le bon esprit de s’y attacher.

Telle est l’histoire de l’empirisme, et en particulier de l’empirisme rationnel, fl ne nous reste plus maintenant qu’à exposer les procédés et les règles qu’il suit dans ses applications.

( t ) Amiral, Leçons orales de Pathol, générale ; Bouillaud, Philosophie médicale ; Piorry, Traité de pathologie-, Cliomel, Traité de palh gén. ,

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