‹ De l'empirisme en médecineChapitre 6 sur 12 · RÈGLES DE L’EMPIRISME · texte numérisé non relu

RÈGLES DE L’EMPIRISME

Nous avons essayé de démontrer, dans le chapitre précédent, que l’empirisme rationnel était la méthode philosophique adoptée par la plupart des médecins distingués de notre époque, et que c’était à elle que la médecine, comme les autres sciences, devait les progrès qu’elle avait faits depuis une vingtaine d’années. Il est aisé de s’assurer, en effet, qu'en physique et en chimie, on ne procède pas d’une autre manière. Méditons ces paroles d’un savant physicien , relatives à la méthode dans ces deux sciences, et nous pourrons presque dire que les développements dans lesquels nous allons entrer ensuite n’en sont que le commentaire.

« Il faut découvrir des faits , les étudier sous toutes leurs « faces pour s’assurer de leur exactitude, puis les classer et les « analyser, afin d’arriver à la connaissance des causes et des « principes, en évitant toutefois de s’élever trop rapidement « des faits particuliers aux principes généraux, comme on est « trop souvent enclin à le faire.

« Cette marche de l’esprit humain dans l’étude des sciences, « suivie instinctivement par Galilée et ses disciples, et formu- « lée si heureusement par Bacon, est devenue une règle de « conduite dont on ne saurait s’écarter sans courir la chance « de s’égarer ; mais si la méthode analytique, qui consiste à « diviser pour arriver plus sûrement aux principes, produit de « grands résultats, il ne faut pas l’adopter à l’exclusion de la « méthode synthétique, qui rapproche les parties pour arriver « au même but, quand on embrasse l’ensemble d’une science. »

L’empirisme rationnel étant une méthode philosophique, reconnaît par conséquent, un certain nombre de règles qu’on doit suivre dans son emploi et qu’il est indispensable de préciser. Il paraîtra peut-être singulier , que j’essaie de formuler ce qui est devenu en quelque sorte une habitude des esprits scientifiques; mais si l’on me trouve téméraire de vouloir exposer des principes que tout le monde connaît, j’espère trouver une excuse d’abord dans le litre de ma question, et ensuite dans les efforts que je ferai pour être aussi complet que possible (1).

L'application de l’empirisme rationnel dans l’étude de la médecine a pour but de conduire à l’établissement des principes généraux de la science.

Une science, en effet, n’est constituée et n’existe qu’autant qu’elle possède un certain nombre de principes généraux ou de lois capables de la représenter au moins dans sa généralité. Moins ces principes généraux sont nombreux , et plus cette science approche de la perfection. Or, la médecine possède un certain nombre de principes généraux : donc elle est une science; elle en possède même plus que les autres sciences: donc elle est encore loin de sa perfection.

Un principe général ou un fait général représente ce qu’il y a de commun dans un certain nombre de faits particuliers pouvant être rapprochés les uns des autres sous un rapport quelconque. Voici , par exemple, un principe général : dans toutes les phïegmasies , il y a augmentation de la quantité de fibrine normalement contenue dans le sang.

(t) Les sources auxquelles je puiserai seront les suivantes. L,' Essai de philosophie medicale de M. Bouillaud ; le Traite de pathologie interne de M. Chomel ; celui de Pathologie iatrique de M. Piorry ; mais surtout les Leçons orales de pathologie générale de M. Andral, pour lesquelles j’invoquerai des souvenirs et des notes; mais ne pouvant m appuyer sous ce dernier rapport sur aucune citation, j’en accepte d’avance toute la responsabilité.

Les principes généraux ou les faits généraux ne peuvent jamais être imaginés à priori. Agir ainsi, ce serait créer une hypothèse, ce serait faire du dogmatisme au lieu de l'empirisme ; ils doivent être établis sur l’observation des faits particuliers. C’est donc par l’étude des faits particuliers qu’il faut commencer à édifier la médecine, comme toutes les sciences naturelles.

La connaissance des faits particuliers peut être obtenue patdeux procédés différents , qui tantôt sont mis simultanément en œuvre, ou dans d’autres cas sont employés isolément, et ne peuvent se suppléer l’un l’autre. Ce9 deux procédés sont l’observation et l’expérience, ou plutôt l’expérimentation. Nous allons examiner avec soin ces deux procédés.

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