‹ De l'emploi combiné du choral et de la digitale dans la période d'agitation de l'épilepsie et de la manieChapitre 8 sur 20 · PAU · texte numérisé non relu

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où sont condensées tant de précieuses indications, tant d’opinions diverses sur les questions de thérapeutique, nous trouvons cependant (1): « Dans les palpitations cardiaques, qui ne reconnaissent pas pour cause une lésion valvulaire, la digitale peut être d’une utilité palliative et passagère dans le cas où ces palpitations se présentent chez des individus irritables, nerveux, sous l'influence d’affections psychiques », et quelques lignes plus loin: «Disons encore que quelques médecins anciens, Gælis, Formeyet autres ont employé la digitale dans certains cas de méningite, sans en retirer naturellement aucun avantage positif.» Et c’est tout. La part de l’aliénation mentale, comme l’on voit, n’est pas excessive. Il est bien évident qu'il se présentait des cas particuliers où l'emploi de la digitale était indiqué, et donnait par suite d'excellents résultats.

Mais il s'agissait de généraliser cette médication, de combiner l'emploi de ce médicament cardiaque avec l'agent soporifique. C’est ce que M. le professeur Mairet a entrepris avec le plus grand succès, se basant sur des observations approfondies et nombreuses de la nature intime de ces aliénations mentales et de leurs symptômes, ou des troubles somatiques qui les provoquaient, les entretenaient et en amenaient la répétition.

Nous croyons fermement, en effet, avec le savant médecinadjoint de l’Asile de Montpellier, que le nervosisme de Bouchut, la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber, l'irritation spinale de Brown, bref, ces mille formes que revêt une névrose encore peu connue sont l’une des causes les plus profondes de beaucoup d’aliénations mentales. Ai-je besoin aussi de citer l’épilepsie ou du moins ses manifes-

(2) Nothnagel et Rossbach, loc. cil., p. 695.

tations si éclatantes comme justiciables de troubles cardiaques ? Les exemples abondent à l'appui de cette affirmation, et, le facies, à défaut d’auscultation des malades, seront là pour déposer en ma faveur. Le rapport entre ces troubles cardiaques et ces troubles psychiques n’est pas toujours très net, il est vrai. A défaut de faits et de constatations pathologiques autres, nous sommes bien en droit de nous arrêter à cette relation qui mérite certainement un sérieux examen.

Les indications résultant de cette nouvelle donnée apportée dans l’étude de la nature de certaines aliénations mentales étaient formelles: le cœur intervient, c’est certain ; de quelle façon ? très peu souvent par des lésions valvulaires ; le plus souvent, par une excitabilité anormale cachant la faiblesse de l’organe, et réalisant à certaines périodes des phénomènes d’exaltation.

À quoi destine-t-on d'ordinaire la digitale ? N'est-ce pas de l’avis de tous les auteurs, à l’affaiblissement vrai, réel ou caché momentanément, du muscle cœur ? Cet héroïque médicament pouvait-il trouver meilleure occasion d'exercer son action bienfaisante ? Le chloral apportant ici son action soporifique combat manifestement d’abord le symptôme et ajoute tels effets éloignés à la sédation cardiaque immédiate de la digitale. |

L'association de ces deux médicaments semble, en outre, décupler et avancer la résultante des effets de chacun d’eux pris séparémeut. Le chloral, en effet, à dose thérapeutique, a un effet essentiellemeut passager, 5 heures de sommeil c’est tout ce que l’on peut demander à 2 gr. de ce médicament; et avec la digitale à 60 centigrammes de feuilles de Strasbourg on à attendu un jour entier avant que les effets modérateurs se produisent. Ici, dans la potion dont nous donnons plus loin la formule, au bout de demi-heure, nous

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voyons par les observations heureusement consignées à la fin de ce travail, les phénomènes d’excitation intellectuelle ou instinctive, les mouvements incoordonnés des muscles de la vie de relation et de la vie organique tomber tout-à-coup comme par enchantement et cela avec des doses infimés, 90 centigrammes de digitale, À gramme, 2 grammes de chloral. Quel est le médecin aliéniste dont les suceès sont aussi rapides à ces doses-là?

Il reste à donner une explication de ces phénomènes de sédation. Le temps et les circonstances ne nous ont malheureusement pas permis d'entreprendre quelques expériences physiologiques dans ce sens et de faire une théorie même incomplète d’après les résultats qu’elles nous auraient donnés. Ce que nous allons exposer est simplement une vue de l'esprit que les faits pathologiques autorisent à avancer.

De prime abord, ces deux médicaments à dose thérapeutique semblent se contrarier; Lun abaisse la tension sanguine, l’autre tend à l’augmenter; l’un abaisse latempérature périphérique, l’autre l’élève ; l’un paralyse légèrement les centres nerveux et l’autre n’a pas d'action sensible sur eux.

Il y a d’abord à élucider la question des doses que nous n’employons ni trop forte ni trop faible pour permettre à l’un des médicaments d’avoir une action prédominante sur l’autre. Le chloral à 3 grammes, la digitale à À gramme par jour sontinscrits dans tous les formulaires ou pharmacopées, le rapport existe entre À gr. 50 de chloral et 0 gr. 50 de digitale.

La question des actions électives se présente ensuite et nous paraît avoir la plus grande importance: la digitale s'adresse au cœur qu’elle modère et dont les contractions vont envoyer à la périphérie et au cerveau par conséquent un

Le MOSS sang toujours le même dans le même espace de temps, de facon à ne pas faire succéder l’hypérémie active à l’anémie passive de cet organe ; le chloral, par l’intermédiaire du sang, arrivera au voisinage des cellules ou des centres nerveux qui président à la connaissance ou à l’instinct, et paralysera ces noyaux par action locale ou de voisinage. Ainsi prédisposée par le chloral, la cellule nerveuse subira l'apport régulier, mais plus ou moins considérable, de sang que le cœur lui enverra sous l'influence de la digitale, et la réaction physiologique ne se produira plus; c'est-à-dire que les muscles de la vie de relation n’accompliront plus ces actes réflexes dirigés par un reste de volonté, que les muscles de la vie organique et le cœur lui-même seront rendus à leur activité normale et que les fonctions traduiront les influences qu'ont subi les organes. C’est ainsi que nous pouvons constater, comme dans la plupart de nos observations, une somnolence presque subite, une absence de volonté manifeste, une vie végétative en.un mot des plus régulières.

Les résultats de cette médication digitalo-chloralique se remarquent surtout par des symptômes assez bruyants (voir obs. VI, VII, VIII). Pour être complet, il resterait à faire usage des instruments dont s’est enrichie la science, prendre le pouls au sphygmographe, le tracé du cœur avec divers appareils, la respiration avec les pneumographes connus; il resterait aussi à examiner le fond de l'œil à l’ophthalmoscope, et enfin, à examiuer attentivement en qualité et quantité les urines, ce que nous avons tenté de faire dans l'observation n° VII. Nous regrettons bien vivement que les exigences de la carrière que nous avons embrassée ne nous aient permis d’élucider, avec l’aide de la physiologie expérimentale, cette question de la théorie.

Il n’est pas hors de mise d'indiquer, en quelques mots, de

PAT DT quelle façon doit se faire l’administration du médicament et des précautions dont elle doit être accompagnée. O. Liebreich (1) donnait originellement le chloral sous cette forme : | Solution hypnotique: Hydrate de chloral.... 2-4 gr. Eau distillée........... D — Sirop d’écorces d'orange. 15 —

ou Potion sédative: Hydrate de chloral.. . 2-4 gr. Mucilage de gomme ara-

DIQUES LINE RE D0 — Sirop d’écorces d'orange 50 — Eau distillée 22120 Æ

Nous avouons aimer beaucoup le premier mode d’administration et nous avons, le plus souvent, entendu M. le professeur Mairet formuler :

COTE EE À — 2gr.

Siropdigitale eue - 90 gr SONT SUR ET SERRE EU 90 gr

Toutefois, si l’on tient surtout, chez les maniaques dont l'agitation est entretenue par la lésion cardiaque passagère, à être fixé sur la dose de digitale employée, il vaut mieux formuler :

Hydrate.de chloral....:.2, 1.0 1 — 2 gr.

Feuilles de digitale de Strasbourg 0,50 — 1 gr. HAÉpOour MMÉION 1.4, Lin, 100 gr.

Sirop simple ...... DEN RN PSS PER 30 —

ou encore se servant du sirop de chloral de Follet: SHODEetCIORA LE EE LRU SE 25 à 50 gr.

Feuilles de digitale........ NA TD )0 centig. Bad DOUTE Eee 90 gr.

(1) (Liebreich, loc, cit.

LRO Sen

L'on comprend facilement que l’on s'arrête à la médication interne et que l’on n’emploie pas les lavements, les injections hypodermiques ou intraveineuses.

Une contr’indication formelle se présente lorsque la potion ne peut être tolérée par l’estomac. Après quelques essais infructueux, M. le professeur-agrégé Mairet a réussi à obtenir la tolérance par l’adjonction de quelques gouttes d’acide cyanhydrique médicinal ou quelques grammes d’eau de laurier-cerise:

Hydratedechloral AR rene ENEne 2 gr.

Acide cyanhydrique médicinal.. ... 2 gouttes. Sirop de digitale... REA 90 gr.

Hans dotillés ere etes 90 gr.

Le temps que doit durer l'administration de la potion est généralement très court; quelques jours à peine, souvent un seul jour suffit pour obtenir les effets désirés.

Pour le mode d’administration, nous employons comme M. de Rinecker, et peut-être M. Mairet le faisait-il avant lui, les doses réfractées : 2 grammes en 5 ou 4 fois, d’heure en heure ou toutes les deux heures

Le régime n’est pas du reste changé tout le temps que dure la médication.

C’est avec cette simple association rationnelle du chloral et de la digitale que les épileptiques de l’asile sont traités, sans que l’on songe par cela à s'attaquer à la maladie ellemême, à la névrose épilepsie, et que certains maniaques sont favorisés du repos corporel et intellectuel pendant la

plus grande partie de leur période d’agitation. = Certainement, même chez les épileptiques, on a quelques insuccès, et chez les maniaques qui ne présentent pas de troubles cardiaques, on n'obtient pas davantage qu'avec le chloral seul suivant la méthode de Rinecker (l’observation

Re IX en est la preuve), mais les résultats heureux sont si nombreux en face de ces insuccès, que nous n’hésitons pas à

croire cette nouvelle médication digne de la plus grande considération.

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