ETUDE CLINIQUE
Nous avons vu queles auteurs au début avaient pour règle de donner HCI chaque fois qu’ils constataient l'absence de l'acide libre dans un chimisme stomacal. Se basant aussi sur l’action d'HCL paraissant arrêter la sécrétion chlorhydrique, quelques-uns à la suite de Talma le donnèrent dans l’hyperchlorhydrie avec ulcus.
Nous croyons devoir faire quelques réserves sur l'emploi d'HCI daus ces cas-là. Nous avons vu entre autres dans le service de M. Humbert Mollière suppléé par M. le Dr Tournier un malade qui avait été soigné antérieurement par M. le Dr Weil.
C'était un cas type d’hypersecréteur. Le Dr Weil avait traité par HCI et atropine ; le malade n'avait éprouvé aucun soulagement.
Lescasrelatés dans notre travail se divisent en trois groupes.
Dans un premier groupe, nous relatons les obsertions de malades atteintes surtout de troubles intestinaux, les phénomènes gastriques étant peu marqués.
Dans un deuxième groupe, nous donnons quelques observations d’hypochlorhydrie fonctionnelle chez
= des malades, le plus souvent marquées de neurasthénie.
Dans le troisième nous avons quelques cas de catarrhe gastrique avec hypoacidité et hypochlorhydrie sans hypéresthésie dela muqueuse.
Les études nombreuses faites sur la physiologie et la pathologie stomacales établirent la relation étroite qui existe entre les différentes parties du tube intestinal. Des troubles intestinaux, dont la pathogénie récemment encore était assez obcure, parurent avoir leur point de départ dans un chimisme gastrique défectueux. Le chapitre des gastro-entérites s’élabora ; les leçons de MM. Germain Sée et Hayem vinrent éclairer d’une grande lumière ce nouveau chapitre de la pathologie.
Il estfacile en effet, de comprendre que les troubles gastriques doivent à la longue avoir un retentissement fâcheux sur lintestin. Si l’estomac est insuffisant à sa tâche, il en résulte pour l'intestin un surcroît de travail dont il s’acquitte bien pendant un temps plus ou moins long, mais qui finit par entrainer un état irritatif de cet organe.
De plus il ne nous paraît plus contestable aujourd’hui que l’arrivée dans l'intestin d’un chyme mal élaboré a pour effet d'apporter certaines modifications dans les sécrétions glandulaires (Boas, Dolinsky) de l’intestin.
Le symptôme commun à tous nos malades était en effet une diarrhée lientérique, survenant le plus souvent dès le repas absorbé.
Nos malades se plaignaïient peu de l'estomac ; les
AIRE phénomènes du côté de cet organe étaient peu accentués, les douleurs nulles.
La diarrhée lientérique, en dehors des cas où elle est symptomatique d’une fistule gastro-intestinale, traduit l’insuffisance pancréatique.
Le traitement par HCI à hautes doses amena de très heureux résultats et cela dans un temps court.
Nous voyons en effet dans nos quatre observations la diarrhée cesser au bout de 4 à 5 jours, les malades reprendre de l’embonpoint et revenir à un état plus normal.
L'efficacité du traitement nous paraît surtout bien mise en relief dans l'observation première. Notre malade, depuis plus d’un an, avait vu différents médecins et avait absorbé de multiples médications sans qu'aucune amélioration ne se fût produite. L’opium, le bismuth, d’autres poudres encore n’avaient amené qu’un jour ou deux de calme. Quelques jours après le traitement par HCI, la diarrhée avait complètement cessé.
Nos malades présentaient des troubles gastriques peu accentués: objectivement onne notaitniclapotage, ni ballonnement, ni douleurs, ni flatulence ; la motricité stomacale était conservée, même plutôt exagérée. Seul le chimisme d’un repas d’épreuve venait prouver l’anacidité du contenu stomacal.
Devant ces résultats remarquables, nous nous croyons donc fondé à dire qu’une des principales indications de l’emploi de HCI à hautes doses est la diarrhée lientérique avec anacidité du contenu stomacal.
Dans notre deuxième groupe, nous avons traité par l’acide à hautes doses certains états gastriques, avec hypochlorhydrie fonctionnelle. Neurasthéniques généralement, tous nos malades présentaient comme symptôme commun et saillant des vomissements après les repas. Chez tous le chimisme donnait une acidité totale faible et pas d'HCI libre ou combiné. Les troubles gastriques dataient de longtemps ; quant aux phénomènesintestinaux, ils étaient divers et n’avaient rien de caractéristique.
Le vomissement chez ces malades avait lieu sans efforts et généralement 3 à 4 heures après le principal repas. Les matières vomies ne donnaient pas la sensation de brûlure, ni d’aigreurs.
L'observation IX° fait bien ressortir la valeur du traitement par HCI à hautes doses dans ces cas. Le malade avait jusqu’à 10 et 12 vomissements dans les 24 heures.Du 15 septembre au 25 novembre, le malade ne cesse de vomir, malgré le traitement (potion de Rivière, régime, etc).
On donne HCI, 4 grammes dilués dans 600 grammes d’eau ; les vomissements deviennent de plus en plus rares et,le 8 décembre,le malade ne vomit plus. La guérison s’est maintenue après quelques jours encore de traitement par HCI.
Notre troisiènie groupe relève certains cas de catarrhe gastrique avec hypoacidité et hypochlorhydrie. Tous nos malades ont dans leurs antécédents des excès alcooliques. Lestroubles gastriques consistaient surtout en vomissements alimentaires, ballonnement, sensation de poids après le repas, insomnie, inap-
ere pétence. Là encore HCI à la dose de 8 à 5 grammes par jour nous a donné de très bons résultats. Il faut noter que chez ces malades le chimisme donnait une acidité totale faible et que la muqueuse ne paraissait pas hypéresthésiée.