CHAPITRE PREMIER
Historique
Le traitement des dyspepsies par les acides n’est pas nouveau. Les acides, et l'acide chlorhydrique en particulier furent donnés au début surtout dans les fièvres comme antithermiques et pour leur goût rafraichissant.
Nous voyons au xvir siècle l’acide chlorhydrique donné comme eupeptique. La notion de Pacidité du contenu stomacal est notée en effet dans la vieille littérature médicale. Van Helmont fut un des premiers qui fit cette observation.
Le premier qui examina systématiquement Île contenu de l’estomac d’un animal vivant est Réaumur (1752) ; puis virrent les observations et les expériences célèbres de Spallanzani (1777). Dès ce moment (xvine siècle), l’acide chlorhydrique est donné comme eupeptique et antiputride, Spallanzani ayant noté la propriété qu'avait le suc gastrique d'empêcher la putréfaction.
C'est à cette époque que nous rencontrons le précurseur de la pepto-chlorhydrothérapie. En 1785, Carminati, à la suite d'expériences personnelles et se fondant en plus sur les observations de Spallanzani donne le suc gastrique per os, avec un bon résultat, contre les fatigues de la digestion.
Puis ce sont Sylvius, Heberdeen, Haller, de Haen, Sydenham, etc. qui le formulent contre la dyspcpsie: même accompagnée d’un dévelopnement anormal d'acides.
C’est surtout en Angleterre que les acides minéraux étaient d’un usage fréquent et ils jouissaient d’une grande vogue, surtout au commencement de notre siècle.
Les conditions particulières dans lesquelles :l v a avantage à prescrire l'acide chlorhydrique avaient été formulées surtout par les médecins anglais, Prout, Begbie, Budd et autres.
En france, on fait remonter généralement à Trousseau l'introduction, dans la thérapeutique desdyspepsies, de l’acide chlorhydrique. Trousseau, dans ses Leçons cliniques, raconte que, lisant dans les journaux anglais la relation de dyspepsies traities par divers moyens : « Je remarquais, dit-il, qu'il était « de temps en temps question de mixture avec HCI, « ne trouvant formulées nulle part d’une facon bien « satisfaisante les indications de ce traitement. »
Bien avant que Trousseau ne songeût à vérifier la pratique des Anglais, l'acide chlorhydrique avait été formulé à des dyspeptiques par beaucoup de médecins entre autres Malherbe (à Nantes) et Caron (à
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Paris) (1). Ce dernier, dans un numéro de la Gazette des Hôpitaux (18538), s'élève même contre cette prétention de faire remonter à Trousseau l'usage d'HCI dans les dyspepsies.
Jusqu'à ce moment et jusqu’à notre époque, si l'acide chlorhydrique était entré dans la pratique courante du traitement de certaines dyspepsies, on le prescrivait d'une façon toute empirique. Du reste, les physiologistes étaient en désaccord au sujet du principe acide du suc gastrique et le chimisme stomacal n'avait pas encore vu la lumière.
Wells (2) indiquait ainsi l'emploi des acides et des alcalis dans les diverses formes de la dyspepsie. La douleur qui occupe l'extrémité pylorique et qui indique un dérangement du foie cède plus facilement aux acides. Ceux-ci rendent encore DIE de service que les alcalins, lorsque la dy De s'accompagne
d’éruptions cutanées.
On peut se guider sur l’état des urines. L'excès des phosphates réclame l'usage des acides : ceux-ci sont également indiqués dans les cas d’oxalurie.
L'acide chlorhydrique éiait surtout considéré comme agent antiputride, antifermentescible. Chez un dyspeptique, on commençait le traitement par les alcalins : ceux-ci ne donnant aucun résultat, on ordonnait les acides.
Cette phase empirique se termine à l'avènement du chimisme stomacal. En Allemagne surtout, les
(1) Revo. méd. chirurgicale, Paris 1850.
(2) British med, Journ. et Gaz. hebdom.
Se
recherches sur la sécrétion du suc gastrique, sa composition, se multipliérent : l'acidité due à l'acide chlorhydrique n'étant plus guère contestée, on étudia l'influence de l’acide sur les phénomènes chimiques de la digestion et sur la motricité de l’estomac.
C'est alors que parurent les travaux de Leube, Leven, Riegel, Wolff, Ewald, Boas, Manassein, Salkowsky, Talma, Bamberger, Javorsky, Rosenbach, Sjæqvist, etc.
Les auteurs allemands se montrérent très confiants dans l’emploi d'HCI ; Talma en particulier s’est montré très enthousiaste.
Küster (1) donne 5 à 8 gouttes d'HCI avant et après les repas dans le catarrhe gastrique; dans Île catarrhe des fumeurs «on en obtiendra aussi de bons « effets dans les cas où le malade se plaint de per. « tes d’appétit, de douleurs, de pesanteur d’estomac « après le repas, et de diarrhée profuse, mais ne « souffre ni de flatulence, ni d’éructation acide. »
Leube (2) donne l’acide chlorhydrique ; mais, se fondant sur les recherches physiologiques de Manassein, le recomman le particulièrement contre les dyspepsies des anémiques. Dansles maladies d’estomac, il conseille de donner la pepsine avec HCI.
Dans un cas de dyspepsie chronique, il a donné 10 gouttes d’acide après le repas et a obtenu un bon résultat.
(1) Allg. med. central Zeit., 1876.
(2) Beitrage zur therapie der Magenkrankheïten ; — Zeit. f. Klin.
med.; bd. VI, pag. 89.
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Talma (1j ordonna HCI avec confiance ct s’éleva le premier contre les doses formulées jusqu’à lui. Les insuccès fréquents dans le traitement des dyspepsies proviendraient d’après lui de la trop petite quantité d'acide donnée. Faisant des recherches à ce point de vue, « J'arrivais bientôt, écrit-il, à ce résul- € tat que 1 gr. d'HCI dissous dans 750 gr. d’eau € pour un adulte en 24 heures était une dose conve- « nable, Le meilleur effet m'est apparu lorsque j'en « faisais prendre la moitié chaque fois après le « repas.
« Depuis près de 3 ans, j'ai traité de cette façon. « de nombreux cas de catarrhe de l’estomac et géné- « ralement j'ai obtenu de bons résultats. »
Talma employait encore HCI dans le cancer de l'estomac, surtout lorsqu'il y avait des aigreurs, une sensation de brülure. Il fut très content du résultat. Dans un cas entre autres, il a vu la dyspepsie disparaître, la digestion normale de la nourriture se faire, une disparition telle des troubles qu’il crut son diagnostic erroné ; mais l’autopsie le confirma.
Enthousiaste du médicament et se basant surtout sur les expériences de Falk (2), il osa le formuler dans l’ulcère de l'estomac. Très souvent, en peu de jours la digestion normale revenait, même dans le cas où l’ulcère n’était pas guéri, et les malades se trouvaient très bien du traitement ; les douleurs disparaissaient.
(1) Zeit. [. Klin. med.; bd. VIII, 1884.
(2) Ueber das Verhalten von infectionsstoffen in Verdaungscanal ; — Wirchows Archiv., XCIIL.