HISTORIQUE
ïl était intéressant de rechercher comment an moyen aussi simple et en même temps aussi puissant que l’eau, dans le traitement des affections chirurgicales, avait été apprécié par les médecins de l’antiquité, du moyen âge, et des temps modernes. C’est ce que je me suis efforcé de faire; et tout en reconnaissant que je suis encore bien loin d’avoir épuisé un sujet si étendu, je pense cependant être arrivé à prouver que cet agent thérapeutique, dont on n’a pas toujours compris la valeur, est parvenu graduellement à occuper une place de plus en plus importante dans la chirurgie.
Hippocrate (1), dont les écrits résument d’une manière si judicieuse la pratique jusqu’à son époque, nous a laissé des documents précieux sur le sujet qui nous occupe. Dans les cas d’ecchymoses, de contusions, de distensions musculaires poussées jusqu’à la rupture des libres, dans les luxations, les entorses, les diastases, les fractures des extrémités articulaires, etc. etc., il prescrit, après l’application de bandages convenables, de faire des affusions abondantes.
Dans les luxations de l’astragale , du calcanéum , et dans toutes les lésions des articulations, il recommande de les faire chaudes.
Dans les fractures comminutives, avec issue d’esquilles ou déchirure des téguments par les os, il donne le conseil suivant : «Si on est dans l’été, on humectera fréquemment les compresses avec le vin; si on est dans l’hiver, on appliquera beaucoup de laine en suint, imbibée de vin et d’huile. On placera dessous une peau de chèvre, pour donner aux liquides un écoulement que l’on surveillera, en se souvenant que les parties qui restent longtemps dans les mêmes positions contractent des écorchures difficiles à guérir» (2) .
Comme on le voit, les médecins de l’antiquité employaient, pour arroser les plaies , non-seulement l’eau, mais le vin , l’huile, et les décoctions de plantes aromatiques.
Au livre des Aphorismes , on trouve sur la température des agents thérapeutiques employés en chirurgie des préceptes dont l’expérience sanctionne tous les jours la justesse, et que l’on a peut-être trop négligés.
Celse, qui préconise plus qu’aucun autre l’emploi de l’eau dans les affections tant internes qu’externes, s’exprime ainsi au sujet du
(1) Hippocrate, édit. Littré, § 22, 23, 24; De V Officine du médecin. (T) Hipp., éd. Littré, § 10, 11, 29, 34 ; des Fractures.
pansement des blessures : « L’éponge trempée seulement dans l’eau froide convient dans les cas légers ; quel que soit d’ailleurs le liquide dont elle est chargée, elle soulage tant qu’elle est humide : aussi doit-on empêcher quelle ne se dessèche; et de cette façon , on arrive à guérir des plaies sans recourir à des médicaments étrangers } rares et composés » (1).
Plus loin , on trouve le passage suivant : « S’il existe un commencement d’adhésion , et s’il n’y a qu’une tuméfaction légère , il faut s’en tenir au premier pansement ; mais si l’inflammation est vive , et qu’il n’y ait pas lieu d’espérer l’agglutination, on doit employer les suppuratifs. L’usage de l’eau chaude est nécessaire aussi pour résoudre l’engorgement des parties, en diminuer la dureté, et rendre la suppuration plus active. La chaleur de l'eau doit être telle , que la main , plongée dans le liquide , en reçoive une sensation agréable; et il est bon de continuer l’emploi de ce moyen jusqu’à ce que la plaie paraisse moins gonflée et présente une chaleur plus naturelle» (2).
Celse recommande encore l’usage de l’eau dans les hémorrhagies, les fractures, les affections de l’œil, etc.
Galien, dont les écrits eurent tant d’influence sur les médecins et les chirurgiens de tout le moyen âge, employait l’eau dans un grand nombre d’affections. Dans son Traité de la nature et des propriétés des médicaments simples , il étudie l’action de la neige et de l’eau froide sur nos tissus. Dans les plaies, il se servait tour à tour d’eau chaude, de vin, de vinaigre, et il conseillait surtout les affusions d’huiles chaudes pour celles qui intéressaient des nerfs et des tendons. Il cite plusieurs cas de guérison par ce dernier moyen; et ayant eu lui-même la clavicule luxée sur l’omoplate, ce fut ainsi qu’il se traita (3).
(1) Celse, trad. du Dr Des Étangs, liv. 5, p. 146.
(2) Ibid.
(3) Galien, OEuvres , édit, des Juntes; Venise, 1625.
C’est dans le traducteur d’Aetius (1) que l’on trouve pour la première fois le mot irrigatio; mais au paragraphe 172, nous lisons le passage suivant : Irrigationibus utirnur ubi ob atiquam circumstantiam adliibere prohibemur , qui prouve qu’il en faisait peu d’usage, et encore bornait-il l’emploi de ce moyen au traitement des affections médicales.
Rhazès (2) conseille l’eau chaude dans les fractures , et l’eau froide ou l’eau de rose refroidie par la neige dans les brûlures.
Avicenne (3) reproduit dans ses ouvrages les grands principes posés par Hippocrate et Galien sur l’usage de l’eau et de l’huile dans le traitement de quelques affections chirurgicales.
Marianus Sanctus , suivant M. Malgaigne , avait projeté un commentaire sur toute la chirurgie d’Avicenne. 11 devait y enseigner un nouveau moyen de guérir les blessures , même les plus graves , par le seul moyen de l’eau claire , en y ajoutant quelques paroles ; car toute la médecine consiste dans les paroles, dans les herbes et dans les pierres ! Cet ouvrage , continue M. Malgaigne , n’a point été publié; il n’en reste que la citation précédente , que j’ai reproduite dans un double intérêt. Elle fait voir comment, à partir de Jean de Vigo, la chirurgie italienne allait en déclinant, puisque son meilleur élève en était venu à croire à de pareilles superstitions; et d’un autre côté, elle nous révèle la véritable origine, dans les temps modernes , d’un mode de traitement attribué généralement à Michel- Ange Blondus » (4).
En 1542, Biondo ou Blondus publie un travail intitulé de Par tibus ictu sectis citissime sanandis et medicamento aquæ myres in vento , dans lequel il recommande l’eau comme un remède nouveau et efficace dans le traitement de la plupart des plaies. Mais
t) Aetius, édit, de J. Gryphus , liv. 3, ch. 172;Venet., 1553.
(2) Rhazès, trad. lat. de Gérard , Yésale, Albanus, liv. 7, ch. 18, in-fol. 5 Baie, 1554.
(3) Avicenne, trad. de Gerardus Carmonensis; édit, de Baie, 1556.
(4) Introduction aux Œuvres d’Ambroise Paré, par M. Malgaigne, p. cxcij.
nous venons de voir que Marianus Sanctus l’avait précédé dans celte voie.
A. Paré(l) est le premier chirurgien français qui ait employé le mot irrigation, qu’il définit de la manière suivante : Embrocation , selon les Grecs , ou irrigation, selon les Latins , est un arrousement , quand d'en haut à la similitude de la pluye, l'on laisse distiller quelque décoction sur quelque partie.
L’eau, à cette époque, était surtout employée par des empiriques qui, à l’exemple de Marianus Sanctus et de Blondus, ne s’en servaienl qu’en s’aidant de sortilèges et de paroles charmées. Ce qui faisait écrire à notre grand chirurgien : « Je ne veux laisser à dire qu’aucuns guarissent les playes avec eau pure, après avoir dit dessus certaines paroles , puis trempent en Beau des linges en croix et les renouvellent souvent. Je dy quelles ne sont les paroles ni les croix, mais c’est l’eau qui nettoye la plaie , et par sa froideur garde l’enflammation et la fluxion qui pourrait venir à la partie offensée , à cause de la douleur. Cette guarison se peut faire lorsque la playe est en une partie charneuse , et en un corps jeune et de bonne habitude , et aux playes simples» (2).
Ce passage prouve que A. Paré avait apprécié l’eau à sa juste valeur et en débarrassant son usage des pratiques superstitieuses du charlatanisme.
1560. Gabriel Fallope (3), imbu des principes des médecins de l’antiquité , recommande l’eau pure et tiède dans le pansement des ulcères; mais dans les luxations, il veut quelle soit mélangée avec de l’huile. Ce grand chirurgien termine le chapitre des blessures par le passage suivant : Imo ego attestor ruinera vidisse sanata ex aqua etiam non benedicta .
1570. Philippus Palatius, dont l’ouvrage : de Vero methodo quibus -
(1) À. Paré, édit. Malgaigne, t. 3, p. 577.
(2) Loc. cit., t. 1, p. 97.
(3) Libelli duo , alter de ulceribus , alter de tumoribus prœter naturam; Ven.,
cumque vulneribus medendi , cum eo medicamento quod aqua simpim et frustulis de cannabe vel lino constat , est très-rare , et que je n’ai pu me procurer, a été jugé diversement par les auteurs qui ont pu le lire. Percy et M. Scoutetten en font l’éloge ; M. Malgaigne ne partage pas l’opinion des chirurgiens que je viens de citer, et il donne l’analyse de la méthode employée par Palatius.
Nous en extrayons le passage suivant :
«Palatius, dit-il , veut que l’on recouvre la plaie de trois f rus tu la , bien mondés, provenant de lin ou de chanvre mâle plutôt que femelle , taillés en forme à peu près circulaire J’avais cru d’abord que ce devait être des plumasseaux d’étoupes ; mais il parlé nettement, dans un autre endroit, des étoupes, dont il faut faire un gâteau à part, recouvert de blanc d’œuf, pour appliquer immédiatement sur la plaie : et les frustula de chanvre ne viennent que pardessus : Jl faut les arroser nuit et jour d’eau simple, à une température telle que l’effet rafraîchissant soit obtenu sans incommodité pour le malade. Cela se trouve exposé de la façon la plus concise pour les idées, la plus prolixe pour les phrases.
1577. Dans une savante discussion qui eut lieu entre Dangaron, L. Joubert (1) et Martel, ce dernier soutint avec une telle justesse de raisonnement cette proposition : S'il est possible de guérir une arquebusade avecque de l’eau simple et froide , qu’il finit par convaincre L. Joubert. Ce chirurgien termine néanmoins en disant : « L’eau froide ha tout ce qui est requis à l’antière curacion et peut servir à l’intemcion de chaque tams, pourvu que nature soit autrement forte, sa chaleur vigoureuse et le cors bien charnu.
Dans son Apologie pour les chirurgiens, Martel (2), reprenant la même question, pose en cinquième paradoxe que : « la plus grande partie des playes se peut guérir par un simple remède qui est ou l’eau commune ou l’huile. »
(1) Santance de deux belles questions sur la curation des arquebusades et autres playes; Bergerac, 1577.
(2) Martel, Apologie pour les chirurgiens , p. 161, 164; 1635.
Dans l’explication qu’il en donne, il s’exprime ainsi : «Je dis donc encore une fois, que j’ai traieté plusieurs playes avec l’eau seule et estant aux armées, dépourveu de tout autre remède, et en ay veu
des succès très-heureux Maies je pense qu’un des principaux
moyens pour haster la guérison des playes est de la tenir bien nette; or est-il que l’eau la nettoye, et déterge bien fort. L’eau, par sa froideur, tempère l’ardeur des humeurs, les repousse ailleurs, et sert d’un repercussif. »
Plus d’un siècle se passe sans qu’on trouve rien de bien remarquable sur l’emploi de l’eau simple. Malgré les efforts de Fallope , de Martel, les onguents, les poudres, les emplâtres, les eaux merveilleuses de toute espèce , sont préférés à une médication qui sans doute, aux yeux des hommes de l’époque, avait un grand défaut, celui d’être trop simple.
Au commencement du 18e siècle, quelques auteurs cherchèrent à attirer de nouveau l’attention sur l’emploi chirurgical de l’eau.
Smith (t) en Angleterre, dans son Traité des vertus médicinales de Veau commune, consacre quelques pages au traitement des contusions, des ulcères, des entorses, des hémorrhagies et des plaies, avec de l’eau simple.
1713. Sancassani (2) publie à Venise un petit ouvrage où il fait mention de l’eau pure dans le traitement des plaies. Dans les 36e et 37e centuries, il s’exprime ainsi :
« L’eau pure des fontaines est employée par beaucoup de chirurgiens pour traiter des plaies même très-graves. Ce n’est pas une superstition que de croire aux cures qu’elle opère ; car elle empêche que rien ne trouble la nature, qui est le véritable médecin surtout pour les plaies.
« Les chiens, dit-il, guérissent leurs blessures pourvu qu’ils puis-
(!) Traité des vertus médicinales de l’eau commune , trad. de l’anglais; 1725.
(2) Aforismi generali délia cura délie ferito colmado del magati, etc.; Venezia,
sent se lécher. Leur salive est un baume que rien n’égale ; elle empêche l’air de nuire aux plaies. »
Et plus loin : « Les remèdes proposés en général pour les plaies sont plus nuisibles qu’utiles, ils agissent comme corps étrangers. »
En 1732, Lamorier lut à l’assemblée publique de la Société royale des sciences de Montpellier un mémoire sur l’usage de l’eau commune pour les plaies ; nous regrettons de n’avoir pu retrouver ce travail et d’être obligé de nous borner à l’extrait suivant, qui en a été fait par Paul (1).
«Il est surprenant que l’eau commune ne soit pas d’un plus grand usage pour les plaies; peut-être le remède est trop commun. Le public fait peu de cas de ce que la nature lui donne avec profusion; il estime un remède rare, qui vient de loin, qu’il achète chèrement, et qui même lui parait inconnu. Plusieurs aussi pensent qu’un remède aussi simple que l’eau ne peut avoir aucune efficacité. Pour ôter ces préventions, Lamorier a fait plusieurs expériences : trois entre autres, au mois de janvier de l’année dernière, sur 3 hommes, dont l’un avait un vieux ulcère sur la cheville extérieure du pied, de la grandeur de la paume de la main. Le second, soldat du régiment de Médoc, avait reçu un coup de sabre sur le dos de la main, qui lui avait coupé les tendons extenseurs du poignet et des doigts, et avait séparé les deux os du métacarpe qui soutiennent le petit doigt et l’annulaire. Cette plaie fut suivie de fluxion et d’abcès, qui inondèrent presque tout l’avant-bras. La fièvre et le dessèchement de tout le corps faisaient beaucoup craindre pour sa vie. Le troisième, autre soldat du même régiment, avait reçu un coup d’épée à travers l’avantbras, qui avait ouvert l’artère qui est entre les deux os. Il y eut bien du sang épanché dans les muscles, et de très-grandes suppurations. On fit construire une botte de cuir dans laquelle on mettait de l’eau commune chaude, pour y faire tremper la jambe ulcérée ; le malade restait une heure par jour dans ce bain. Peu de jours après, les du-
(1) Mémoires pour servir à l'histoire de la chirurgie du 18e siècle et de supplément aux Institutions chirurgicales de M. Heister, édit. in-8°; Avignon, 1773.
retés des bords se fondirent, la cicatrice s’avançait insensiblement d’un jour à l’autre, et il fut parfaitement guéri.
« On fit faire deux machines de blanc-fer, dans lesquelles les deux soldats purent tremper commodément le bras, depuis les mains jusqu’au-dessus du coude. A mesure qu’on trempait leurs plaies dans l’eau, les suppurations se rendaient beaucoup mieux; ils remuaient plus facilement les doigts, la douleur et la fièvre diminuaient tous les jours; en un mot, ils furent entièrement guéris. »
Comme on le voit, Lamorier a le mérite d’avoir le premier pensé à l’emploi des bains locaux prolongés dans le traitement des affections chirurgicales. Ce nouveau mode d’application de l’eau frappa du reste l’attention ; car quelques années plus tard, au dire de Chirac (1), le duc d’Orléans ayant été blessé grièvement à la main gauche pendant le siège de Turin, on le guérit avec des bains locaux et prolongés d’eau de Balaruc. J’aurais pu rapporter en entier cette observation, et examiner quelle peut être l’influence des eaux minérales employées aussi dans le traitement des plaies ; mais de semblables recherches m’auraient entraîné trop loin, et en dehors du cadre que je me suis tracé.
Peu à peu cette méthode de traiter les blessures avec de l’eau simple fut oubliée, et, comme on le verra, il fallut plus d’un siècle pour que cette idée ingénieuse fût de nouveau retrouvée et préconisée par un chirurgien suisse.
L’emploi de l’eau en chirurgie existait aussi en Allemagne à peu près dans le même temps que nous le voyons conseillé en France par Lamorier.
L’époque était, du reste, bien favorable; le grand Frédéric étonnait alors l’Europe par ses victoires, et fournissait aux chirurgiens de ses armées de fréquentes occasions d’employer un mode de traitement si efficace et si simple. C’est, en effet, sur les champs de bataille, alors que tout manque, qu’on est obligé de sortir de l’usage
(I) Chirac, Observations de chirurgie sur la nature et le traitement des plaies , (rad. par M...j 1742.
ordinaire, pour donner la préférence au pansement le plus simple, quelquefois le seul possible, car on trouve de l’eau partout.
Theden, chirurgien fort distingué des armées du roi de Prusse, quoique très-partisan de son eau d’arquebusade , nous a laissé l’observation intéressante d’un sous-officier du régiment de Budembrok, qu’il guérit d’une inflammation violente du membre inférieur en l’enveloppant d’un drap trempé dans l’eau froide et maintenu constamment humide.
Il raconte aussi que, s’étant piqué le bout d’un doigt avec son bistouri en ouvrant un dépôt fistuleux à l’anus , la douleur, d’abord légère, devint bientôt intolérable ; le mal se propagea le long de l’avant-bras, envahit l’articulation huméro-cubitale, qui devint fort douloureuse; le membre se tuméfia considérablement, et la fièvre s’alluma. Enfin, en peu de temps, les progrès de la maladie furent tels, qu’il était déterminé à se faire amputer le bras. Mais, se ressouvenant des bons effets de l’eau froide, il voulut, avant de se résigner à cette opération, en tenter l’emploi ; et le succès fut si remarquable, que, contre son attente, il guérit promptement et complètement de cette affection (1).
Schmucker, Dauter, Boenerken , Richter, Platner, employèrent aussi fréquemment l’eau dans le traitement des affections chirurgicales, mais souvent ils lui associèrent des substances salines.
Les savants chirurgiens dont les travaux ont illustré l’Académie de chirurgie n’ont pas peu contribué, par les réformes qu’ils ont cherché à introduire dans les pansements, et surtout en débarrassant la thérapeutique chirurgicale de cette foule de baumes et d’onguents dont la valeur était plus que problématique, à préparer la voie dans laquelle on est entré depuis, et qui tend à s’agrandir de jour en jour. Quoiqu’aucun mémoire spécial n’ait été consacré à l’emploi de l’eau en chirurgie, les nombreux passages qui suivent, extraits des Mémoires et des Prix de l'Académie de chirurgie , permettront d’appré-
(l) Thedeo, Progrès ultérieurs de la chirurgie , trad. de Chayrou; 1777.
cier combien le vieil édifice de la polypharmacie arabe fut sapé dans ses fondements.
Recollin , dans un travail sur l’utilité des injections d’eau chaude dans la matrice , quand il y reste des portions de l’ arrière-faix après les fausses couches (1), cite trois observations concluantes et discute ses titres à la priorité des moyens qu’il préconise; il continue en ces termes : « Mes observations ne laissent aucune équivoque , c’est moi-même qui ai fait les injections dans la cavité propre de la matrice. J’en ai observé aussi les bons effets qu’elles sont capables de produire, quant à la pourriture et à la suppuration : ce qui est bien prouvé par ma première observation. Je ne me suis servi que de l’eau pure chaude, à laquelle je donnerai toujours la préférence sur les décoctions ou préparations quelconques , parce que l'eau simple doit être naturellement plus dissolvante que quand elle est chargée de parties étrangères, qui lui donnent toujours plus de consistance ou de viscosité. Elle est donc préférable quand il ne s’agira que d’entraîner au dehors les humeurs purulentes et fétides, ou délayer des caillots de sang, et surtout pour faire sortir, par l’impulsion du fluide, les portions de l’arrière-faix retenues dans la matrice. »
L’emploi de l’eau dans les cas que cite Recollin a été perfectionné, dans ces derniers temps, par M. Wuillamoz-Blanc.
Pibrac (2), en rapportant un cas d’écrasement du doigt, dit : «J’ai pansé à sec. La partie supérieure était garnie de compresses trempées dans la simple eau de guimauve à froid. La cure a été trèsprompte, etc.
« Les remèdes gras, qui relâchent mal à propos, les résineux et les
(1) Mémoires de V Académie de chirurgie , t. 3, édit. in-8°, p. 246; 1828.
(2) Mémoire sur le traitement des plaies avec perte de substance ( Mémoires de l' Académie de chirurgie , t. 4, p. 177).
balsamiques qu’on y joint pour former les digestifs, ont une vertu agaçante dont les chairs sont nécessairement irritées; il n’est donc pas surprenant que la suppression de ces remèdes ait des effets si favorables.
« J’ai pansé à froid, parce que je suis persuadé que les fomentations chaudes, en raréfiant les liqueurs, ne contribuent pas peu aux gonflements primitifs qui surviennent aux plaies, » etc.
De Lamartinière (1), dans un Mémoire sur le traitement des plaies d'armes à feu , s’exprime ainsi : « A l’égard des topiques, il n’y en a point, à mon avis, de préférable, surtout pendant les premiers jours, à Veau marinée ; elle résout le sang coagulé, accident des grandes contusions qui se terminent quelquefois en gangrène. Ce remède si simple, et qu’on trouve partout, est d’une grande ressource dans les contusions les plus étendues. »
Toliin (2) rapporte l’histoire d’une dame, âgée d’environ soixante ans, qui reçut sur le pied gauche une pierre de taille élevée jusqu’à un troisième étage. Plusieurs orteils furent brisés et séparés du pied.
« J’achevai , dit-il , de séparer le gros orteil , je pansai la plaie à sec avec de la charpie brute, j’enveloppai le pied et la jambe de plusieurs compresses que j’assujettis avec quelques tours de bandes. Je fis arroser ces compresses avec une décoction émolliente et renouveler les fomentations de deux heures en deux heures, sans défaire l’appareil...
« Lorsque je le levai, je trouvai la plaie en bon état; je la pansai avec un digestif, je fis ajouter deux têtes de pavot dans deux pintes de la décoction émolliente dont je fis humecter les compresses d’heure en heure.... Ces moyens eurent tout le succès dont je m’étais flatté ; la malade était complètement guérie le 48e jour. »
(1) Mémoires de l’Académie de chirurgie , i. 4, p. 145.
(2) Mémoires de /’ Académie de chirurgie , l. 2, p. 57.
Dans les mémoires qui furent présentés à l’Académie de chirurgie et qui obtinrent les prix, on en trouve plusieurs où il est fait mention des avantages que l’on peut retirer de l’eau en chirurgie.
« 11 y a, dit Nannoni (1), des ulcérations, accompagnées de fortes contusions, qui se dessèchent par le moyen de l’eau froide; ce secours , employé avec art , produit sur la partie malade une action propre à rétablir l’élasticité des parties, comme on va le voir par l’histoire suivante.
« Dans l’hiver de l’année 1746, le fils d’un avocat se laissa tomber en descendant d’une échelle; il se releva de sa chute le visage meurtri, au point qu’avec une grande contusion au front, aux paupières et au nez, il avait encore une longue plaie à la surface interne de la lèvre supérieure, mais qui était à la vérité peu profonde. Ayant été mandé pour le voir, je n’employai d’autres remèdes que des éponges fines imbibées d'eau fraîche. Les domestiques eurent grand soin d’en renouveler l’application, tant sur les contusions que sur la plaie, et le cinquième jour de sa chute le malade fut parfaitement guéri. »
« L 'eau, dit Guyot (2) , est le premier , le plus puissant et le plus universel émollient ; je parle de l'eau douce la plus simple . . . .
« Mais, pour que l’eau soit émolliente, elle ne doit être ni froide, ni trop chaude ; on sait que l’eau froide loin de relâcher les fibres leur cause une astriction et un raccourcissement considérables ; cela est prouvé parce que le froid fait disparaître les veines qui paraissaient auparavant à la superficie du corps et par l’expérience de plusieurs praticiens qui ont réduit des hernies en versant ou appliquant de l’eau froide ou de la neige sur les tujneurs et arrêté des hémorrhagies considérables avec le même remède....
(1) Nannoni, second mémoire ( Prix de V Académie de chirurgie , t. 2, p. 399).
(2) Déterminer ce que c’est que les remèdes émollients , expliquer leur manière d’agir, distinguer leurs différentes espèces , et marquer leur usage dans les maladies chirurgicales ( Prix de P Académie de chirurgie, t. 2, p. 38).
« Il faut donc que l’eau , pour ramollir, ait une chaleur modérée et à peu près égale à la chaleur naturelle du corps sain....
« L’expérience prouve son usage et ses bons effets, étant appliquée extérieurement en forme de bains de vapeur, de fomentations, de douches....
« La plupart des topiques émollients composés tirent leur principale vertu de l’eau, comme les fomentations et les cataplasmes émollients.
« L’eau tiède, d’après l’illustre Louis (1) , est de tous les médicaments le plus simple. Nous en tirons cependant des secours sans nombre; Y eau tiède relâche les parties trop tendues, ouvre les pores , les particules aqueuses s’insinuent dans les vaisseaux , détrempent les fluides , et augmentant le diamètre des petits vaisseaux insensibles, elles facilitent le cours des humeurs et ouvrent des passages aux parties qui doivent se dissiper. C’est pour toutes ces raisons que Paré recommande les fomentations d’eau tiède dans plusieurs endroits, et notamment dans son 15e livre des fractures , chapitre 30.
« L’eau commune, qui sert , dit Poutier (2) , pour la préparation de la plupart des remèdes et qui leur fournit un véhicule convenable est elle-même , lorsqu elle est tiède , l’émollient par excellence . »
a L'eau comme sédative et antiphlogistique, dit Mopilier le jeune (3), diminue l’irritation des vaisseaux, en les relâchant par sa liquidité. «
Champeaux (4) lavait les plaies avec de l’eau tiède et du vin.
(1) Ibid., 1. 2, p. 64.
(2) Déterminer les différentes espèces de résolutifs , expliquer leur manière d’agir, ci déterminer l’usage qu’on en doit faire dans les différentes maladies chirurgicales ( Prix de l’Académie de chirurgie, t. 1, p. 261 ).
(3) Mémoire sur le meme sujet, t. 1, p. 314.
(4) Mémoire où l’on expose les inconvénients qui résultent de l’abus des onguents et des emplâtres , et de quelle réforme la pratique vulgaire est susceptible à cet égard dans le traitement des ulcères ( Prix de l’Académie de chirurgie, t. 4, p.497).
De trois heures en trois heures ou de quatre heures en quaire heures, il arrosait les plaies avec de l’eau végéto-minérale.
Dans les ulcères , il pratiquait l’arrosement de quatre heures en quatre heures avec une décoction émolliente et résolutive.
Enfin Chambon dit (1) :
« L’eau simple, innocente, homogène, analogue à nos sucs, es! capable, d’après Palatius, de guérir les plus grandes plaies. Ce qui rend cette liqueur si recommandable, ce ne sont pas tant ses qualités spécifiques, que l’exemption des inconvénients attachés aux autres liqueurs. »
Comme on le voit par les passages qui précèdent , c’est dans les Mémoires et les Prix de t Académie de chirurgie qu’on trouve le germe de la simplification des pansements, et s’il est vrai de dire que les chirurgiens de cette époque ont plutôt cherché à détruire les vieux préjugés et les traditions , qu’à tracer des règles nouvelles à suivre , il faut cependant reconnaître que quelques-uns d’entre eux avaient entrevu les avantages de l’eau comme antiphlogistique et comme topique dans le traitement des plaies.
évidemment on peut dire que l’Académie de chirurgie a donné l’impulsion à la réforme qui a eu lieu depuis dans le mode de pansement, et que la nécessité a fait recourir à l’eau, lorsque nos chirurgiens militaires se sont trouvés privés de tout autre moyen.
C’est en effet à Lombard , l’un de nos chirurgiens militaires les plus célèbres, qu’était réservé l’honneur de faire connaître les avantages d’un mode de pansement si simple et si avantageux.
En 1786, Lombard publia dans ses Opuscules de chirurgie un travail fort remarquable, dans lequel il établit la valeur d un agent thérapeutique trop négligé jusqu’alors, et ouvre une voie nouvelle qui devait bientôt être suivie par les chirurgiens des armées françaises, pendant les grandes guerres de la Révolution et de l’Empire
(1) Même sujet ( Prix de l'Académie de chirurgie , t. 4 , p. 642 ),
Ce travail, intitulé Précis sur les propriétés de l'eau simple , employée comme topique dans la cure des maladies chirurgicales , est divisé en deux parties : dans la première , il traite des propriétés et des avantages de l’eau froide ; il consacre la seconde à l’étude de celles de l’eau tiède et à l’examen des affections et des tempéraments qui réclament l’emploi de l’eau tiède, préférablement à l’eau froide, et réciproquement.
Je donnerai, dans la seconde partie, plusieurs extraits de ce travail si pratique , qui permettront d’en apprécier la valeur.
Percy, se trouvant, en 1785, à Strasbourg, comme chirurgienmajor du régiment de Berry, eut occasion de voir les résultats que Lombard obtenait des pansements à l’eau simple sur des soldats blessés dans des épreuves d’artillerie. En observateur habile, il comprit aussitôt tous les avantages de ce mode de traitement sur les champs de bataille. On pourra en juger par les passages suivants, extraits de son article Eau du Dictionnaire des sciences médicales, article qui renferme en germe presque toutes les applications de l’eau qui ont été faites depuis dans le traitement des affections chirurgicales, même les irrigations.
« Parmi les espèces de miracles , dit-il , que j’ai vu opérer à l’eau , dans les plaies d’armes à feu, je citerai la guérison de près de soixante jeunes volontaires d’un bataillon qu’on appelait du Louvre , lequel étant parti de Paris, les premiers jours de décembre 1792, immédiatement après sa formation, fut commandé, le jour de Noël , pour l’assaut de la Montagne-Verte, près Trêves. L’ennemi, placé sur la hauteur, fit un feu soutenu sur lui , et la plupart de ces adolescents furent blessés aux pieds. On en conduisit beaucoup à l’hôpital militaire de Sarrelouis, où l’on ne put en sauver que quelquesuns sans l’amputation. Les autres restèrent au couvent de Consarrebruck, avec deux chirurgiens allemands chargés de leur donner des soins. Là, par mes conseils et peut-être à défaut d'autres médicaments , on ne cessa de leur baigner les pieds et de les leur doucher avec de l’eau à peine dégourdie , et de les couvrir de com-
presses toujours imbibées de la même eau. Il ne leur fut pas fait d’autre pansement, et j’atteste qu’il n’en mourut que quatre, dont deux de la fièvre adynamique, qui bouleversa et força d’interrompre le traitement aqueux des plaies; un de diarrhée colliquative , et le quatrième de trismus. Tous les autres guérirent très-bien ; la plupart même n’eurent pas d’ankylose, quoiqu’ils eussent eu les pieds traversés dans tous les sens, avec déchirement des tendons, aponévroses et ligaments, et avec fracas des os, soit du tarse, soit du métatarse. »
Larrey (1) raconte de la manière suivante les avantages qu’il retira de l’emploi de l’eau dans la campagne d’Égypte :
« On s’étonnera sans doute d’apprendre qu’avec quelques galettes de biscuit , un peu d’eau douce qu’on portait avec chaque blessé , et l'usage seul de l’eau saumâtre pour leur pansement , un très-grand nombre de ces individus, affectés de blessures graves à la tête, à la poitrine, au bas-ventre, ou privés de quelques membres, ont passé les déserts, d’une étendue d’environ soixante lieues , qui séparent la Syrie de l’Égypte, sans nul accident, et avec de tels avantages, que la plupart se sont trouvés guéris lorsqu’ils ont revu cette dernière contrée. »
Briot (2) , chirurgien militaire très-distingué , se loue beaucoup de l’emploi de l’eau, qu’il considère comme le vulnéraire par excellence dans le pansement des blessures reçues sur le champ de bataille.
« La méthode générale de pansement qu’on suivait, dit-il , consistait à ne jamais rien faire sans motifs. On employait avec succès , et presque toujours jusqu a parfaite guérison , Y eau froide dans les blessures faites par les armes blanches; dans les cas de stupeur; dans
(1) Mémoires de chirurgie militaire et campagnes , t. 1 , p. 312.
(2) Histoire de l’état et des progrès de la chirurgie militaire en France.
les plaies des tendons, des aponévroses, des capsules, des membranes; Veau tiède , dans celles faites par armes à feu et qui étaient en suppuration. »
Les plus beaux succès obtenus au moyen de l’eau dans les blessures par armes à feu sont sans contredit ceux du Dr Treille, après la bataille de Baylen (I).
« J’obtins, il y a sept ans , les plus heureux effets de l’application de l’eau pure sur toutes les plaies d’armes à feu.
«Une circonstance bien remarquable me força de n’employer que ce moyen. J’avoue que d’abord je ne fus pas sans quelques inquiétudes sur les résultats, mais je fus bientôt rassuré par le succès. Voici le fait : Après la bataille de Baylen ( Andalousie ), je restai sur le champ de bataille seul chirurgien pour y soigner cinq cents blessés. Privé de tout médicament, j’arrosai toutes les plaies avec de l’eau pure. Je continuai mes pansements de cette façon pendant vingt et un jours que nous restâmes sur le champ de bataille, ne recevant que du linge et des aliments. Comme il m’aurait été impossible de panser seul cinq cents blessés, j’en fis trois sections, j’en pansai une chaque jour, les malades des deux autres se pansaient eux-mêmes.
« Sept à huit plaies seulement se gangrenèrent, et je n’eus que deux tétanos.
«Qu’on fasse attention à la circonstance où je me trouvai, et l’on verra ce que l’on doit penser de l’eau simple dans le traitement des plaies récentes. En effet, 500 blessés, couchés sur la terre depuis le 19 juin jusqu’au 10 juillet 1808, sous le ciel brûlant de l’Andalousie, n’ayant pour tout ombrage que de faibles rameaux d’oliviers, livrés à la merci des habitants de la Sierra-Morena, qui tous étaient
(1) Treille, thèse intitulée Propositions médico- chirurgical es , p, 12; Paris,
en armes et fort irrités, privés de l’espoir consolateur de revoir leur patrie,
«En un mot, le moral comme le physique était très-peu favorable au traitement des plaies ; j’ai dit quels furent néanmoins mes succès. »
J’ai eu d’autant plus de satisfaction à citer ce passage si remarquable de la thèse du docteur Treille, qu’il a été généralement oublié par tous ceux qui se sont occupés de l’emploie de l’eau.
Dans le dictionnaire de Samuel Cooper, nous trouvons le passage suivant, qui exprime l’opinion de Guthrie sur l’emploi de l’eau dans les plaies d’armes à feu.
«Par l’eau froide, dit Guthrie, l’inflammation est, dans certains cas, entièrement prévenue, dans beaucoup d’autres, elle est grandement réprimée, et dans presque tous elle est victorieusement combattue, tant que l’action de la suppuration n’est pas arrêtée dans la généralité des cas à un degré suffisant sans interrompre la formation subséquente des bourgeons charnus. Dans tous les cas simples de plaies d’armes à feu, c’est-à-dire dans les plaies qui intéressent les parties molles, chez des individus d’une bonne constitution , un peu de charpie trempée dans l’huile, ou sur laquelle on a mis quelque onguent, est ce qu’il y a de meilleur à appliquer, dans le premier moment, pour prévenir l’irritation ; on maintiendra le tout dans cette situation à l’aide de deux bandelettes agglutinatives placées en croix. Une compresse ou plusieurs doubles de linge imbibés d’eau froide doivent alors être appliqués par-dessus, et être constamment entretenus mouillés et dans un étal continuel de fraîcheur , dût-on même employer la glace si l’on peut en avoir, et si le malade trouve qu'il en éprouve du soulagement. »
Et plus loin :
«L’eau froide n’est pas un remède infaillible; son usage n’est même pas toujours utile; il v a beaucoup de personnes auxquelles les applications froides ne conviennent pas ; il y en a un plus grand nombre auxquelles elles nuisent après un certain temps, et dans ces
deux cas il ne faut pas en continuer l’usage. Le froid ne produit aucun bien à aucune période de l’ inflammation quand la sensation qui provient de sa première application est désagréable à la sensibilité du malade, et lorsqu’il ne procure pas de soulagement; car s’il produit un sentiment de frisson, ou tout autre sensation pénible, s’il détermine la dureté dans les parties, il devient nuisible, et si l’on modifie le traitement et que l’on développe sur le membre une douce chaleur, ce changement sera non-seulement agréable au malade, mais même il lui sera très-avantageux. C’est ce qui arrive en général à l’époque ou la suppuration a commencé; et dans de semblable cas le froid empêche l’effet, complet de l’action que la chaleur favorise. Des fomentations sont alors très-bonnes» (1).
En 1809, V. Kern (2), professeur à Vienne, fit paraître un ouvrage dans lequel il recommande l’eau froide ou tiède dans le traitement des plaies.
Parmi les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, nous citerons, en France, MM. Roubaud, Mauricheau-Beaupré, Laurent, Tanchou, Cloquet, Serre (d’Uzès), Marjolin, Blandin, etc.; en Angleterre, Samuel Cooper; en Allemagne, Dzondi, professeur à Halle, Rust, etc.; Mayor, de Lausanne.
Mentionnons aussi d’une manière toute particulière Sanson , qui s’exprime ainsi dans son article Eau du Dict. de méd. et de chirurgie pratiques , 1831 :
«Avec l’eau, dit-il, j’ai vu guérir par première intention des plaies contuses plus ou moins déchirées et étendues; j’ai pu préserver la plupart des individus auxquels j’ai pratiqué des amputations ou d’autres opérations graves de la fièvre dite traumatique ; enfin j’ai pu guérir sans amputation . et même sans inflamma-
(1) Dictionnaire de S. Cooper, trad. de la 5e édit., p. 325; 1826.
(2) V. Kern, Avis aux chirurgiens pour les engager à accepter et à introduire une méthode plus simple , plus naturelle et moins dispendieuse , dans le traitement des plaies ; Vienne, 1809.
tion vive et sans suppuration abondante, plusieurs individus affectés de fracture d’un membre, compliquée de plaie et de saillie des fragments au dehors. »
L’éloge que fait Sanson de l’eau est appuyé sur de nombreuses observations, et il acquiert d’autant plus de valeur, que l’on sait combien cet habile chirurgien apportait de réserve dans l’appréciation de toutes les innovations chirurgicales.
Comme on a pu s’en convaincre par cet aperçu historique, l’usage de l’eau en chirurgie avait fait de grands progrès depuis la publication de l’ouvrage de Lombard. Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire , la nécessité avait souvent contraint les chirurgiens à s’en servir, et l’on s’étonne que , d’après les succès qu’ils en obtenaient , on n’en ait pas généralisé l’emploi. Les fomentations et les affusions, seules méthodes usitées alors , quoique très-simples dans leur application, très-efficaces, et offrant tous les avantages des cataplasmes sans en avoir les inconvénients , laissaient encore beaucoup à désirer.
Régulariser l’application de l’eau à la surface des tissus , afin que son action fût toujours identiquement la même; remplacer la main de l’homme par un appareil très-simple et ne demandant que quelques soins pour que la quantité de liquide écoulé et sa température fussent toujours constantes : tel est le perfectionnement auquel M. Josse père a attaché son nom.
La méthode des arrosions continues, qu’il employait avant 1830 à l'hôiel-Dieu d’Amiens, est une des innovations chirurgicales les plus remarquables et les plus utiles. En 1834, M. Breschet, sur les indications de M. Josse fils, appliqua cette méthode à l’hôtel-Dieu de Paris, et obtint des succès qui fixèrent l’attention des chirurgiens. 11 est même probable que si elle n’eût pas été appliquée sur un aussi grand théâtre, et sous le patronage d’un chirurgien aussi distingué, son usage eût été borné encore longtemps aux pansements des malades de l’hôtel-Dieu d’Amiens.
A cette époque, M. le Dr Rognetta fit connaître, dans un article
intéressant, les deux premiers succès obtenus par Breschet, ainsi que l’appareil employé (1).
En 1835, M. Josse fils publia, dans ses Mélanges de chirurgie pratique, la méthode employée par son père depuis sept années (2). Les faits pratiques que renferme cet ouvrage, et les considérations physiologiques que l’auteur y a jointes, ont permis aux praticiens d’apprécier à leur juste valeur les avantages que l’on pouvait obtenir de ce nouveau mode de traitement.
La même année, Bérard (Auguste) fit paraître, dans les Archives générales de médecine, un Mémoire sur l1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 emploi de l9 eau froide comme antiphlogistique dans le traitement des maladies chirurgicales . Ce travail renferme l’exposé du procédé employé parce chirurgien distingué pour les irrigations, et des observations très-intéressantes de succès obtenus à l’aide de ce moyen, qu’il a employé dès 1833.
Depuis, beaucoup de praticiens les ont mises en usage ; de nombreuses observations, les thèses de MM. Boudrie (3), Omouton (4), Roger (5), Martineau (6), Ichon (7), Roberty (8), Delamotte (9), Laden (10), Gravis (1 !), Gueury (12)» présentées à la Faculté de méde-
(1) Bulletin général de thérapeutique , 1834.
(2) Mélanges de chirurgie pratique , in-8°; 1835.
(3) Propositions de médecine et de chirurgie pratiques, 10 mars 1835.
(4) De V emploi des irrigations froides continues et des moules en plâtre dans plusieurs maladies , 23 avril 1835.
(5) De l’irrigation continue d’eau froide dans quelques affections chirurgicales , 11 juillet 1835.
(6) Quelques considérations générales sur les applications d’eau froide , 18 août
(7) De l’irrigation continue d\au froide dans le traitement des plaies des articulations et des tumeurs blanches , 18 août 1836.
(8) De l’emploi de l’eau froide dans le pansement des plaies , 25 août 1836,
(9) 21 mars 1840.
(10) 24 août 1843.
(11) 24 août 1843.
(12) 28 août 1843.
fine de Paris, les travaux de MM. Christophe (1), Godiu (2), jNivet (3;, Phillipps, de Liège (4), insérés dans les revues périodiques, le savant chapitre que M. Denonvilliers (5) a consacré à ce sujet dans le Compendium de chirurgie pratique , ont enrichi la science de faits nouveaux et de considérations pratiques importantes.
M. Baudens, fidèle aux traditions de la chirurgie militaire et aux principes des Lombard, des Percy, des Larrey, des Treille, des Guthrie, s’exprime ainsi, dans son Traité des plaies d'armes à feu , au sujet de la pratique qu’il employé depuis le commencement de la campagne dWfrique :
«Quant au pansement des plaies, il doit être le plus doux possible; linge fenêtré enduit de cérat, charpie, compresses, bandes roulées. Cet appareil doit être arrosé d’eau froide, sans discontinuer pendant plusieurs jours de suite» (6).
Depuis cette époque, M. Baudens a toujours professé les préceptes qu’il donnait dans son livre; il a même été plus loin, car il emploie maintenant la glace et les mélanges réfrigérants avec succès. Mais que l’on n’oublie pas que, outre une grande expérience de l’usage de ce moyen thérapeutique, le chirurgien du Val-de-Grâce n’a généralement à traiter que des jeunes gens forts et robustes , et l’on comprendra qu’il ait pu obtenir d’aussi beaux succès avec un agent tout à la fois si puissant et, à notre avis, si dangereux.
Dans son Traité de médecine opératoire (2e édit., 1839), M. Velpeau, après avoir énuméré les inconvénients attribués aux irrigations, termine en ces termes : «Je crois pouvoir prédire, d’après ce que j’ai
(1) Sur l’eau comme moy en thérapeutique [Journal des connaissances médico-chirurgicales, novembre 1834).
(2) Archives générales de médecine , p. 343, mars 1837.
(3) Gazette médicale , 1838.
(i) Lettre à M. Baudens sur le traitement des plaies après les opérations chirurgicales [Bulletin médical belge, juillet et août 1839).
observé, que les irrigations continues ne resteront dans la pratique quà litre de pansements exceptionnels, et pour un petit nombre de cas particuliers. »
II est à regretter que M. Velpeau se soit montré si peu favorable h l’emploi des irrigations. En effet, par sa haute position et par son enseignement clinique, il a contribué, sans doute, plus qu’aucun autre à arrêter l’essor qui avait été donné à l’emploi de ce nouveau moyen thérapeutique.
En 1839, notre honorable confrère, M. le Dr Laco.rbière, fit paraître son savant Traité du froid intus et extra en hygiène, en médecine et en chirurgie. Dans cet ouvrage, le plus complet que possède la science sur ce sujet, l’auteur expose avec une grande justesse de raisonnement, appuyé de faits nombreux, tous les avantages qu’on a cherché à retirer de l’emploi de l’eau froide dans les affections chirurgicales.
Dans une lettre adressée à M. Lacorbière, et publiée dans son ouvrage, M. Aiquié fait connaître en ces termes son opinion sur l’usage de l’eau :
«J’ai, dans une foule de circonstances, dit-il, retiré des avantages quasi merveilleux de l’action de l’eau froide et de la glace dans des cas de lésions traumatiques graves. En 1823, lorsque je dirigeais le service médico-chirurgical de l’hôpital de Perthus , je dus à ce moyen la guérison de plusieurs plaies d’armes à feu , situées aux pieds et aux mains. Chez un tambour du 8e léger, dont le pied droit avait été traversé par une balle , qui avait brisé le premier cunéiforme et produit de grands désordres, je n’obtins la cessation des accidents que par l’application continue du froid sur le membre blessé.
« C’est surtout dans les grandes plaies contuses que ce moyen m’a été utile. Alors que j’étais chirurgien-major du 6e dragons, un capitaine de ce régiment, M. David, reçoit à Pontivy un coup de pied de cheval à la partie moyenne de la jambe droite. Une large plaie de 4 pouces d’étendue résulta de la déchirure oblique de la moitié interne des muscles jumeaux et des téguments ; le périoste d’une
portion du tibia avait été raclé par le fer, qui avait fait une entaille au bord interne de l’os. C’était une horrible plaie ! L’eau à la glace, appliquée pendant soixante heures, prévint tout développement inflammatoire , et cette vaste solution de continuité se réunit presque sans suppuration. îl semblait que nous réglions le degré d'inflammation sur la condition nécessaire pour la réunion. »
Je pourrais citer des faits presque semblables, observés chez les dragons du 6e, et plusieurs autres à l’hôpital de Toulon et d’Alger.
En 1841, Mathias Mayor, dans sa Chirurgie simplifiée , s’exprime ainsi : « L’eau a été invoquée et proclamée de tout temps et par les plus grands chirurgiens, comme i’agent le plus essentiel dans le traitement de la plupart des affections chirurgicales, et comme le moyen par excellence de favoriser les efforts de la nature. Il est seulement à regréter que la conviction des hommes de l’art , sur ce point , ait fait si peu de progrès dans l’esprit des peuples, et particulièrement chez les gens de guerre.
«L’eau appliquée sous forme de bains et de bains très-prolongés, ainsi que celle qu’on fait couler sans interruption sur une région gravement affectée , produit assez généralement des effets qu’on réclamerait en vain de tout autre agent thérapeutique. »
Dans ce livre , M. Mayor fait connaître la nouvelle méthode des bains locaux et prolongés préconisée par son fils, et les appareils inventés pour leur application. L’idée des bains prolongés dans le traitement des affections chirurgicales remonte à Lamorier; néanmoins on doit savoir gré à M. Charles Mayor d’avoir préconisé ce mode d’application de l’eau et d’avoir imaginé, à cet effet, des appareils ingénieux.
En 1842, M. Malgaigne présenta au concours de clinique chirurgicale de la Faculté de médecine de Paris une thèse sur l'irrigation dans les affections chirurgicales. Ce travail, fort remarquable , se termine par les conclusions suivantes :
«1° Les irrigations froides sont un excellent moyen antiphlogistique quand on les emploie pour des plaies ou des inflammations
peu profondes; mais alors même il s’en faut qu’elles soient infaillibles. Pour les plaies et les inflammations qui occupent les tissus à une certaine profondeur, elles ne font que masquer les symptômes et doivent être rejetées.
« 2° Les irrigations continues ne conviennent qu’au pied et à la main, peut-être aussi à l’avant-bras, mais les faits me manquent pour en décider; et même, dans ces régions, il ne faut y recourir que dans les cas les plus graves. Je leur accorde une préférence à peu près absolue pour les coups de feu : pour les autres plaies, je préfère les irrigations intermittentes.
«3° Dans tous les cas, la partie arrosée doit être soigneusement recouverte de compresses, pour ne pas être exposée au contact de l’air,
«4° L’eau simple paraît préférable pour les irrigations continues; pour les irrigations intermittentes, j’emploie plus volontiers l’eau blanche dans les cas de plaie, et la solution de sulfate de cuivre ou le vin quand il n’y a pas de plaie.
«5° La température doit varier selon les premières sensations ressenties par le malade; et, dans tous les cas, il faut abréger le plus qu’on peut la durée des irrigations.
«6° Je borne d’ailleurs leur emploi au traitement des plaies contuses. »
Je crois , comme M. Maîgaigne , que les irrigations ne sont pas infaillibles d’une manière absolue , pas plus qu’aucun autre moyen employé en chirurgie. Quant à la limite qu’il pose à leur emploi, les faits nombreux que je possède de lésions siégeant dans presque toutes les parties du corps, à l’avant-bras, au bras, à la jambe, au genou , ne me permettent pas de partager son opinion sur point. Quant à la durée des irrigations , je pense qu’on peut les faire avec avantage et pendant longtemps , en admettant que la température moyenne du liquide soit la plus convenable , et je rappellerai entre autres un fait de guérison d’une lésion très-grave de la jambe, que je publierai prochainement, dans lequel les irrigations d’eau à 2(T ont été faites avec succès pendant plus de deux mois.
1844. M. Nélaton (1), en parlant du traitement des plaies contuses, dans ses Éléments de pathologie chirurgicale , s’exprime ainsi : « Nous avons dit que les irrigations froides sont utiles dans le traitement des plaies contuses; on les applique surtout avec grand avantage aux plaies des extrémités compliquées d’écrasement des os et de dilacération des parties molles.
« Le traitement des plaies par l’action continue de l’eau froide a été connu et a été employé dès la plus haute antiquité; Hippocrate, Galien, Celse, en ont parlé avantageusement ; de nos jours, plusieurs praticiens célèbres l’ont également mis en usage, et en ont retiré le même succès. Les éloges que lui ont donnés MM. À. Bérard, Sanson, Breschet, Velpeau et Josse, ont contribué à introduire dans la pratique cette méthode curative, qui cependant est loin encore d’être généralement adoptée. L’eau froide n’a pas été toujours employée de la même manière dans le traitement des plaies; autrefois on appliquait sur la partie blessée une ou plusieurs compresses trempées dans ce liquide; lorsque ces compresses commençaient à s’échauffer par leur contact permanent avec la plaie, on les renouvelait ou on les trempait de nouveau dans l’eau froide. Cette méthode exposait la partie soumise à la réfrigération, à des alternatives de chaud et de froid , soit que l’on omît de renouveler les linges, soit qu’on les renouvelât trop rarement; aussi cette méthode a-t-elle été abandonnée, et remplacée par l’irrigation continue avec l’eau froide. .
«J’ai vu, dans le service de MM. Breschet et Sanson, ces irrigations continuées pendant dix, quinze, vingt jours, un mois même, pour les plaies les plus graves des articulations, pour les fractures les plus compliquées. Dans beaucoup de cas, je les ai vues réussir complètement, et jamais je n’ai vu survenir d’accidents sérieux que l’on pût leur imputer.
(4) Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale , t. 1 , p. 188; 1844.
« Néanmoins , malgré ses avantages, l’irrigation permanente avec l’eau froide ne peut être employée comme une méthode générale de traitement. Tous les praticiens qui l’emploient la considèrent comme une méthode exceptionnelle, spécialement applicable aux plaies contuses, et surtout aux plaies compliquées d’écrasement qui , pour le membre supérieur, ne s’élèvent pas au-dessus du coude, et au^ dessus du genou, pour le membre abdominal.
« MM. Breschet, A. Bérard, Pinel-Grandchamp, ont substitué l’eau tiède à l’eau froide pour faire ces irrigations; les résultats obtenus ont été généralement satisfaisants. »
En 1847, M. Richet présenta au concours pour l’agrégation (section de chirurgie) une thèse sur l’emploi du froid et de la chaleur dans le traitement des affections chirurgicales. Dans cet excellent travail, qui répond parfaitement à son titre , l’auteur discute avec soi nies avantages et les inconvénients du froid et de la chaleur: nous y avons puisé des renseignements très-précieux au point de vue historique et pratique.
Avant de terminer cet aperçu historique sur l’emploi chirurgical de l’eau, je m’arrêterai un instant sur l’hydrothérapie. Deux praticiens distingués, MM. Scoutteten (1) et Schedel (2), ont publié sur ce sujet des travaux importants qui ont permis de s’en former une juste idée.
Cette méthode, fondée, comme on le sait, par un simple paysan de la Silésie, Priesnitz, compte déjà un si grand nombre de partisans, qu’il n’est pas de pays en Europe où l’on ne trouve des établissements hydriatiques. Priesnitz a commencé par les fomentations et les bains froids appliqués aux affections chirurgicales, telles que les entorses, les fractures, les blessures légères, et c’est émerveillé des résultats qu’il obtenait à l’aide de ces moyens, qu’il en a généralisé l’emploi dans la plupart des affections, tant internes qu’externes. Une de ses
(1) De l’eau sous le rapport hygiénique et médical tou del’ hydrothérapie , in-8° ; 1843.
(2) Examen clinique de l’hydrothérapie, in-8° ; 1845.
premières cures fut celle qu'il opéra sur lui-même. « A l’époque de la fenaison, dit M. Scoutteten , il fut frappé d’un coup de pied de cheval qui le renversa, et le chariot qu’il conduisait, venant à lui passer sur le corps, lui brisa deux côtes. L’accident était très-grave, les chirurgiens du pays pensèrent que le malade serait estropié pour toute la vie. Priesnitz voulut appeler de leur jugement, et il se décida à se traiter lui-même; il réussit parfaitement (t).
Depuis lors, les moyens hydriatiques ont été appliqués avec succès dans un grand nombre de cas analogues, et tout récemment M. le Dr Fleury (2) a publié la relation de déviations et d’engorgements de l’utérus traités par cette méthode.
Si maintenant nous examinons l’emploi de l’eau dans la pratique des hôpitaux de Paris et dans la pratique civile , nous dirons d’abord , pour résumer les modes de pansement qui sont le plus souvent mis en usage dans les hôpitaux , que les cataplasmes de farine de graine de lin, le linge cératé, etc., forment presque d’une manière générale le seul moyen employé dans la plupart des cas de plaies, de contusions de toute espèce. Si les irrigations et l’eau froide en topique sont quelquefois mises en usage, on peut dire que ce n’est qu’exceptionnellement, et cependant j’ai vu des fractures comminutives, des plaies simples et contuses, des panaris, etc., dans lesquels l’emploi de l’eau aurait trouvé très-avantageusement son application.
Je ne parle pas de la douleur, qui est certainement très-amoindrie. souvent détruite par les pansements à l’eau simple, résultat qu’on n’obtient pas au même degré avec les cataplasmes et les autres modes de pansement.
Cependant je dois dire que M. Baudens, au Val -de- Grâce , fait des applications continues de mélanges réfrigérants , de glace
(1) Loc. cil.
(2) Mémoire sur les douches froides , etc. ( Gaz . méd., 1849).
et dTeau froide dans le traitement de la plupart des lésions traumatiques, et après un grand nombre d’opérations ; que M. le Dr H. Larrey, chirurgien en chef de l’hôpital du Gros-Caillou, se sert aussi fréquemment des irrigations.
Dans la pratique civile, ce moyen est proportionnellement plus souvent employé que dans les hôpitaux. Mon père s’en est servi constamment dans les blessures et les fractures compliquées qu’il a eu à traiter; depuis quelques années surtout, il a généralisé l’emploi de l’eau à la plupart des affections chirurgicales et après les opérations.
Quant à la pratique des chirurgiens étrangers , au point de vue de l’emploi de l’eau, les renseignements me manquent pour l’apprécier d’une manière complète ; je dirai toutefois qu’à l’hôpital de l’Université de Londres (1), presque tous les pansements se font avec de l’eau simple.
D’après les renseignements que j’ai pu me procurer, l’usage de beau en irrigation est assez fréquent en province; M. le Dr Clerc, à Saint-Germain, M. le Dr Guyot, à Rennes. M. le Dr Fontan, à Niort, M. le Dr Maher, à Lorient, MM. les Drs Chaumette et Erigohen, à Bordeaux , M. le Dr Rigal , de Gaillac , M. de Villepin , à Compiègne, M. Patry, etc. etc.r s’en servent avec avantage.
Résumé historique .
Il ne sera pas , je pense , sans utilité de résumer le plus brièvement possible les phases successives par lesquelles a passé Remploi de l’eau en chirurgie.
Dans les premiers temps du monde, l’eau a dû être employée généralement, à cause de sa simplicité.
Hippocrate, Celse, Galien, qui accordaient à ce liquide une place si importante dans l’hygiène et la médecine, Remployaient aussi dans un grand nombre d’affections chirurgicales.
(1) Morton, Gazette médicale , 1838.
Au moyen âge, les poudres , les onguents, les emplâtres, les eaux merveilleuses et charmées , étaient trop en faveur et leur emploi trop en rapport avec l’esprit général de cette époque, pour qu’un moyen aussi simple pût avoir crédit auprès des médecins et des malades. Plus tard , Fallope, A. Paré, Martel , etc., tentèrent d’en répandre l’usage en le dégageant des pratiques superstitieuses.
Dans les temps modernes, Theden et surtout Lamorîer, cherchèrent à attirer l’attention de leurs contemporains sur un agent qui leur avait si bien réussi , mais sans pouvoir parvenir à le faire entrer dans le domaine thérapeutique.
L’Académie de chirurgie, qui a fourni des travaux si importants sur la plupart des affections chirurgicales, a cherché à simplifier les pansements, et tout naturellement, il semble qu’elle aurait dû insister sur l’usage de l’eau, puisque cet agent peut remplacer avantageusement tous les moyens dont elle voulait détruire l’abus et même l’usage.
Sans doute, et les passages extraits des mémoires et des prix de cette société savante le prouvent surabondamment, quelques chirurgiens apprécièrent les propriétés de l’eau , mais ils n’insistèrent pas assez sur ses avantages, pour éveiller l’attention. Cela est tellement évident, que tous les auteurs qui ont écrit depuis sur le sujet qui nous occcupe, n’ont fait aucune mention des idées émises pendant cette période si glorieuse pour la chirurgie française.
Lombard , en posant des règles précises sur l’emploi de l’eau en chirurgie, dans un travail publié en 1786, peut être considéré comme le fondateur de cette thérapeutique nouvelle. L’époque était du reste très-favorable ; la guerre avec ses nécessités allait forcer les chirurgiens à employer souvent ce liquide, dans des circonstances où ils seraient privés de tous les autres moyens. C’est ce qui arriva bientôt. On s’étonne qu’après les résultats qu’en ont obtenus les Percy , les Larrey, les Treille, etc., l’usage de l’eau n’ait pas été généralisé dès cette époque. Quoiqu’il en soit, on peut dire que ce
moyen était beaucoup plus répandu au commencement de notre siècle que dans ceux qui Font précédé.
Lorsque l’attention des chirurgiens eut été attirée sur les irrigations par les ouvrages de MM. Josseet A. Bérard, publiés en 1835, par les succès de MM. Breschet, J. Cloquet, etc., un grand nombre d’autres chirurgiens les appliquèrent , et elles eurent un moment de Faveur. Mais peu à peu, par l’habitude des anciennes méthodes, peutêtre aussi à cause des soins et des précautions que réclame l’usage de l’eau , et surtout à cause des accidents occasionnés par te froid , on négligea ce puissant agent thérapeutique , et nous avons vu que son emploi était exceptionnel dans les hôpitaux de Paris.
Tout récemment aussi , j’ai visité les hôpitaux de Lyon , de Bordeaux, de Genève, et je n’ai trouvé que de rares exceptions aux modes de pansements généralement usités à notre époque. J’en dirai autant de l’hôpital de Lausanne, quoique ce soit la patrie des deux Mayor père et fils, qui, après Josse père et fils, ont le plus préconisé l’emploi de l’eau en topique.
Du reste , le grand nombre d’établissements hydriatiques qui existent actuellement en Europe , et où l’emploi de l’eau est généralisé sous toutes les formes dans le traitement des maladies chirurgicales, l’hôpital de l’Université de Londres, où tous les pansements se font avec ce liquide, permettent d’espérer que, dans un avenir prochain, cet agent thérapeutique occupera la première place en chirurgie comme topique antiphlogistique,