‹ De l'emploi de l'eau en chirurgieChapitre 4 sur 7 · PANSEMENT A L’EAU · texte numérisé non relu

PANSEMENT A L’EAU

En chirurgie, on donne le nom de pansement aux objets qu’on applique sur une plaie, et pansement à lfeau à ces mêmes objets mouillés et maintenus humides pendant un temps plus ou moins long.

Sans vouloir entrer ici dans l’histoire de ces derniers moyens, nous dirons cependant que, sous diverses formes, ce sont ceux dont Lombard, Percy, Larrey, Treille, etc., se sont servis dans les circonstances que nous avons rappelées.

Les anciens , qui recherchaient le plus souvent une humectation douce et tempérée, employaient, au lieu de linge, des disques d’éponge plus ou moins épais, qu’ils disposaient avec soin sur la partie lésée, de manière qu’elle ne fût pas fatiguée par leur poids. Ils appliquaient l’éponge d’une manière médiate ou immédiate, et comme elle absorbe beaucoup d’eau , elle conservait longtemps son humidité. Ils avaient de plus le soin de lui rendre l’eau qu elle perdait par l’absorption ou l’évaporation , en l’arrosant de temps en temps, A l’aide de ce moyen, ils parvenaient souvent et commodément à entretenir autour de la partie malade une humectation si propre, dans beaucoup de circonstances, à soulager et à guérir.

Percy, qui avait étudié avec soin l’emploi de l’eau dans un grand nombre d’affections, et qui avait reconnu les inconvénients inhérents aux cataplasmes et aux fomentations, avait fait les expériences qui suivent, dans le but de trouver une substance qui pût les remplacer avantageusement, en conservant son humidité et sa chaleur : «Que l’on prenne, dit-il, un coupon de toile de chanvre, un autre de toile de coton ordinaire, un troisième de futaine, un quatrième de flanelle rase d’Angleterre, et un cinquième de molleton; que tous ces coupons aient la même étendue; qu’on les imbibe complètement d’eau distillée; qu’on les suspende à la suite les uns des autres, à la même hauteur, et qu’ils soient exposés, tous à la fois, au même degré de chaleur, un jour d’été : on verra celui de toile sécher en peu d’instants, celui de coton sera un peu moins hâtif, la futaine ne viendra qu’après, la flanelle tardera trois fois plus, et le molleton restera des heures entières après les autres avant d’être sec,

« Il est vrai que ces coupons auront absorbé plus d’eau les uns que les autres, en remontant du molleton à la simple toile: mais, en multipliant les coupons de celle-ci, ou les cousant ensemble, et en leur faisant absorber entre eux la même quantité d’eau qu’absorbe un seul coupon de flanelle pluchée, on verra encore que la toile, avec tous ses feuillets, séchera six fois plus vite que cette flanelle. 11 en sera de même, avec des proportions différentes, des autres tissus, etc.

«De sorte qu’il n’est pas douteux que le meilleur excipient de l’eau destinée à être employée comme topique, et devant suppléer les cataplasmes, les fomentations, etc,,, ne soit le molleton, qui, outre la propriété de retenir beaucoup plus de ce liquide qu’aucun autre tissu ou étoffe, a encore celle d’en empêcher le refroidissement, étant, comme l’on sait, un très-mauvais conducteur du calorique. »

Tout en reconnaissant les avantages qu’offre le molleton de laine sur les autres tissus, il est loin, à notre avis, d’être à l’abri de tout reproche, surtout en hiver, ou dans les pays froids et humides ; Percy lui-même l’avait reconnu, et quand il voulait détendre, amollir, hu*

mecter une partie ( en un mot , avoir tous tes avantages des cataplasmes sans en avoir les inconvénients ), il conseillait de tremper les linges dans de l’eau tiède et de les recouvrir avec un morceau de vessie huilée, de toile ou de taffetas gommé, et même avec du parchemin malaxé dans une huile douce.

La difficulté de maintenir l’eau à une température douce et agréable dans les pays froids et humides avait sans doute conduit Percy à recouvrir les pièces imbibées d’eau d’un tissu imperméable ; la même considération a probablement déterminé M. Liston, et, après lui, les chirurgiens de l’hôpital de l’Université de Londres, à donner la préférence au pansement à l’eau ( water-dressing ), qu’ils emploient presque exclusivement.

M. Morton (1) nous apprend que dans cet établissement on a banni toute espèce de pansement avec les corps gras, et que l’on procède de la manière suivante , en employant de l’eau simple ou additionnée quelquefois d’une substance médicamenteuse : On se sert d’un morceau épais de charpie anglaise (tint) , que l’on trempe le plus souvent dans de l’eau pure, tiède ou froide, suivant certaines indications; on la place sur la plaie, et on la recouvre d’un morceau de toile cirée, pour prévenir l’évaporation trop rapide du liquide. De temps en temps, le plus .souvent toutes les trois ou quatre heures, on trempe la charpie dans l’eau pour entretenir l’humidité, et si la suppuration est très-abondante ou de mauvaise nature, on la renouvelle chaque fois.

Josse et A. Bérard employèrent d’abord les compresses imbibées d’eau; mais ils furent bientôt frappés de l’infidélité de cette méthode thérapeutique. En effet, la partie soumise à ce moyen passait par des alternatives de froid et de chaud, parce que la compresse mouillée ne tardait pas à s’échauffer quand on négligeait un instant d’en sur-

(1) Morton. Gazetle médic., 1838.

veiller le renouvellement; or, comme le dit A. Bérard, cette surveillance minutieuse, déjà difficile dans le jour, est à peu près impossible à exercer pendant la nuit. L’on conçoit aisément tous les accidents que peut entraîner le passage successif du froid au chaud et du chaud au froid. C’est alors que ces deux chirurgiens eurent l’idée de recourir aux irrigations continues , et ce fut déjà un grand progrès dans la thérapeutique chirurgicale.

M. Malgaigne donne le nom d? irrigation intermittente à l’application des linges mouillés sur une partie.

D’après ce que nous venons de dire, le pansement à l’eau , pour être efficace , et exempt des inconvénients qu’on a reprochés avec raison aux compresses mouillées , etc. , doit remplir les conditions suivantes :

1° Laisser passer librement le pus à mesure qu’il se forme, ei faire qu’il soit absorbé par l’appareil ;

2° Rendre l’humectation constante;

3° Empêcher l’évaporation du liquide afin qu’il n’y ait pas de refroidissement, ou, en d’autres termes, entretenir une température toujours égale.

Nous croyons avoir rempli ces indications par le pansement de l’eau, que nous avons beaucoup expérimenté avec mon père, et qui se compose de quatre pièces de tissus différents, superposés, auxquelles on pourrait donner les noms de crible , d’ absorbant d' humectant, et d’ inévaporant.

Crible. — Le crible est un tissu percé d’un grand nombre de trous, dans le but de laisser passer le pus à mesure qu’il se forme, et par conséquent d’isoler la plaie de la substance qui absorbe la matière ourulente.

Depuis longtemps déjà, on a senti la nécessité de ne pas laisser le pus séjourner à la surface des plaies, car on a l’habitude de les recouvrir d’une compresse trouée, enduite de cérat. Mais les linges troués dont on se sert dans les hôpitaux et dans la pratique civile ne rem-

plissent pas les conditions que Ton cherche à obtenir. En effet, les trous étanttrop petits, trop espacés, et se bouchant très-facilement par le cérat dont on les enduit, il en résulte alors un mélange du pus avec la matière grasse qui rend le linge troué presque illusoire. Dans le but de remédier à cet inconvénient, mon père a d’abord supprimé le cérat et trempé la compresse dans l’eau , mais le pus a encore formé une couche qui avait l’inconvénient que j’ai signalé précédemment; il a ensuite remplacé les compresses trouées par la gaze ordinaire. Les espaces qui séparent les fils dans ce tissu étant trop petits, le pus a encore formé une couche qui isolait la plaie des pièces de pansements placées au-dessus.

Il a alors essayé le tulle commun, à larges mailles, qui a parfaitement rempli l’indication; c’est le tissu qu’il préfère actuellement et qu’il a nommé crible ,

A défaut de tulle, on pourrait cependant se servir de linges, ayant des trous plus grands et plus rapprochés, ou enfin de linges quadrillés à espaces plus grands que ceux qu’on emploie journellement.

Absorbant . — L’isolement de la plaie étant obtenu , comme nous venons de l’indiquer, mon père a cherché quel serait le meilleur moyen d’absorber le pus à mesure qu’il se produit.

Après avoir essayé plusieurs tissus, il lui a semblé que le vieux linge de toile ou de coton, suffisamment usé, était celui qui réussissait le mieux. 11 a fait placer un disque de grandeur suffisante, ■après l’avoir imbibé d’eau tiède, par-dessus le crible . Cette pièce du pansement a reçu le nom A' absorbant.

Humectant . — lïhumectation étant l’indication principale à remplir dans le pansement à l’eau, il était important de rechercher quelle était la substance qui convenait le mieux.

Après avoir essayé successivement des disques d’éponges , de molleton de laine, de Uni (charpie anglaise), de molleton de coton

d’agaric, etc., mon père est arrivé à donner la préférence à l’amadou préparé, sans salpêtre, ni poudre à canon. Cette substance, peu volumineuse, absorbe heaucoup d’eau, est douce au toucher, cède son eau plus facilement au crible et à Y humectant que celles que nous avons citées; c’est elle que nous employons généralement. Cette pièce du pansement à reçu le nom d humectant.

Si on manquait d’agaric, on pourrait, surtout en hiver, remplacer cette substance par de gros linge usé, plié en plusieurs doubles, et qui servirait ainsi d’absorbant et d’humectant.

Tissu imperméable. — Une dernière condition restait à remplir, c’était de s’opposer à l’évaporation du liquide le plus complètement possible. Cette indication avait été déjà signalée et remplie par Percy, qui plaçait sur les compresses imbibées d’eau un tissu imperméable. C’est aussi le moyen que nous employons pour recouvrir les pièces du pansement à l’eau. Le plus simple est celui que nous trouvons à notre portée, et auquel nous donnons la préférence. Dans les grands centres de population, on n’a que l’embarras du choix; à la campagne, où on manque généralement des tissus de cette espèce , on pourra employer avec succès un morceau de vessie de porc malaxée dans l’huile. Il est une précaution que l’on ne doit pas négliger, quand on veut s’opposer le plus possible à l’évaporation du liquide , c’est de donner plus d’étendue au tissu imperméable qu’aux autres pièces du pansement.

Si , au contraire, on donne au tissu imperméable les mêmes dimensions qu’à l’humectant et aux autres pièces du pansement, il se fait sur les bords une évaporation lente, qui produit une certaine fraîcheur, surtout en hiver.

Les pansements des doigts, des orteils et de la verge, doivent être entourés complètement avec le tissu imperméable, de manière à former un sac pour entretenir une humectation constante. On peut aussi se servir avec avantage d’un véritable sac de boyau ou de caoutchouc, avec lequel on enveloppe les objets de pansement.

L’effet émollient étant généralement celui que Ton veut produire, c’est ordinairement de l’eau douce, tiède, à 18 ou 25 degrés que l’on emploie dans ces cas. Le liquide se met ordinairement en équilibre de température avec les tissus, surtout si, comme je viens de le dire, la pièce imperméable dépasse dans tous les sens les autres pièces du pansement. Si , au contraire, elle est moins étendue , le liquide, en s’évaporant, soustrait une certaine quantité de calorique, et il y a sensation légère de fraîcheur.

Quant à la durée d’application de ce pansement , elle varie selon les effets que l’on veut obtenir et selon l’état des parties. Si l’inflammation est vive, on renouvellera assez souvent ce pansement ; il en sera de même si la production purulente est très-abondante. Dans les cas simples, on peut se contenter de changer le pansement toutes les quatre ou six heures.

Ce mode de pansement, moins puissant que les irrigations et les immersions, a l’avantage de permettre au malade de pouvoir vaquer à ses occupations, quand il n’y a pas de contre-indication.

Lorsqu’on veut cesser le pansement à l’eau, on ne doit pas le faire brusquement, mais peu à peu , pour ne pas s’exposer au retour des accidents. On commencera donc par diminuer la quantité d’eau qui sert à entretenir l’humidité, et faire le pansement à l’eau d’une manière intermittente.

Comparé aux autres modes de pansement, le pansement à l’eau leur est infiniment supérieur, même aux cataplasmes. On voit , dans le plus grand nombre des cas, qu’il en a tous les avantages sans en avoir les inconvénients, et comme il est facile de l’entretenir sans le déranger, on évite ainsi des douleurs aux malades.

J’ai déjà recueilli un assez grand nombre de faits qui me permettent d’espérer qu’il sera préféré aux fomentations , aux compresses de linge et autres tissus imbibés d’eau, etc. Je ne rejette pas cependant d’une manière absolue les cataplasmes, qui peuvent être très-utiles dans beaucoup de cas, si on les emploie convenablement , c’est-à-dire qu’ils doivent être très-humides et fréquem-

ment renouvelés, surtout quand il y a une suppuration plus ou moins abondante,

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