IRRIGATIONS
Dans le langage chirurgical, l’irrigation (du mot irrigare, arroser) est l’arrosement d’une partie de nos tissus ; mais ainsi considérée comme l’a très-bien démontré M. Malgaigne, le sens de ce mot est vague , car les affusions , les injections , les douches , etc. , sont de véritables arrosements , et à ce titre, pourraient s’appeler des irri~ mations. Je pense qu’il est plus convenable, en se conformant d’ailleurs à l’usage , de réserver exclusivement le mot irrigation pour désigner l’écoulement uniforme d’un liquide à la surface des tissus, IC’est, du reste, le sens que M. Josse attachait au mot arrosion , qu’A, Bérard, Breschet etM, Cloquet, ont remplacé par celui d’irrigation.
Les irrigations exigeant des appareils spéciaux , je passerai successivement en revue ceux qui ont été employés par les chirurgiens • qui se sont le plus occupés de ce moyen, et j’examinerai comment on « peut en improviser , lorsque I on manque des objets nécessaires à lia confection des appareils ordinaires,
Appareil de M . Josse,
M. Josse décrit de la manière suivante l’appareil qu’il a employé Ipour faire les irrigations :
p «Un vase portant près de son fond un robinet est rempli d’eau , Est placé sur une table étroite et élevée, auprès du lit du malade, le manière qu’il soit d’un pied et demi environ au-dessus du | membre blessé. Une toile cirée, étendue sous celui-ci , est destinée \ garantir le lit et à faciliter l’écoulement de l’eau, qui est reçue J lans un seau qu’on a placé près du lit à cet effet , et dans lequel on lait descendre l’extrémité de la toile cirée. Au reste, cet appareil
peut être modifié de mille manières, et quelquefois avec avantage.
On peut plus commodément encore se servir de deux seaux ; ces objets se trouvent partout: l’un, auquel on aura adapté un robinet ou simplement fait un trou , sera suspendu au-dessus du lit du malade ; l’autre sera placé auprès du lit pour recevoir l’eau surabondante. Afin de pouvoir plus facilement changer le courant , il est bon d’adapter au robinet ou d’ajuster dans le trou qu’on a pratiqué J un tube quelconque , et s’il est possible une sonde de caoutchouc . que sa flexibilité rendra excessivement commode. La toile cirée peu! elle-même être remplacée; ainsi les anciens se servaient d’une peau d’animal. Cette méthode pourrait peut-être être reprise avec avantage, sans laisser filtrer l’eau quelle reçoit; une peau préparée prend cependant une certaine humidité qui l’entretient dans un état de souplesse et de fraîcheur fort utile. On peut encore remplacer avantageusement la toile cirée par une plaque faite de métal ou de toute autre substance imperméable; mais la meilleure manière de disposer ce corps solide , c’est de le façonner en gouttière dans laquelle on peut placer le membre sur des corps mous , susceptibles de l’humecter, et qu’on dispose suivant les circonstances... Mais il faudra toujours se rappeler que les parties ne doivent jamais être soustraites au contact de l’air, qui, suivant la charmante expression du poète latin , doit venir lécher les tissus.
Les objets étant ainsi préparés, on placera la partie malade dans la position la plus convenable ; elle sera couverte de compresses négligemment posées sur elle ; une autre compresse entourera le robinet par une de ses extrémités ; par l’autre, elle sera étendue sur l’appareil , en partant de l’endroit le plus élevé. Cette compresse est destinée à empêcher l’eau de tomber de tout son poids sur les organes malades , et à la disperser sur une plus grande surface. »
Appareil à irrigation de Breschet .
«On aura deux grands seaux, l’un plein d’eau de fontaine ou de puits, et l’autre vide. Ce dernier est posé aux pieds du lit du malade pour recevoir l’eau qui arrose le membre. On suspend le seau plein au ciel du lit, à l’aide d’un fort billot et de cordes bien résistantes , ou bien par tout autre mécanisme ; on l’arrange de manière que le fond du seau réponde perpendiculairement au membre blessé, et à 1 pied ou 2 pieds de hauteur de celui-ci. Ensuite on aura un petit tube en verre ou en fer-blanc, de la grosseur du petit doigt à peu près , et de la longueur de 3 à 4 pieds environ ; ce tube sera plié à angle fort obtus vers son milieu , de manière qu’il représente une sorte de lettre U , à branches inégales , ayant 1 ou 2 pieds de longueur. On met une branche de ce tube dans le seau plein d’eau , l’autre branche pend au dehors sur le membre blessé ; l’entre-deux de ces branches repose sur le bord du seau. Les lois d’hvdrauliques connues font immédiatement passer l’eau du seau à travers le tube qui la conduit en jet sur le membre malade. Pour mettre cependant en action le jet de l’arrosion , il faut faire un instant le vide avec la bouche dans la branche externe du tube. Par cet appareil , l’eau coule donc en jet sur le membre à travers le tube conducteur; mais pour en tirer tous les avantages possibles , deux conditions sont nécessaires : 1° Il ne faut pas que le jet d’eau tombe de très-haut, car ceci aurait un inconvénient très-sérieux ; c’est pourquoi il est essentiel de rendre la branche externe du tube très-longue , ou bien d’abaisser autant que possible la position du seau. 2° Il faut encore rendre le jet d’eau très-fin et continu , à l aide d’un petit bouchon troué , qu’on adapte dans l’extrémité externe du tube ou bien au moyen d’un morceau d’éponge qui fasse l’office de bouchon. Cette eau, après avoir imprégné les compresses , les bandes et la charpie qui enveloppent le membre , passe sur le membre même , l’en arrose et tombe sur la toile cirée, pour être conduite hors du lit dans le seau
vide dont nous avons parlé. Le chirurgien ou la garde n’a alors qu’à renouveler l’eau du récipient à mesure qu’il se vide. Le bandage et le pansement des plaies seront renouvelés tous les deux ou trois jours, ou plus rarement encore, selon que le chirurgien le jugera à propos (1).
Appareil de A. Bérard.
L’appareil de A. Bérard est semblable à celui de Breschet; seulement, au lieu d’un seul siphon métallique, dont on obture l’orifice libre avec un bouchon de liège plus ou moins échancré , il employait un ou plusieurs tubes de verre de petit diamèttre, selon le degré de réfrigération qu’il voulait produire.
M. Velpeau a fait figurer, dans sa Médecine opératoire , un seau muni à son fond d’un robinet, lequel communique avec un tube horizontal, de la longueur du membre à arroser, et ce tube donne naissance à six autres petits tubes verticaux, qui versent le liquide sur toute la surface du membre.
Appareil de Mathias May or.
«Un vase quelconque, propre à contenir de l’eau et à être suspendu au-dessus du malade , sera percé d’un ou de plusieurs petits trous, destinés à recevoir autant de bouts de ficelle, d’un volume moindre que le calibre de ces derniers. Dès que le liquide sera introduit dans le vase , il s’échappera et glissera le long des petits cordons . jusque sur les parties qu’il devra arroser et baigner continuellement, et sur lesquelles on aura dirigé ces fils conducteurs.
1) Rognetla, loc. cit.
«La propriété qu’a le liquide de courir le long d’un objet, aussi commun que la ficelle ou qu’une attache quelconque, et la facilité qu’on éprouve d’ajuster ces cordons , de modifier en plus ou en moins la quantité de l’eau, et de la diriger toujours à volonté, ces considérations , dis-je , sont précieuses à saisir et méritent d’être examinées et approfondies. Et d’abord l’eau suit la ficelle partout où elle se trouve placée , et la pente oblique de l’une , fût-elle même considérable, ne fait point changer le cours de l’autre. Le liquide, en effet, ne lâche guère son conducteur, que lorsque celui-ci affecte une direction à peu près horizontale , ou lorsqu’il touche à un autre objet , ou qu’il s’y trouve un nœud lâchement serré.
«En second lieu, la distance à parcourir par l’eau sur la petite corde n’est d’ailleurs point limitée , et celle-ci peut s’étendre fort loin, sans cesser de revêtir les conditions de véritable aqueduc.
«Un troisième fait à noter, c’est que plus le conducteur filiforme est considérable, et plus aussi le courant augmente de volume; de sorte que l’un est toujours en raison directe de l’autre.
«Un quatrième point important, c’est que le conducteur est constamment flexible , souple, et, par cela même, inhabile à blesser, s’il vient à heurter des parties sensibles , ou si celles-ci sont poussées fortuitement contre l’appareil irrigatoire.
« Une cinquième circonstance favorable, c’est que le liquide touche inaperçu, sur les endroits qu’on veut arroser, et ne les frappe ni ne les irrite par sa chute; tandis que le liquide ne s’échappe jamais des tubes , sans un choc quelconque , ressenti toujours sur le même endroit, ou sur ceux qu’on veut particulièrement soumettre aux arrosements continus.
« Une sixième considération , et qui dérive précisément de cette absence de percussion de la part de l’eau, et de son épanouissement en nappe , ainsi que de la flexibilité et de la souplesse du conduit : c’est que l’eau arrivera à sa destination , alors même qu’il y aura quelques balancements dans le vase et le cordon conducteur, ou des mouvements variés dans les parties qui réclament l’irrigation
«On distribue facilement à plusieurs individus à la fois, de l’eau provenant d’un même vase. Celui-ci est percé d’une quantité de trous , par où passent autant de bouts de ficelles , fixées au bord du réservoir par l’une de leurs extrémités. Chaque trou non utilisé est bouché avec une petite cheville qu’on enlève et qu’on remet à volonté, et qui livre ou intercepte le passage au liquide suivant les besoins. C’est à un arrangement semblable et simple, qu’on pourra avoir recours , lors d’une réunion de blessés , dans une ambulance , dans un hôpital , et sur une voiture , quand celle-ci serait destinée à transporter un ou plusieurs blessés. »
M. Mayor a encore proposé de remplacer le siphon par une bande de gros drap.
Appareil de M . Guyot , chirurgien à /’ hôpital de Rennes*
Cet appareil (1) à irrigation se compose de trois planches et d’un vaste entonnoir. Ces planches sont disposées de la manière suivante : Deux placées verticalement sont maintenues entre les bois de lit et les matelas; la troisième repose transversalement sur les deux premières , et est percée de plusieurs trous de distance en distance pour y placer le bout de l’entonnoir. A l’embout de l’entonnoir, est fixé le corps de pompe d’une seringue, qui ne permet que l’écoulement d’un petit lilet d’eau. Le lit du malade est garni d’wne toile cirée légèrement inclinée pour faciliter l’écoulement de l'eau et garantir les draps du lit de l’humidité.
M. le Dr Chaumette, à l’hôpital Saint -André de Bordeaux, se sert aussi d’un grand entonnoir, qu’il suspend aux traverses supérieures du lit du malade. Dans l’orifice inférieur de cet appareil est engagée une ficelle qui conduit l’eau sur la partie que l’on veut soumettre à l’irrigation.
(I) Communiqué par M. Dingé.
Appareil du Dr James Macarlney
«C’est une boîte de zinc assez semblable à une boîte à fractures, dans laquelle on peut poser Tune des extrémités supérieures ou inférieures du malade. L’eau ou le fluide médicamenteux sont conduits au moyen d’un tube aplati, dont une des extrémités est jointe au réservoir, et dont l’autre passe à travers la paroi supérieure de la boite. Ce tube contient une bande de drap grossier, qui est large à une extrémité et dont l’autre se termine en pointe. La première est reçue dans le vase qui contient le liquide , l’autre repose sur l’appareil de la partie malade , ou bien est suspendue au-dessus. L’eau suit la bande de drap par un effet de la capillarité ou à la manière d’un siphon. Dans le but de donner écoulement à l’eau , la boite a un fond concave, percé de larges trous, par lesquels le liquide passe à sa partie inférieure : de la un tube la conduit dans un autre vase placé hors du lit. Pour qu’on puisse nettoyer convenablement, le fond perforé peut s’enlever; le membre repose sur un coussin mou, recouvert d’une toile imperméable, et il n’est pas soumis, dans toute son étendue, au courant d’eau. Celui-ci se règle en plaçant le réservoir plus ou moins haut , et même au niveau du lit. »
Appareil de M. Eguisier.
Cet appareil, que l’on peut employer pour les irrigations, est, comme on le sait, composé d’un corps de pompe, dans lequel se meut un lourd piston en plomb. A l’extrémité inférieure du réservoir existe un orifice garni d’un robinet avec un tube élastique destiné à conduire l’eau à une distance plus ou moins grande : le liquide est
(C Examinateur médical , 19 septembre 1841.
chassé par le poids du piston. Cet appareil est très-commode, parce qu’il peut se placer sur un meuble auprès du lit du malade; mais, en général, il est d’un prix trop élevé, quand il a une certaine dimension, pour que son usage se répande beaucoup. Ceux que l’on emploie ordinairement sont très-petits et nécessitent qu’on renouvelle l’eau à chaque instant. Il en est de même de ces nombreux appareils irrigateurs, où le liquide est chassé par un piston mis en mouvement par des tubes ou des lanières en caoutchouc vulcanisé.
Pour faire les irrigations , nous faisons ordinairement disposer l’appareil de la manière suivante : Un vase d’assez grande capacité en zinc ou en faïence est placé sur un meuble élevé au voisinage du lit; un siphon élastique à robinet amène l’eau du réservoir supérieur sur les tissus. La partie que l’on soumet à l’irrigation est bien isolée , à l’aide d’une gouttière ou d’une toile imperméable disposé* de manière que l’eau ne mouille pas les parties voisines , et s’écoule facilement dans un vase placé auprès.
Une compresse placée sur le membre sert à disséminer l’eau d’une manière uniforme. On adapte ordinairement, à l’extrémité de tubes faisant l’office de siphon , une bande de linge divisée en bandelettes qui sert non-seulement à diriger le liquide, mais principalement à empêcher qu’il n’y ait action dynamique.
Une fois monté, cet appareil fonctionne seul, pourvu qu’on ait U soin de l’entretenir et de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’intermittences dans l’écoulement du liquide. Il faut aussi apporter beaucoup de vigilance, surtout pendant la nuit; d’abord pour la propreté de l’eau, et surtout pour sa température, qui doit toujours être uniforme et ne causer aucune sensation désagréable au malade.
Quand on veut soumettre une surface étendue à l’irrigation continue et la faire abondante, on doit employer de préférence un appareil versant par plusieurs orifices, à un seul canal à large ouverture. En effet, quand l’eau n’arrive que par un seul conduit, elle, change de température dans son trajet sur les tissus, et la partie
n’est plus soumise à une température uniforme dans toute son étendue.
Si les irrigations continues devaient être faites dans quelques cas avec de l’eau froide ou glacée, il serait convenable de commencer par de l’eau tiède , dont on abaisserait graduellement la température. Sans cette précaution , on s’exposerait non-seulement à causer au malade une sensation quelquefois très-désagréable , mais encore à des accidents graves. Dans un cas de brûlure étendue, Sanson vit survenir le tétanos, sous l’influence de l’emploi de l’eau très-froide.
L’irrigation établie d’après le principe que nous venons d’émettre , on devra veiller attentivement à ce que la température du liquide ne change pas brusquement, et surtoulque son écoulement ne vienne à être interrompu , car il pourrait en résulter une réaction inflammatoire très-grave. Quand on juge convenable de cesser l’emploi de l’eau, on doit la réchauffer peu à peu, et même, comme le conseille M. Cloquet, ne l’employer que quelques heures par jour avant d’en suspendre complètement l’usage.
La quantité d’eau qui doit passer sur une partie lésée nous parait devoir être réglée par le degré d’inflammation , c’est-à-dire que si elle est faible , une humectation continuelle suffira ; si elle trèsintense, au contraire, il faudra faire arriver le liquide par un courant très-rapide, de manière à inonder pour ainsi dire la partie, surtout si l’on se sert d’eau à 18° ou 20°. En effet, ce liquide en contact avec les tissus, ayant une grande tendance à se mettre en équilibre de température , soustrait une certaine quantité de calorique morbide ; plus il s’en développe , plus on doit en enlever, sans ce» pendant placer la partie enflammée dans un milieu dont la température s’éloignerait trop de celle qui lui est normale.
L’irrigation doit être faite non-seulement sur la partie lésée, mais encore sur une surface assez étendue au-dessus; sans cette précaution , on s’exposerait à tvoir survenir des accidents graves dans un point que l’on aurait jugé sain primitivement, et tandis qu’aucune
inflammation ne se développerait au lieu de la lésion soumis à faction de l’eau.
Je possède plusieurs observations qui prouvent , d’une manière évidente, que des blessés ont succombé à des accidents développés au-dessus du point où l’on faisait l’irrigation, et c’est là sans doute une des raisons qui ont fait dire à quelques auteurs que l’eau mas- . quait les phénomènes inflammatoires et n’empêchait pas le développement de fusées purulentes. Je ne nie pas que cet accident ne puisse se manifester, même lorsque l’irrigation est bien faite; mais je suis persuadé que, le plus souvent, elle reconnaît pour cause celle que j’ai signalée plus haut.
Le manque des objets que je viens d’indiquer forçant souvent le chirurgien à modifier l’appareil , je vais passer sommairement en revue les moyens les plus convenables pour pouvoir faire les irrigations partout.
On peut employer pour le récipient supérieur un vase quelconque, mais plus avantageusement un seau en zinc ou en bois que l’oit trouve presque partout.
Pour placer ce récipient au-dessus de la partie que l’on veut soumettre à l'irrigation, on peut , si c’est un seau , l’accrocher à un clou, fixé dans le mur, ou bien le placer sur une chaise que l’on a mise sur un autre meuble , une table , par exemple. Mon père s’est servi plusieurs fois d’une échelle double ; sur les bâtons , on plaçait une planche et l’on y posait le vase ; on pourrait aussi y mettre un fort bâton , qui servirait à soutenir un seau.
Dans les campagnes, où l’on trouve encore souvent des lits à montants verticaux, on pourrait s’en servir pour y fixer un bâton qui ferait l’office que nous venons d’indiquer.
Deux tables ou deux trétaux élevés , placés de chaque côté du lit. pourraient également servir à placer une planche transversalement, sur laquelle on poserait le récipient supérieur.
Enfin on pourrait à la rigueur faire les irrigations avec un simple
arrosoir.
Dans les hôpitaux civils, on fixe ie plus souvent le récipient , qui est un seau ordinaire , à la traverse horizontale en fer, qui porte aussi la corde dont les malades se servent pour s’aider dans leurs mouvements. Je pourrais encore indiquer d’autres modes de sustentation pour le récipient supérieur; mais les précédents suffisent, et d’ailleurs les modifications nombreuses que l’on peut y apporter dépendent de l’habitation, des usages, et le médecin trouvera facilement les moyens d’y suppléer.
On peut aussi faire adapter à la partie inférieure du récipient un petit robinet, auquel on attache une bande de linge, qui sert à diriger le filet d’eau ; une petite fontaine ordinaire pourrait très-bien servir aussi.
Température. — Quant à la température à laquelle on doit employer feau pour les irrigations, je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit à ce sujet, dans les considérations générales. J’ajouterai seulement ici que les irrigations froides ont presque toujours été employées par MM. A. Josse, Bérardet Breschet, etqu’après avoir signalé quelquesuns des inconvénients du froid, ils finissent par dire qu’on doit se guider sur les sensations du malade pour le degré de température à donner au liquide.
Pour nous l’eau tiède est préférable dans la majorité des cas; cependant il est impossible de jeter une proscription absolue sur l’eau froide, ainsi que je l’ai déjà dit.
Durée de Temploi de l'eau. — II est difficile de fixer la durée des irrigations, car elle doit varier suivant la température de l’eau, la nature de l’affection, le tempérament du malade, l’état aigu ou chronique de la maladie; néanmoins je rappellerai quelques-unes des règles posées par les chirurgiens qui les ont le plus mises en usage.
Ceux qui emploient l’eau froide ou glacée ont pour habitude de suspendre l’irrigation lorsque le malade accuse un sentiment de froid
dans la partie soumise à son action ; cependant il ne faut pas trop se hâter, car M. Josse nous apprend « que trop souvent il a eu occasion de constater que la phlogose peut reprendre toute son intensité, » et nous avons vérifié plusieurs fois la justesse de cette remarque. Il serait convenable alors, non pas de suspendre l’emploi de ce moyen, mais d’élever graduellement la température du liquide jusqu’à ce que le malade n’éprouve aucune sensation désagréable et de n’arriver à changer le mode de traitement que lorsque toutes chances d’inflammation seraient disparues. Quand on emploi l’eau tiède, on peut prolonger l'irrigation beaucoup plus longtemps, puisque le travail de réparation des lésions traumatiques s’opère très-régulièrement sous l’influence de ce mode de traitement. Mon père les emploie ordinairement pendant quinze, vingt et vingt-cinq jours, et plus, et il leur substitue aussitôt le pansement à l’eau, qu’il renouvelle assez souvent pour entretenir une humectation et une propreté très-favorables à la cicatrisation. On reprendrait, du reste, les irrigations, si l’inflammation menaçait de revenir.
Je ne puis ici indiquer tous les cas dans lesquels on peut employer les irrigations. Je dirai seulement qu’elles trouvent leur application avantageuse dans les cas les plus graves de la chirurgie, dans toutes les violentes inflammations difficiles à modérer ou à éteindre par les moyens ordinaires, et aussi dans les plaies graves qui fournissent une suppuration abondante à laquelle il faut donner un écoulement facile.
Après ce que j’ai dit dans les Considérations générales, je ne m’étendrai pas longuement sur les avantages des irrigations, et sur les inconvénients qu’on a attribués à ce moyen.
Avantages . Dans les inflammations traumatiques violentes, l’eau, en se renouvellant sans cesse et conservant la même température, enlève le calorique morbide, et plus tard, lorsque la suppuration est
établie ou que primitivement on a eu affaire à une plaie plus ou moins étendue, la matière purulente est entraînée à mesure qu’elle se produit, et l’on a moins à craindre la résorption purulente et ses fâcheuses conséquences.
Inconvénients. A vrai dire, je n’en connais aucun qui ne puisse être attribué à tout autre agent thérapeutique, s’il n’est pas appliqué convenablement.
Si par exemple l’eau des irrigations est à une température trop basse, il pourra en résulter une répercussion trop violente de l’inflammation, la gangrène, etc. Si le liquide n’a pas un écoulement continuel, il en résultera, de même que pour l’irrégularité de la température , des alternatives d’actions et de réactions très-nuisibles.
Ces trois points exigent donc la plus grande attention.
On a dit aussi que les irrigations agissaient superficiellement. Les faits nombreux de lésions graves et profondes, dans lesquelles ce moyen a été employé avec des succès merveilleux, ne me permettent pas de me ranger à cette opinion.
En résumé, l’irrigation continue est un puissant moyen qui a déjà rendu de très-grands services à la chirurgie dans beaucoup de cas, et qui pourra en rendre de plus grands encore, lorsqu’il aura été mieux apprécié. Je serais heureux si j’étais parvenu à fixer de nouveau l’attention sur ce moyen, et si j’avais pu établir que les inconvénients qu’on lui a reprochés ne sont dus, pour la plupart, qu’à îa température trop basse du liquide dont ont s’est toujours servi. Quant à la difficulté de pouvoir établir un appareil dans toutes les circonstances où l’on se trouve , j’ai cherché à indiquer des moyens simples, que l’on peut se procurer partout, pour établir un appareil convenable, et atteindre le but qu’on se propose. Si du reste les irrigations ne pouvaient être appliquées, on aurait recours aux immersions ou au pansement à l’eau.