‹ De l'emploi de l'eau en chirurgieChapitre 6 sur 7 · IMMERSION · texte numérisé non relu

IMMERSION

L’immersion est l’action de plonger le corps ou une de ses parties dans un liquide, en un mot, c’est un bain général ou local. En chirurgie, les immersions étant faites ordinairement pendant un certain temps à une température constante , quelquefois même avec renouvellement uniforme du liquide; il est convenable, je pense, de faire suivre cette expression du mot continue , comme on l’a fait pour l’irrigation, et peut-être alors le mot macération pourrait-î! être substitué à celui d’immersion.

L’emploi chirurgical des immersions remonte, je crois, à Lamorier, comme on a pu le voir dans la partie historique de ce travail. Les trois observations qu’il cite sont assez remarquables, et j’aurais sans doute pu en citer d’autres, si j’avais voulu rapporter les faits de guérison obenus par ce procédé, en employant les eaux minérales; mais j’ai pensé que ce serait sortir du cadre que je me suis tracé.

« ïl est, dit Percy, des affections extérieures dans lesquelles la chaleur locale est si exaltée qu’elle sèche en peu de temps les compresses les plus épaisses et les plus chargées d’eau. On ne risque rien alors de les appliquer modérément froides; et si la partie est susceptible d'être plongée dans un bain , rien ne pourra mieux réussir à contenir la fougue des propriétés vitales et à ramener dans l’organisme le calme et la régularité. »

Depuis Percy, les immersions n’avaient été employées que très-rarement, si ce n’est par les chirurgiens militaires , surtout dans les cas d’entorses seulement, lorsque, en 1841, M. Charles Mayor publia un mémoire intitulé : De la Localisation des bains sur les diverses parties du corps humain . Dans ce travail fort intéressant, le chirurgien de Lausanne a eu pour but de fixer l’attention des chirurgiens sur les avantages que l’on peut retirer de l’emploi de l’eau en im-

mersion, et de faire connaître les appareils qu’il a imaginés pour baigner isolément certaines parties du corps.

Les appareils de M. G. Mayor consistent en des vases métalliques appropriés à la forme et au volume de la partie qu’ils doivent recevoir; ils sont terminés en culs-de-sac s’ils sont destinés à baigner les extrémités, et, au contraire, ouverts à leurs deux bouts s’ils doivent renfermer les autres parties des membres, et garnis de manchettes en caoutchouc ou en vessie , atin d’empêcher l’écoulement du liquide.

M. C. Mayor termine son mémoire par les conclusions suivantes:

« 1° Il est facile de faire établir ces appareils partout et à peu de frais ;

2° Ils permettent de localiser un bain sur toutes les régions des extrémités, tant supérieures qu’inférieures, et sans que le malade soit obligé de sortir le membre du lit ou de se placer dans une position déclive, souvent fatigante, et parfois impossible ou fâcheuse : il pourra, au contraire, prendre et garder celle qui lui conviendra le mieux ;

3° Le liquide, ne subissant aucune évaporation, conservera trèslongtemps sa chaleur, surtout si l’on a l’attention d’entourer les vases du mauvais conducteur du calorique. La légère soustraction de ce dernier, par le refroidissement des parois de l’instrument, sera compensée par la chaleur que le membre malade fournira à la petite quantité de liquide qui l’environne ;

4° S’il s’agit de baigner une main, l’avant-bras ou le bras, l’appareil, muni d’anneaux et de cordons, pourra, dans maintes circonstances, être suspendu à la nuque du malade au moyen d’une écharpe, et permettra à celui-ci de sortir et de vaquer à ses occupations, tout en prenant son bain ;

5° Le liquide peut être renouvelé sans que le malade change de position et sans refroidir la partie qu’on baigne ;

6° Gomme il ne faut que fort peu de liquide, on n’a presque aucune dépense de combustible, ni aucun embarras pour se procurer

un bain local simple; et, lorsqu’il s’agit de bains composés, ils seront économiques aussi, surtout si l’on doit employer des substances d’un prix élevé, telles que les iodures, le sublimé, etc.;

7° Le vase étant hermétiquement fermé ne laissera échapper aucun des principes volatils que ce liquide pourra contenir;

8° Les appareils , ayant chacun deux ouvertures , pourront être utilisés dans les cas où l’on désirerait soumettre un membre ou une portion de membre à un courant d’eau continu. 11 suffira pour cela d’adapter à l’orifice supérieur un tube élastique, et communiquant avec un baquet placé à une hauteur proportionnée à l’impulsion qu’on veut donner à l’eau. L’ouverture inférieure restera ouverte, et pourra, s’il y a lieu, être rétrécie soit par un disque de liège percé d’un trou, soit par l’adjonction d’un robinet. »

Notre savant confrère M. le Dr Lebert , qui a eu occasion d’employer les bains locaux avec les appareils de M. C. Mayor, s’exprime ainsi : «J’ai employé ces bains dans un grand nombre de cas , et je les ai surtout trouvés utiles dans les maladies des articulations. C’est aux indications thérapeutiques suivantes , pour leur emploi que je suis arrivé, tant par l’expérience , qu’en prenant en considération leurs indications générales et la nature des maladies dont je vais parler.

«Si les téguments sont intacts, dans les affections inflammatoires aiguës et subaiguës , comme par exemple, dans le panaris, les inflammations des parties ligamenteuses et fibreuses , soit des pieds , soit des mains, des genoux, etc., et, en général, s’il y a vive douleur et tension, on peut les mettre en usage pour calmer, ou même pour entretenir le sang des sangsues. En général, ces bains conservent pendant assez longtemps une température égale, et ils ont le grand avantage de tenir la partie malade à l’abri du contact de l’air. Mais, dans ce cas-là, il ne faut pas les continuer au delà d’une heure de suite, parce que la constriction nécessaire pour fixer l’appareil incommoderait le malade. Nous avons pu observer l’action calmante de ces bains locaux, avec l’eau de Lavey seule, dans plusieurs cas

d’inflammation aiguë, et de formation d’abcès survenus dans le courant d’une cure pour des maladies articulaires , tumeur blanche et carie, maladies dans lesquelles les téguments ne sont pas intacts. Ce sont surtout les maladies des jointures , accompagnées d’abcès , de fistules , d’ulcères des parties molles ou des os ; c’est surtout dans les affections des os que les bains locaux avec les eaux de Lavey pures ont été bien utiles. Il m’a paru que l’absorption du liquide du bain, dans ces cas, était plus forte dans les bains locaux presque hermétiquement fermés que dans ceux pris par les méthodes ordinaires. Dans 8 cas de maladies des os, j’ai vu diminuer promptement la suppuration , et l’état des parties molles s’améliorer. Dans plusieurs cas de tumeur blanche et de carie du pied , les malades ne pouvaient pas supporter la position pour prendre un bain de pied ordinaire, tandis qu’ils prenaient les bains locaux avec les appareils du Dr Mayor, sans changer de position et en restant couchés au lit. »

Les immersions ou bains locaux , applicables surtout aux extrémités des membres , sont appelés dans certains cas à rendre de grands services à la chirurgie, et à être d’un fréquent usage par la facilité avec laquelle on peut se procurer tout ce qui est nécessaire à leur administration. Cette méthode d’appliquer l’eau à la surface des tissus est excessivement simple pour les lésions qui siègent au membre supérieur depuis son extrémité libre, jusqu’au-dessus du coude, et pour la partie correspondante du membre inférieur. Il suffit de placer auprès du blessé un vase de dimension convenable contenant de l’eau à une température douce et agréable, dans lequel il tient la partie malade complètement plongée. On devra veiller à ce que la température du liquide ne varie pas sensiblement, et à ce que l’eau soit renouvelée assez souvent pour conserver sa pureté. Pour le bras, la cuisse , le bassin , on pourra employer les appareils fort ingénieux de M. Charles Mayor fils, sans oublier toutefois que leur usage prolongé peut avoir des inconvénients par la constriction qu’ils excercent au-dessus de la partie malade.

Du reste, si on n’avait pas de vase convenable ni tout autre moyen de faire les immersions, on pourrait, en attendant, les remplacer par les lotions, les irrigations ou le pansement à l’eau.

Autant que possible, ainsi que je viens de le dire , on doit veiller à ce que la température de l’eau soit toujours à peu près égale , et en rapport avec le degré d’inflammation et la sensation du malade. Pour renouveler l’eau à mesure qu’elle s’échauffe ou se refroidit, on pourrait, au moyen d’un thermomètre, juger du moment opportun, et, pour plus de facilité, adapter deux tubes à la baignoire, l’un pour l’entrée, l’autre pour la sortie du liquide.

Quant à la position à donner aux parties que l’on soumet aux immersions, elle doit nécessairement être très-variable, suivant une foule de circonstances faciles à comprendre. Tout ce que je puis dire, c’est que l’écoulement du pus et le retour du sang veineux sont deux conditions importantes qui ne doivent jamais être perdues de vue.

Les effets avantageux des immersions prolongées d’une partie malade dans de l’eau à une douce température, me paraissent être produits, comme pour les irrigations, par la soustraction du calorique morbide, et aussi sans doute, par l’absorption du liquide, qui pénètre les tissus. On comprend dès lors combien il est facile, avec ce moyen appliqué convenablement, d’abord, de calmer la douleur, de modérer et même d’éteindre des inflammations graves et profondes.

L’eau douce à 18 degrés ou 20 degrés, plus ou moins, est en général préférable à l’eau froide, et c’est toujours à cette température que mon père l’emploie dans sa pratique.

Quant à la durée des immersions, elle doit varier beaucoup, suivant le degré, l’étendue, et la profondeur de l’inflammation qu’on veut combattre, et il est impossible de fixer des règles précises à cet égard ; toutefois je pense qu’il faut prolonger les immersions pendant assez longtemps pour ne plus avoir à craindre le retour des

accidents, et encore, ne faut-il pas les cesser brusquement, mais peu à peu, pour les remplacer par le pansement à l’eau.

Les immersions paraissent offrir, au premier abord , un inconvénient sérieux, résultant de l’impossibilité de faire le moindre mouvement pendant tout le temps où l’on en fait usage pour des lésions du doigt, de l’avant-bras, de la verge, etc., qui ne nécessiteraient pas un repos absolu , par les moyens ordinaires , nous ne parlons pas des cas dans lesquels cet inconvénient est inévitable , quel que soit le moyen auquel on ait recours , soit à cause de la gravité de la lésion, soit à cause de son siège; mais pour les lésions des doigts, de la verge , par exemple , on peut faire l’immersion continue de ces parties, en les plaçant soit dans une vessie de porc, soit dans un récipient en caoutchouc, soit dans un des appareils imaginés par M. Mayor, pour atteindre ce but, c’est-à-dire la continuité de l’immersion sans condamner le malade à un repos absolu.

Dans les cas les plus graves de la chirurgie , on doit commencer, autant que possible, par les immersions ou les irrigations, ou même par les deux procédés réunis, et terminer par les pansements à l’eau. Quelquefois même, on peut réunir les trois procédés ( exemple les doigts et la verge), afin d’éviter les pansements douloureux et d’obtenir les immenses services que l’on est en droit d’attendre de l’eau.

En résumé, l’immersion est un procédé qui nous paraît avoir une grande efficacité dans les cas où l’eau doit agir à une certaine profondeur dans les tissus. Elle peut par conséquent être avantageusement substituée à l’irrigation et au pansement à l’eau , dont les effets sont peut-être en général plus superficiels.

En comparant les trois principaux procédés qui constituent la méthode de l’emploi de l’eau en topique , on voit que le pansement à l’eau, fait convenablement et souvent renouvelé, est , en général , plus simple et plus facile à appliquer partout que l’immersion et l’irrigation, qu’il a de plus Davantage d’enlever à chaque pansement le pus et la couche formée par la matière purulente et les substan-

ces contenues dans l’eau ; la plaie reste donc toujours vermeille, etc.

L’irrigation est plus puissante que le pansement à l’eau , mais elle est plus difficile et même quelquefois impossible à appliquer.

L’immersion est plus puissante encore , plus prompte , et supérieure aux deux autres , toutes les fois qu’on peut l’employer convenablement.

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